Chapter Text
Chapitre 1 — Here comes the sun
C’était le début du mois de juillet, une couche de nuages grisâtres couvrait le ciel d’été et empêchait toute circulation d’air. Il faisait chaud, lourd et humide, un temps d’orage larvé. Henry sortit du métro avec un soupir. Il se sentait poisseux et puant. Les rames bondées de l’heure de pointe était un cauchemar quotidien dont il se passerait bien. L’air extérieur était à peine plus supportable que la boîte de sardine souterraine, il s’essuya le front du bras.
Henry raffermit sa prise sur sa sacoche et se mit à marcher. Il ne savait plus pourquoi il s’imposait de descendre une station plus tôt lorsqu’il faisait aussi lourd. Pour sa santé ? Quelles foutaises, il allait juste transpirer un peu plus et mouiller davantage sa chemisette déjà trempée. Il n’avait déjà pas envie de s’enfermer dans son bureau avec des clients toute la journée, il ne faisait qu’aggraver la situation. Mais, s’il ne travaillait pas, qui allait payer les affaires pour le bébé ? La pauvre Margaret vomissait toute la journée, il ne restait plus que lui.
Sous le soleil occulté de Londres, Henry avançait à grands pas. Un craquement le fit sursauter et il tourna la tête en direction du bruit. Cela provenait d’une ruelle sombre qui puait l’urine et les poubelles. Il fronça le nez et poursuivit sa route. Un adolescent déboula et faillit lui rentrer dedans. Henry fit un pas de côté pour l’éviter. Cette ville était vraiment devenue un repaire de mal élevés et de délinquants.
— Pouah ! Quelle horreur ! s’écria le malotru.
Un homme plus âgé le rejoignit et Henry le fixa, éberlué.
— Je t’avais prévenu, Sirius. On ne peut pas…
L’homme fixa Henry qui n’avait toujours pas cligné des yeux. Il était vêtu de la plus étrange des façons : un chapeau pointu ornait son crâne grisonnant et une sorte de robe lui tombait jusqu’aux pieds. En silence, il se détourna et s’éloigna le long de la rue, en faisant claquer sa canne à chaque pas, le jeune homme sur les talons.
— Mais, Père !
— Chhht, Sirius. Tu vois bien qu’il y a des moldus.
Henry secoua la tête. C’était encore l’un de ces énergumènes qui peuplaient de plus en plus la ville. Des gens excentriques, souvent plein aux as et qui ne respectaient rien. La preuve, ils avaient failli le percuter et ne s’étaient même pas excusés ! Il leur emboîta le pas, puisque c’était son chemin. Il ne les entendait pas, mais le jeune homme marchait deux pas derrière son père, les mains dans les poches et la tête dirigée vers le sol. Quel sale gosse !
Comme par hasard, ils tournèrent dans la rue où se trouvait son bureau. Henry grommela dans sa barbe inexistante. Ces gens étaient des plaies pour l’humanité. Quand il tourna le coin à son tour, ils avaient disparu. Il observa toute la rue et finit par les apercevoir écrasées dans une vieille cabine téléphonique. Des fous !
— Laisse-moi entrer, Sirius !
Sirius se poussa pour faire de la place à son père et se retrouva comprimé contre la paroi. Orion referma la porte et fit tourner un drôle de cadran avec des numéros. Sirius se jucha sur la pointe des pieds et lut par-dessus son épaule : 6-2-4-4-2. Une voix froide et distante s’éleva aussitôt dans la cabine.
« Bienvenue au Ministère de la Magie. Noms et motif de visite, s’il vous plaît. »
— Orion Black et Sirius Black. J’accompagne mon fils pour son premier jour de stage obligatoire.
Clong clong. Deux badges tombèrent dans le réceptacle du téléphone, puis la cabine commença à descendre. Le niveau de la rue disparut sous les yeux émerveillés de Sirius. Il avait insisté pour que son père l’emmène au Ministère en transplanant, il ne voulait pas emprunter la cheminette et rater l’incroyable expérience de l’entrée des visiteurs que son oncle Alphard lui avait décrite l’année précédente. Il ne regrettait pas la ruelle malodorante et les remontrances d’Orion, ça valait le coût !
« Veuillez vous munir de vos badges et vous rendre au bureau de sécurité dans le fond de l’atrium. Le Ministère de la Magie vous souhaite une bonne journée. »
Après avoir épinglé son badge sur sa veste, Sirius suivit son père jusqu’à un sorcier au physique imposant qui arborait une immense moustache. Orion répéta la raison de leur visite, l’employé du Ministère vérifia leurs badges puis demanda à voir leurs baguettes.
Sirius se défit de la sienne avec répugnance, même s’il comprenait qu’il ne pouvait pas se dérober. L’ambiance était si nauséabonde depuis quelques années que le Ministère avait tenté de mettre en place des mesures pour éviter les visiteurs importuns.
— Le Département de la Justice Magique est au niveau deux. Vous y accéderez par les ascenseurs situés là-bas. Seul votre fils peut s’y rendre, vous ne pourrez pas l’y accompagner.
— Mais…
— Il est majeur, monsieur, vous n’avez aucun motif pour le suivre. Et nous ne pouvons pas vous laisser vous promener dans le Ministère sans une bonne raison. Bonne journée.
Orion grommela dans sa barbe. Sirius camoufla un sourire quand il se tourna vers lui et posa une main sur son épaule.
— À ce soir, Sirius. Prends la cheminette au retour. Passe une bonne journée.
— À ce soir, Père ! s’exclama Sirius, pressé de s’en aller.
A dix-sept ans, Sirius n’était plus un enfant et n’était en rien perturbé par le départ de son père. Après tout, s’il avait été accompagné jusque-là, c'était uniquement parce qu’il avait refusé de prendre la cheminette depuis le Square Grimmaurd. Sirius se dirigea sans hésitation vers les grandes portes en or et attendit son tour avec un tas d’autres gens. Il en profita pour observer les lieux.
C’était la première fois qu’il se rendait au Ministère. Son père n’avait jamais eu l’occasion de l’y emmener auparavant et Sirius détailla avec attention l’atrium dont la taille et la décoration fastueuse étaient impressionnantes. Un parquet impeccablement ciré, un lambris en bois sombre verni aux murs, un plafond magique incrusté de symboles dorés où se déplaçaient d’élégantes arabesques. La fontaine située au centre de l’immense pièce lui fit cependant froncer les sourcils : il n’aimait pas l’air d’adoration gravé sur les visages du centaure, du gobelin et de l’elfe de maison. À la rigueur, l’elfe de maison était cohérent, ces créatures étaient entièrement dévouées aux familles qu’elles servaient, mais Sirius avait appris à Beauxbâtons que les centaures et les gobelins ne portaient pas les sorcier·es en haute estime.
Il put bientôt entrer dans un des ascenseurs et dévisagea avec curiosité les sorcier·es qui l’entouraient. La plupart étaient en robes – de couleurs différentes en fonction de leurs services d’après les écussons sur leur poitrine – mais quelques-uns portaient comme lui des vêtements moldus, avec plus ou moins de succès dans leur harmonie. Sirius réfréna un ricanement alors qu’il détaillait une femme qui portait un kilt écossais, une paire de bottes de pluie jaune canari et une chemise à froufrous d’un blanc douteux. Ces gens n’avaient jamais appris comment s’habillaient les moldu·es, c’était une évidence, alors qu’il était fier, lui, de pouvoir passer inaperçu dans leur monde. Il avait toujours eu de bonnes notes en cours de vie et mœurs moldues. Il trouvait l’option fascinante et elle représentait une source inépuisable d’inspiration pour rendre sa famille folle de rage.
Une voix désincarnée – la même que celle de la cabine téléphonique – annonçait les niveaux à mesure que l’ascenseur s’enfonçait dans les entrailles du Ministère, à grand renfort de bruits métalliques. Des sorcier·es entraient et sortaient à chaque étage, ainsi que des hiboux chargés de lettres. Ils s’installaient sur des reposoirs proches du plafond. Le sol juste en dessous d’eux, criblé de fientes malodorantes, était évité avec soin par les utilisateurices. Sirius s’éloigna un peu plus de la paroi. Morgane, faites qu’il ne se fasse pas chier dessus.
« Niveau deux, Département de la Justice Magique. Bonne journée. » fit la voix d’un ton monocorde.
Sirius se fraya un chemin dès l’ouverture des grilles et suivit les indications inscrites sur les panneaux d’affichage. Cet étage était un vrai labyrinthe avec ses multiples couloirs aux murs beiges et ses nombreuses portes en bois clair. Une moquette bordeaux un peu effilochée par endroits couvrait le sol et étouffait ses pas.
Il parvint enfin à une double porte battante et son cœur accéléra. Il y avait là deux autres personnes qui semblaient avoir le même âge que lui, ainsi qu’une sorcière plutôt mignonne qui griffonnait quelque chose derrière le bureau d’accueil. Elle avait des cheveux blonds relevés en chignon, un petit nez en trompette et des joues roses. Sirius se pencha par-dessus l’épaule de la fille qui attendait devant lui et son œil attrapa les quelques mots d’un écriteau posé sur le bureau. Elle s’appelait Edith Harris.
Edith redressa la tête et Sirius croisa son regard. Elle lui sourit puis demanda :
— Vous êtes là pour le stage d’orientation, je suppose ? Vos noms, s’il vous plaît.
Le garçon et la fille devant Sirius se présentèrent : Lewis Freeman et Evelyn Pearce. Quand il s’avança d’un pas et prononça son nom à son tour, les deux autres le regardèrent avec une crainte révérencieuse qui agaça Sirius au plus haut point.
— Il manque quelqu’un, fit remarquer Edith d’un ton pincé avant de replonger la tête dans son parchemin. Tant pis, c’est l’heure.
Elle se leva de sa chaise et poussa l’une des portes de la main pour laisser passer Lewis et Evelyn. Sirius s’apprêtait à les suivre quand une voix essoufflée s’écria :
— Attendez ! Attendez !
Un jeune homme aux cheveux noirs en bataille et aux lunettes rondes stoppa sa course aux pieds du bureau et faillit s’y encastrer sous les yeux étonnés de Sirius.
— James… Potter… Pardon… pour le retard, haleta-t-il.
— Bien, allez-y, fit Edith en désignant Sirius et James d’une main.
Sirius se détourna et entra dans l’enceinte du Bureau des Aurors, le dénommé James sur les talons.
Cette première matinée s’avéra interminable, Sirius était sur le point de périr d’ennui. Leur petit groupe avait été guidé dans une salle de réunion qui semblait dans un état de délabrement avancé : les chaises grinçaient, la table était éraflée, la moquette grise était sale et les murs étaient plus jaunes que blancs. Certains des lampions magiques clignotaient de façon irrégulière. Ils avaient besoin d’être rechargés et allaient probablement s’éteindre sous peu. Des parchemins écornés à l’encre baveuse, accrochés à côté de la porte, parachevaient l’impression de négligence de l’endroit. On était bien loin de l’image propre et polie de l’atrium.
Pour la douzième fois en une heure, Sirius étouffa un bâillement. Ses paupières se fermaient toutes seules et il se forçait à rester éveiller. Iels subissaient une présentation sans fin du Bureau des Aurors.
Rufus Scrimgeour, le Chef du service, les avait félicité·es pour leur choix de stage avant de vanter les mérites de ses équipes à grands renforts de termes élogieux dont il ne semblait pas croire un mot. Sirius y avait à peine prêté attention, il n’avait pas besoin de connaître le nom de tous les sorcier·es du Bureau dès aujourd’hui.
Ensuite, Edith leur avait apporté à boire - un pichet d'eau tiédasse - et était repartie en leur demandant d'attendre le prochain intervenant. Il était apparemment en retard et Edith leur expliqua qu’il revenait d’une intervention de nuit qui s’était éternisée. Sirius avait bu son verre d’eau à petites gorgées en observant sans se cacher ses co-stagiaires pour le mois à venir.
Lewis était un garçon frêle, au visage rond constellé de grains de beauté, avec un nez large et des cheveux blonds foncés, plaqués sur son crâne. Il semblait terrifié. Sirius se retint d’en faire une remarque à voix haute. Evelyn était quelconque, élancée, brune avec un carré droit et lisse qui tombait sur ses épaules. Elle paraissait s’ennuyer tout autant que Sirius et tapotait sur son verre d’eau sans y toucher. James était tout aussi quelconque avec ses mèches noires, ses lunettes et son visage fin. En revanche son regard pétillant de vivacité ne cessait de se poser partout alors que ses mains s’agitaient sur ses cuisses ou dans ses cheveux. Sirius aima immédiatement l’impatience qui transpirait de lui.
Alastor Maugrey était finalement arrivé. Cet homme grand et carré d’épaules, au visage couturé de cicatrices, était une véritable légende pour quiconque s’intéressait un peu au métier et il n’était pas étranger à l’envie de Sirius de faire carrière chez les Aurors. On racontait partout – jusqu’en France ! – qu’il avait rempli la moitié des geôles d’Azkaban à lui seul. Et ce n'étaient pas les candidat·es qui manquaient depuis qu’un certain Lord Voldemort faisait parler de lui. Son intervention fut la plus appréciable de la matinée, mais Sirius se demanda à quel point il était encore sain d’esprit tant il insista, avec une lueur de folie dans le regard, sur la vigilance comme qualité indispensable pour survivre dans le milieu.
Iels supportaient maintenant le monologue d’un jeune Auror, un certain John Dawlish. Il était à peine plus âgé qu’elleux et Sirius le trouvait chiant à mourir. Il leur racontait en long, en large et en travers le travail d’un·e Auror, et insistait sur l’administratif obligatoire. De quoi les dégoûter avant même de commencer !
Lorsqu’il leur annonça que l’heure du déjeuner était arrivée, Sirius lâcha un soupir bruyant. Il ramena sur ses quatre pieds la chaise sur laquelle il se balançait depuis un moment, se leva et s’étira. Il se tourna vers son voisin et lui tendit la main avec un sourire.
— Hey ! On a pas eu le temps de se présenter ! Sirius Black.
— James Potter… répondit le garçon avec un air dubitatif sans prendre sa main.
— Ha ha ha ! C’est de ton nom dont t’es pas sûr ? s’esclaffa Sirius en haussant un sourcil.
Le visage de James se ferma et ses yeux lancèrent des éclairs. Cela ne perturba pas Sirius le moins du monde, il était habitué aux réactions étranges en réaction à son patronyme et à sa personnalité.
— Nan, répliqua James en croisant les bras. J’suis étonné qu’un Black veuille devenir Auror ! Vous êtes plutôt dans l’aut’ camp, vous.
Le sourire de Sirius s’élargit encore un peu plus.
— Ouais, t’as raison sur ce point, ma famille est plutôt dans l’autre camp. Moi pas. Je passe ma vie à chercher à les mettre en rogne.
— OK. Comment ça s’fait que j’t’ai jamais vu à Poudlard ?
— Je suis à Beauxbâtons.
James fronça les sourcils.
— Ouais, je sais, c’est bizarre.
Il se rappelait encore les réactions de son oncle Cygnus et sa tante Druella quand Orion leur avait annoncé que Sirius et Regulus n’iraient ni à Poudlard ni à Durmstrang.
— Orion, vous n’y pensez pas ! Mais quel déshonneur ! s’était exclamée sa tante.
— Beauxbâtons est un repère de traîtres à leur sang et de sang de bourbe. Orion, je vous en prie, reprenez vos esprits ! avait exhorté son oncle.
— Mes parents m’ont inscrit à Beauxbâtons pour que je comprenne les origines françaises de notre famille et mes enfants feront de même, avait répliqué Orion d’un ton sans appel.
Sirius n’avait pas compris à cette époque ce qui choquait tant son oncle et sa tante. Il avait fini par saisir à quel point la devise de la Noble et Très ancienne Maison des Black « Toujours Pur* » était ignoble et que c’était ce genre de déshonneur qu’iels voulaient éviter. Qu’il soit contaminé par tous ces gens inférieurs…
L’arrivée d’Edith dans la salle de réunion arracha Sirius à ses réflexions.
— Pour le déjeuner, vous avez accès à la cantine du Ministère avec votre badge. Vous pouvez également manger à l’extérieur si vous préférez. Vous devrez être revenus ici dans une heure, expliqua-t-elle.
Sirius observa Lewis et Evelyn sortir en silence de la pièce à la suite de la sorcière puis il échangea un regard avec James. Ce dernier semblait attendre quelque chose. La tête un peu penchée sur le côté, il arborait un air énigmatique et remonta ses lunettes sur son nez d’un geste machinal. Sirius le détailla des pieds à la tête et nota ses Converse, son jean pattes d’eph et son t-shirt au motif floral.
— Tu veux aller avec les autres à la cantine ou on sort ?
— J’suppose qu’on peut sortir…
— T’as de l’argent moldu ?
— Nan. Mais on peut prendre une cheminée jusqu’au Chemin de Traverse et manger côté sorcier.
Sirius accepta la proposition de James d'un hochement de tête et ils sortirent l’un après l’autre. Se rendre jusqu’au Chemin de Traverse ne prit que quelques minutes et bientôt les deux garçons s’installèrent à une table du Chaudron Baveur. La tourte à la viande affichée au menu du jour fit saliver Sirius d’avance.
— Bon, alors, raconte un peu, Black, pourquoi tu fais ton stage chez les Aurors ?
— Pour la même raison que toi, je suppose. Je veux être Auror après Beauxbâtons.
— Tu penses qu’t’as tes chances pour passer les sélections après tes exam’ ?
— Ouais, sans problème ! Et toi ?
Sirius remarqua que James le dévisageait avec insistance. Leurs plats arrivèrent et James attaqua son repas. Puis il releva la tête et lui répondit :
— J’pense que oui. L’un d’mes amis est le meilleur de la promo, il va m’aider à bosser l’année prochaine, pour avoir des optimals partout !
— Sympa de sa part, commenta Sirius en enfournant une grande bouchée de tourte.
— Ouaip, c’est le mec le plus cool que je connaisse.
Ils terminèrent leur déjeuner en discutant des différences entre les matières de Beauxbâtons et Poudlard. Ils réalisèrent que les plus grosses disparités étaient les noms de celles-ci.
Il fallut moins de temps que cette heure de déjeuner à Sirius pour être persuadé qu’il allait aimer James, bien que ce dernier semblait encore sur la défensive avec lui. Il était souriant, solaire même. Ses yeux s’éclairaient quand il parlait de ce qu’il aimait et lorsqu'il s’agissait de ses ami·es, ils pétillaient. Il ébouriffait régulièrement sa tignasse noire d’une main nonchalante et remontait ses lunettes sur le haut de son nez dans un tic que Sirius trouvait amusant. Il se demanda s’il n’était pas né moldu ou sang-mêlé. Les sorciers de sang pur avaient rarement besoin de lunettes. Cette idée l’enchantait : plus il s’entourait de personnes indésirables aux yeux de sa famille, mieux il se portait.
Le reste de la journée se déroula dans une ambiance similaire à la matinée : on leur fit remplir quelques questionnaires puis iels durent classer des dossiers dans la salle des archives. Sirius avait l’impression qu’il allait se noyer sous les monceaux de feuilles racornies, usées et qui sentaient le renfermé. Lewis n’ouvrit pas la bouche une seule fois et Evelyn marmonna toute l’après-midi. James resta silencieux lui aussi, même si ses doigts tapotaient le bureau à intervalles réguliers, et Sirius croisa souvent son regard qui semblait le fixer.
Quand sa première journée de stage s’acheva, Sirius dédaigna la cheminette et rentra chez lui de la même manière qu’il était arrivé, en transplanant. Après tout, quel était l’intérêt d’avoir son permis s’il ne l’utilisait pas ?
Deux semaines s’étaient écoulées depuis le début du stage. Deux semaines à la fois intenses et fastidieuses pour Sirius. Il avait été réparti en binôme avec James, pour son plus grand plaisir. Il avait découvert un garçon curieux et espiègle qui avait toujours une plaisanterie au bord des lèvres et il l’appréciait beaucoup. James semblait rester sur la réserve concernant Sirius, mais ce dernier ne s’en inquiétait pas. Il était persuadé qu’ils finiraient par devenir les meilleurs amis du monde. En réalité, il avait tellement envie d’y croire qu’il ne pouvait imaginer un univers dans lequel ça se passerait autrement.
Certaines journées avaient été exceptionnelles, notamment celles passées avec les équipes d’Aurors ou les aspirant·es. Il avait écouté les conversations des professionnel·les à propos de la magie noire et avait aussitôt été transporté dans ses souvenirs du manoir Black, dans les remarques abjectes de sa mère, dans les rires déments de sa cousine lorsqu’elle torturait les poupées de sa sœur qui voulait en faire des nées moldues. Iels avaient ici achevé de le convaincre, il allait devenir Auror et s’il fallait toustes les mettre derrière les barreaux, ce ne serait pas un problème.
D’autres avaient en revanche été longues et monotones. Sirius et James avaient préparé des litres de thé et de café pour les équipes. Ils avaient passé des heures à remplir divers documents et questionnaires barbants auxquels ils ne comprenaient parfois pas un mot. Et surtout, surtout, ils avaient rangé des tonnes de paperasse : des compte-rendus d’arrestations, des interrogatoires, des listes de pièces à conviction, des notes de services… Sirius se demandait si le service ne laissait pas les dossiers s’empiler toute l’année pour les faire trier exprès par les stagiaires durant l’été.
Le rangement des documents administratifs n’était pas sa plus grande passion et aurait pu devenir insupportable s’il avait été seul lors de cette tâche. James avait animé la multitude d’heures de classement avec ses histoires de Poudlard qui avaient fait naître tout un tas de fous rires chez Sirius. Le tri n’avançait pas très vite tant ils s’interrompaient pour lire des comptes-rendus ou s’esclaffer sur des noms étranges. Et Sirius s’y connaissait en noms étranges : sa famille avait l’odieuse lubie de s’inspirer d’étoiles ou de constellations histoire de bien plomber toute votre vie avant même votre naissance.
Cette après-midi là, James n’avait pas envie de ranger et l’avait vite fait comprendre à Sirius. Ils s’étaient lancés dans une discussion sur les différents sorts de destruction qu’ils maîtrisaient et comparaient les cours qu'ils avaient reçu, ainsi que leurs connaissances personnelles.
— J’aime bien Incendio, c’est propre et facile, argumenta James.
— Ouais, mais c’est pas très puissant…
— Tout dépend sur quoi tu l’jettes ! Tiens, ici par exemple, ça ferait des dégâts monstrueux !
Sirius jeta un regard autour de lui. Ils étaient dans la salle des archives, assis à une petite table sur laquelle était posé l’énorme carton rempli de documents poussiéreux qu’ils devaient trier. Il y avait encore des dizaines de cartons du même genre empilés contre un mur, de quoi les occuper jusqu’à la fin du stage sans aucun doute.
— Tiens, donne-moi la corbeille, je vais t’montrer, insista James en remontant ses lunettes sur son nez.
— T’es sûr ?
— Ouaip ! Donne, je t’dis ! C’est même tellement simple que je sais le jeter en informulé.
Sirius lui tendit la poubelle et James la posa un peu plus loin. Il s’éloigna, visa de sa baguette et une flamme en jaillit avec tant de vigueur qu’elle en incendia le contenu, rebondit sur le récipient de métal et termina sa course sur la table. Juste sur un dossier ouvert. Il s’embrasa.
— Par les couilles de Merlin ! s’exclama Sirius.
Il dégaina sa baguette et inonda les papiers d’un Aguamenti, puis il éteignit également le feu qui continuait de consumer la poubelle.
— James… On est dans la merde !
— Ouaip… Fais chier ! grimaça-t-il. J’pensais vraiment pas qu’ça allait ricocher.
Sirius s’approcha du dossier. Il était ruiné : un énorme trou en plein milieu et complètement détrempé. Il le referma, la couverture semblait intacte. Mais la pièce entière sentait le brûlé.
— Bon, on va le ranger et on fera comme si rien ne s’était passé, décida Sirius.
— Tu vas rien dire à Dawlish ?
— Pourquoi je lui dirais ?
Le visage inquiet de James s’illumina alors d’un grand sourire. Sirius le lui rendit puis fit disparaître d’un sort les restes brûlés dans la corbeille et l’eau qui avait dégouliné sur l’ensemble de la table.
— Tiens, va remettre ça à sa place et on en parle plus, dit-il en tendant le dossier à James.
Ce dernier s’éloigna dans les rayonnages infinis de la salle des archives. Sirius se remit au rangement en attendant qu’il revienne, ils allaient finir la tâche qu’on leur avait assignée pour ne pas provoquer de questions.
À la fin de la journée, Dawlish vint contrôler leur travail. Il vérifia le nombre de cartons vidés et redressa la tête en humant l’air.
— Ça sent le brûlé, ici. Qu’est-ce que t’as fait comme connerie, Potter ?
— Rien du tout !
— Écoute, l’odeur vient pas de nulle part et je sais très bien quel genre de gamin tu es. Mon frère est à Poudlard et il m’a raconté pas mal de choses. Ta réputation te précède, mon gars. Avoue, ça ira plus vite !
Sirius vit rouge. Il savait que James était coupable, mais il ne trouvait pas correct de l’accuser sur la base de rumeurs colportées par son frère. Un bon Auror n’agirait pas comme ça ! Dawlish n’avait pas l’air d’avoir envisagé qu’il soit responsable, simplement parce que son nom provoquait respect et crainte chez les gens.
— Il n’a rien fait, déclara alors Sirius.
— N’essaie pas de couvrir ton pote, Black.
— Je ne couvre personne, assena-t-il avec aplomb, la tête haute et les bras croisés.
L’Auror le regarda avec suspicion puis soupira.
— Bon, dégagez de là tous les deux. La journée est finie.
Sirius obtempéra sans traîner et James le suivit dans les couloirs. Ils se rendirent jusqu’à l’atrium en silence et s’arrêtèrent à quelques pas de la fontaine de la fraternité.
— Merci pour c’que t’as fait, Black. T’étais pas obligé.
— Aucun problème ! Ça sert à ça les amis, non ?
James le fixa un instant sans répondre, il semblait réfléchir. Puis l’un de ses sourires solaires éclaira son visage.
— Ouaip, c’est pas faux. Merci. On se voit lundi ?
— On se voit lundi. Bon week-end, Potter !
Sirius se dirigea vers l’une des cheminées, il n’avait pas envie de passer par la cabine téléphonique ce soir. Il glissa une noise dans le réceptacle prévu, attrapa une poignée de la fine poudre mise à disposition dans un pot accroché au mur et la lança dans l’âtre. Il s’engagea dans les flammes vertes et se retourna vers l’Atrium. James était encore là et le regardait en ébouriffant ses cheveux d’une main.
— Hey, Potter ! Ne fais rien cramer, OK ? cria-t-il en riant.
James éclata de rire et leva le pouce, avant de disparaître à son tour dans une cheminée. Sirius prononça le nom de sa destination et la sensation habituelle de tournoiement lui donna la nausée. Il détestait vraiment prendre la cheminette.
— Vérifie qu’il y a personne, OK ?
Sirius posa son oreille contre le battant de bois et écouta. Tout était silencieux. Il tourna la tête vers James qui attendait au bout du couloir et s’assurait que personne n’arrivait.
— Y a personne ! Viens !
Les deux garçons se faufilèrent dans la salle de réunion. Ils avaient eu l’occasion d’en visiter plusieurs, mais celle-ci était la plus déprimante. Sirius se rappelait encore de la torture de la première matinée. Il était temps de remédier à cet affront au bon goût !
— Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
— J’pensais que t’y avais déjà réfléchi, Black !
— Ah ouais, j’y ai réfléchi. Il y a tellement d’options que je sais pas laquelle choisir.
— Dis-moi tout !
Sirius se lança dans un récit argumenté des différentes possibilités pour redécorer et égayer cette pièce qui aurait donné des envies de suicide à la personne la plus enjouée du monde. La couleur des murs rendait malade, la moquette semblait n’avoir jamais été lessivée, les lampions étaient ébréchés, les parchemins sur le point de tomber en poussière. Sirius aurait bien aimé tout changer, mais le risque de se faire prendre était élevé et il ne voulait pas mettre en péril sa future place à l’académie. Il fallait envisager les choses avec raison, pour cette fois-là tout au moins.
— J’ai ramené des confettis moldus, je les ai trouvés dans un magasin l’autre jour. Y avait plein de trucs sympas pour faire des blagues.
— Oh, tu pourras m’y emm’ner ? J’aimerais bien voir ce qu’ils font les moldus pour s’amuser.
— Ouais, bien sûr !
Sirius sortit un grand sachet en papier de sa besace. Il le posa sur la table et l’ouvrit avec précaution. Quelques confettis colorés s’en échappèrent et voletèrent jusqu’à la moquette grise.
— Et ils font quoi de spécial ces confettis ? demanda James avec les yeux brillants d’excitation.
— Heu… Ben rien, c’est des confettis quoi.
La déception se lut aussitôt sur le visage de James, mais il retrouva vite le sourire et haussa les épaules en se passant une main dans les cheveux.
— C’pas grave, on va trouver de quoi en faire un truc sympa quand même, décida-t-il.
Sirius fit le tour de la pièce à pas lents et observa les lieux avec attention. Il s’arrêta un long moment devant l’un des lampions qui clignotaient comme s’il allait rendre l’âme.
— Lux ! lança-t-il sur le lampion à l’agonie.
La lumière cessa de clignoter et se vivifia. Elle éclairait maintenant la pièce d’un beau halo jaune brillant. Le résultat était parfait. Sirius se félicita d’avoir observé Kreattur recharger les globes du Square Grimmaurd.
— Hey ! On va recharger les lampions et y mettre les confettis ! s’exclama-t-il, en sautillant de joie à son idée. Ça va mettre un peu de couleurs ici.
James approuva d’un cri enthousiaste. Sirius dut lui montrer le sortilège deux fois avant qu’il y parvienne à son tour. La pièce brilla bientôt de mille feux.
Sirius hocha la tête, satisfait du résultat. Maintenant venait la partie la plus délicate : il fallait mettre les confettis dans les lampions alors qu’ils étaient scellés.
— Et si on les grossissait un peu d’abord ces confettis ? proposa James qui observait une poignée des petits bouts de papiers colorés dans sa paume.
— Excellente idée, Potter. Je te laisse t’en charger !
Sirius se concentra sur ses souvenirs, le charme de transfert n’était pas aisé. Il l’avait appris l’an passé, mais il ne le maîtrisait pas parfaitement.
— On va faire des tas au pied de chaque lampion, ça sera plus facile, décida-t-il.
Il prit de grosses poignées de confettis et les déposa sur la moquette hideuse. James le suivait et tenait le sachet en papier tout en commentant la quantité que Sirius déversait au sol.
— Bon, allons-y… Pfff…
Sirius se plaça face à un lampion qui brillait avec vigueur et porta toute son attention sur son sortilège.
— Translatio confettis ! prononça-t-il distinctement avec une arabesque de sa baguette.
Rien ne se passa.
— … Translatio confettis ! répéta-t-il en accentuant ses gestes.
Les confettis s’élevèrent alors en direction de la baguette de Sirius et ce dernier s’empressa de les diriger vers le lampion. Le charme ne durait que quelques secondes et s’il s’achevait avant que les confettis soient dans la sphère de verre, il faudrait tout recommencer.
Tout se passa comme il l’avait prévu et bientôt le lampion fut empli des gros confettis colorés. Seul l’un deux était resté collé à l’extérieur. Sirius décida de le laisser là.
— Et de un ! Vas-y, fais les autres maintenant ! s’extasia James par-dessus son épaule.
Remplir les lampions leur prit toute la pause déjeuner. Leurs estomacs criaient donc famine tandis qu’ils observaient avec un air réjoui la salle de réunion qui ressemblait désormais à un sapin de Noël.
— T’es un génie, mec ! Ouaip, un génie ! le félicita James d’une grande tape dans le dos.
Ils ressortirent de la pièce avec discrétion et rejoignirent le bureau de Gawain Robards qui devait leur montrer comment on remplissait un compte-rendu de mission cette après-midi-là. Une tâche rébarbative que l’Auror rendait encore plus ennuyante par sa seule façon de parler.
Sirius ne regretta pas d’avoir faim tout le reste de la journée, surtout quand il entendit la voix énervée de Rufus Scrimgeour s’élever de la salle de réunion vers seize heures. Il échangea un regard avec James et retint le sourire qui lui vint aux lèvres, c’était une excellente journée en définitive.
Les mains posées sur ses hanches, Sirius se pencha en avant et souffla. Ses côtes se soulevaient avec force, son cœur tambourinait jusque dans ses oreilles. La bouche sèche, il déglutit péniblement. La sueur coula le long de ses tempes et goutta sur la pelouse. Merlin, il allait crever.
— Alors, Black, on est déjà fatigué ? se moqua leur encadrant.
Sirius grogna et se redressa, il n’avait pas envie de passer pour un incapable. Il se remit à marcher puis à trottiner derrière Lewis et Evelyn qui venaient de le dépasser. Ils ahanaient si fort que Sirius se demanda si l’un des deux n’allait pas s’écrouler avant la fin de l’entraînement – à moins qu’il ne le fasse en premier. James, vingt mètres devant tout le monde, gardait le rythme donné par Robards.
Sirius n’aurait jamais imaginé qu’il était nécessaire de courir ou de se muscler pour être Auror et il déchantait. Autant James semblait avoir été fait pour ça, autant lui avait l’impression qu’il allait mourir d’un instant à l’autre. Il avait appris que les Aurors avaient un entraînement sportif intensif pendant leurs études qu’iels entretenaient par la suite à l’occasion de séances hebdomadaires. Séance à laquelle les quatre stagiaires participaient pour la première fois.
Malgré la difficulté, Sirius ne se plaignait pas. Parce que ce stage avait tenu toutes ses promesses et que le jeune homme était convaincu de son futur choix de carrière. Évidemment, il restait encore une infime possibilité pour qu’il ne devienne pas Auror, s’il n’avait pas assez d’optimals à ses examens de septième année ou s’il ratait les tests d’admission à l’académie des Aurors. Mais Sirius était confiant, il travaillait dur pour mettre toutes les chances de son côté et connaissait ses capacités. Ce stage pour tous les jeunes britanniques entre la sixième et la septième année du premier cycle était destiné à aider les adolescent·es à s’orienter sur leur choix de carrière. Bien que Sirius n’en ait pas besoin, il était heureux d’avoir d’ores et déjà un pied dans le Bureau. Il connaissait maintenant toustes les Aurors et une partie des enseignant·es, il avait arpenté les couloirs en long et en large et s’y sentait déjà chez lui. Cerise sur le gâteau, il avait rencontré James et ce dernier illuminait sa vie d’une façon étonnante.
Sirius avait quelques ami·es, mais n’avait jamais tissé de liens forts à Beauxbâtons. Ses vacances d’été à Londres lui avaient toujours semblé ennuyeuses parce qu’il ne connaissait personne de son âge – exceptées ses cousines. Pourtant ses ami·es de l’école ne lui manquaient pas vraiment. Mais James… James était de ces personnes qui vous percutent lorsque vous les rencontrez, soit on l’adorait, soit on le détestait. Sirius avait décidé qu’il adorait James et il ne se l’expliquait pas. Il pressentait déjà qu’ils pourraient devenir inséparables.
Quand Robards annonça la fin de la séance, Sirius se laissa tomber sur le dos, les paupières closes, le temps de reprendre sa respiration. Il avait transpiré des litres d’eau sous le soleil de juillet et sa langue était parcheminée tant il avait soif. L’herbe rase chatouillait ses bras et ses mollets nus, mais il n’avait pas la force de se relever. Un changement de luminosité lui fit rouvrir les yeux, une silhouette s’était mise entre lui et les rayons brûlants de l’été. Il n’en distinguait pas le visage à contre-jour.
— Soif ?
Sirius reconnut la voix de James. Il leva le pouce, incapable de parler.
— Aguamenti !
Un jet d’eau atterrit sur le visage de Sirius qui se rassit aussitôt en toussant et en s’étouffant. James éclata de rire.
— Espèce de crétin !
Mais Sirius n’était pas fâché, cela avait au moins eu le mérite de le rafraîchir et s’il était honnête il n’aurait probablement pas résisté à la tentation si les rôles avaient été inversés. Il se leva et rejoignit les autres stagiaires ainsi que Robards, accompagné du rire clair et joyeux de James.
— La séance est finie pour vous les jeunes, vous pouvez utiliser les vestiaires pour une douche si vous voulez. Vous avez trente minutes pour me retrouver au Bureau et signer la fin du stage.
Lewis et Evelyn se dirigèrent vers les douches sans attendre. Sirius tira sur son élastique et passa une main dans ses cheveux mouillés et emmêlés dans lesquels il trouva un brin d’herbe humide qu’il jeta négligemment. D’un geste assuré, il les rattacha sur sa nuque en un chignon flou.
— T’as prévu des trucs ce soir ? lui demanda James en marchant vers les vestiaires
— Non, mes amis de Beauxbâtons habitent pas vraiment dans le coin. Et mon frère est pas ce qu’on peut appeler un boute-en-train… Je vais peut-être enfin commencer la rédaction du rapport de stage.
— Tu vas pas écrire ton rapport de stage un vendredi soir, Black ! En plus, on a deux semaines encore pour le rendre. J’sors avec des amis de Poudlard, tu veux v’nir ?
Sirius hésita. D’un côté, il mourait d’envie de connaître les gens dont il entendait parler depuis un mois, iels semblaient fascinant·es. De l’autre… Non, en réalité, il avait envie de sortir.
— Ouais, d’accord ! Il faudra que je passe chez moi pour me changer et prévenir mon père, répondit-il.
— Ouaip, pareil pour moi. Prévoit des fringues moldues, on s’retrouve au Chaudron Baveur à sept heures.
Sirius hocha la tête et prit une douche rapide. Il se rhabilla et se rendit au Bureau avec ses co-stagiaires. Ils signèrent un document et furent libérés.
Leur stage obligatoire était terminé.
Notes:
*La devise des Black est en français dans l’œuvre originale, Sirius la connait donc dans cette langue.
Titre de l'histoire : Under Pressure (Queen & David Bowie)
Titre du chapitre : Here comes the sun (The Beatles)
Chapter 2: I am the passenger
Notes:
Bonjour à toustes,
Déjà le jour de publication du chapitre 2.
Sirius va rencontrer de nouvelles personnes dans ce chapitre, je crois que vous avez hâte de lire ça, d'après vos reviews.J'en profite pour vous remercier pour vos kudos et vos reviews dès le premier chapitre. N'oubliez pas de laisser un petit mot si vous avez aimé ce chapitre là aussi.
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 2 — I am the passenger
Quand Sirius rentra chez lui, il claqua la porte et monta à sa chambre sans même s’arrêter dans le couloir de l’entrée.
— TU POURRAIS SALUER TA MÈRE ! FILS INDIGNE ! TRAÎTRE À TON SANG ! cria le portrait de Walburga.
Il se jeta sur son lit après avoir claqué sa porte pour ne plus l’entendre. Sa voix stridente lui sortait par les yeux. Le portrait était devenu vindicatif quand il avait cessé de lui parler trois ans plus tôt. Il l’avait à peine connue de son vivant, mais certaines de leurs conversations restaient gravés au fer rouge dans sa mémoire
Sirius avait huit ans.
Il avait descendu les marches en courant, le cœur joyeux, et s’était précipité jusqu’à l’immense portrait qui trônait dans le couloir de l’entrée du 12, Square Grimmaurd.
— Mère ! Mère ! Regardez, le précepteur m’a donné un bon point ! s’était-il exclamé.
— C’est très bien, mon fils, l’avait félicité la peinture d’une voix dure et rêche. Qu’as-tu appris aujourd’hui ?
Sirius avait été heureux que le portrait de sa mère le congratule, il avait un peu eu l’impression qu’elle était là malgré tout. Il ne lui restait que ça, il n’avait aucun souvenir d’elle en vie.
— Monsieur Addams nous a expliqué pourquoi il fallait se méfier des traîtres à leur sang, avait-il répondu avec fierté.
— Que peux-tu me dire à ce propos ?
— Ils sont amis avec les moldus et… heu… les sangs de bourbes ! Ils sont dangereux pour… Pour les sorciers comme nous, les sangs purs, ils peuvent… heu… nous… heu… causer du tort !
— C’est bien, Sirius. N’oublie jamais ça, les traîtres à leur sang, sont des cafards, il faut les exterminer, avait-elle craché avec hargne.
— Oui… Mère… avait répondu Sirius, un peu choqué.
C’était la première fois que sa mère tenait des propos aussi violents envers des sorcier·es et cela avait perturbé Sirius. Habituellement, sa haine se confinait aux moldu·es et aux sangs de bourbes qu’elle considérait comme des usurpateurices.
— Va faire tes devoirs maintenant, avait-elle conclu rudement pour renvoyer Sirius.
— Oui, Mère, avait-il acquiescé avant de s’éloigner.
Sirius avait été habitué à être repoussé par le portrait de Walburga après seulement quelques paroles échangées. Il ne se souvenait pas d’avoir vécu autrement.
Sirius venait de fêter ses dix ans et revenait du manoir Black, il avait soufflé ses bougies avec sa famille. Il était heureux de sa journée et entrait à la maison avec des étoiles plein les yeux.
— Mère ! Mère ! Mes cousines vous passent le bonjour !
— Ne crie pas si fort, Sirius, je ne suis pas sourde !
— Veuillez me pardonner, Mère.
— Hum. Souviens-t’en à l’avenir ! avait grommelé Walburga d’une voix sèche.
Sirius n’aimait pas être réprimandé par sa mère, mais il avait conscience qu’elle n’avait pas beaucoup de moyens de se faire écouter dans cette maison. Elle n’était, après tout, qu’un simple objet. Sirius était déjà heureux de pouvoir lui parler alors qu’elle était enterrée depuis bientôt huit ans.
— Oui, Mère, avait-il répondu en baissant la tête vers ses chaussures.
— As-tu passé une bonne journée d’anniversaire, Sirius ?
— Oui ! J’ai reçu un balai et Narcissa m’a offert des livres en français, s’était-il réjoui en prenant soin de ne pas crier. Et…
— Et quoi ? s’était impatienté la femme du portrait.
— Bella m’a montré sur une vieille poupée comment… comment… on torturait les sangs de bourbes…
— Parfait, parfait. J’espère que tu as retenu ce que Bellatrix t’a montré.
— Oui… Mais… Je… Je croyais que les maléfices impardonnables étaient interdits…
Dans son portrait, sa mère avait reniflé avec dédain et l’avait regardé avec pitié. Sirius s'était aussitôt senti mal, il ne voulait pas décevoir sa mère.
— Ils ne sont interdits que si tu te fais prendre ! Va te coucher, maintenant !
— Oui, Mère…
Sirius s’était éloigné et avait monté les marches, le cœur lourd. Il avait l’horrible impression qu’on lui apprenait des choses détestables. Est-ce que les moldus, les sangs de bourbes et les traîtres à leur sang étaient vraiment si infréquentables ? Est-ce qu’il fallait vraiment les haïr au point de vouloir les torturer, les assassiner ? Est-ce qu’on ne pouvait pas juste laisser les gens vivre en paix tant qu’iels ne les dérangeaient pas ? Et pourtant il n’arrivait pas à croire que sa mère, sa famille, celleux qui s’occupaient de lui, étaient de mauvais·es sorcier·es. Il ne savait plus qui avait raison et qui avait tort.
Repenser à tout cela lui donnait des nausées. Sa rentrée à Beauxbâtons avait été violente, il avait été confronté à la réalité. La dure réalité des idées dégueulasses que sa famille portait en étendard. Beauxbâtons prônait l’égalité et toute discrimination envers le statut de sang y était sévèrement réprimandée. Sirius n’y était pas habitué, sa vision de la vie avait été pervertie par le voile de noirceur et de rigidité qu’on lui avait imposé. Il lui avait fallu du temps, de longs mois, des années même, pour comprendre l’ampleur du problème. Et pour changer, pour cesser de se croire supérieur. Il avait dû tenir sa langue au début, il avait d’ailleurs été puni la première année parce qu’il avait insulté une fille qu’il n’aimait pas. Puis petit à petit, il avait ouvert les yeux, son monde s’était éclairé, comme un paysage dont la beauté se révélait une fois la brume levée.
Avec les années, Sirius avait également compris des choses sur son père. Grâce à sa propre éducation à Beauxbâtons, Orion avait en partie changé d’avis sur les idéaux familiaux dans lesquels il avait été élevé. Débarrassé de l’influence de son épouse qui ne l’aurait jamais permis, il y avait inscrit ses deux fils dans l’espoir d’un résultat similaire. Pourtant, il n’avait rien fait pour les élever dans des valeurs de tolérance et d’acceptation, il avait laissé le champ libre au portrait de Walburga, au précepteur raciste et au reste de la famille Black. À quinze ans, furieux devant tant de lâcheté, Sirius l’avait confronté pour lui dire ce qu’il pensait.
— Père, je ne veux pas aller chez Cygnus et Druella pour Noël ! avait-il décidé, les bras croisés dans une attitude de défi.
Son père l’avait regardé sans s’énerver. Il ne s’énervait jamais.
— Et pourquoi donc ? Nous y allons chaque année.
— Je ne suis pas d’accord avec ce qu’ils disent à propos de la pureté du sang.
— Sirius… avait soupiré Orion.
— Je ne suis pas d’accord non plus avec Mère, d’ailleurs. Pourquoi est-ce que vous ne dites jamais rien ?
Orion avait affiché un air sombre et résigné. Il avait plaqué un faible sourire sur ses lèvres et avait posé une main sur l’épaule de Sirius.
— Je… Je ne crois pas que ce soit nécessaire, Sirius. Nous sommes une famille de sang pur, certaines valeurs sont… hé bien, disons, importantes.
Sirius s’était dégagé d’un geste. Ses contradictions l'énervaient. Sa neutralité, encore plus !
— Vous savez aussi bien que moi que ce sont des valeurs merdiques, sinon Regulus et moi aurions été à Poudlard. Ou à Durmstrang.
— Sirius ! Langage !
— Je vous demande pardon… Mais j’ai raison, n’est-ce pas ?
— Ce que je pense n’est pas important. Notre famille l’est et suppose des règles que nous nous devons de respecter.
La déception avait enflé en lui à mesure que les propos d’Orion prenaient tout leur sens. Il était écœuré et ne comprenait pas la résignation de son père. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à s’élever contre lui, il l’aimait et c’était un bon père. Il savait qu’il les avait protégés comme il avait pu, contrairement à son oncle Cygnus qui avait éduqué ses trois filles dans la violence verbale et les corrections corporelles.
— C’est lâche, Père… J’aurais aimé que les choses soient différentes…
Le visage d’Orion était marqué par ses doutes et Sirius continuait à espérer qu’il allait avoir un sursaut de conscience.
— Moi aussi, mon fils, moi aussi.
Orion avait amorcé un geste vers Sirius et le cœur de celui-ci s’était emballé d’espoir. Il s’était envolé aussi vite qu’il était arrivé, son père avait déjà laissé son bras retomber.
— Mais nous irons comme d’habitude et tu te comporteras avec respect, avait tranché Orion de son habituelle voix douce.
Après ce jour-là, à l’inverse de son père, Sirius avait décidé qu’il ne serait ni discret ni accommodant. Alors il était devenu bruyant, démonstratif et révolté. Chaque repas familial, chaque anniversaire, chaque Noël avait été une nouvelle occasion de les décevoir et de les énerver. Il avait pris un malin plaisir à revêtir des habits moldus, à ne pas répondre lorsqu’on lui parlait, à ne pas respecter les convenances à table et à mentionner sans honte ses ami·es né·es moldu·es.
Sirius s’arracha de ses souvenirs et sélectionna sa tenue pour la soirée proposée par James, prit une nouvelle douche et s’habilla. Il s’observa un long moment dans le miroir en pied de sa chambre pour décider si cela conviendrait. Au Ministère, Sirius portait en général des jeans bleus et des t-shirts noirs, il attachait ses cheveux mi-longs et laissait ses bijoux chez lui. Il savait qu’au sein du Département de la Justice Magique il ne pouvait pas tout se permettre, du moins pour l’instant. Mais ce soir, accompagné de jeunes de son âge et qu’il allait rencontrer pour la première fois, Sirius voulait être lui-même.
Il était confiant en sa capacité à plaire aux autres. Il se trouvait beau, il avait de l’argent, un sens de la mode certain et il était cultivé. La seule épine dans son pied était sa famille, que toustes les sorcier·es connaissaient et craignaient ou enviaient.
Sirius jeta un dernier regard à son reflet, aux souples cheveux noirs qui retombaient sur ses épaules, aux bagues en argent à ses doigts, à son t-shirt à l’effigie de Queen, son jean noir troué, sa veste en cuir de la même couleur et ses pieds chaussés de Dr Martens. Il était présentable. Il descendit d’un étage et frappa à la porte du bureau de son père. La voix d’Orion lui permit d’entrer.
— Je sors avec des amis, Père.
— Qui donc ?
— Ce garçon avec qui je fais le stage et des amis à lui.
— Vous allez côté moldu ?
Sirius avait remarqué le regard de son père qui l’avait détaillé des pieds à la tête. Sa tenue n’avait rien d’exceptionnel, Orion l’avait vu habillé ainsi des dizaines de fois, mais Sirius sentait qu’il retenait toujours une critique. Même pour les moldu·es sa tenue n’était pas conventionnelle et il le savait, c’était l’effet qu’il recherchait. Orion aussi le savait, pourtant il ne disait jamais rien. Son père n’était pas assez courageux pour s’élever contre les idéaux des Black, mais trop libéral pour empêcher Sirius d’agir à sa guise. Il pouvait au moins se contenter de ça.
— Ouais, mais j’ai ma baguette, répondit-il en tapotant la poche intérieure de la veste.
— Langage, Sirius ! Et sois prudent.
Sirius grommela, mais hocha tout de même la tête en direction de son père avant de ressortir du bureau. Il descendit bruyamment les marches. Le portrait de sa mère brailla sur son passage :
— SIRIUS ! JE T’INTERDIS DE SORTIR DANS CETTE TENUE !
Il l’ignora et continua son chemin jusqu’au sous-sol.
— TU ES UNE HONTE POUR NOTRE FAMILLE ! TU ES…
Les cris s’estompèrent à mesure qu’il descendait les escaliers. Une fois en bas, il jeta une poignée de poudre dans la cheminée de l’immense cuisine et les flammes vertes s’élevèrent dans l’âtre éteint. Il y entra et prononça sa destination d’une voix claire et forte.
À peine sorti de la cheminée du Chaudron Baveur, Sirius chercha James du regard. Il le trouva accoudé au bar, en train de discuter avec une fille dont les longues mèches rousses effleuraient le milieu de son dos et deux garçons qui n’auraient pu être plus différents l’un de l’autre. Le premier était petit et rondouillard, avec des cheveux raides et blonds foncés qui lui descendaient jusque dans la nuque, le second était plus grand, très mince avec une masse de boucles châtaines.
— Hey ! appela-t-il en s’approchant du groupe.
James se tourna vers lui avec un sourire immense. Sirius adorait la façon dont il plissait le coin de ses yeux et illuminait en permanence le visage de son ami. Ce type était un rayon de soleil ambulant, comme si toute sa vie était parfaite et qu’il n’avait jamais été malheureux. Il l’enviait.
— Ah ! Parfaitement à l’heure ! Les gars, j’vous présente Sirius.
— Hé ! s’offusqua la fille rousse en lui tapant sur le bras.
— Les gars, et Lily, j’vous présente Sirius, reprit James en riant.
Sirius esquissa un sourire et tendit la main aux deux garçons.
— Peter Pettrigrow, annonça le plus petit des deux.
— Remus Lupin, dit l’autre avec un air crispé.
Sirius garda sa main – particulièrement chaude – dans la sienne pendant un peu trop longtemps et ne s’en rendit compte que lorsque le garçon la lui retira avec une grimace. Il était médusé par sa voix rauque et par son visage, maintenant qu’il le voyait de près. Ses yeux étaient d’une intense teinte ambrée et de minces cicatrices blanches traversaient sa joue, son front et sa pommette. Elles tranchaient sur sa peau presque aussi dorée que ses pupilles. Il retint la question qui lui brûlait les lèvres et accentua son sourire pour s’excuser d’avoir été impoli. Il détourna, presque à contre-coeur, le regard vers Lily et attrapa les doigts qu’elle lui tendait alors qu’elle se présentait. La jeune femme était superbe, d’incroyables yeux verts éclairaient son visage rond parsemé de taches de rousseur et sa robe laissait deviner de belles courbes.
— Bon, Marlene et Dorcas sont encore en r’tard. Tu veux boire quoi, Black ? s’enquit James en passant une main dans ses cheveux.
Sirius vit les regards changer à l’annonce de son patronyme. Cela ne le dérangeait pas, mais il était curieux de savoir ce que les autres allaient penser de lui maintenant.
— Je vais prendre une bièraubeurre.
Il lui tendit bientôt sa boisson et Sirius en prit une gorgée en observant les ami·es de James. Peter avait l’air un peu renfrogné et Lily semblait sur ses gardes tandis que Remus arborait un léger sourire au coin des lèvres pendant qu’il buvait. C’était intéressant d’essayer d’imaginer ce qui se passait dans leurs cervelles, Sirius était persuadé que seul Remus ne le jugeait pas sur son nom à ce moment précis.
— Il parait que tu étudies à Beauxbâtons ? demanda finalement Lily.
— Ouais, c’est un choix de mon père. Le reste de la famille était pas trop pour. Ils espéraient sûrement que j’aille à Poudlard et que je grossisse les rangs des Serpentard. Franchement, non merci !
— Hum… Il y avait une Narcissa Black à Serpentard il y a quelques années. Vous vous souvenez, cette fille blonde qui se pavanait avec des airs supérieurs. Elle était Préfète en chef quand on était en deuxième année, fit remarquer Remus avec une grimace.
— C’est l’une de mes cousines, grogna Sirius. Je vous raconte pas l’ambiance aux repas de famille avec des tarés pareils !
James éclata de rire et poussa Remus du coude. Ce dernier sourit et ce geste étira la cicatrice sur sa joue droite. Lily étouffa un ricanement dans son verre et donna une tape sur le bras de James. Seul Peter ne semblait pas s’amuser de la plaisanterie et Sirius comprit que devenir ami avec lui allait être un pari compliqué.
— Heeey, bonsoir les gens, désolée pour le retard ! s’exclama soudain une voix dans le dos de Sirius.
Il se retourna et tomba nez à nez avec une fille très blonde, au visage un peu anguleux, presque aussi grande que lui. Juste derrière elle se trouvait une autre fille, à la peau noire, plus petite et plus menue, une véritable beauté aux longs cheveux tressés.
— Marlene, Dorcas, Sirius, présenta aussitôt James avec un air pressé. On peut y aller maintenant ?
— Hé ça va, d’habitude t’es jamais à l’heure non plus, Potter ! se renfrogna Dorcas.
— Ouaip, je sais, Lily me menace assez souvent de m’transformer en montre, lâcha-t-il avec un geste négligent de la main.
Un sourire étira la bouche de Sirius alors qu’il suivait James et les autres vers la sortie du Chaudron Baveur. Il aimait déjà la dynamique de ce petit groupe.
Sortir dans le monde moldu lorsque l’on était un jeune adulte du monde magique relevait du parcours du combattant : considéré comme mineur dans le premier et majeur dans le second, cela limitait les libertés. Heureusement pour elleux, Remus et Peter savaient où aller pour faire fi des lois en vigueur.
Les deux amis avaient embarqué tout le groupe dans le métro londonien jusqu’à un pub bien précis au croisement de deux rues peu engageantes. L’extérieur était décrépi, les fenêtres crasseuses, la peinture sur la porte écaillée et l’enseigne, annonçant The Irish Corner, se balançait dangereusement au moindre souffle d’air. Pourtant, une fois à l’intérieur, l’ambiance était chaleureuse, les tables propres et le personnel accueillant. C’était bondé. Un bar rouge vif était assailli par nombre de gens en quête de boissons et dans le fond de la salle un groupe de musique folk jouait sur une petite estrade de fortune.
Leur virée dans le métro avait été une expérience plutôt drôle et intéressante. Sirius savait comment marchait ce moyen de transport, en théorie, mais il n’y avait jamais mis les pieds. Il se déplaçait grâce au transplanage et à la cheminette. Comme toutes les choses moldues, il avait appris en cours comment s’en débrouiller. Il s’était rendu compte que Lily et Remus, tout particulièrement, étaient dans leur élément et avaient guidé les autres, mais Sirius semblait être le seul à n’être jamais monté dans les wagons de ces petits trains. C’était bruyant et lumineux, rempli de moldu·es, en un mot c’était fascinant. Une expérience que sa famille aurait sans aucun doute détestée.
Les jeunes sorcier·es trouvèrent un petit coin disponible et se serrèrent autour d’une unique table. Dorcas s’installa sur les genoux de Marlene et Lily sur ceux de James. Sirius, Peter et Remus étaient donc tout désignés pour aller chercher les commandes au bar. Ils revinrent bientôt les mains pleines de verres de bière et d’un cocktail pour James, en slalomant entre les client·es assis·es ou debout, en train de discuter, taper des pieds ou applaudir le groupe. Personne n’avait jugé bon de leur demander leur pièce d’identité – qu’ils ne possédaient pas de toute manière.
Sirius sirotait sa bière blonde avec plaisir. La légère amertume était agréable. La décoration traditionnelle du bar était chaleureuse bien qu’un peu datée, ça sentait le vieux bois, l’alcool et la sueur. Le bruit provoqué par le groupe qui jouait encore et les nombreuses discussions alentour les empêchait de bavarder alors il en profita pour détailler sans vergogne le groupe d’ami·es qui était concentré sur la musique.
James et Lily semblaient être plutôt proches et James avait déjà évoqué le fait qu’il était amoureux de la jeune fille qui lui résistait depuis des années. D’après ce que Sirius pouvait voir, leur relation était loin d’être seulement amicale et Lily paraissait prête à se laisser cueillir par l’amour que lui portait James. La lueur d’adoration dans ses pupilles lorsqu’il parlait d’elle était une preuve indéniable de ses sentiments.
Marlene et Dorcas étaient bruyantes et enjouées, elles riaient beaucoup et taquinaient James qui faisait le pitre. Sirius avait été d’abord surpris que Dorcas s’installe sur les genoux de Marlene. Il n’avait jamais envisagé d’avoir ce genre de comportement avec ses camarades de Beauxbâtons, mais il n’avait surtout aucun ami·e assez proche pour se permettre une telle familiarité. Il le regrettait un peu, ça avait l’air agréable.
Peter s’était déridé dans le métro, en discutant avec animation avec Lily et Remus. Il écoutait maintenant la musique avec un air concentré et battait la mesure du pied et du bout des doigts sur son verre. Sirius n’avait pas eu l’occasion de lui adresser la parole pendant le trajet et le garçon n’avait pas semblé vouloir lui parler.
Remus était le plus mystérieux, celui que Sirius avait le plus de mal à cerner. Il était abordable et répondait avec sa voix rauque et douce, mais il était plus discret que les autres, plus effacé. Il avait un air à la fois sérieux et espiègle, un léger sourire étirait régulièrement ses lèvres et faisait apparaître une fossette sur sa joue gauche.
Au bout d’une heure et demie et plusieurs bières, la musique s’arrêta et la foule applaudit. Une partie de la clientèle quitta le pub dans les instants qui suivirent et quelques chaises se libérèrent pour Lily et Dorcas. Iels rajoutèrent également une table à la leur.
— Hmmm… On prend un truc à manger ? proposa Remus.
— Bonne idée ! Comme d’hab ? répondit James avec enthousiasme, les joues rouges.
Le groupe acquiesça avec vigueur et James embarqua Remus et Sirius jusqu’au bar. Il demanda sept fish & chips et attendit que les assiettes soient apportées. Ici, les client·es commandaient puis se débrouillaient. Sirius aimait beaucoup l’ambiance décontractée de cet endroit et se promit d’y revenir. Peut-être que Regulus accepterait de l’y suivre. Il voulait aussi rendre visite à Andromeda qu’il n’avait pas croisée depuis des mois. Sa cousine aimerait certainement venir dans ce pub, elle avait l’habitude du monde moldu.
Quand les assiettes arrivèrent, les trois garçons les emmenèrent tant bien que mal jusqu’à leurs tables et James jongla avec trois d’entre elles avec brio malgré un état d’ébriété avancé. Sirius attaqua son plat avec avidité, il était affamé. Le gras et le sel du poisson et des frites tapissèrent ses papilles avec ravissement. Cela acheva de le convaincre de revenir manger ici avec sa cousine. Il imaginait déjà la jeune femme et sa fille de quatre ans en train de dévorer les frites dégoulinantes d’huile avec les doigts, et il sourit.
— Qu’est-ce que vous étudiez à Beauxbâtons ? lui demanda soudain Remus, assis à côté de lui.
— À peu près la même chose que vous à Poudlard. On a comparé avec James et c’est presque pareil. Il y a juste Vie et mœurs moldues qui est obligatoire pour tout le monde, dès la première année.
— C’est intelligent de leur part. Je suppose, enfin… que ça doit éviter certaines dérives qu’on a chez nous, se rembrunit Remus.
— Ouais, ça serait pas du luxe pour certains… Vous avez beaucoup de soucis à Poudlard ?
Remus termina sa bouchée puis releva la tête vers lui. Sirius aurait dû trouver les cicatrices qui couturaient son visage disgracieuses, pourtant ce n’était pas le cas. Il y avait une sorte d’aura d’assurance discrète qui flottait autour du garçon et cela lui donnait un charme indéniable.
— C’est de pire en pire oui. Depuis. Enfin, tu sais, depuis Tu-sais-qui, certains Serpentard sont devenus horribles à l’école.
— Merde… Je suis désolé pour vous…
— Tu n’es pas responsable de ce que font les autres.
Sirius sentit que le sujet était sensible. Il avait déjà compris lors de la mention de sa cousine plus tôt dans la soirée que sa famille devait avoir été mêlée à ce harcèlement systématique. Il préféra parler d’autre chose.
— Tu veux faire quoi toi, après l’école ?
— Hmmm… Je ne sais pas. Je vais sûrement chercher un travail.
Sirius s’arrêta de manger un instant et il dévisagea le garçon avec étonnement. Remus s’en rendit compte, cessa aussitôt de mastiquer et il détourna le regard.
— Désolé, je suis surpris. James m’a parlé de toi, il a dit que t’étais le meilleur élève de votre année. Pourquoi tu veux pas faire d’études ?
— En fait… Hum, je ne suis pas encore vraiment décidé, répondit finalement Remus sans le regarder. Et je partage la première place avec Lily.
Sirius comprit qu’il le mettait mal à l’aise et il résolut de ne pas l’importuner plus longtemps. À la place, il redirigea son attention vers la discussion qui animait James et Marlene à propos de Quidditch. Iels jouaient dans l’équipe de leur maison à Poudlard et cela donna envie à Sirius de voler avec elleux. Ça pourrait être marrant de voir si la façon de jouer était identique entre les deux écoles.
Les jeunes sorcier·es quittèrent le pub à sa fermeture et s’éloignèrent en tanguant. Seul Remus marchait droit et semblait sobre malgré une impressionnante quantité de verres. Sirius avait été épaté par sa descente.
Il faisait frais, mais le ciel noir était sans nuages. On apercevait à peine les étoiles sous les lumières des lampadaires jaunâtres et la Lune presque pleine les observait. La nuit était silencieuse, Londres était assoupie et seuls leurs rires résonnaient dans la rue.
Sirius avait une vue parfaite sur Lily, Marlene et Dorcas qui marchaient bras dessus, bras dessous juste devant eux. Il laissa son regard se perdre sur les courbes féminines, leurs hanches qui se balançaient, leurs fesses rebondies. James était à ses côtés et racontait une énième blague à propos de gnomes, Remus et Peter riaient. Il ne pouvait rêver mieux comme fin de soirée.
Encore ensommeillé, la tête douloureuse et la bouche pâteuse, Sirius descendit jusqu’à la salle à manger. Son pyjama bleu flottait autour de ses hanches et il le retint d’une main. Le portrait de Walburga hurla à son passage et il leva le majeur dans sa direction sans même s’arrêter.
— B’jour Père, marmonna-t-il.
— Langage, Sirius. Bonjour à toi également.
Sirius leva les yeux au ciel et grommela un mot d’excuse à son père. Ce dernier le reprenait à chaque fois qu’il ne parlait pas assez bien, selon des critères qui lui étaient propres. Soit disant que c’était important pour une famille de sang pur comme la leur. Sirius était obligé de se contrôler quand il était chez lui. Il était persuadé qu’aucun·e de ses ami·es ne devait faire ce genre d’efforts avec leurs parents. Iels ne devaient pas être obligé·es de les vouvoyer.
Le jeune homme s’assit lourdement sur une chaise et claqua des doigts. Un elfe de maison apparut dans un pop bruyant et entreprit de le servir. Il déposa une grande tasse de café noir et des toasts grillés recouverts de marmelade devant lui.
— Merci, Kreattur.
L’elfe s’inclina assez bas pour que son long nez touche le sol puis disparut dans un nouveau pop sonore.
— Inutile de le remercier, Sirius. Combien de fois devrais-je encore te le répéter ?
Sirius haussa les épaules en guise de réponse. Il avait appris à l’école que toute créature méritait le respect, même celles qui étaient aussi insignifiantes que les elfes de maison. Orion, qui avait pourtant eu la même éducation que lui à Beauxbâtons, semblait l’avoir oublié. Cela faisait partie des choses qui irritaient Sirius à propos de son père. Il l’aimait bien, son père, mais il l’énervait. Il avait élevé seul ses deux garçons et les avait toujours bien traités. Il les aimait, Sirius le savait. Mais il était aussi lâche. Il avait la mémoire courte et n’avait pas le courage d’afficher ses opinions réelles face aux autres. Sans compter tout ce qu’il lui restait encore à déconstruire. Ou à se rappeler.
Sirius mâchonna l’un de ses toasts distraitement, les yeux dans le vague. Son père se leva, rangea sa chaise sous la table et se dirigea vers la sortie de la pièce.
— Il y a du courrier pour toi, Sirius. Je l’ai mis sur le meuble de l’entrée.
— OK… Heu, d’accord, Père, se reprit-il.
Orion quitta la salle à manger et Sirius termina son petit déjeuner en se demandant qui avait pu lui écrire. Andromeda peut-être ?
Il laissa sur la table les reliefs de son repas et remonta le couloir principal de la maison, en tenant toujours son pantalon d’une main. Il fallait qu’il dise à Kreattur de lui réparer ça.
Sa mère hurla de nouvelles insanités à son passage et Sirius l’ignora. Il regrettait que son père n’ait pas accepté de mettre un rideau pour couvrir ce tableau de malheur. Il était déjà heureux qu’il ne soit pas dans les pièces principales, ça aurait été invivable.
Il attrapa le courrier qui l’attendait dans la coupelle d’argent et remonta l’escalier jusqu’au dernier étage. Il s’enferma dans sa chambre, s’assit sur son lit en désordre et déchira l’enveloppe.
Salut Black !
Mes parents sont partis pour trois semaines, j’ai la maison pour moi tout seul.
Avec les potes on va se faire une bouffe demain soir, t’es le bienvenu !
Réponds-moi stp, pour que je m’organise.
J. Potter
Sirius se leva d’un bond pour se précipiter à son bureau. Il retourna le parchemin et griffonna une réponse rapide. S’il avait envie d’y aller ? Mais il en trépignait presque ! Depuis sa première rencontre avec les ami·es de James, il ne rêvait que de les revoir. Il repensait à la jolie Lily et à Remus et ses yeux dorés qui l'avaient tant intrigué. Il se promit de ne plus le mettre mal à l’aise avec des questions intrusives, le garçon avait l’air très secret. Il appela ensuite Kreattur et lui confia sa lettre en lui demandant de l’envoyer immédiatement.
Heureux de ce début de matinée, Sirius prit une douche et enfila à la va-vite une robe de sorcier qui traînait sur sa chaise. C’était le genre de vêtements qu’il ne portait que chez lui.
De bonne humeur, Sirius décida de traverser le couloir et de frapper à la porte de Regulus. Son frère entrouvrit le battant.
— Ah c’est toi ! Qu’est-ce que tu veux, Siri ?
— Tu viens jouer à la Bataille Explosive avec moi ?
Regulus sembla hésiter puis le suivit finalement dans sa chambre. Sirius le laissa distribuer les cartes et la partie débuta. Assis sur le lit de l’aîné, les deux garçons enchaînèrent les suites. À chaque explosion, ils éclataient de rire. Bientôt, Sirius ne comprenait même plus ce qu’il jouait et jetait ses cartes au hasard sur la pile qui ne cessait de produire des boums retentissants. Il ne lui restait plus que deux cartes en main quand le rire se fit si intense qu’il dut s’arrêter, plié en deux, une main serrée sur son ventre douloureux. Face à lui, avec encore dix cartes, Regulus en pleurait.
La partie se termina dans un énorme boum qui fit trembler la chambre et Sirius se jeta en arrière sur son lit, il ne pouvait même plus respirer tellement il riait. Le rire de Regulus faisait écho au sien et Sirius se fit la réflexion que cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas autant amusé avec lui.
Sirius adorait son petit frère, même s’ils n’avaient que peu d’intérêts en commun. Il lui avait semblé normal et naturel de s’occuper de lui, de le protéger, de le guider, bien qu’ils aient moins de deux ans d’écart. Après tout, leur mère n’était pas là et leur père était parfois submergé. Cependant, depuis environ une année, ils ne se parlaient plus autant et Regulus s’était éloigné de lui. Ses premières années à Beauxbâtons, Regulus était souvent avec lui. Ce n’était plus le cas maintenant et Sirius pouvait compter sur les doigts des deux mains les moments passés avec Regulus depuis l’été précédent.
Le rire s’estompa et Sirius resta immobile à regarder le plafond blanc de sa chambre. Il écouta Regulus respirer à côté de lui pendant un long moment. La gorge serrée, il réalisa que son frère s’éloignait de lui et cette constatation lui fit mal au cœur. Il soupira et laissa son esprit dériver dans le vide.
— T’as pas mis tes vêtements moldus aujourd’hui ?
— Oh, ouais. Nan, j’ai eu la flemme de m’habiller en fait.
— Les robes c’est des habits aussi, Sirius ! C’est même plus des habits que ces trucs que tu portes à longueur de temps…
Sirius tourna le visage sur le côté et croisa le regard de son frère qui le toisait. Ses traits étaient durs et beaucoup trop sérieux, Sirius ne l’avait jamais vu comme ça. C’était aussi la première fois qu’il tenait ce type de propos que leur famille se faisait un plaisir de proférer chaque fois qu’elle voyait Sirius.
— Pourquoi tu dis ça, Reggie ?
— C’est ce que je pense, déclara Regulus en haussant les épaules. Tu devrais arrêter de te comporter comme eux, c’est dégradant.
— Quoi ?
— Ouais, tu vaux vraiment pas mieux que ces sauvages si tu t’habilles pareil. Mère doit sûrement se retourner dans sa tombe à te voir te balader comme ça tout le temps. Ça me donne la gerbe, Siri. Je pensais pas que tu finirais comme ça… Manquerait plus que tu sortes avec une sang de bourbe, tiens.
Puis il descendit du lit en silence et quitta la chambre de Sirius sous ses yeux brouillés par les larmes. Il avait la terrible impression que quelque chose venait de se briser entre eux. Il supportait à peine l’horrible sentiment que cette brèche était irréparable. Comme si ce fossé allait se creuser de plus en plus et les séparer pour toujours.
Notes:
Titre du chapitre : The Passenger (Iggy Pop)
Chapter 3: Is it strange to dance so soon ?
Notes:
Bonjour à toustes,
C'est le chapitre 3 aujourd'hui. Sirius continue d'apprendre à connaître James et ses amis.
N'oubliez pas de laisser un petit mot si vous avez apprécié votre lecture !Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 3 — Is it strange to dance so soon ?
Lorsque Sirius enfila ses bagues et sa veste en cuir, il repensa à ce que Regulus lui avait dit la veille. Son cœur se serra en réalisant que son frère avait une si basse opinion de lui. Il avait cru que les cours à Beauxbâtons lui avaient ouvert les yeux à lui aussi. Il avait cru qu’il était encore son modèle, son exemple. Jusqu’à ces quelques phrases lancées en l’air.
Ils riaient encore ensemble aux dépens de leur famille aux idées rétrogrades l’été précédent. Sirius ne comprenait pas ce qui avait pu se passer pour que son petit frère change ainsi d’opinion en seulement quelques mois. Quelqu’un lui avait-il retourné la tête ?
Il quitta sa chambre l’esprit préoccupé. Il écouta un instant à la porte de son frère, mais il n’y avait pas de bruit. Était-il seulement là ? Regulus était un solitaire, il ne sortait en général pas beaucoup pendant l’été. Habituellement, il passait son temps avec Sirius ou ses cousines, quand Bellatrix ou Narcissa étaient disponibles pour le recevoir. Bien que ce soit devenu moins fréquent avec les années, et encore plus rares depuis les deux femmes s’étaient mariées et avaient quitté le manoir Black.
Sirius descendit jusqu’au sous-sol sans se soucier de ne pas croiser son père qu'il avait déjà prévenu de son absence. Dans le couloir du rez-de-chaussée Sirius passa devant le portrait de Walburga qui, Merlin soit loué, dormait.. Recevoir des insultes quotidiennes de la part de sa mère, même si ce n’était qu’une image, lui faisait toujours aussi mal. Il la haïssait, mais cela n'atténuait pas cette violence permanente.
Il ne lui fallut que quelques instants pour apparaître dans la cheminée de la maison des Potter.
— Bienvenue chez moi, Black !
Sirius croisa le regard pétillant et l’incroyable sourire de James et cela suffit à mettre ses soucis de côté. Il s’avança dans la pièce et James lui fit une rapide accolade qui le surprit.
— Hé ! Tu prends la confiance, Potter !
— Un jour ou l’autre, tous mes amis en passent par là, Black… Il était temps qu’tu sois au courant que j’aime faire des câlins, s’esclaffa James.
— Il est insupportable avec ça. Mais on l’aime quand même ! plaisanta Remus.
Sirius tourna la tête vers le jeune homme assis sur un canapé vert, une bouteille de bièraubeurre à la main. Sa voix l’avait interpelé : plus rauque et plus éteinte que dans son souvenir. Le visage de Remus était fatigué, ses yeux rouges et cernés, son teint pâle. Que lui était-il arrivé ? Il ne se leva pas et Sirius s’avança vers lui la main tendue. Il la récupéra quelques instants plus tard après avoir noté que sa paume était brûlante. Par ailleurs, Remus avait retiré sa main un peu vite à son goût en tentant de camoufler une grimace et Sirius se demanda s’il n’avait pas serré trop fort.
Lily et Peter étaient debout à côté d’une table basse en bois vernis. La jeune femme lui adressa un sourire chaleureux et une poignée de main fraiche qui contrasta avec celle de Remus. Peter le regarda avec froideur et, lui, retira sa main une seconde après l’avoir prise.
— Fait comme chez toi, Black, invita James d’un geste de la main. Tu veux une bièraubeurre ?
— Ouais, merci, répondit Sirius en s’asseyant à côté de Remus.
Il se souvint qu’il s’était promis de ne pas poser de questions intrusives et garda pour lui celles qui lui venaient à l’esprit alors qu’il essayait de ne pas le fixer.
— Les autres viennent aussi ce soir ? demanda-t-il.
— Non, elles sont parties en vacances avec leurs familles, répondit Lily en s’installant dans un fauteuil.
— OK…
Dans le silence étrange qui suivit, Peter quitta la pièce. Peut-être pour aller aider James ? Près de Sirius, Lily avait remonté ses pieds sur l’assise du fauteuil en velours assorti aux canapés et triturait l’accoudoir distraitement. Le petit bruit l’irritait. Un tic tac régulier le fit se retourner vers une vieille horloge en bois foncé installée proche d’une large cheminée au linteau de pierre sculpté d’entrelacs. Contrairement à la sienne, celle-ci donnait simplement l’heure. Il n’osait pas regarder Remus et balaya d’abord les murs tapissés de gris avant de fixer le sol recouvert d’un tapis beige. Les poils étaient décoiffés par les pieds de Remus qui le tapotait du bout de son mocassin.
— Hé ben, vous tirez la tronche ou quoi ?
Sirius tourna la tête vers l’entrée du salon. James apportait des chips, des olives et des toasts tartinés de substances indéfinissables. Peter le suivait avec le même genre de chargement.
— Non, c’est moi qui ne suis pas bavard ce soir, s’excusa Remus.
— Arrête de dire n’importe quoi, le rabroua Peter avec un sourire doux.
Les deux garçons posèrent les plateaux sur la table basse, James tendit une bouteille à Sirius et ils s’installèrent sur l’autre canapé, juste en face.
— Vous parliez de quoi avant que j’arrive ? demanda Sirius après avoir avalé une gorgée de boisson.
— De musique ! Avec Remus, on essaye depuis des années de convaincre ces deux-là de se mettre à écouter certains groupes moldus, répondit Lily avec un sourire contagieux. Mais ils s’obstinent rien que pour nous faire chier.
Sirius se redressa comme un ressort en renversant un peu de sa bièraubeurre presque pleine.
— Quels groupes ‽
— Les Beatles pour commencer, David Bowie, T.Rex aussi, énuméra Remus d’une voix lente et fatiguée. Les Clash, qui viennent de sortir leur premier album, il est excellent ! Et Queen, évidemment… Eux, tu dois connaître…
— Ah ouais, ouais bien sûr ! Comment tu sais que je les connais ? Je les connais tous d’ailleurs.
— Le t-shirt que tu portais vendredi ?
Sirius se félicita pour son choix vestimentaire de cette soirée-là et se força à ne pas baisser les yeux vers le t-shirt à l’effigie des Sex Pistols qu’il arborait. Le groupe avait une réputation un peu excessive, mais il appréciait leur album. En tout cas, il était ravi de trouver des sorcier·es qui connaissaient et aimaient le rock’n’roll moldu, c’était inespéré !
Lui-même les avait découverts grâce à Ted, le mari d’Andromeda. Le sorcier d’origine moldu écoutait certains groupes réputés, comme Les Beatles, et l’avait emmené chez le disquaire quand il s’était rendu compte que cela intéressait Sirius. Il était littéralement tombé amoureux de Queen et de la voix du chanteur.
— Ton morceau préféré de Queen, Lupin ? s’enquît-il avec ardeur.
Sirius n’avait jamais personne avec qui parler de musique. Regulus était hermétique, son père lançait des sorts d’insonorisation sur sa chambre lorsqu’il utilisait sa platine vinyle et ses ami·es de Beauxbâtons ne montraient pas un grand intérêt pour le rock’n’roll moldu anglophone.
— C’est dur de choisir… Peut-être You're My Best Friend, répondit finalement Remus après un temps de réflexion.
— Oh ! Excellent choix ! Je crois que ma préférée c’est Killer Queen ! Et j’ai trop hâte d’écouter l’album qui doit sortir bientôt !
Sirius était tout excité de pouvoir parler de son groupe favori. Il ne pouvait pas acheter de nouveaux albums quand il était à l’école et il se ruait chez le disquaire à chacune de ses vacances.
— Moi aussi… Hmm, même si je crois que j’ai une préférence pour Led Zeppelin et T.Rex, répondit Remus de sa voix rauque, un peu éraillée.
— Hey ! Super ! s’extasia Sirius, assis tout au bord du canapé, tourné vers Remus. Tu connais Electric Warrior alors ? J’adore Get It On !
— Cosmic Dancer est ma préférée sur Electric Warrior.
Sirius notait mentalement tout ce que Remus lui disait, ses goûts étaient intéressants et il se demandait s’ils pourraient avoir des préférences communes. Ils semblaient plutôt opposés et pourtant ils aimaient les mêmes groupes.
La discussion se poursuivit sur la musique, agrémentée des commentaires de Lily. Elle était celle qui avait le plus de vinyles, ses parents lui en achetaient souvent. Elle les prêtait à Remus qui les écoutait pendant les vacances puisque rien d’électrique ne marchait à Poudlard. Sirius se demanda si Remus venait d’une famille pauvre. Il avait déjà remarqué que James avait payé toutes ses consommations au bar, alors qu’il ne l’avait fait pour personne d’autre.
Remus et Lily argumentaient passionnément à propos des groupes en analysant les textes de leurs morceaux favoris. Sirius les trouvait fascinant·es, lui ne fonctionnait qu’au feeling et au rythme. Lily était incollable sur David Bowie et Sirius se demanda si elle n’avait pas le béguin pour le chanteur tant ses yeux s’illuminaient quand elle en parlait. Cela faisait beaucoup rire James qui se moquait d’elle en la traitant de groupie.
Peter et James tentaient vraisemblablement de suivre et Sirius déplorait de ne pas pouvoir leur faire écouter sur le champ ce dont iels parlaient. Il était étonné que ni Lily ni Remus n’aient jamais amené de tourne-disque dans la maison des Potter, iels se réunissaient ici assez souvent d’après ce qu’il avait compris. Il décida d’y remédier s’il devait de nouveau être invité. Le mieux serait de réussir à emmener tout le monde à un concert. Sirius rêvait de voir Queen depuis qu’il les connaissait, peut-être l’été prochain avec un peu de chance…
Il remarqua que plus la soirée avançait, plus Remus avait l’air épuisé, malgré ses joues roses qui témoignaient de son implication dans la discussion. Sa voix était de plus en plus rauque et ses mains étaient devenues presque immobiles alors qu’elles s’agitaient pour illustrer ses propos encore une heure plus tôt . Il finit par ne plus ouvrir la bouche et James en profita pour parler de Quidditch.
Une fois la nourriture engloutie, Sirius se leva pour aider James à rapporter à la cuisine les verres et bouteilles vides qui s’étaient accumulés sur la table basse.
— Hey, Potter, qu’est-ce qu’il a Lupin ? questionna Sirius en reposant son chargement sur le plan de travail.
— Comment ça ?
— Il a l’air malade, tu trouves pas ?
James déposa la vaisselle dans l’évier avant d’y lancer un sort de nettoyage. L’éponge commença à s’agiter sur la faïence sale et James se tourna de nouveau vers Sirius en passant une main dans ses cheveux déjà ébouriffés.
— Oh… Heu, ouaip. Il… il a attrapé un truc l’aut’ soir.
— Il devrait pas être chez lui pour se reposer ?
— Il… Il a l’habitude, t’inquiète. Pis c’pas contagieux.
— Ah…
James avait perdu son éternel sourire et son regard s’était fait fuyant. Cela augmenta la curiosité de Sirius plutôt que de l’apaiser. Est-ce que Remus souffrait d’une maladie chronique ? D’un maléfice quelconque ? Il avait pourtant eu l’impression que le garçon avait une bonne forme physique. Lorsqu’iels étaient rentrés de leur soirée au pub, il s’était amusé à porter Marlene et Dorcas en même temps, sans faillir et sans tanguer malgré un incroyable nombre de bières. Cela méritait qu’il se penche sur la question.
Il retourna dans le salon pour y trouver Peter qui disait au revoir à Lily et Remus.
— Prends soin de toi, mon vieux, dit-il à Remus.
— Merci, Pete… T’en fais pas, ça va.
Peter se tourna vers Sirius et lui adressa un vague signe de la main avant de quitter le salon. Des voix s’élevèrent depuis la cuisine, mais Sirius n’en comprit pas un mot. Le bruit de la porte d’entrée résonna puis James les rejoignit.
— Vous voulez du gâteau au chocolat ? demanda-t-il d’un ton enjoué. Je l’ai acheté à la pâtisserie du coin ce matin et il en reste encore.
Les réponses furent unanimes. Une plaisante chaleur s’installa dans la poitrine de Sirius quand il croisa les yeux pétillants de joie de Remus. Le gâteau fut bientôt réduit à quelques miettes dans le plat, Remus en avait repris quatre fois. Malgré son air maladif, le garçon avait un appétit d’ogre.
Après cela, Remus se leva du canapé. Sirius l’observa évoluer avec difficulté, comme s’il était perclus de courbatures. D’ailleurs, il ne se tenait pas complètement droit et ses épaules un peu voûtées le rendaient plus petit qu’il n’était entre les bras de James. Sirius se leva à son tour et fit attention à ne pas serrer sa main trop fort cette fois. Pourtant, il eut l’impression que Remus retenait une grimace derrière son sourire crispé. Puis il emprunta la cheminette après avoir embrassé la joue de Lily qui le couvait d’un regard préoccupé.
— T’inquiète, Lils, il va bien.
— Je sais, James, mais quand même…
Sirius intercepta un regard appuyé de James vers Lily et cette dernière n’insista pas. Il y avait quelque chose qui se tramait avec Remus, Sirius en était persuadé. Et il était bien décidé à découvrir ce dont il s’agissait.
Le mois d’août s’écoula à une vitesse vertigineuse. Telle une montre folle dont les aiguilles tournèrent en accéléré, les jours s’égrenèrent à toute allure. Sirius avait l’impression d’avoir terminé son stage la veille et pourtant plusieurs semaines étaient passées. Il avait eu le temps d’écrire un rapport, long et détaillé, qu’il avait envoyé au dernier moment, et attendait des nouvelles avec impatience.
Les jours avaient fondu les uns dans les autres et Sirius n’avait pas réussi à croiser son frère une seule fois. Les mots de Regulus continuaient à le torturer et il se demandait s’il n’avait pas exagéré leur sens, mais il n’avait pas pu lui en reparler. Regulus n’était jamais là aux heures de repas, mais Sirius l’entendait parfois marcher dans sa chambre, de l’autre côté du couloir. Leur père ne les forçait jamais à être présents pour manger. Il ne les obligeait jamais à rien, en réalité. Ils vivaient un peu comme ils voulaient pendant les vacances. Quoi qu’il en soit, Orion était lui-même très occupé, soit enfermé dans son bureau, soit en déplacement.
En parallèle, le groupe d’ami·es de James devenait peu à peu le sien. Sirius les avait vu·es tous les deux ou trois jours pendant tout le mois. Il adorait les observer ensemble, leur complicité était clairement visible, comme les mailles colorées d’un pull-over intriquées les unes dans les autres. Et malgré ce qu’il avait imaginé lorsqu’il avait rencontré James, ce n’était pas lui qui les soudait, c’était Remus. Il paraissait être à la fois la maille de départ et la toute dernière.
Remus était responsable de la réconciliation entre deux trio que tout opposait. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Il semblait que ces derniers, et James en particulier, étaient adeptes de farces toutes plus stupides les unes que les autres. Cela agaçait Lily, qui était préfète. Marlene et Dorcas les trouvaient simplement immatures. Pourtant, Lily s’était toujours bien entendue avec Remus, parce qu’iels aimaient les livres, les cours, ne rechignaient pas sur leurs devoirs et emmagasinaient les connaissances aussi aisément qu’iels respiraient. Ainsi, petit à petit, mois après mois, années après années, Remus avait tricoté les mailles entre elleux. Grâce à lui, Marlene commença à parler à James en dehors du terrain de Quidditch. Il avait montré à ce dernier qu’il pouvait plaire à Lily s’il arrêtait de faire l’imbécile. Il avait permis à Peter de trouver une oreille attentive chez Dorcas lorsqu’il voulait parler de son amour des petites bêtes. Par ailleurs, toustes avaient un point commun non négligeable : leur aversion pour les Serpentard et le concierge de Poudlard. Chacun·e avait trouvé de quoi apprécier les autres, avec ou sans Remus pour tricoter les relations.
À mesure que le mois d’août avançait, Remus avait perdu son teint blafard, ses cernes, son dos voûté et sa voix éteinte. Malgré sa curiosité, Sirius n’avait pas questionné James de nouveau.
Ce jour-là, Sirius devait les retrouver sur le Chemin de Traverse. Tout le monde devait faire ses achats pour la rentrée et c’était l’occasion de se voir une dernière fois. Mais, avant ça il devait passer chez sa cousine Andromeda.
Sirius attendit d’être dans le parc en face pour transplaner. Il n’y avait pas d’autre solution pour aller chez Andromeda, sa cheminée n’était pas reliée à celle du 12, Square Grimmaurd. Personne ne savait que Sirius connaissait son adresse et avant qu’il ait son permis de transplanage, elle venait le chercher.
Il toqua quelques instants plus tard à la porte d’une petite maison dans un hameau du Pays de Galles. Une maison simple qui paraissait tout ce qu’il y avait de plus normal à première vue. Le battant s’ouvrit bientôt sur une femme brune aux cheveux bouclés et aux grands yeux marron très doux. Une enfant de quatre ans à la tignasse rose s’accrochait à l’une de ses jambes.
Comme chaque fois qu’il arrivait chez sa cousine, Sirius ne pouvait s’empêcher de repenser au jour où Andromeda avait été reniée de la famille Black. Il avait douze ans et venait de terminer sa première année à Beauxbâtons.
La porte de Sirius avait résonné des coups donnés sur le battant.
— Habille-toi Sirius, nous allons au manoir Black ! s’était exclamé la voix ferme d’Orion.
Sirius avait ouvert sa porte et s’était retrouvé face à son père qui avait un air énervé.
— Pourquoi ?
— Conseil de famille, je n’en sais pas plus.
Sirius s’était préparé et avait suivi son père et son frère dans la cheminette. Le manoir Black était sombre – plus que d’habitude – et des cris retentissaient au loin. Ils s’étaient rendus dans le grand salon où se trouvait la famille au complet : son oncle Cygnus et sa tante Druella, leurs trois filles Bellatrix, Andromeda et Narcissa et même son oncle Alphard qu’il aimait bien, mais qui était toujours vu d’un œil critique par sa famille. Andromeda était recroquevillée sur un fauteuil et son père se tenait debout face à elle. C’était lui qui criait.
— Il en est hors de question, ma fille ! Tu déshonores notre famille !
— Nous allons te trouver un bon parti que tu épouseras avant la fin de l’été, avait assené Druella.
L’arrivée de Sirius, Regulus et Orion avait fait se tourner les regards dans leur direction et Andromeda s’était redressée avec une lueur d’espoir dans les yeux.
— Ah, vous êtes là, Orion, parfait. Peut-être que vous pourrez nous aider à mettre un peu de jugeote dans la cervelle de notre fille.
— Que se passe-t-il ?
— Elle a rencontré un sang de bourbe qu’elle veut épouser ! s’était lamentée Druella d’une voix plaintive.
— Ne l’appelez pas ainsi ! s’était récriée Andromeda. Ted est un excellent sorcier et il vaut mieux que vous tous réunis !
Sirius avait vu son propre père s’avancer et s’asseoir face à Andromeda. Regulus et lui étaient restés debout dans le fond de la pièce, Sirius savait qu’on ne leur demanderait pas leur avis.
— Andromeda, sois raisonnable, avait commencé Orion d’une voix douce. Ce n’est pas une bonne idée de te marier avec une personne qui n’est pas de sang pur, tu le sais.
— C’est ma décision et je ne changerais pas d’avis pour vous faire plaisir, ni à vous ni à mes parents.
— Meda, s’il te plaît, avait supplié Bellatrix. Tu seras souillée…
— Non.
— Nous ne pouvons accepter de sang de bourbe dans la famille, Andromeda. Si tu t’obstines, nous serons dans l’obligation de te renier.
Les mots de Cygnus avaient claqué avec dureté et Sirius en avait frissonné d’horreur. Sa cousine s’était levée et avait redressé le menton dans une attitude fière, même s’il la voyait trembler.
— Alors, reniez-moi.
Elle avait ensuite quitté la pièce à pas rapides, d’une démarche raide. Elle avait frôlé Sirius qui n’avait osé ni lui parler ni la toucher, pourtant il compatissait à son sort. Être renié·e de sa famille avait de lourdes conséquences pour un·e sorcier·e et il aimait beaucoup sa cousine. Elle avait toujours été d’une douceur et d’une gentillesse exceptionnelles.
Il y avait eu du bruit dans les étages de la bâtisse puis la porte d’entrée avait claqué avec force. Le salon était resté muré dans le silence, comme si tout le monde espérait qu’elle revienne sur sa décision. Sirius avait reporté son attention sur les membres de sa famille encore présent·es. Alphard baissait la tête avec un air désolé, Cygnus était vert de rage, les yeux de Narcissa étaient vaguement humides, Bellatrix grimaçait d’un air méchant et Druella avait sorti sa baguette. Elle avait fait plusieurs mouvements et avait prononcé des mots en latin. Une vague de magie s’était élevée alors autour d’elle et avait enflé sous forme d’une sphère dorée. La sphère avait grossi et grossi encore, jusqu’à englober tout le salon, puis tout le Manoir. Et, enfin, elle avait disparu.
Quand Sirius était retourné au 12, Square Grimmaurd, le nom de sa cousine avait disparu de la tapisserie généalogique de la famille Black, il n’y avait plus qu’une tache sombre et une odeur de brûlé. Andromeda avait disparu, elle n’existait plus.
— Sirius ?
La voix d’Andromeda le tira de son souvenir. Il secoua un peu la tête et sourit.
— Hey, Meda ! Salut, Dora ! s’exclama Sirius en se mettant à la hauteur de la petite fille.
Nymphadora lui sourit timidement tout en se cachant derrière sa mère. Andromeda se décala maladroitement sur le côté et laissa Sirius entrer avant de refermer la porte.
— Qu’est-ce qu’elle a grandi depuis Noël !
— Ça veut dire qu’on ne se voit pas assez, Sirius.
— Plus qu’un an à Beauxbâtons, après on pourra se voir beaucoup plus.
— Dora, bouge un peu, je peux pas marcher ! Allez, n’aie pas peur, c’est cousin Sirius, il va pas te manger !
Sirius pouffa et se baissa de nouveau au niveau de l’enfant.
— Tu me montres les jouets que tu as eus pour ton anniversaire ?
Elle sembla hésiter puis s’éloigna dans le couloir en courant. Sirius la suivit jusqu’à sa chambre et laissa la petite fille lui montrer ses nouveaux livres de contes, une poupée et un petit train magique en bois.
— Je veux une histoire ! exigea-t-elle ensuite de sa voix fluette en tendant un livre.
Sirius s’installa sur le fauteuil à bascule et prit Nymphadora sur ses genoux. Puis il lui commença à lire le conte qu’elle lui avait donné. C’était l’histoire d’une famille de gnomes qui résidait dans un jardin de sorcier·es et dont le père se faisait expulser par magie. La mère et les enfants gnomes partaient alors à sa recherche et vivaient tout un tas d’aventures avant de finalement le retrouver et de rentrer chez elleux.
— Je vais aller voir ta maman, maintenant, d’accord ?
Elle le laissa quitter la pièce et se mit à faire rouler son petit train en sifflant et criant « tchou-tchou ». Sirius rejoignit sa cousine dans la cuisine et accepta la tasse de thé qu’elle avait préparé pour lui.
— Comment s’est passé le stage ?
— Super bien ! J’ai adoré et je veux vraiment faire Auror. En plus j’ai rencontré un type super là-bas, on est devenus amis.
— Quelqu’un de bien j’espère ?
— Oui, oui, t’inquiète pas ! James est très gentil et ses amis aussi. La fille dont il est amoureux est née moldue, si ça peut te rassurer.
— Tant mieux.
Andromeda se souciait en permanence des fréquentations de Sirius. Après avoir contribué à sa sortie des idéaux sang pur, elle veillait sur lui comme s’il était son petit frère. Sirius se souvenait avec nostalgie du moment où la jeune femme était revenue dans sa vie.
À quatorze ans, Sirius avait enfin décidé de se rebeller contre les idées de sa famille. Il s’était rappelé que sa cousine avait été reniée pour avoir voulu épouser un né moldu, alors il avait tenté le tout pour le tout et il lui avait envoyé une lettre. La poste du Chemin de Traverse lui avait permis d’emprunter un hibou qui avait trouvé son adresse sans mal.
La réponse était arrivée un mois plus tard. Il était de retour à Beauxbâtons après les congés de Noël et n’espérait plus rien. Ce premier contact avait été prudent et suspicieux, mais Sirius lui avait écrit de nouveau. Iels avaient échangé ainsi pendant tout le reste de l’année scolaire puis iels s’étaient enfin revu·es pendant l’été.
Sirius avait redécouvert sa cousine, avait rencontré son mari et sa fille métamorphomage au caractère bien trempé. Iels avaient bavardé pendant toute l’après-midi ce jour-là, en buvant des litres de thé et en mangeant des tonnes de biscuits, entre deux demandes de l’enfant. Iels avaient beaucoup évoqué leur famille et le mal que les idéaux sang pur pouvaient faire.
Iels ne s’étaient plus perdu·es de vue et Sirius lui rendait visite chaque été en toute discrétion. Iels ne parlaient plus de leur famille, mais les sujets de discussion ne manquaient pas.
— Comment ça va avec Dora ?
— Ha ha ha, elle me rend folle. Mais ça va.
Sirius lui adressa un sourire d’encouragement.
— Tu veux venir sur le Chemin de Traverse avec moi tout à l’heure ? Ça te changerait les idées !
— J’ai personne pour garder Dora.
— Amène-la ! Je dois rejoindre les amis dont je te parlais, ils vont l’adorer !
— Hum… Pourquoi pas, après tout. OK.
Andromeda sourit avec douceur à Sirius et ce dernier se proposa de l’aider à préparer le déjeuner. Iels cuisinèrent en dansant sur la musique qui s’échappait de la radio sorcière posée sur la table. Sirius aimait faire à manger avec sa cousine, c’était elle qui lui avait tout appris. Chez lui, l’elfe de maison de la famille s’occupait de ces tâches subalternes et Sirius n’avait même jamais approché la cuisinière du Square Grimmaurd. Il appréciait se faire servir, mais il ressentait toujours une forme de fierté à manger ce qu’il avait préparé lui-même.
Après un repas mouvementé avec Andromeda et une Nymphadora qui ne voulait pas rester assise sur sa chaise plus de cinq minutes d’affilée, iels se préparèrent pour aller au Chemin de Traverse. Andromeda emporta son sac à dos et prit sa fille sur sa hanche avant d’activer la cheminette. Sirius la suivit avec réticence, il n’aimait définitivement pas ce moyen de transport.
Le Chaudron Baveur était bondé, les clients se bousculaient et les élèves de Poudlard venus faire leurs achats étaient nombreuxes.
Sirius vérifia l’heure à sa montre à gousset et pressa sa cousine pour suivre un petit groupe d’adolescent·es qui sortait dans la cour qui permettait d’accéder à la rue sorcière. Celle-ci se trouva être aussi surchargée que le pub et Sirius tira Andromeda par le coude pour se dégager d’un couple qui venait de les pousser. Il se mit sur la pointe des pieds et jeta un regard aux alentours.
Le Chemin de Traverse était bruyant et joyeux, le soleil éclaboussait les façades de ses rayons chauds. Sirius prit la main de sa petite-cousine et se dirigea vers la droite d’abord, il finirait bien par les repérer. Une fois au bout de la rue, il fit demi-tour et continua à scruter les vitrines des boutiques dans l’espoir de les apercevoir à travers.
— Hé, Black ! Hé ! Sirius ! Par ici !
Sirius tourna sur lui-même. Des mains s’agitaient sur la terrasse de Florian Fortarôme. Il vérifia qu’Andromeda le suivait et raffermit sa prise sur les doigts de la petite fille alors qu’il s’y dirigeait à grands pas.
— Hey ! salua-t-il en arrivant. Je vous ai cherché partout !
— Tiens, prend une chaise, lui proposa Lily.
Sirius s’assit et installa Nymphadora sur ses genoux. Elle cacha son visage contre lui.
— Tu nous avais pas dit qu’t’avais une sœur ! fit remarquer James avec un immense sourire.
— C’est pas ma sœur, c’est ma petite cousine ! Je vous présente, Andromeda, ma cousine. Meda, je te présente James, Peter, Lily et Remus. Ce sont…
Sirius marqua un temps d’arrêt en croisant le regard épuisé de Remus. Le garçon avait l’air encore plus exténué qu’au début du mois, des cernes noirs mangeaient la moitié de ses joues creusées et le blanc de ses yeux était injecté de sang. Il allait pourtant bien quelques jours plus tôt.
— … les gens dont je t’ai parlé ce matin, acheva-t-il en se forçant à garder son ton enjoué.
— Enchantée, répondit-elle avec politesse tout en s’asseyant à son tour.
— Ah ! Mais c’est l’boursouf noir de ta famille, c’est ça ? demanda James.
— James ! Sois poli ! le rabroua Lily avec une tape sur le bras.
Andromeda laissa échapper un rire.
— Qu’est-ce que tu as raconté sur moi, Sirius ?
— Rien que la vérité, promis ! Ils sont pas très fans de notre famille de dégénérés, fallait que je les convaincs que tu étais fréquentable, plaisanta Sirius.
James et Lily pouffèrent, Peter lui lança un regard peu amène et Remus sourit faiblement. Sirius s’inquiétait pour lui, son état lui semblait catastrophique. Est-ce qu’il était de nouveau malade ? Il aurait dû être dans son lit, qu’est-ce qu’il faisait ici ? Les autres ne paraissaient pourtant pas s’en soucier et Sirius trouvait ça bizarre.
— Vous avez fait vos courses ? demanda-t-il finalement en voyant les paquets qui s’empilaient à côté d’elleux.
— Ouaip ! Désolé, on est arrivé tôt, on t’a pas attendu. Marlene et Dorcas sont même déjà reparties.
— J’étais chez Andromeda ce matin, j’ai pas pu venir avant, s’excusa Sirius. C’est pas grave, je ferai mes achats tout à l’heure. Je suis sûr que tu vas m’aider à porter mes paquets, hein Dora ?
La petite fille osa à peine relever sa tête pour croiser le regard de Sirius. Mais elle lui sourit et descendit de ses genoux pour rejoindre ceux de sa mère.
Un serveur vint leur demander s’iels désiraient boire autre chose et Sirius commanda une glace au chocolat pour Nymphadora, une à la pistache pour Andromeda et une à la vanille pour lui, ainsi que trois verres de jus de citrouille. Les autres ne voulurent rien de plus, malgré la proposition de Sirius de payer une tournée.
— T’es prêt pour la rentrée, Black ? lui demanda Remus d’une voix bien plus rauque que d’habitude.
Sirius tourna la tête vers lui, il s’était installé juste à côté. Malgré son air malade, ses iris dorés brillaient de leur habituelle lueur. Celle qui y était toujours quand il parlait des cours ou de musique et que Sirius trouvait intrigante et attachante. Il lui sourit et Remus le lui rendit. Cela creusa la fossette de sa joue gauche et étira la cicatrice de la droite. Encore une particularité du jeune homme qui piquait la curiosité Sirius.
— J’ai hâte d’en avoir fini avec l’école en fait. Ça va être la pire année avec les examens.
— Je comprends… Moi, ça ne me dérange pas.
— Ah bon ?
— Remus est un chanceux, intervint Peter. Il n’est jamais stressé par les examens alors que certains d’entre nous sont à la limite de la crise d’angoisse.
— Parle pour toi, Pete ! taquina James. Moi j’suis pas stressé !
— C’est parce que tu prends jamais rien au sérieux, Potter, gronda Lily avec un sourire.
Tout le monde éclata de rire et le sourire de Lily s’agrandit fièrement.
— Je vais rentrer… annonça soudain Remus en se levant.
Sirius aperçut une grimace sur son visage alors qu’il dépliait son corps. Une bande de peau nue apparut entre son t-shirt et son pantalon quand il s’étira avec précautions et Sirius remarqua une affreuse balafre rouge et gonflée qui disparaissait sous le tissu. Mais qu’est-ce que c’était ? Comment il avait pu se blesser comme ça ? Il n’avait pas l’air d’être le genre de garçon à aller se bagarrer !
— Je t’accompagne ! proposa Peter immédiatement en se levant à son tour.
Il prit un tas de paquets et empêcha Remus de porter les siens en grommelant.
— Nous aussi ! se précipitèrent James et Lily d’une seule voix.
Sirius observa d’un air curieux les trois jeunes se démener pour récupérer leurs affaires et organiser un transplanage d’escorte, comme si Remus était dans l’incapacité totale de s’en occuper.
— Hey, vous m’écrirez, hein ? s’enquit Sirius.
— Bien sûr, Black ! répondit James d’un ton enjoué avec un grand sourire. T’as intérêt à réussir tes examens, j’veux pas faire l’académie des Aurors sans toi !
— Ouais, t’inquiète pas !
— Je t’écrirai, il y a beaucoup de groupes dont on a pas encore parlé… souffla Remus d’une voix rauque et éteinte. Au fait, hmm, sympa ton t-shirt !
Sirius baissa les yeux sur les lettres qui s’affichaient sur le tissu, il avait mis son unique t-shirt à l’effigie de Led Zeppelin exprès. Il sourit à Remus qui fit de même. Puis il les regarda toustes les quatre disparaître dans un concert de craquements, Remus accroché au bras de James.
Notes:
Titre de l'histoire : Cosmic Dancer (T. REX)
Chapter 4: Please, please, Mr. Postman
Notes:
Bonjour à toustes,
Voici le chapitre 4.
Sirius retourne à Beauxbâtons pour sa septième année. Je vous laisse découvrir comment il va garder contact avec ses nouveaux amis.
Ce chapitre contient des lettres avec une mise en page grâce à un skin. Mais il peut se désactiver (en haut de la page) si vous voulez juste le texte.Merci pour vos reviews sur les chapitres précédents, continuez à me laisser une trace de votre lecture, ça me fait vraiment plaisir.
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 4 — Please, please, Mr. Postman
Sirius,
Voici les plumes et les rouleaux de parchemin que tu as laissés à la maison. Comment as-tu pu oublier des choses aussi indispensables ? Il serait bon que tu sois moins tête en l’air à l’avenir…
Cependant, j’espère que tes premiers jours se sont bien passés et que tu as retrouvé tes marques dans ton dortoir. N’hésite pas à m’écrire en cas de besoin.
Je n’ai pas eu de nouvelles de Regulus depuis votre départ, cela ne lui ressemble pas. Peux-tu vérifier que tout va bien pour lui ?
Avec toute mon affection,
Orion.
Sirius reposa la lettre qu’il venait de recevoir et tourna la tête vers la table de la sixième année. Son frère était assis entre deux garçons que Sirius pensait être ses amis, mais il n’en avait aucune certitude. Il ne lui avait jamais présenté qui que ce soit sous ces termes.
Il était de retour à Beauxbâtons depuis une semaine et n’avait pas adressé une seule fois la parole à Regulus. En fait, il avait surtout l’impression que Regulus avait fui sa présence et son regard. De loin, il semblait aller bien. Encore une fois, Sirius n’en savait rien. Cela l’inquiétait en réalité, il faudrait bien qu’il lui parle à un moment ou à un autre.
Il décida de remettre à plus tard la réponse pour son père et replia le parchemin qu’il glissa dans son sac. Il repoussa son assiette pleine de miettes de pain et de taches de confiture avant de se rendre au premier cours de la journée.
Son père ne lui avait pas répondu. Sirius lui avait indiqué qu'il ne savait pas comment se portait Regulus et il n'avait pas reçu de réponse. Orion s’était-il même rendu compte que son cadet était différent depuis quelque temps ? Son immobilisme et son optimisme agaçaient Sirius qui avait souvent envie de le secouer pour le réveiller. Il soupira devant le parchemin vierge et changea d’avis sur son destinataire, il avait besoin de penser à autre chose.
Hey, Potter !
Alors ta rentrée ? Ici c’est déjà la folie et ça fait juste un mois que je suis revenu. Les profs nous laissent aucun répit, c’est un enfer ! J’espère que les vôtres sont plus sympas que les nôtres…
J’ai même dû renoncer à ma place de batteur, j’en suis malade ! Le remplaçant est tellement moins bon que moi… Mais la capitaine m’a posé un ultimatum : soit je participais aux trois entraînements hebdomadaires, soit j’abandonnais. Évidemment, dégager deux heures trois fois par semaine en plus des devoirs et des révisions, c’est impossible. Elle est en sixième année, je crois qu’elle comprend pas la pression qu’il y a sur nous…
T’es toujours poursuiveur toi ?
Raconte-moi un peu ce que vous faites là-bas, en Écosse !
À plus,
S. Black
Sirius reposa sa plume pour se relire. Il n’avait encore reçu aucune nouvelle de ses ami·es de l’été, mais si leur emploi du temps ressemblait au sien, il comprenait pourquoi. Il n’avait pas une minute à lui. Il s’étira en se levant de sa chaise et entreprit d’aller jusqu’à la volière de l’école pour poster sa lettre.
Pour se dégourdir les jambes, il fit un détour par le stade de Quidditch et y jeta un œil par automatisme, une équipe était en train de s’entraîner. Sirius reconnut les couleurs de l’équipe Sud, celle où Regulus était attrapeur. Il le chercha des yeux et le trouva rapidement. Son frère volait bien, il avait cette grâce indéniable dans les airs que Sirius lui enviait. Le cœur lourd, il soupira et continua son chemin jusqu’à la volière. Il regrettait d’avoir abandonné son poste, il ne jouerait plus contre lui. Il attacha son parchemin à la patte de sa chouette blanche et la laissa partir après une caresse.
Au retour, il décida de repasser devant le stade pour attendre que l’entraînement se termine, il devait parler à Regulus. Et tant pis si ça le mettait en retard sur ses devoirs.
— Hey, Reggie ! le héla-t-il trente minutes plus tard quand il rejoignit les vestiaires.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— On peut parler, s’il te plaît ?
Regulus leva les yeux au ciel, mais il accepta finalement d’un hochement de tête.
— Je me change… Attends-moi.
Sirius fit les cent pas devant les vestiaires. C’était long. Toute l’équipe était ressortie et il patientait encore. Que pouvait bien faire Regulus ? Et qu’allait-il lui dire ? Il ne savait même pas vraiment ce qu’il faisait là… Mais ce dont il était certain, c’était que son petit frère lui manquait. Terriblement.
Regulus se montra après ce qui sembla une éternité. Autant de temps qu’il ne pourrait pas consacrer à ses devoirs… Mais ceci était plus important.
— Bon… Qu’est-ce que tu veux, Siri ?
— Juste… Te parler… Tu sais, comme avant ?
Regulus haussa les épaules et détourna les yeux. Sirius sentit son estomac se remplir de plomb fondu.
— Pourquoi tu traînes plus avec moi, Reggie ? Avant, tu étais tout le temps avec moi. Depuis l’année dernière…
— J’ai grandi, j’ai plus envie d’être dans tes pattes !
— J’aimais bien que tu sois dans mes pattes… Ça me manque en fait, avoua Sirius d’une petite voix, les yeux baissés vers le sol.
Regulus soupira et Sirius releva le regard pour croiser celui de son frère. Ses iris noirs étaient si différents des siens, si différents du gris des Black. Ils étaient froids et cette froideur semblait se transmettre au cœur de Sirius.
— C’est pas contre toi, Siri… lâcha-t-il tout à coup. Simplement, j’ai envie d’être avec mes amis à moi.
La voix de Regulus était tremblante. Regulus était mauvais menteur. Si mauvais que c’était toujours Sirius qui le couvrait chez eux. À Beauxbâtons aussi.
Son frère tourna les talons et commença à s’éloigner, Sirius arrêta de respirer.
— Père m’a demandé de tes nouvelles, il dit que tu lui as pas écrit ! tenta-t-il pour le retenir.
— Ouais… Je lui ai répondu la semaine dernière, t’inquiète pas, lui rétorqua Regulus en pivotant le visage vers lui.
— Reggie ? On peut oublier ce qui s’est passé à la maison ?
Regulus haussa les épaules et se détourna de nouveau avant de partir dans la lueur orangée du soleil qui disparaissait lentement derrière les arbres du parc.
La journée de Sirius avait mal commencé : son alarme n’avait pas sonné, ses camarades de chambre ne l’avaient pas réveillé, il avait raté le petit-déjeuner et était arrivé en retard en cours de potions. Celui qu’il aimait le moins… Mais qui s’avérait indispensable pour l’académie des Aurors, alors il faisait des efforts. Ce matin-là, le professeur Durand l’avait collé pour retard injustifié. Il n’avait pas de temps à perdre en retenue, mais il n’aurait pas le choix.
La matinée avait été sans fin : après les potions, c’était le cours de plantes et herbes. En ce moment la professeure leur parlait de la tentacula vénéneuse et Sirius se faisait mordre trois ou quatre fois par cours par les petites dents pointues de la plante en croissance. Accompagné d’une partie de la classe, il s’était une fois de plus rendu à l’infirmerie pour avaler une fiole d’antipoison et il avait raté le déjeuner.
Il avait ingurgité à toute vitesse une part de tarte aux pommes qui traînait encore sur la table des septième année et avait dû courir en cours d’enchantements qui durait toute l’après-midi. Sirius passait la moitié des cours à compter les nuages par la fenêtre ou les taches de rousseur de sa voisine. Il connaissait déjà la théorie de cette matière jusqu’au niveau ASPIC et leur professeur s’acharnait à la leur faire apprendre avant de pratiquer.
Heureusement le dîner venait d’effacer toutes ces heures merdiques : la réponse de James n’avait mis qu’une semaine à arriver !
Salut Black !
Ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles !
Désolé que t’aies dû laisser tomber le Quidditch… C’est franchement pourri ! Moi, je continue à jouer chez les Gryffondor, je peux me permettre de moins m’entraîner que toi, je suis un excellent poursuiveur ha, ha.
Merde, si Lily me lisait, elle m’enverrait un taquet… Elle déteste quand je parle comme ça, elle dit que je suis arrogant. J’y peux rien si je vole bien quand même !
Au fait, en parlant de Lily… Ça y est, elle a craqué ! On sort ensemble depuis une semaine. Putain, mec, j’ai cru que ça arriverait jamais ! De ton côté, ça va comment avec les filles de Beauxbâtons ?
Pour les cours, on est pas mieux que vous, les profs sont devenus dingues je crois, c’est à peine si on a le temps de dormir… Peter est déjà en pleine crise de nerfs et Lily nous harcèle pour qu’on fasse nos devoirs à l’heure ! Y a que Remus qui est cool, comme d’habitude quoi.
D’ailleurs, je pense que tu devrais lui écrire, il est en deuil depuis trois semaines, soi-disant que le chanteur de son groupe préféré vient de se tuer. Je comprends rien à la musique moldue, mais toi oui, ça lui remonterait le moral si tu pouvais lui envoyer un mot, je crois.
Allez, j’arrête là. Prends soin de toi, mec.
James
Il caressa une nouvelle fois les plumes de sa chouette blanche qui picorait dans son assiette, elle méritait bien ça après le voyage qu’elle avait fait. La calligraphie de James était bien plus appliquée que ce que Sirius avait imaginé. Il l’entendait encore avaler ses mots et pensait qu’il écrirait aussi mal qu’il parlait.
Sirius rejoignit son dortoir avec le sourire, le cœur plus léger que depuis des semaines. Regulus ne l’évitait plus, mais il ne cherchait pas non plus sa compagnie ; son père lui avait envoyé une lettre sans intérêt ; la copine qu’il avait depuis la rentrée l’avait lâché. Il avait pensé que ses nouvelleaux ami·es l’avaient oublié. Il était ravi de s’être trompé à ce sujet.
Il s’attabla dans la salle commune Nord et sortit plume et parchemin. Il laissa son regard dériver sur ses camarades, notant sans s’en rendre compte qui était là. Un quart des étudiant·es de Beauxbâtons utilisait cette pièce. La répartition des élèves se faisait avant même leur arrivée à l’école, par tirage au sort. Chaque groupe portait le nom d’un des quatre points cardinaux et la seule chose qui les divisait était le Quidditch. Sirius avait été surpris de la façon dont les maisons s’affrontaient à Poudlard, la compétition était présente en permanence dans leur vie. Pas étonnant que cela alimente les dissensions. Rien que cette répartition était ridicule !
Il reporta son attention sur son parchemin et relut la lettre de James. Son sourire s’agrandit. Il commença à lui répondre en pensant au visage lumineux de son ami, à son optimisme et sa bonne humeur constante. Le fait qu’il puisse continuer à jouer au Quidditch créait un petit feu de jalousie dans son ventre et il résolut d’essayer de voler avec lui un jour ou l’autre. Il brûlait de savoir si son talent présumé était réel. Il le félicita pour sa relation avec Lily, il avait bien vu qu’iels se tournaient autour. Cela le consolait vaguement de son propre échec.
Il était sorti pendant quelques semaines avec Barbara, une sixième année du groupe Ouest, mais ça avait tourné court quelques jours plus tôt. Sirius enchaînait les petites amies sans trouver chaussure à son pied, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. La moitié du temps, c’étaient elles qui le quittaient et même si c’était décevant, il n’était jamais triste. L’autre moitié du temps, il leur disait qu’il préférait ne pas poursuivre, aucune d’entre elles ne lui plaisait vraiment en définitive. Il aimait l’idée d’être avec une fille, il les trouvait belles, mais une fois que cela arrivait, il n’en voyait plus l’intérêt. Elles étaient collantes, l’embrassaient trop et il devait en plus supporter leurs groupes d’amies. Avec les années, elles étaient aussi devenues de plus en plus entreprenantes. Alors qu’il ne s’était jamais posé la question des relations sexuelles, l’une de ses copines de l’année passée avait voulu le déshabiller. Cela lui avait suffi pour rompre, il n’avait pas eu le moindre désir de coucher avec elle. Et à sa plus grande honte, l’envie n’était toujours pas là.
Les garçons se vantaient, dans les dortoirs, dans les vestiaires de Quidditch, de leurs expériences avec les filles. Sirius était persuadé que les trois quarts inventaient tout, mais cela ne l’empêchait pas de se sentir bizarre. Ses copines ne l’excitaient pas et il savait que c’était anormal. Peut-être qu’il devait d’abord être amoureux ? Mais même ça, c’était étrange, les autres garçons ne parlaient presque jamais de sentiments.
Il reporta son attention sur ce qu’il écrivait. Il raconta encore un peu comment les professeur·es les harcelaient puis réfléchit à ce qu’il devait répondre ensuite. La fin de la lettre de James n’était pas des plus joyeuses. De quel chanteur s’agissait-il ? Remus aimait beaucoup de groupes différents. Sirius s'efforça de se rappeler ce qu'il avait dit chez James et cela lui revint : T.Rex et Led Zeppelin… Il n’avait rien entendu sur un chanteur anglais qui serait mort récemment, mais il ne recevait pas la presse moldue à Beauxbâtons. Il faudrait qu’il aille en ville à la prochaine sortie pour essayer de se renseigner. Le disquaire aurait peut-être des magazines.
Il acheva sa lettre pour James en lui assurant qu’il écrirait rapidement à Remus et lui demanda de passer le bonjour à tout le monde en attendant. Il hésita quelques secondes puis ajouta qu’iels lui manquaient. Après tout, c’était vrai et ça ne faisait pas de mal de le dire, non ?
Une semaine plus tard, Sirius grimpa dans la navette magique qui permettait de rejoindre la ville la plus proche, dont la moitié de la population était sorcière. Il se trouva une place dans le fond. De l’extérieur le véhicule ressemblait aux bus moldus, mais l’intérieur était extensible en fonction du nombre de passager·es. Il chercha du regard des gens avec qui il s’entendait bien, mais ni son frère ni ses ami·es n’étaient là. Les septième année consacraient chaque minute de leur vie à leur travail scolaire et Sirius perdait un temps précieux. Mais il voulait comprendre de quoi parlait James et il n’apprendrait rien en restant enfermé dans l’école.
Ce matin-là, la Grande-Bretagne lui manquait. Il n’était pas mécontent de suivre sa scolarité à Beauxbâtons, mais parfois il aurait aimé être à Poudlard. Il aurait pu rencontrer James, Remus et Lily six ans plus tôt ! Et peut-être que Peter ne le détesterait pas autant s’il l’avait connu à onze ans.
Sirius perçut le moment où le véhicule traversa la barrière de charmes qui protégeait l'école de l'extérieur. Il observa le paysage défiler à travers la vitre du bus, le soleil brillait et il faisait encore doux. Il faisait presque toujours beau dans cette région, c’était bien le seul avantage de sa localisation ! Les champs de vignes succédaient aux champs de vignes et les arbustes délestés de leurs grappes semblaient vides et ternes. Cela déprima Sirius pour une raison qu’il ne s’expliquait pas.
Une fois en ville, Sirius marcha d’un bon pas jusqu’au côté moldu. Il y avait deux kilomètres à faire et il ne voulait pas transplaner, il risquerait de se faire surprendre. Les punitions étaient exemplaires si les étudiant·es se dévoilaient aux moldu·es.
Sirius parcourut les rues les unes après les autres en tentant de se souvenir où était ce disquaire qu’il avait déniché au hasard de ses pérégrinations en cinquième année. Il n’y avait pas trouvé ce qu’il cherchait ce jour-là et, déçu, avait boudé l’endroit ensuite.
Après avoir demandé son chemin trois fois, il poussa enfin la porte de la boutique. En devanture, des vinyles du disco à la mode le firent grimacer et il regarda d’un œil mauvais celui de Claude François qui lui tapait sur les nerfs. Les filles de l’école ne parlaient que de lui, ça le rendait dingue. Presque aussi horrible que Johnny Hallyday, mais lui au moins savait chanter… La culture musicale française était un gouffre de souffrance pour Sirius et dans des moments comme celui-ci il regrettait vraiment de ne pas être chez lui.
Il fouina du côté des magazines musicaux, mais aucun d’entre eux n’était en anglais. Aucun ne titrait de mort tragique non plus. Avec un soupir, Sirius s’adressa au vendeur. Pour une fois, il ne fit pas d’effort pour camoufler son accent anglais, cela ne pourrait que lui faciliter la tâche.
— Bonjour, je cherche des infos sur un chanteur anglais décédé récemment. Est-ce que vous en avez entendu parler ?
— Si j’en ai entendu parler ‽ Mais bien sûr ! Sur quelle planète tu vis, mon garçon ?
— Je suis en internat, j’ai pas beaucoup le droit de sortir, je l’ai appris que la semaine dernière.
— Tiens, regarde, même Le Monde a fait un article !
Il extirpa un journal d’un de ses tiroirs et le tendit à Sirius. Le titre était impossible à rater « MORT DU CHANTEUR DE ROCK MARC BOLAN ».
— Fuck ! lâcha-t-il sans même se rendre compte qu’il avait parlé en anglais.
— Ouais, comme tu dis… Sale année pour le rock, hein ? Presley en août, Bolan en septembre… Pile un mois d’écart.
Sirius hocha la tête distraitement, abasourdi. Le journal était daté du dix-sept septembre et l’article racontait que le chanteur et leader de T.Rex s’était tué la veille, à seulement vingt-neuf ans. Il était passager d’une Mini conduite par sa compagne et la voiture aurait percuté un arbre.
— Je peux le garder ? demanda Sirius en montrant le journal.
— Mouais… Tu comptes acheter quelque chose ?
Sirius hésita. À sa précédente – et seule – visite, il n’avait rien trouvé de convaincant ici. Mais le vendeur était plus renseigné qu’il ne croyait sur le rock, peut-être avait-il plus de choix maintenant. Sirius repensa aux discussions avec Remus et Lily à propos de T.Rex et le souvenir du sourire de Remus alors qu’il parlait de son groupe préféré lui pinça le cœur. Cela pouvait sembler un peu idiot d’être mal à cause du décès d’une star que l’on idolâtrait, mais ce n’était pas le genre de Sirius de se moquer.
— Vous avez le dernier album de T.Rex, Dandy in the Underworld ?
— Il doit m’en rester un ou deux… Tu le veux ?
L’album était sorti en mars et Sirius savait que Remus ne l’avait pas. Ni Lily ni lui ne l’avaient acheté, peut-être pour des raisons financières. Pourtant iels en avaient parlé et s’étaient promis de l’écouter ensemble une fois que l’un·e d’eux l’aurait. Sirius ne serait pas là pour le découvrir avec elleux, mais cela lui importait peu.
— Ouais, je vais en prendre deux.
Le vendeur le regarda avec un air étrange, mais ne fit pas de remarque. Il se déplaça entre les bacs de vinyles et revint à la caisse avec deux disques. La photographie de Bolan sur la pochette noire fit un drôle d’effet à Sirius. En voilà un qu’il ne verrait jamais sur scène… Il paya, remercia le vendeur et repartit avec ses vinyles et le journal sous le bras.
Sirius se hâta vers la navette, il espérait pouvoir attraper celle du midi. Il n’avait pas envie de patienter plusieurs heures dans les rues de la ville, il n’avait rien à y faire.
Par chance, elle attendait encore quand il arriva et Sirius se plaça une fois de plus à l’arrière. Le retour jusqu’à Beauxbâtons fut encore plus morose qu’à l’aller, Sirius était déprimé par ce qu’il avait lu dans le journal. Il pensait à Remus et au visage triste qu’il devait arborer, à la fossette de sa joue gauche qui devait avoir disparu avec son sourire. Heureusement, il avait ses ami·es pour lui remonter le moral et Sirius était convaincu que James, Peter et les autres faisaient leur possible pour cela.
Quand Sirius fut de retour à l’école, il se pressa jusqu’à la salle commune, il avait un courrier à écrire. Il posa les vinyles sur la table et observa un instant le visage de Marc Bolan qui semblait le fixer… Incroyable comme les images moldues – pourtant immobiles – paraissaient vivantes. Puis il trempa sa plume dans son encrier.
Hey Lupin !
Désolé d’écrire que maintenant, j’ai eu plein de trucs à faire avec les cours… Je suppose que James t’a raconté ma lettre. Bref, c’était pas pour te dire ça que je t’écris.
J’ai appris pour Bolan. C’est James qui m’a parlé de la mort d’un chanteur moldu et j’ai été obligé d’aller en ville pour me renseigner. Même les journaux français ont écrit là-dessus, mais c’était passé inaperçu à Beauxbâtons parce qu’on reçoit pas la presse moldue…
Ça fait vraiment chier… Il était si jeune, merde !
Je sais que c’est ton groupe préféré et que t’as pas le dernier album, alors je l’ai acheté pour toi. Tu pourras pas l’écouter à Poudlard, mais au moins tu l’auras. Avec un peu de chance, on pourra se croiser aux vacances de Noël et on l’écoutera ensemble. Et puis au pire on en parlera, je l’écouterai aussi de mon côté vu que j’en ai pris un pour moi.
À part ça, j’espère que tu vas bien et que les cours, aussi. James dit que t’es pas stressé par tout ça…
À plus,
Sirius Black
Il se relut une fois, corrigea une ou deux fautes en raturant le parchemin puis emballa le vinyle et la lettre dans un papier qu’il imperméabilisa. Il courut presque jusqu’à la volière et emprunta un hibou de l’école. Sa chouette n’était pas encore revenue de Poudlard depuis son dernier courrier à James. Il le contempla s’éloigner en espérant que le cadeau plairait à Remus.
Le temps semblait s’étirer comme un élastique sans fin. Sirius n’en distinguait pas le bout. Chaque journée était aussi pénible que la précédente et il avait l’impression de stagner entre deux zones floues sans jamais rien voir précisément.
Le mois d’octobre touchait à sa fin et Halloween approchait. Sirius gardait la date en tête, même si ce n’était jamais fêté à Beauxbâtons. Son pays lui manquait, ses ami·es lui manquaient, Andromeda lui manquait et même son père lui manquait… Il ne rêvait que de rentrer chez lui et la seule chose qui le maintenait à flot c’était l’idée de pouvoir intégrer l’académie des Aurors l’année prochaine. Avec James.
Il voulait revoir James. Son sourire qui éblouissait comme un soleil, sa façon rigolote de remonter ses lunettes sur son nez, sa main nonchalante qui ébouriffait sa tignasse perpétuellement en pétard, son impatience et sa curiosité…
Il voulait revoir Remus. Ses iris aux lueurs d’or, sa fossette qui apparaissait avec son sourire, son enthousiasme quand il discutait de ses groupes préférés, son calme et sa fragile assurance…
Il voulait revoir Lily. Sa longue chevelure rousse, ses immenses yeux verts, sa gentillesse à toute épreuve, sa passion lorsqu’elle parlait de potions…
Il attendait une réponse à ses courriers depuis ce qui lui semblait une éternité. Chaque heure paraissait multipliée par dix, les cours étaient interminables, les révisions étaient une torture. Et il ne pouvait même pas se changer les idées avec le Quidditch. Il avait décidé de ne pas assister aux matchs qui auraient lieu cette année, la frustration de voir son équipe en l’air, sans lui, était insupportable.
Quand enfin il aperçut la couleur de neige de sa chouette, les nuages qui obscurcissaient ses pensées s’éclaircirent. L’oiseau rejoignit le bras de Sirius qui traversait le parc de Beauxbâtons pour se rendre en cours de plantes et herbes. Le temps était gris, mais dans la tête de Sirius le soleil brillait.
Il détacha deux rouleaux de parchemins de la patte de la chouette et lui caressa les plumes pour la remercier. Il regretta de ne pas avoir de Miamhibou dans sa poche. Elle repartit vers la volière et il glissa les deux courriers dans son sac en continuant sa route vers les serres. Il avait hâte de pouvoir les lire !
Pour la première fois depuis deux semaines – depuis l’envoi de sa lettre à Remus – la journée passa à une vitesse normale pour Sirius. Aucun sentiment de lenteur, de langueur ou d’ennui. Son intérêt pour les cours s’était ravivé alors qu’il ne s’était même pas rendu compte qu’il s’était éteint ces derniers temps.
Lorsque la matinée s’acheva, il s’empressa de décacheter les rouleaux et les lut avec avidité.
Salut Black,
Merci pour tes félicitations, mais c’était pas une nouvelle qui méritait tant d’éloges ! C’est vrai que je suis content d’être avec Lily, quand même.
Ouaip, promis, on volera ensemble quand on se reverra, ça serait mortel de pouvoir faire ça ! Marlene est batteuse aussi, on pourrait faire un petit match juste à trois, ça serait sympa. Peut-être que j’arriverais à convaincre Remus, Peter et Dorcas de jouer avec nous.
J’écris ce courrier en même temps que Remus écrit le sien de son côté. Je sais pas ce que tu lui as dit, mais il est comme un fou avec le disque que t’as envoyé, là !
Entre nous, et lui répète pas, je m’inquiétais un peu pour lui avec toute cette histoire de chanteur mort. Ça lui ressemble pas d’être aussi triste et même si on a fait ce qu’on a pu, ça suffisait pas. T’as réussi à lui rendre le sourire, alors merci. Vraiment, merci pour lui.
Prends soin de toi, mec.
James
Le sourire de Sirius lui faisait mal aux joues et un rire n’était pas loin de franchir ses lèvres. Il imaginait James à une table en train de rédiger ce courrier, sa jambe qui tressautait sans fin, ses doigts crispés autour de sa plume mâchouillée. Il l’avait observé remplir des formulaires pendant le stage et James était tout sauf calme lorsqu’il écrivait.
Sirius déroula le deuxième parchemin avec fébrilité.
Bonjour Sirius,
Tu n’as pas à me demander pardon pour le délai, je n’ai pas écrit non plus alors que j’avais dit que je le ferais. C’est plus ma faute que la tienne. Et j’ai même tardé pour te répondre là…
Nous avons aussi beaucoup de travail cette année, comme toi, mais ça va. En tout cas pour moi, ça va. C’est dur, bien sûr, mais je ne suis pas le genre de personne à paniquer pour un examen.
La vraie raison qui m’a tenu éloigné des parchemins c’est effectivement la mort de Bolan, ça m’a mis un gros coup au moral. Cela peut sembler ridicule, mais la musique a une telle importance dans ma vie que j’ai eu l’impression de perdre quelqu’un que je connaissais. Je ne sais pas ce que ça dit de moi et tu vas sûrement trouver tout ça idiot, mais je prends le risque.
Je te remercie infiniment pour le vinyle de T.Rex, je ne l’avais pas encore et ça me fait vraiment plaisir. J’espère aussi qu’on pourra l’écouter ensemble. Si tu veux, j’attendrai qu’on puisse se réunir tous pour le mettre. Cela fera plaisir à Lily aussi et tant pis si James et Peter râlent !
À bientôt, j’espère.
Remus Lupin
— Hé, Sirius, qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?
Sirius arracha ses yeux de la lettre de Remus et tourna la tête vers la voix qui l’avait interpellé.
— Oh, salut, Marie… Rien de spécial, j’ai juste reçu des courriers, répondit-il en désignant du doigt les parchemins.
Marie s’installa sur la chaise à côté de lui et se pencha un peu avant de lui parler à voix basse :
— C’est une fille de chez toi ?
— Nan… Pourquoi tu crois que c’est une fille ?
— Je t’avais jamais vu être si heureux de lire un simple courrier. Je pensais que c’était ta copine anglaise ou quelque chose du genre !
— Ha ha ha ha ! Nan, j’ai pas de copine à Londres… C’est des amis de Poudlard qui m’ont donné quelques nouvelles, c’est tout.
Marie se pencha encore un peu plus vers lui et Sirius sentit son espace personnel envahi de façon désagréable. Il aimait bien Marie, c’était l’une de ses ami·es, mais elle avait tendance à se mêler de tout et adorait colporter des ragots. Elle était quand même sympa et jolie. Elle faisait partie d’un petit groupe sur lequel Sirius s’était greffé en quatrième année. Avant ça, il était plutôt solitaire, mais c’était de sa faute. À cause de son éducation, il avait décidé de ne pas créer d’amitiés à l’école avant de connaître le statut de sang de ses camarades. Et il avait découvert que dans cette école cela n’avait pas vraiment d’importance, presque personne n’en parlait. De fait, il avait craint de se lier avec des né·es moldu·es, il était resté dans son coin et n’avait échangé que des banalités scolaires avec les autres. Il avait cependant pu dénicher quelques garçons qui s’enorgueillissaient de leur sang pur et avait traîné avec eux. Jusqu’à ce qu’il réalise que son attitude était puérile et surtout irrespectueuse. Depuis, il s’entendait bien avec ce petit groupe, mais aucun·e d’elleux n’était des ami·es très proches.
— Alors t’as pas de copine ?
— Pas depuis Barbara, non… Tu le sais très bien !
— Mmm, OK !
Puis elle se leva et retourna discuter avec Patricia et Marc qui révisaient de l’autre côté de la grande table où Sirius s’était installé. Il la suivit des yeux en se demandant pourquoi elle lui avait posé toutes ces questions. Son ventre grogna, il était largement temps d’aller déjeuner. Il rangea les lettres dans son sac et se promit de répondre dès que possible.
Le mois de novembre ressemblait aux précédents. Sirius croulait sous le travail. Il se débrouillait bien et ses notes étaient correctes. Cependant, chaque petite chose qui le sortait de son quotidien de révision et de devoirs lui donnait du baume au cœur.
Le premier évènement fut un courrier d’Andromeda. Iels échangeaient régulièrement : Sirius voulait savoir comment grandissait Nymphadora et sa cousine se plaignait du comportement de sa fille, des choses banales, mais qui le raccrochaient à sa vie en Angleterre.
Cher Sirius,
J’espère que les cours se passent bien et que la septième année n’est pas trop dure pour toi. Mes souvenirs de la dernière année à Poudlard ne sont pas très bons, il y avait vraiment beaucoup de choses à faire. Et, toute cette compétition ! Et puis, aussi, il y avait mes parents qui voulaient me marier à un sang pur… Forcément ça n’aidait pas à se sentir bien. Au moins, tu n’as pas ce problème. Et j’espère que cela ne t’arrivera pas, mais je n’ai pas l’impression qu’Orion soit du genre à choisir un mariage arrangé.
Est-ce que tu veux venir à la maison pour le Boxing Day cette année encore ? Dora parle souvent de toi, tu lui as fait une forte impression fin août ! Et Ted aussi demande de tes nouvelles, vous pourrez discuter de musique !
À bientôt,
Andromeda
Il lui répondit le soir même, il avait hâte d’y être ! Le Boxing Day chez Andromeda était le moment le plus agréable des fêtes de fin d’année, sans son père et son frère et surtout – surtout ! – sans son horrible famille qu’il détestait et qui le lui rendait bien.
Le deuxième évènement fut un autre courrier, quelques jours plus tard. Il en recevait beaucoup plus que les années précédentes et cela lui faisait un bien fou. Il ne reconnut pas l’écriture sur l’enveloppe, mais elle était élégante.
Bonjour Sirius,
J’ai mis bien trop longtemps à t’écrire ce courrier et j’en suis désolée. Je sais que James et Remus t’en envoient de temps en temps et j’aurais dû le faire plus tôt.
Remus m’a montré ta lettre avec l’album de T.Rex, c’était super sympa de ta part de penser à lui. C’est vrai que moi, je les aime un peu moins, alors je ne les ai pas, sinon il l’aurait déjà écouté depuis longtemps !
Je voulais te remercier pour ce cadeau et pour ce que tu lui as écrit, il a été très touché et il a retrouvé le moral après ça. Il n’était vraiment pas en forme et ton courrier a tout changé. Remus est un garçon exceptionnel, même s’il refuse de l’entendre, et un ami très cher. Alors merci encore d’avoir fait ça pour lui.
Je dois t’avouer que jusque-là, j’avais encore des doutes à ton sujet. À cause de ta famille… Je sais que c’est stupide, je suis pourtant bien placée pour savoir qu’il ne faut pas juger les gens sur leurs origines. Mais on n’est pas parfait, j’imagine… Je voudrais m’excuser pour ça.
J’espère que tu vas bien en tout cas.
À bientôt à Londres ?
Lily Evans
Sirius était médusé. Une plaisante chaleur s’installa dans sa poitrine alors qu’il lisait son courrier une deuxième fois. Il la comprenait et ne lui en voulait pas le moins du monde. À sa place, il se serait méfié de quelqu’un qui s’appelle Black ! Il ne s’était pas rendu compte de ses réserves vis-à-vis de lui, elle cachait bien son jeu ! Sirius se souvenait sans mal qu’elle avait été préfète et qu’elle était une excellente élève, mais il semblait qu’elle savait aussi mentir à la perfection et Sirius trouvait que c’était un atout appréciable.
Il décida de lui répondre et d’en profiter pour envoyer un courrier à James et Remus également. Leur dernier échange remontait déjà à deux semaines. Il assura à Lily qu’il lui pardonnait et qu’il était heureux que les choses soient plus claires pour elle désormais. Puis il lui affirma qu’il serait à Londres pour les fêtes et qu’il serait content de la revoir.
Il rédigea à peu près le même courrier pour James et décida d’y inclure Remus. Il n’avait pas envie d’écrire trois fois qu’il rentrait chez lui pour Noël et qu’il avait envie de les voir. Il mit un petit mot à propos du match de Quidditch que James avait promis puis scella les lettres.
À la fin du mois, un troisième évènement illumina le quotidien de Sirius. Regulus vint prendre le petit-déjeuner avec lui un beau matin, comme il le faisait encore un an plus tôt. Il s’assit à ses côtés et remplit son assiette de toasts et de croissants, sans dire un mot.
Sirius le fixa quelques secondes, étonné, avant de retrouver l’usage de la parole.
— Tout va bien, Reggie ?
— Oui, oui.
Il ne put en tirer plus d’informations, mais sa présence lui fit chaud au cœur. Même si ce n’était que pour le repas, de temps en temps. Il désirait que les choses s’arrangent entre eux. Après tout, cela arrivait d’avoir des brouilles avec son frère, c’était normal ! Avec les vacances qui ne tarderaient pas, Sirius espérait qu’ils passeraient plus de temps ensemble, que Regulus ne disparaîtrait pas dans sa chambre sans en sortir et surtout qu’ils pourraient mettre à profit l’inévitable et odieux repas de Noël au manoir Black pour se moquer de leur oncle, de leur tante, de leurs cousines et de leurs insupportables maris.
Notes:
Titre du chapitre : Please Mr. Postman (The Beatles)
Chapter 5: Chapitre 5 — Dandy in the underworld
Notes:
Bonjour à toustes,
Voici le 5ème chapitre pour cette histoire.
Il y a encore des lettres dans ce chapitre, c'est donc préférable de garder le skin actif.Merci pour vos reviews sur le dernier chapitre, n'hésitez pas à me dire ce que aurez pensé de celui là !
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 5 — Dandy in the underworld
Sirius demeura longtemps au lit ce matin-là, assez longtemps pour rater le petit-déjeuner. Il aurait voulu y rester toute la journée, avec l’espoir fou que son père oublie qu’on était le vingt-cinq décembre et que la famille Black les recevrait bientôt, comme chaque année. La déception lui tomba cependant sur le coin du nez : quelqu’un frappa à la porte de sa chambre. Il l’ignora un long moment, la tête sous les couvertures.
— Sirius, lève-toi ! s’écria Orion depuis le couloir. Si tu ne le fais pas, j’envoie Kreattur.
La menace était réelle et sérieuse alors Sirius força son corps à se mettre en mouvement. Se faire réveiller par son elfe de maison était l’une des expériences les plus déplaisantes que Sirius avait eu l’occasion de vivre. Il s’extirpa de la chaleur de son lit avec lassitude et regret avant de s’envelopper dans la robe de chambre moelleuse qui l’attendait sur sa chaise.
Sirius n’était pas fatigué, il était déprimé. L’idée même de cette journée était une torture. Il allait passer des heures avec les gens qu’il détestait le plus au monde, à devoir écouter leurs propos ignobles. Et le fait qu’il s’agisse de sa propre famille le rendait encore plus aigri.
Il prit une longue douche chaude et retourna à sa chambre. De l’autre côté du couloir, du bruit émergeait de celle de Regulus. Une fois enfermé, Sirius se dirigea vers son tourne-disque. Il hésita un instant devant l’étagère pleine de vinyles, fit basculer les pochettes une à une et sélectionna News Of The World, le dernier album de Queen qu'il s'était offert dès son retour à Londres. Il le posa avec précaution sur la platine et lança le sort qui faisait fonctionner la machine moldue dans sa maison sans électricité. L’habituel grésillement s’éleva puis les premières mesures de l’exceptionnelle We Will Rock You s’égrenèrent dans la pièce : les claquements des mains puis la voix de Freddie Mercury. Il resta planté là, à écouter le rythme lancinant en balançant la tête, à attendre les premiers riffs de guitare en fin de morceau.
— Éteins cette horreur, Sirius ! hurla son frère depuis l’autre côté de la porte.
Aux premières notes de We Are The Champions, Sirius monta le volume d’un coup de baguette pour ne plus l’entendre et entreprit de s’habiller. Il avait mûrement réfléchi son choix : un jean bleu déchiré, un t-shirt noir, un pull de la même couleur, sa veste en cuir et ses Dr Martens. Puis il s’assit à son bureau et sortit d’un tiroir sa dernière trouvaille pour provoquer les hurlements de sa famille. Il s’était décidé sur un coup de tête en passant devant une boutique pas loin de chez son disquaire. Après tout, si David Bowie se permettait de se maquiller, il ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas faire de même.
Le vinyle continua de tourner pendant que Sirius se concentrait pour appliquer du vernis noir sur ses ongles. C’était plus difficile qu’il n’y paraissait et il s’en mit un peu partout. Il rattrapa les dégâts comme il put puis se plaça devant le miroir en pied de son armoire, un crayon noir et un rouge à lèvres à la main. La vendeuse avait eu l’amabilité de répondre à ses questions sur la façon de les utiliser, mais il n’était pas certain de pouvoir y arriver. Et en effet, le résultat était loin d’être parfait, mais il s’en moquait, le but n’était pas de l’être.
Sirius retourna le vinyle sur la face B et relança le sort pour la musique. Puis il enfila ses bagues et s’observa. Il imagina à quoi il pourrait ressembler avec des piercings et des tatouages, comme ces gens dans le salon à côté de son disquaire préféré. Il savait que les moldu·es n’acceptaient pas les personnes mineures, mais il n’avait pas de papiers d’identité moldus pour prouver quoi que ce soit. Peut-être que Ted pourrait le renseigner, ou alors Lily.
Une fois prêt, Sirius s’allongea sur son lit, les jambes pendantes dans le vide, et attendit que son père l’appelle en écoutant la fin de It’s Late. Il se demanda s’il tomberait amoureux un jour. Cela avait l’air si simple quand il se laissait porter par les paroles de ses chansons préférées ou quand ses amies en parlaient. Il y avait ces espèces de papillons dans le ventre, des bouffées d’affection, le cœur qui s’emballait… C’était si éloigné de ce qu’il avait déjà pu ressentir pour ses copines ! Il n’était pas sûr que ça puisse lui arriver un jour. Quant à l’intimité physique, l’idée ne lui évoquait rien du tout. C’était un gouffre, un grand néant, un vide intersidéral. Il était anormal, il le savait, mais que pouvait-il y faire ? De toute façon toute sa famille était malade d’une façon ou d’une autre, sa tare à lui c’était... ça… À choisir, il préférait cette anormalité-là plutôt que l’obsession de sa cousine Bellatrix pour la torture.
Le manoir Black était semblable à ce qu’il avait toujours été : sombre et froid, surtout en plein hiver. Malgré les cheminées allumées et les lumières magiques disséminées un peu partout, Sirius sentait tout son être se congeler de l’intérieur. Il ne comprenait pas comment Andromeda avait pu survivre dix-huit ans dans cet endroit sans perdre l’esprit.
Toute sa famille était là : son oncle Cygnus et sa tante Druella, ses cousines Bellatrix et Narcissa et leurs maris respectifs, Rodolphus et Lucius. Heureusement pour Sirius, son oncle Alphard avait été invité aussi, seul réconfort de cette journée déjà horrible.
— Par Salazar, Orion ! Pourquoi laissez-vous votre fils s’habiller ainsi ‽ On dirait l’un de ces affreux moldus qui quémande de l’argent dans la rue !
— Malheureusement, je n’ai aucun contrôle sur sa garde-robe…
Sirius, debout derrière son père qui saluait leurs hôtes, leva les yeux au ciel.
— Oh, par Merlin et Morgane, ne me dites-pas qu’il est maquillé ‽
Sirius retint un rire et se félicita de son idée. Cygnus était sur le point de s’étouffer d’indignation et c’était le plus beau cadeau de Noël qu’il pouvait recevoir.
— Aaaah, Regulus, viens là mon garçon ! Voilà un jeune homme élégant. Comme tu as grandi depuis la dernière fois !
Sirius leva de nouveau les yeux au ciel. Sa tante s’extasia sur Regulus et sa robe qui devait coûter les yeux de la tête. Il ne put retenir une grimace quand son frère s’avança jusqu’à Druella et se laissa embrasser sur la joue comme un enfant. En ce qui le concernait, il était hors de question qu’il s’approche de qui que ce soit. Par chance personne ne semblait vouloir l’approcher non plus : Lucius et Rodolphus en particulier le fixaient comme s’il était couvert de bouse de dragon.
L’infinie torture commença par un apéritif dans le petit salon. Sirius se demandait s’il serait de bon ton de s’enivrer, cela mettrait un peu d’animation… Dans l’attente de prendre une décision, il accepta la coupe de vin qu’un elfe de maison hideux lui proposa, mais refusa la nourriture. Les amuse-bouches servis au repas de Noël étaient toujours immondes, des inspirations culinaires françaises à vomir comme des escargots ou des cuisses de grenouilles. Même à Beauxbâtons, il n’y en avait pas. Sirius savait que c’était leur façon de vanter leurs origines hexagonales, mais cela le faisait bien rire. En tout cas, il n’avait pas le désir de s’empoisonner et il ne toucha à rien qu’il ne pouvait identifier du premier coup d'œil.
Seul dans un coin du petit salon, Sirius attendait que les minutes s’écoulent. Son frère discutait avec Narcissa qui s’esclaffait beaucoup et son père était en plein conciliabule avec Cygnus. Bellatrix, Lucius et Rodolphus refaisaient le monde en lui jetant des regards haineux. Druella argumentait auprès d’Alphard qui semblait s’ennuyer tout autant que lui, sinon plus. Au moins, il ne les entendait pas.
Quand Druella annonça le début du repas, Sirius avait déjà bu trois coupes et sa tête commençait à tourner. Il regrettait d’avoir sauté le petit-déjeuner. Il fut placé en face d’Alphard, Narcissa à sa droite, Orion à sa gauche, en bout de table. Cygnus présidait à l’autre extrémité. Sirius était soulagé de n’être à côté ni de Lucius ni de Rodolphus, même si la présence de Bellatrix lui donnait la nausée.
Le repas débuta dans un silence étrange, rompu par le bruit des couverts en argent sur les assiettes en porcelaine cerclées de platine. Le potage fut vite avalé puis arriva la deuxième entrée.
Finalement, les langues se délièrent et Sirius tenta d’ignorer la discussion qui avait repris de l’autre côté de la tablée entre Cygnus, Lucius, Regulus et Rodolphus.
— Rien n’est plus important que la pureté du sang, Regulus, insistait Lucius. Il est préférable de s’abstenir en cas de doute. C’est pour cela que le répertoire des Vingt-Huit Sacrées est indispensable, cela permet de ne pas se tromper.
— Une fois qu’on a fait le tri entre les traîtres à leur sang et les autres, ajouta Rodolphus avec emphase.
Sirius n’arrivait pas à faire abstraction et serrait ses couverts à s’en faire mal. Il n’avait encore jamais pris parti lors d’une discussion à table, mais cela le démangeait. Les années précédentes, il était toujours assis proche de son frère et d’Alphard, comme les vilains petits canards de la tribu. Les années précédentes, il riait avec Regulus des propos tenus par leur famille. Les années précédentes, il se moquait de la voix de Lucius ainsi que de l’air constipé de Rodolphus, et Regulus s’esclaffait à ses mauvaises imitations.
— Comment vont tes études, Sirius ? demanda soudainement Narcissa à voix basse en se penchant vers lui.
Sirius fut si surpris qu’il sursauta. Il tourna la tête vers elle, son visage était neutre et il doutait que la réponse l’intéresse vraiment.
— Très bien. J’ai hâte de pouvoir entrer à l’académie des Aurors l’année prochaine, répliqua-t-il sans se préoccuper de chuchoter.
— Ah. Tu. Tu veux être… Auror ? Ça me semble, disons, indigne de notre famille.
Narcissa s’efforçait d’être discrète, mais ce n’était pas le problème de Sirius si elle ne souhaitait pas que leur conversation soit publique. Elle n’était pas obligée de lui adresser la parole en premier lieu.
— Les Aurors sont l’élite de la lutte contre les mages noirs. Je crois au contraire que ça sera parfait !
L’ensemble de la tablée les regardait maintenant et Sirius garda la tête haute et droite, il n’avait pas peur d’affirmer ses convictions.
— Ma femme a raison, Sirius. Auror n’est pas une profession qui sied à un Black, intervint Lucius de sa voix traînante.
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ‽ Vous êtes un Malefoy, vous !
— Je me préoccupe de ce que l’on pourrait penser de votre famille, mon cher, parce que cela importe à Narcissa.
— Sirius… murmura Orion.
Il ignora son père.
— Me faites pas rire ! Vous ne vous préoccupez que de vous et de vos idées de merde sur la pureté du sang. Vous êtes en train de bourrer le crâne de Reggie avec vos inepties !
— Sirius ! appela Orion de nouveau.
— Quoi ‽ grogna-t-il en fixant son père dans les yeux.
— Un peu de tenue, s’il te plaît.
Sirius ne cilla pas puis balaya l’assemblée du regard.
— Si ça dérange quelqu’un, il n’a qu’à le dire !
— En effet, tu nous incommodes, Sirius. Maintenant obéis à ton père et tais-toi, affirma Cygnus d’un ton polaire de l’autre côté de la table.
— Non ! J’en ai marre de subir vos conneries et je veux pas que Regulus croie que c’est la vérité.
— Je n’accepte pas de me faire insulter sous mon toit. Tu peux partir si tu te sens si éloigné des valeurs de ta propre famille, trancha Cygnus.
— Vous devriez renier votre fils, Orion, ajouta Bellatrix d’une voix aiguë. Ce genre d’attitude ne donne jamais rien de bon… Il est en train de mal tourner.
Sirius lui envoya un regard de haine pure puis pivota vers son père. Il était trop pâle et Sirius craignit un instant qu’il accède à la requête de Bellatrix. Mais il baissa les yeux sur son assiette et demeura muet. Tant d’inaction énervait Sirius au plus haut point, Orion était incapable de prendre la moindre décision et n’avait pas le courage de défendre son propre fils devant le reste de la famille.
Sirius se leva avec brusquerie en faisant crisser les pieds de sa chaise sur le parquet verni. Il porta son regard sur Regulus qui s’était fait tout petit sur la sienne.
— Ouais, je m’en vais, j’en peux plus de vos tronches. Viens, Reggie.
Regulus ne bougea pas, Sirius l’appela une nouvelle fois. Son frère le regarda enfin, ses iris étaient humides et brillants.
— Je reste…
La stupéfaction le laissa muet. Il l’observa avec des yeux gros comme des souafles, en se demandant si c’était une blague. Mais Regulus ne plaisantait pas. La réalisation se fit lentement, elle s’infiltra en lui telle une fine pluie qui pénètre à travers les vêtements pour glacer jusqu’aux os.
— Reggie, s’il te plaît…
— Non, Sirius, je reste. Tu peux partir. De toute façon tu n’as rien à faire ici, tu es trop différent de nous.
Sirius sentit son cœur se fracasser en mille morceaux.
— Putain, Reggie, dis pas des trucs pareils ! le supplia Sirius.
— Dégage, Sirius ! cria tout à coup Regulus en se levant.
Sirius s’enfuit en courant, la vue brouillée par les larmes. Il lança la poudre de cheminette d’une main tremblante et dut s’y reprendre à trois fois avant de trouver assez de souffle pour prononcer « Square Grimmaurd » d’une voix si faible qu’il n’était même pas sûr d’arriver à destination.
Le lendemain, Sirius se réveilla dans une maison silencieuse. Il avait passé tout le reste de la journée de la veille affalé sur son lit, à écouter en boucle le quarante-cinq tours de Let it be en déprimant. Lui aussi espérait qu’une lumière viendrait éclairer son monde qui s’était considérablement noirci.
Il n’avait pas entendu son père et son frère rentrer, peut-être qu’ils ne l'avaient pas fait ou peut-être que Sirius s’était déjà endormi. Il avait oublié de mettre son pyjama et s’était réveillé en sursaut en pleine nuit tout habillé. Dépourvu d’énergie, il s’était juste enroulé dans ses couvertures et s’était rendormi.
Quand Sirius réussit à enfin s’extraire de son lit, il prit une douche, frotta ses yeux avec application pour en retirer le maquillage et enfila des vêtements propres. Quelque chose de neutre, un simple jean, un t-shirt bleu marine et un gros pull en laine tout doux par-dessus. Il était invité chez Andromeda, mais il n’avait pas la force de faire des efforts et elle ne lui en tiendrait pas rigueur.
Il quitta sa chambre sans bruit, écouta à la porte de Regulus pendant de longues secondes puis descendit les escaliers jusqu’à la cuisine.
— SIRIUS ! ESPÈCE D’INGRAT ! TRAÎTRE À TON SANG ! hurla le portrait de sa mère.
Il n’eut même pas l’envie de réagir et l’ignora comme il avait pris l’habitude de le faire. Impossible de savoir si la peinture s’égosillait parce qu’elle avait appris ce qui s’était déroulé au manoir Black ou si c’était les injures usuelles.
La salle à manger était déserte et personne ne semblait s’y être rendu depuis des heures. Cela ne voulait rien dire puisque Kreattur rangeait toujours tout après leur passage. Il l’appela et lui demanda un petit-déjeuner. Ce n’était plus vraiment l’heure, mais Sirius s’en moquait éperdument. Il n’y avait plus grand-chose dont il se souciait ce matin.
S’il avait su que le repas de famille tournerait si mal, il aurait refusé de s’y rendre. Il revoyait Regulus lui crier de s’en aller comme s’il le détestait. Son ventre se retourna et des larmes perlèrent à ses yeux. Il les essuya avec rage tandis que Kreattur posait son repas devant lui. Sirius ne savait pas comment les choses allaient pouvoir s’améliorer, la situation lui semblait insoluble. Regulus lui paraissait hors d’atteinte désormais.
Sirius grignota quelques toasts, but son thé puis sortit de la bâtisse pour transplaner. La vision de la petite maison d’Andromeda et Ted, après le virage de la route sur laquelle il était apparu, lui mit du baume au cœur. Ici au moins, il serait bien accueilli. Il marcha à grands pas dans l’atmosphère glacée de décembre en se demandant s’il n’allait pas bientôt lui aussi être renié, déshérité et rejeté par sa famille, comme sa cousine avant lui.
La campagne galloise était déserte, silencieuse et couverte de givre. L’herbe crissa sous les pas de Sirius, la poignée du portail lui gela les doigts et l’air froid congelait ses poumons à chaque inspiration. Comme un idiot, il avait oublié ses vêtements chauds avant de partir.
Lorsque Sirius rentra chez lui ce soir-là, il était si tard que la maison entière était de nouveau dans le noir. Il invoqua un Lumos et se déplaça à la lumière de sa baguette. Impossible de savoir si son frère et son père étaient là, il n’y avait que le silence, le bruit des marches qui grinçaient sous son poids et le tic tac de la vieille horloge dans le salon. Celle qui donnait l’heure dans la partie haute et qui surveillait les membres de la famille dans la partie basse. Il décida de s’y arrêter : l’aiguille de sa mère était sur « Mort » comme depuis des années, celle d’Orion – et la sienne – étaient sur « Maison », celle de Regulus était sur « Dehors ». Son frère n’était donc pas là… Où pouvait-il être un vingt-six décembre à presque minuit ?
Il alluma les lumières de sa chambre et aperçut aussitôt deux lettres posées sur son bureau. Il reconnut les écritures de James et Remus sur les enveloppes.
Salut Black,
J’espère que t’es bien rentré chez toi et que tu croules pas trop sous les devoirs. Maman et Papa me laissent la maison le 31. Il y aura tout le monde, ça serait cool que tu viennes !
Je t’attends vers 16 h !
À plus,
James
Bonjour Sirius,
James m’a dit qu’il t’invitait à sa soirée.
Je me disais… Si t’as pas encore écouté le dernier T.Rex, tu pourrais venir l’écouter chez moi avant d’aller chez James ?
Enfin, si tu veux ? Vers 14 h, ça serait bien, non ?
Je te laisse l’adresse au dos, c’est dans un coin moldu et on est pas relié au réseau de cheminette.
Remus Lupin
P.S. J’ai pas encore écouté l’album
Le cœur de Sirius tressauta de joie. Après l’horreur de Noël, cette journée lui faisait du bien. Les heures passées chez Andromeda, à boire du thé, à manger des biscuits aux épices, à jouer avec la petite Nymphadora et à écouter les Beatles avec Ted, lui avaient déjà remonté le moral. Mais cette double invitation effaça ses soucis le temps d’un instant.
Il répondit à James et à Remus qu’il viendrait. Il appela Kreattur pour lui confier ses courriers sans se préoccuper du fait qu’il était plus de minuit et se coucha avec le sourire qu’il pensait avoir perdu pour de bon.
Après avoir tourné en rond dans sa chambre comme un dragon en en cage, Sirius transplana à l’adresse indiquée en espérant ne pas arriver dans un endroit rempli de moldu·es qu’il devrait oublietter. Heureusement, il s’agissait d’une maison à l’écart d’un petit village et la rue était vide.
Il frappa à la porte en bois dont la peinture verte était un peu écaillée et celle-ci s’ouvrit bientôt sur une femme brune qui lui sourit aussitôt qu’elle le vit.
— Oh, bonjour ! Tu es Sirius, c’est ça ?
Sirius fut prit de court par son accent chantant et ses r qui roulaient sur les mots. Remus n’avait jamais parlé des origines de sa mère, mais il était évident que l’anglais n’était pas sa langue de naissance.
— Heu, oui. Bonjour Madame. Heu, est-ce que Lupin… Enfin, je veux dire, Remus est là ?
— Il est là, viens, entre.
Elle s’effaça. Il s’essuya consciencieusement les pieds sur le paillasson et la suivit dans les couloirs et l’escalier. La maison semblait aussi petite à l’intérieur que de l’extérieur, mais Sirius s’y sentit bien dès la première seconde. Il y avait une tapisserie orangée à motif sur les murs et de la moquette beige au sol. Il avait aperçu un salon qui paraissait confortable, avec ses canapés installés tout proches d’une cheminée allumée.
Madame Lupin frappa sur la première porte à droite en haut de l’escalier et celle-ci s’ouvrit sur Remus qui la dépassait d’une bonne tête. Son visage s’éclaira d’un sourire quand Sirius croisa son regard. Celui de Sirius suivit aussitôt, l’attention attirée par cette petite fossette qu’il n’avait pas vue depuis longtemps.
— Salut Sirius !
— Hey, Lupin…
— Je vous apporte un thé et des biscuits, corazón ?
— Non, Maman, merci. Enfin… Tu veux boire quelque chose, peut-être ? ajouta Remus en regardant Sirius.
— Non merci, Madame.
Elle s’en alla et Remus le fit entrer dans sa chambre.
— Désolé pour ma mère… Elle est toujours un peu collante avec les gens que j’invite.
Sirius balaya l’air de sa main pour lui montrer que cela ne le dérangeait pas. Lui, au moins, il avait une mère qui se préoccupait de lui, pas comme Walburga qui ne savait que l’insulter du haut de son portrait. Il détailla avec curiosité la pièce dans laquelle il se trouvait et chaque poster, chaque photographie qui décoraient les murs le fit sourire davantage. La chambre de Remus était un temple dédié au rock’n’roll et cela ravit Sirius au plus haut point.
— Holala, Merlin, ta platine est trop belle ! s’extasia-t-il devant l’objet posé sur une commode en bois clair.
— Merci… C’est un cadeau de James à vrai dire, pour mes dix-sept ans.
Sirius se tourna vers Remus, étonné. Ce dernier avait un air un peu gêné.
— Mais c’est une Dual 1229, ça coûte super cher !
— Je sais… Mais, hm. Enfin, tu as peut-être remarqué que les Potter sont riches. Et James, il fait ce genre de choses.
— C’est franchement cool de sa part !
Remus sourit et hocha la tête. La clarté blanchâtre de fin décembre éclairait la chambre de ses rayons et rebondissait sur lui, illuminait ses cheveux châtains et sa peau presque dorée. Sirius le trouvait plutôt en forme ce jour-là, malgré des cernes marqués, et ça le rassurait. Il avait encore un souvenir vivace de la dernière fois qu’ils s’étaient croisés et de son air malade et fatigué.
— Je mets l’album ? proposa Remus.
— Ouais, vas-y ! Je l’ai pas écouté non plus, au final. J’espérais qu’on puisse le faire ensemble comme t’avais dit.
Remus se déplaça jusqu’à une étagère remplie de vinyles – même s’il en avait moins que Sirius, sa collection était respectable – et sélectionna une pochette que Sirius reconnut tout de suite. Il l’observa poser le disque noir sur sa platine avec des gestes précis et lancer la lecture.
— Elle est automatique ! Cool !
— Oui, je trouve ça génial ! Avant, hmm, j’avais une vieille manuelle qui se déréglait tout le temps. Au fait, ne reste pas debout, hein… tu peux t’asseoir.
Remus lui montra son petit lit et Sirius s’y installa tout au bord. Puis il écouta la musique. Les premières notes, suivies rapidement de la voix de Bolan s’élevèrent dans la pièce. Le son était excellent et Sirius fut enrobé de toute part par les instruments et les voix. Il avait tellement lu les titres des morceaux sur la pochette qu’il les connaissait par cœur. Les découvrir enfin était merveilleux. Dandy in the Underworld avait une langueur hypnotique et Sirius commença à se balancer de droite à gauche en fermant les yeux. Il sentit le poids de Remus qui s’installait à côté de lui et resta concentré sur les notes jusqu’à la toute dernière sans rouvrir un seul instant les paupières.
— Wahou, c’est vraiment excellent ! lâcha-t-il à la fin du morceau en se tournant vers Remus.
— Oh, oui. Ce morceau est génial ! Merde… je n’arrive pas à croire que Bolan est mort et qu’on n’aura plus rien maintenant.
— Ouais, c’est vraiment injuste… Tant de talent gâché par le destin, approuva Sirius alors que la guitare et la batterie du deuxième morceau s’élançaient hors des enceintes.
Sirius se plongea dans le rythme lancinant et la voix de Bolan, en tapant du pied sur la moquette et en balançant la tête. Il conserva son regard sur Remus cette fois-ci. Ce dernier prit une teinte rosâtre presque dès le premier couplet. Puis il détourna les yeux avec un air gêné.
Bolan chantait le refrain « Under the crimson moon, Under the crimson moon » et les chœurs répétaient « I wanna feel your heat under the crimson moon » en boucle. Et Remus était de plus en plus rouge.
Le morceau se termina sur des chœurs « Yeah, tap tap, crimson moon » tout en douceur, les instruments et les voix disparurent en laissant la chambre dans un silence rompu par le grésillement de la platine qui enchaîna sur le morceau suivant.
— Hey, cool celui-ci ! J’ai vraiment aimé son rythme ! s’exclama Sirius.
— Oh. Oui. Oui. Moi aussi…
Sirius observait Remus qui s’obstinait à éviter son regard, les joues encore roses, et qui battait la mesure du troisième morceau. La voix de Bolan et les sonorités un peu planantes emplissaient la pièce.
— Qu’est-ce qui te fait rougir comme ça, Lupin ?
— Oh, rien. Hmm, c’est juste… Ce que ça racontait.
— Hé ben quoi ? Ça parlait d’une lune de sang. Je sais pas trop ce que c’est, mais bon.
Remus garda obstinément les yeux éloignés de Sirius alors que le quatrième morceau se lançait.
— Je pense que c’est un peu plus suggestif que juste une lune de sang, Sirius.
— Oh… Oh !
Et il se mit à rire. Pour une raison qu’il ignorait, il eut du mal à s’arrêter et Remus finit par le rejoindre. Les mains plaquées sur son ventre douloureux, Sirius se laissa tomber en arrière sur le lit et écouta le rire de Remus, légèrement rauque, comme sa voix si particulière. Sa gaité améliorait le moral de Sirius qui était au plus bas depuis Noël.
Le grésillement de la platine puis le son d’une cymbale et les mots de Bolan qui chantait « We love to boogie, we love to boogie » les tirèrent finalement de leur fou rire. Sirius se replongea dans la musique et tapota le rythme du morceau sur les draps, toujours allongé.
Le reste de l’album se déroula dans un silence tout relatif, un peu contemplatif – seulement rompu par la nécessité de tourner le disque sur la face B – et Sirius eut du mal à émerger quand le bras se releva et se remit à sa place dans un petit bourdonnement de moteur. Il pivota la tête vers Remus qui était demeuré assis sur le bord du lit. Ce dernier l’observait et Sirius se redressa.
— C’était bon, hein, Lupin ?
— Oui, c’était vraiment bon… Merci encore de me l’avoir offert.
— Mais de rien, ça m’a fait plaisir !
Remus lui sourit et la cicatrice de sa joue droite s’étira en même temps que la fossette du côté gauche apparaissait. Sirius ne comprenait pas pourquoi son regard persistait à se fixer sur ces insignifiants détails.
— Hmm, j’aimerais que tu m’appelles par mon prénom.
— Oh, ouais. OK, Remus ! Merci de m’avoir invité pour ça.
Remus sourit de nouveau et se releva pour mettre l’album une deuxième fois. Ils l’écoutèrent dans un silence parfait et Sirius se perdit une fois encore dans la contemplation sonore de la musique qui s’échappait des enceintes. Il se laissa envelopper par la chaleur dégagée par Remus en même temps que la voix de Marc Bolan.
Après la deuxième écoute, Remus rangea le vinyle avec des gestes empreints de révérence. Puis ils se préparèrent et sortirent dans le froid du dernier jour de décembre pour transplaner chez James.
La maison des Potter à Godric’s Hollow avait été décorée de ballons et de serpentins. Sirius trouva cette idée à la fois drôle et saugrenue, on aurait dit un anniversaire d’enfant. Un·e enfant qui n’aurait pas grandi dans la famille Black, parce que les ballons étaient bien trop associés au monde moldu pour elleux.
— Salut les gars ! les salua James d’une voix anormalement aiguë alors qu’ils entraient dans le salon.
— James, c’est quoi cette voix ?
— Ça, Remus, c’est la meilleure invention qu’Lily ait jamais faite en potions !
— N’écoute pas ses conneries ! Ce crétin a juste bu une préparation que j’avais pas finie.
Remus secoua la tête en riant et Sirius demanda des précisions à Lily.
— James voulait de l’aide sur un devoir de potions qu’on a à faire pendant les vacances. On a fait quelques essais hier sur l’élixir d’euphorie et il a insisté pour le tester sous prétexte que ça serait drôle. Sauf que j’avais pas encore ajouté l’armoise…
— Hey, je suis pas aussi bon en potions que toi, mais ça me semble périlleux de tenter un truc comme ça, nan ?
— Oh, non pas tant que ça.
— Il n’y a jamais eu d’effets secondaires graves référencés sur un élixir d’euphorie non terminé, compléta Remus.
— Je pense qu’on peut ajouter cri de canard à la liste des effets secondaires mineurs alors, s’esclaffa Sirius qui observait James hurler dans les oreilles de Marlene de son affreuse voix déformée.
— Ha ha, oui, sans aucun doute ! approuva Lily. Je vais écrire à la guilde des potionnistes de Grande-Bretagne, juste au cas où.
La passion de Lily pour les potions fascinait Sirius qui ne trouvait pas un grand intérêt pour cette matière. Il se forçait à travailler parce que c’était indispensable pour entrer à l’académie des Aurors, mais il aurait préféré s’en passer. Il semblait que Remus soit du même niveau que la jeune fille. Cela ne l’étonnait pas, James lui avait beaucoup parlé de l’intelligence de Remus. Il ressentait aussi leur complicité sur le plan intellectuel, en simplement quelques phrases échangées et des regards de connivence. Il enviait une telle amitié et espérait en secret pouvoir devenir proche de ces personnes qu’il aimait déjà tant. Il ne s’expliquait pas cette force qui le poussait vers James, Lily et Remus, cette impression qu’il les connaissait depuis des années sans que cela soit le cas.
Sirius fit ensuite le tour du salon des Potter pour saluer tout le monde. Il était content de revoir Marlene et Dorcas qui avaient été absentes la majorité du mois d’août. Elles lui sourirent avec chaleur. Dorcas était toujours magnifique et il se demanda si une fille comme elle pourrait être la bonne. Dommage qu’elle soit à Poudlard et lui à Beauxbâtons. Peter lui serra la main de façon expéditive puis marmonna une excuse pour s’éclipser. Quel type désagréable ! Sirius n’avait rien fait pour mériter un tel mépris.
— Bon, allez, tout l’monde dehors pour voler avant qu’il fasse trop noir ! cria d’un coup James, debout sur son canapé.
— Ne compte pas sur moi pour monter sur un balai, Potter !
— T’en fais pas Lily, toi tu compteras juste les points !
Le regard plein d’amour qu’échangèrent Lily et James pinça le cœur de Sirius. Il se demanda une nouvelle fois si ce genre de chose lui arriverait un jour. Leurs ami·es les observaient avec tendresse et Sirius comprit que tout le monde avait longtemps espéré que Lily se rende enfin à l’évidence.
— J’ai pas pris mon balai, mais je peux aller le chercher, glissa Sirius en s’avançant vers James.
— Ouaip, ça s’rait cool ! On t’attend dans l’jardin !
Sirius fit l’aller-retour en l’espace de quelques minutes. Chez lui, il croisa son père qui lui souhaita une bonne soirée. Il demanda si Regulus était là, et appris qu’il était sorti lui aussi. Sirius fut un peu déçu, mais il réalisa que ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour arranger les choses avec son frère. D’autant plus qu’on l’attendait.
Il repartit après avoir remplacé sa veste en cuir par sa cape d’hiver. Le groupe était déjà dehors à discuter à grand renfort de cris excités pour constituer les équipes.
— Trois contre trois, un gardien et deux poursuiveurs, ça s’ra parfait !
— Mais je suis batteuse, moi ! contra Marlene.
— On ne peut pas faire un vrai match de toute façon, autant faire comme James a suggéré, tempéra Remus.
— Ouais, débarrassons-nous au plus vite de sa lubie ! ricana Peter avec un sourire qui contredisait ses paroles.
— Hey, je suis là !
— Parfait, Black ! Wow, super ton balai !
— On vous interdit d’être dans la même équipe !
— T’inquiètes Dorcas, j’vais me faire un plaisir de montrer à Black comment j’sais voler…
Sirius sourit à l’air faussement excédé de Lily. Il décida de prendre la place de gardien et de laisser Remus et Dorcas se lancer le souafle. James ne fut pas aussi bon joueur et Sirius put constater que sa réputation n’était pas usurpée. Il volait avec facilité, habilité et élégance, Sirius était jaloux. Il arrêta la majorité des balles, mais cela ne suffisait pas contre James, et Peter qui ne se débrouillait pas si mal non plus.
Dans son équipe, Remus et Dorcas martelaient Marlene qui attrapait les souafles comme si elle était née pour ce poste. Décidément, les joueurs de Quidditch de Gryffondor étaient formidables. Sirius aurait donné n’importe quoi pour assister à l’un des matchs dont James lui avait déjà fait des récits détaillés.
Lily s’était juchée sur un balai à l’écart du jeu en vol stationnaire et comptait les points à haute voix puis les reportait d’un coup de baguette sur un affichage lumineux qu’elle avait invoqué. Son adresse avec la magie ravissait Sirius et il comprenait pourquoi elle était si bonne en cours. La jeune fille était emmitouflée jusqu’aux yeux dans un bonnet et une écharpe, elle semblait avoir froid. Sirius, lui, transpirait dans ses vêtements tant il se démenait. Il se débarrassa même de sa cape en cours de route et la laissa tomber au sol.
Le match improvisé s’arrêta quand Peter et Dorcas demandèrent grâce. Iels ne jouaient jamais au Quidditch et la partie était épuisante. Remus ne semblait pas fatigué le moins du monde malgré son inexpérience et il atterrit avec le sourire à côté de Sirius qui récupéra sa cape.
Leur petit groupe retourna au chaud en riant, les joues rosées par l’effort. La nuit était noire désormais, Vénus était déjà là, brillante dans le ciel opaque, non loin de la lune décroissante. La soirée du dernier jour de l’année commençait sous les meilleurs auspices et Sirius avait oublié son frère, la dispute et le reste de sa famille.
Notes:
Titre du chapitre : T.Rex - Dandy In The Underworld (l'album)
Chapter 6: Chapitre 6 — Wishin' he was miles and miles away
Notes:
Bonjour à toustes,
On se retrouve pour le 6e chapitre. Sirius retourne à Beauxbâtons pour finir son année. Promis, ensuite il restera à Londres.
Je vous invite à garder le skin actif pour ce chapitre, il y a encore quelques courriers hé hé.Je remercie celles et ceux qui m'ont laissé une review sur le chapitre précédent. C'est le seul moyen pour moi, autrice, de savoir ce que vous avez aimé, alors n'hésitez pas à laisser même un tout petit mot.
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 6 — Wishin' he was miles and miles away
Sirius et Regulus retournèrent à Beauxbâtons en portoloin quelques jours après le Nouvel An, comme ils le faisaient toujours. Regulus n’avait plus adressé la parole à Sirius depuis Noël et ils s’étaient à peine croisés. Lorsqu’ils avaient mis la main sur la vieille théière ébréchée, Regulus avait évité le regard de Sirius. Il avait lâché l’objet aussitôt arrivé en France et était parti de son côté sans un mot.
Sirius retrouva ses camarades de l’école, le groupe passa la soirée à raconter ses vacances et à se montrer certains des cadeaux qu’iels avaient reçus. Mais Sirius resta assez silencieux et ne répondit qu’aux questions qu’on lui posa sans s’étaler. Il pensait à son frère. Il se demandait si la fêlure qu’il avait ressentie l’été précédent était définitivement trop profonde pour être réparée maintenant que Regulus semblait l’avoir rejeté pour de bon. Il en avait une boule dans le ventre.
Ce n’était pas tant de s’être accroché avec lui qui le peinait, c’était le sujet de la discorde qui le tourmentait. Il avait l’impression que Regulus avait fait un brutal demi-tour sur le chemin de la raison et s’était perdu dans les confins de l’obscurantisme. Mais peut-être n’était-il pas trop tard pour le faire changer d’avis ? Peut-être pouvait-il recoller les morceaux ?
Peu avant de quitter le groupe pour aller se coucher, Marie questionna Sirius. Est-ce qu’il avait vu ses ami·es de Poudlard, celleux qui lui écrivaient ? Est-ce qu’il y avait des filles dans ce groupe ? Et d’autres stupidités. Elle sembla satisfaite quand il lui assura qu’il n’avait pas de copine en Angleterre. Il espérait qu’elle n’allait pas vouloir sortir avec lui, il l’aimait bien comme amie, pas plus.
Dans le dortoir, Sirius rangea ses affaires dans son placard, se mit en pyjama et s’allongea dans son lit. Il regarda le plafond pendant des heures sans trouver le sommeil, comme tous les soirs précédents. La situation avec Regulus lui pesait beaucoup et Londres lui manquait déjà.
Plus de deux mois s’étaient écoulés, mars apportait les prémices du printemps. Les températures étaient douces, il ne gelait plus la nuit et les jonquilles commençaient à fleurir. Le retour du soleil permettait aux élèves de passer plus de temps en extérieur, même si la septième année était enfermée à la bibliothèque le plus souvent possible.
Les cours étaient difficiles, les devoirs étaient nombreux et la pression des examens à venir ne faisait que croître chaque jour. Sirius produisait des efforts démesurés pour rester au niveau et ses résultats moyens en potions le désespéraient. Cette matière était indispensable pour entrer à l’académie des Aurors et il devait avoir une excellente note, mais il n’y était pas encore. Il passait la plupart de ses révisions à travailler les potions, avec l’aide de Marc. Il aurait voulu être avec Lily, elle semblait les élaborer avec une facilité déconcertante. Mais elle n’était pas là.
Le temps manquait tellement à Sirius qu’il ne s’ennuyait même plus de son pays natal. Évidemment, ses ami·es de Poudlard lui manquaient, Andromeda aussi, mais il n’y pensait plus autant. Il n’avait pas non plus trouvé d’occasions de parler à Regulus, bien qu’il ait essayé. Il était allé le chercher à la fin de son entraînement de Quidditch comme l’autre fois, mais son frère avait prétexté avoir des devoirs à faire pour lui échapper. Il avait voulu manger avec lui à la table des sixième année, mais Regulus s’était arrangé pour ne jamais avoir de place libre près de lui ou bien quittait la pièce sans même avoir pris son repas. Les jours passaient, le temps filait telle une voiture moldue sur un circuit et Sirius était à court d’idées.
Le seul point positif qu’il voyait à cet amoncellement de travail était que les filles le laissaient tranquille. Marie avait abandonné ses questions sur ce qu’il pensait d’elles et aucune de ses admiratrices habituelles n’était venue lui demander de sortir avec elles. Tout le monde n’avait qu’une chose en tête : les examens.
À la fin du mois de mars, Sirius reçut un courrier dont l’écriture lui était maintenant familière. Il caressa les plumes du hibou grand duc pour le remercier de son long trajet et lui offrit une friandise qui traînait au fond de sa poche.
Salut Black !
Ça fait un bail, mais j’ai pas eu le temps de t’écrire plus tôt. Le rythme est devenu assez intense depuis le retour à Poudlard et je suppose que pour toi aussi.
C’est en discutant avec les gars que je me suis dit qu’il fallait t’écrire avant les vacances de printemps. On a décidé de ne pas rentrer chez nous cette fois, pour travailler à la bibliothèque. Lily nous fait la guerre, mais honnêtement même moi j’ai compris que je devais prendre ça un peu au sérieux.
Peter est au bord de la crise d’angoisse dès le réveil le matin, mais Remus compense par son calme. Heureusement, sinon je pense que le dortoir serait invivable.
Bref, j’espère que ça va pour toi. Est-ce que tu reviens à Londres ou pas ?
Lily te passe le bonjour et Remus aussi. Il dit qu’il t’écrira à propos d’un certain Mercury, j’ai pas vraiment compris qui c’était, ha ha ha.
Prends soin de toi, mec.
James
Ces quelques mots sur ce parchemin un peu humide donnèrent le sourire à Sirius. Il était heureux que James ne l’ait pas oublié malgré le travail qui semblait aussi difficile à Poudlard qu’à Beauxbâtons. Il imaginait le jeune homme et son aura de bonne humeur dans le dortoir qu’on lui avait décrit, accompagné de la sérénité de Remus. Il ne pensait pas vraiment à Peter avec lequel il n’avait pas réussi à créer le moindre lien.
Sirius répondit à James dans la soirée et envoya sa chouette blanche pour lui porter la missive. Il ne rentrait pas à Londres pour les vacances et il était presque soulagé de savoir qu’elleux non plus, il aurait eu du mal à supporter l’idée de manquer une occasion de les voir. Le temps allait être encore long jusqu’à l’été.
Les vacances de printemps furent studieuses pour toute la septième année qui était restée en grande majorité à l’école. Sirius mettait un réveil le matin et passait toutes ses journées à réviser. La fin des congés approchait et il avait l’impression qu’il n’aurait jamais assez de temps pour tout faire.
Ce matin-là il devait retrouver Marc et quelques autres étudiant·es de son année en salle de potions. Sirius arriva en retard de quelques minutes, il avait oublié l’heure alors qu’il relisait ses notes sur la décoction hoqueteuse qu’il prévoyait de confectionner.
Il s’affaira autour de son chaudron tout de suite. Il prépara tous ses ingrédients avec précision et minutie, en prenant exemple sur son camarade. Marc était un garçon jovial et qui appréciait d’aider les autres. Sirius s’en était rapidement rendu compte quand il lui avait proposé de lui donner un coup de main en potions, peu de temps après qu’il se fut intégré au petit groupe dont Marc faisait partie. Depuis, il poussait Sirius à progresser dans cette matière et ne lui faisait jamais ressentir qu’il l’ennuyait. Pourtant il était le meilleur de la classe. Cette fois encore, il était là pour aider Sirius et révisait un autre cours pendant ce temps.
L’eau bouillonnait tranquillement et Sirius se mit au travail. Il écrasa les carapaces de scarabées en fine poudre, coupa les racines de mandragore en lamelles uniformes, lança une infusion de menthe poivrée sur un deuxième feu, pesa ses œufs de carpe et mesura le sang de dragon avec précision.
Quand tout fut prêt, il intégra les ingrédients dans le bon ordre, remua le nombre de fois nécessaire et attendit à plusieurs reprises. Il vérifiait ses notes toutes les cinq minutes pour ne pas faire fausse route et Marc jetait régulièrement un œil sur sa préparation. Au moment d’ajouter le sang de dragon, sa pipette remplie dans la main droite, une explosion retentit dans la salle de classe. Sirius sursauta, ses doigts pressèrent le petit tube et les dix millilitres de sang de dragon se déversèrent d’un coup dans la potion qui mijotait.
— Sirius, attention !
Sirius se retourna vers Marc qui venait de l'interpeller. Il pointait son chaudron du doigt. Sirius se tourna de nouveau et la préparation lui explosa au visage.
Sa peau se mit à brûler et il posa ses mains sur ses joues en espérant stupidement faire disparaître la sensation.
— Ne touche surtout pas ! Vite, à l’infirmerie !
Marc attrapa le bras de Sirius qui se laissa traîner. Beauxbâtons était un vaste château à la française et traverser les innombrables couloirs depuis la salle des potions jusqu’à l’infirmerie prenait du temps. Trop de temps.
Le visage de Sirius était en feu et la douleur devenait plus intense chaque seconde. Il transpirait et les gouttes de sueur coulaient sur son front en créant des sillons brûlants. La main de Marc était toujours fermement serrée sur son bras, mais il ne la sentait même plus.
Sa vision se brouilla, il trébucha. Il s’effondra sur Marc qui le stabilisa en manquant de tomber à son tour. Avec un grognement, il le redressa et le tira encore plus vite.
Bientôt, marcher fut un calvaire et Sirius s’arrêta, les poumons comme déchirés de part en part. Chaque inspiration irradiait son torse de douleur, chaque expiration lui donnait l’impression de souffler des épingles qui éraflaient sa trachée. Il s’appuya d’une main sur un mur pour éviter d’écraser une fois de plus son camarade. Ses jambes tremblaient, sa vision se brouilla de nouveau. Puis tout devint noir.
Sirius entendit des voix avant même de pouvoir soulever ses paupières. Il ne reconnaissait pas de qui il s’agissait. Il se réveillait dans un océan de souffrance. Son visage semblait avoir subi un sort d’embrasement, sa respiration était pénible et sifflante, son corps pesait des tonnes et il avait l’impression d’avoir été piétiné par un dragon.
Il geignit et même cela lui fit mal. Les voix s’interrompirent.
— Sirius, peux-tu ouvrir les yeux, mon garçon ?
Il tenta de les décoller et n’y parvint qu’à l’issue d’un immense effort. Il cilla quelques instants, sa vision était floue, ses yeux étaient secs et douloureux. Quelques larmes perlèrent et coulèrent le long de ses joues. Il cligna encore et son environnement lui apparut. Il était à l’infirmerie et madame Dupont était penchée sur lui. Il reconnaissait ses cheveux grisonnants remontés en chignon, son doux regard bleu.
— Boire, croassa-t-il.
Elle lui tendit un verre avec une paille souple et la lui glissa entre les lèvres. Il avala, la brûlure l’attaqua de la bouche à l’estomac. Un tison chauffé à blanc dans son œsophage. Il but encore, parce qu’il avait soif, et des larmes de douleurs s’échappèrent du coin de ses yeux.
— C’est normal que ça fasse mal, lui expliqua-t-elle de sa voix semblable aux pépiements d’un oiseau. Tu as eu un grave accident de potions, il va falloir plusieurs jours pour te remettre sur pieds, mais la douleur devrait diminuer bientôt.
Sirius avait toujours adoré l’infirmière de Beauxbâtons et sa voix légère et chantante. Elle mettait en confiance et rassurait, comme une mère aimante. Ce qu’il imaginait d’une mère aimante en tout cas.
— Ton corps a subi d’importants dégâts, mais ton frère a pu nous aider à stabiliser ta magie. Il devra rester ici jusqu’à demain, sa proximité est indispensable pour la guérison. Sans lui tu aurais fini à l’hôpital Scipion !
Sirius tourna brusquement la tête sur le côté. Regulus était assis sur une chaise à côté du lit. Il faisait semblant de lire un livre et l’ignorait. Sirius soupira. L’inspiration qu’il prit ensuite lui transperça les poumons d’une fulgurante douleur.
Il tenait là l’occasion parfaite de parler à son frère, mais l’idée même de desceller les lèvres l’épuisait. Il imaginait aussi la souffrance que provoquerait le passage de l’air entre ses cordes vocales, dans son pharynx, dans sa bouche. Il renonça à toute tentative de communiquer avec lui pour le moment et reporta son regard vers l’infirmière qui lui sourit.
— Tu devrais te reposer, mon garçon, ça ira mieux dans quelques heures.
Sirius hocha la tête de façon imperceptible, effrayé d’avoir mal s’il faisait de plus amples mouvements. Puis il ferma les paupières avec soulagement.
Quand il s’éveilla de nouveau, il faisait sombre dans l’infirmerie et seuls quelques globes magiques éclairaient partiellement les lieux. Il toussa un peu, la gorge sèche. Il survola la pièce des yeux, Regulus était toujours assis non loin, plongé dans un parchemin. Il lui tournait le dos et ne semblait pas l’avoir entendu.
— Boire…
Parler lui fit moins mal qu’il ne s’y attendait. Mais l’absence de réaction de son frère était plus douloureuse que n’importe quoi d’autre.
— Boire… répéta-t-il plus fort, en fixant Regulus.
Le jeune homme montra des signes qu’il avait entendu et il soupira d’une façon que Sirius trouva un peu trop dramatique étant donné la situation. Puis il posa son parchemin et s’approcha de Sirius pour le faire boire, ses yeux résolument tournés sur le côté pour ne pas le regarder. Il retourna sur sa chaise sans un mot et reprit sa lecture.
— Reggie, je voudrais te parler… tenta Sirius pour tester sa voix.
Il avait encore mal, mais c’était supportable. Il respira un peu plus fort en s’attendant à souffrir le martyre, mais il ne sentit rien d’autre qu’un tiraillement dans sa cage thoracique.
— Reggie, s’il te plaît. C’est ridicule de m’ignorer comme ça.
— J’ai rien à te dire.
Sirius soupira. Regulus n’allait pas lui faciliter la tâche. Mais c’était la première fois qu’il entendait le son de sa voix depuis des mois, il ne pouvait pas laisser passer cette occasion.
— Moi j’ai des choses à te dire. Alors tu n’as qu’à écouter et tu répondras si tu veux.
Pas un mouvement du côté de Regulus.
— Je veux comprendre ce qui s’est passé à Noël, Reggie ! Je veux savoir pourquoi d’un coup tu écoutes ce que Cygnus, Lucius et Rodolphus racontent. On était d’accord que c’était des conneries, ces trucs de pureté du sang !
Regulus haussa les épaules.
— Arrête de faire ça ! Je sais que tu penses pas comme eux ! Tu vois bien ici que tous les sorciers sont égaux, quelle que soit leur naissance !
— Tu y croyais aussi avant, répondit soudain Regulus d’une voix froide. Je pourrais aussi te demander pourquoi tu as changé d’avis. Pourtant je te fais pas chier avec mes questions !
Sirius resta bouche bée. Le ton même de son frère lui glaçait les os. Il refusait toujours obstinément de le regarder.
— Putain, Reggie ! Tu vas pas me dire que tu crois ces stupidités ! Qui t’a mis ça en tête ? C’est une fille ? Une sang pur qui pense comme une connasse ?
— Il n’y a personne, Sirius. Personne, tu entends ! C’est toi qui te plante complètement, les nés moldus et les sang de bourbe sont inférieurs et volent notre magie. Maintenant je m’en suis rendu compte, c’est tout.
Regulus avait enfin tourné sa tête vers Sirius et son regard noir lui transperça le cœur. Son regard et ses mots. Il ne s’était pas énervé, il était calme et glacial. Regulus était si différent de ce qu’il avait toujours été. Il n’avait jamais été un enfant particulièrement enjoué ou joyeux, mais il n’était pas semblable à une statue de verre sans émotion. Il était doux et tranquille, presque effacé parfois, mais gentil et aimable.
La fêlure que Sirius avait ressentie l’été passé s’était confirmée au repas de Noël, mais il avait continué d’espérer qu’une réparation était envisageable. Le gouffre lui semblait désormais infranchissable. Son estomac était lesté de plomb, ses yeux piquaient et ses mains tremblaient. Il se sentait submergé par la peine, la déception, la colère. Il détourna résolument la tête pour ne plus voir les pupilles pleines de haine de Regulus. Il serra les poings et ferma les paupières pour ne pas pleurer. Il se força à ignorer son frère et la fatigue reprit le dessus.
Quand Sirius s’éveilla de nouveau, l’infirmerie était plongée dans les ténèbres. Il tâtonna sur le côté et attrapa sa baguette posée sur la petite table pour lancer un Lumos. La lumière bleutée éclaira la pièce d’un faible halo. La chaise était vide et les lits les plus proches aussi.
Regulus était parti.
Deux semaines s’étaient écoulées et le moral de Sirius frôlait le zéro absolu. Il avait passé ses derniers jours de vacances à l’infirmerie et avait pris du retard sur ses révisions. Les cours avaient repris, il n’avait aucun répit. Plus les examens approchaient, plus il était nerveux ; la lettre de Remus promise par James n’était toujours pas arrivée ; sa relation avec Regulus était réduite à néant. Un océan de différences d'opinions les séparait désormais et il avait l'impression de s’y noyer. L’esprit occupé par les cours, les devoirs et les examens ne lui laissaient pas entrevoir de solution pour faire revenir son frère à la raison.
Le brouillard qui aveuglait Sirius se leva partiellement lorsqu’un hibou déposa un courrier devant son assiette au petit-déjeuner. Son nom était inscrit en lettres penchées et un peu tremblotantes sur l’enveloppe et cela lui donna aussitôt le sourire. Il n’attendit pas d’être seul pour déchirer le papier et parcourir les mots, ne pas en prendre connaissance immédiatement lui sembla insoutenable.
Bonjour Sirius,
Excuse-moi d’avoir tardé à t’écrire, mais on a eu des semaines un peu chargées.
J’avais hâte de trouver un peu de temps pour me poser et te raconter les prouesses de Lily ! Elle a réussi à faire fonctionner un tourne-disque à Poudlard !!! T’imagines ça ?
Ça fait six ans qu’elle essaie de trouver une solution pour contrer la magie qui imprègne l’école pour le faire marcher. Et elle a fini par y arriver il y a quelques semaines maintenant.
J’ai demandé à mes parents de m’envoyer quelques-uns de mes vinyles et Lily a fait pareil, du coup on passe beaucoup de temps à écouter de la musique dans la salle commune maintenant. La plupart des gens n’aiment pas spécialement ça, les sorciers sont un peu fermés d’esprit parfois, mais Lily et moi on est trop heureux !
J’ai enfin pu écouter le dernier album de Queen, que Lily a eu pour Noël. J’ai pensé à toi parce que je crois bien que c’est ton groupe préféré. Je dois dire que cet album est surprenant ! La pochette, déjà, est tellement différente de ce qu’ils faisaient jusqu’à présent. J’aime beaucoup ce changement de ton !
Et leurs morceaux, Merlin ! Je pense que tu as dû beaucoup aimer Sheer Heart Attack, elle sonne si punk. Je parie aussi que tu as dû sautiller sur We Will Rock You, il faut dire qu’elle est incroyable. Ce rythme créé juste avec des bruits de pieds et de mains c’est franchement une idée de fou, j’adore.
Je crois que j’ai une petite préférence pour All Dead, All dead et Spread Your Wings. C’est mélancolique, mais j’aime ça.
Mais elles sont toutes géniales et Freddy Mercury a vraiment une voix exceptionnelle.
Je vais voir avec mes parents si je peux l’avoir en cadeau après les examens, j’ai pas les autres albums de Queen (c’est toujours Lily qui me les prête), mais je crois que j’aimerais avoir celui-là.
Je vais m’arrêter là avant de te faire l’analyse complète de l’album, parce qu’on n’en aura jamais fini sinon.
Bonne chance pour la dernière ligne droite avant les examens !
À bientôt,
Remus
Sirius reposa le courrier après l’avoir lu deux fois. Il se sentait déjà mieux qu’au réveil, une partie du poids qui pesait sur sa poitrine s’était envolée en quelques instants. Simplement le temps de reconnaître l’écriture de Remus sur l’enveloppe. Et le contenu de cette lettre faisait sautiller son cœur de joie : rien ne lui plaisait plus que de parler de musique, surtout quand il s’agissait de Queen, et encore plus avec Remus. Certes, il n’était pas à proprement parler avec lui, mais c’était tout comme.
Un coup de coude de Marc le sortit de ses pensées. Il était déjà en train de réfléchir à ce qu’il allait répondre à son ami.
— C’est l’heure, Sirius, on va être en retard si on traîne trop.
Sirius se leva en soupirant. Il rangea le courrier dans son sac et suivit Marc et Marie en cours de potions. Il ne devait pas perdre de vue l’objectif de cette année : réussir ses examens pour enfin pouvoir rentrer en Angleterre et devenir un Auror.
Sirius observa sa grosse valise ouverte. Elle était encore vide et il ne lui restait plus que quelques heures pour la remplir. C’était la dernière fois. Et la dernière fois qu’il partirait de Beauxbâtons. Le lendemain, il quitterait l’école de magie française pour rentrer chez lui.
Ses affaires étaient disséminées entre son placard, sa table de chevet et son lit. Dessus et probablement dessous aussi. Il n’avait jamais été très soigneux ou ordonné et cela avait désespéré ses camarades de chambre pendant sept longues années.
Dans le dortoir, Marc, Henri, Miguel, Lionel et Paul s’activaient à ranger leurs possessions. Les portes des armoires grinçaient, le parquet, foulé par les nombreuses paires de pieds, répondait. Les garçons papotaient et riaient. Les stridulations des grillons et le chant des oiseaux entraient par la fenêtre ouverte. Mais Sirius observait sa valise vide sans faire un geste, ignorant du tourbillon autour de lui. Debout devant sa malle, il attendait.
Il ne savait pas ce qu’il attendait. Il aurait dû être heureux d’avoir enfin achevé le premier cycle, d’enfin pouvoir retrouver à temps plein son Angleterre natale qui lui manquait tant. Mais il avait la sensation d’être vide. Aussi vide que sa valise.
C’était le cas depuis Noël. Il y avait bien eu des petites choses pour égayer son quotidien et lui apporter une once de joie, comme la présence de ses camarades d’école ou les lettres d’Angleterre, mais ce n’était rien en comparaison au trou béant que son frère avait créé en lui.
Après son accident de potions, Sirius avait ressassé les mots de Regulus sans fin. Il n’avait eu ni le temps ni le courage de le confronter à nouveau, engoncé dans ses révisions et l’objectif de réussir ses examens. Malgré tous ses regrets, il ne voyait toujours pas ce qu’il aurait pu dire pour le faire changer d’avis. Et l’an prochain, Sirius ne serait plus avec lui : il restait encore une année d’école à Regulus. Il craignait qu’il s’enfonce davantage dans ces idéaux, sans qu’il puisse le surveiller de loin. Sa présence n’avait au final pas eu d’impact, mais c’était rassurant de l’apercevoir, même s’il ne pouvait l’atteindre.
Sirius n’avait jamais cessé de garder un œil sur Regulus, malgré l’immensité de leurs différences d’opinions, il aimait son frère et voulait le protéger. Il avait fait une liste mentale de toutes les personnes qui gravitaient autour de lui et s’était promis de faire des recherches pendant l’été, afin de vérifier qu’il ne s’agissait pas de mauvaises fréquentations. En fonction de ses découvertes, il aviserait sur les actions à mener.
— Tu ranges pas, Sirius ?
Sirius sursauta et se tourna. Marc était tout près de lui, des vêtements froissés entre les bras. Le jeune homme avait été un bon ami durant ces dernières années et il lui avait très certainement sauvé la mise en potions. Sirius savait qu’il avait probablement réussi l’examen dans cette matière et c’était grâce à Marc. Il l’avait aidé tant de fois que Sirius ne pouvait plus les compter.
Le visage de Marc était souriant bien qu’un peu inquiet. Il était du genre attentionné et s'était souvent enquis de son bien être. Comme James pouvait le faire aussi.
— Si si, je m’y mets…
Sirius lança quelques sorts et entreprit de commencer à ranger ses affaires dans sa valise. Marc se détourna avec un signe de tête. Il était gentil et c’était sûrement celui qui lui manquerait le plus. Sirius entreposa les livres dans le fond en se demandant pourquoi la vie était si injuste parfois. Il pensait à Marc, un beau garçon de l’avis de toustes, grand et blond, aimable et serviable. Et pourtant il n’avait jamais eu de copine et Sirius se désolait qu’il n’ait pas trouvé quelqu’un qui lui correspondait.
Sirius, lui, avait au moins essayé. Aucune fille ne lui avait vraiment plu, au final, mais il avait essayé. Il tentait de se rassurer : une fois au Ministère, il aurait l’occasion de faire des rencontres séduisantes. Il y croiserait des femmes qui seraient forcément plus matures et moins frivoles que ses camarades d’école qui l’ennuyaient. Les choses pourraient enfin devenir intéressantes. Il l’espérait en tout cas.
Après les livres, il empila des monceaux de parchemins, des plumes, des flacons d’encre, ses vêtements et ses effets personnels. La valise se remplissait peu à peu, mais le vide à l’intérieur de Sirius restait béant.
Le lendemain, tous les parents arrivèrent pour récupérer leurs enfants, comme chaque année. D’habitude, Sirius aimait profiter du banquet pour remplir son estomac de mets délicieux une dernière fois. Il aimait discuter de ses futures vacances avec ses camarades. Il aimait penser à l’année suivante quand il reviendrait. Cette fois, il n’éprouvait rien. Il resta silencieux et terne. Il mangea du bout des lèvres, sans appétit, sans envie. Il ne promit pas qu’il écrirait, il ne le faisait presque jamais de toute façon. Aucun·e de ses ami·es n’insista. Sirius ne s’était jamais senti complètement chez lui à Beauxbâtons, loin de l’Angleterre, loin de sa langue maternelle. Les autres se connaissaient parfois depuis l’enfance mais, lui, avait mis plusieurs années avant de s’intéresser à elleux. Il en payait le prix : il serait oublié aussi vite qu'il le ferait. Tant pis, ce n’était pas si important finalement.
Puis, enfin, ils regagnèrent le Square Grimmaurd. Regulus n’avait pas prononcé un mot et l’avait évité du regard. Orion ne semblait pas s’être rendu compte du fossé qui séparait ses fils et était retourné à ses occupations. Sirius se sentait toujours vide et désormais il était aussi complètement seul.
Notes:
Titre du chapitre : Spread Your Wings (Queen)
Chapter 7: Chapitre 7 — We'll all be gone for the summer
Notes:
Bonjour à toustes,
Et voilà le chapitre 7. Encore un courrier dans ce chapitre, c'est donc plus joli avec le skin actif.
Sirius va retrouver James et les autres, je crois que vous aviez hâte.Merci pour vos reviews sur le chapitre précédent !
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 7 — We'll all be gone for the summer
Sirius déchira l’enveloppe avec fébrilité : il attendait ce courrier depuis deux semaines. Deux semaines à se morfondre sans savoir quoi faire de ses journées.
Il avait écouté de la musique pendant des heures, erré dans Londres sans but et rendu visite à Andromeda. Comme il ne voulait pas déranger sa cousine avec ses états d’âme, il n’avait pas parlé de Regulus. Son frère faisait son stage et n’apparaissait que pour les repas du soir, sans ouvrir la bouche. Sirius s’inquiétait pour lui, mais au moins il ne ressortait pas. Il espérait que son père avait enfin agi, même s’il ne lui en avait pas parlé.
Son seul éclat de soleil avait été une courte missive de James. Il y racontait sa fin d’année à Poudlard à grand renfort d’hyperboles et l’attente horrible de leurs résultats aux ASPIC. Iels prévoyaient de les fêter et il le tiendrait au courant. Sirius ne savait pas combien de temps Poudlard mettrait pour envoyer leurs résultats aux élèves.
Il déplia le parchemin et ses yeux le parcoururent avec avidité et impatience.
Monsieur Sirius Black,
Voici les résultats de vos examens de fin d’études de premier cycle.
Ces résultats vous ouvrent la possibilité de vous inscrire en études supérieures magiques, ne les perdez pas.
Bien cordialement,
L’équipe enseignante de l’académie de Beauxbâtons
Un deuxième parchemin était joint au premier. Celui-ci le rendait bien plus anxieux et ses doigts tremblèrent un peu alors qu’il le déroulait.
EXAMENS DE FIN DE PREMIER CYCLE D’ÉTUDES MAGIQUES
École : Académie de Beauxbâtons
Identité de l’élève : Sirius Orion Black
Matières présentées et notes accordées :
- Vie et mœurs moldues : Bel effort
- Potions : Excellent
- Plantes et herbes : Excellent
- Enchantements : Parfait
- Transformations : Parfait
- Défense et contre-sorts : Parfait
- Histoire de la magie : Bel effort
Sirius soupira et s’affala sur son lit, soulagé. Il allait pouvoir s'inscrire à l'académie des Aurors. Il avait craint, jusqu’à la dernière seconde, que son examen de potions ne soit pas assez réussi. C’était vraiment son point faible et il lui faudrait redoubler d’efforts pour rester au niveau.
Sirius décida d’en informer Andromeda, qui attendait avec impatience il le savait. Il en profita pour annoncer la nouvelle à James et l'informer qu'il serait au Ministère le lundi suivant pour son inscription. Sirius espérait l’y croiser.
Quand il eut terminé d’écrire ses deux lettres, il appela Kreattur pour les lui confier et descendit jusqu’au bureau de son père.
Il frappa au battant et Orion l’autorisa à entrer. Il enclencha la poignée et pénétra dans la vaste pièce. Elle sentait les vieux livres et le parchemin, l’encre en train de sécher et quelque chose de floral. Il y avait toujours des fleurs fraîches posées sur un guéridon. Une ancienne habitude de sa mère qui perdurait seize ans après son décès. Chaque matin, leur elfe remplaçait le bouquet de la veille, dans la moitié des pièces de la maison. Qu’elle soit habitée ou pas. L’odeur du bureau était agréable, Sirius avait toujours aimé venir ici pour parler avec son père.
Son regard se perdit sur les étagères remplies des centaines d’ouvrages que Sirius et Regulus avaient feuilletés toutes ces années. Il y avait là beaucoup de livres qui n’avaient aucun intérêt pour des enfants, mais des sections entières étaient consacrées aux contes et aux aventures pour jeunes sorcier·es.
— Bonjour Père. J’ai reçu les résultats des examens.
— À la bonne heure ! Assieds-toi donc, mon fils. Je vais demander à Kreattur de nous monter un thé.
Sirius prit place sur l’un des sièges qui faisaient face à la large table derrière laquelle Orion était installé. La lumière provenant de la fenêtre éclairait le bois lisse et doux, usé par des années d’utilisation. L’assise s’enfonça légèrement sous son poids et il s’appuya contre le dossier avec plaisir. Il adorait ces fauteuils moelleux qu’il associait à des souvenirs plaisants. Il était souvent venu s’installer ici pour regarder son père travailler ou pour lui raconter sa journée. Des choses qu’Orion devait sûrement trouver insignifiantes, mais qui avaient été importantes pour l’enfant que Sirius était alors.
Malgré ses nombreux défauts, Sirius l'aimait et avait de l'estime pour lui. Il l’avait toujours écouté et respecté. C’était bien plus que sa mère – du fond de son portrait – ou que le reste de sa famille lui avait accordé.
Il n’avait presque pas vu Orion depuis son retour de Beauxbâtons. Ils n’avaient pas pu revenir sur ce qui s’était passé à Noël et Sirius attendait ce moment autant qu’il le redoutait. Mais il n’était pas là pour ça aujourd’hui.
Kreattur, habillé de son habituel torchon brodé à son nom, apparut dans un pop bruyant avec un plateau, le posa au bord de l’imposant bureau et repartit après avoir rempli deux tasses de thé. Il avait ajouté un nuage de lait dans l’une d’elles – pour Sirius – et une rondelle de citron dans l’autre – pour Orion. Ils se saisirent de leurs tasses en parfaite synchronie. Sirius souffla un peu sur la boisson brûlante et releva le regard vers son père. Il paraissait préoccupé et triste. Il semblait toujours préoccupé et triste, Sirius ne l’avait jamais vu autrement. Il pensait que c’était à cause de leur situation familiale et de son veuvage.
— Dis-moi tout.
— J’ai réussi les matières qui me permettent de m’inscrire à l’académie des Aurors, répondit Sirius en tendant le parchemin par-dessus la table.
Orion le saisit et Sirius observa ses yeux sauter d’un bord à l’autre pour le lire. Il but une gorgée de son thé pour s’occuper. Puis son père lui rendit le document avec un léger sourire.
— Je te félicite pour ces bons résultats. Même si je pense que tu aurais pu faire mieux.
— J’ai beaucoup travaillé, Père.
— Je n’en doute pas, mon garçon. J’espère que tu maintiendras tes efforts pour tes études supérieures.
— Oui, Père.
Sirius était heureux qu’il le complimente même s’il était toujours un peu froid lorsqu’il le faisait. Mais on ne pouvait pas tout avoir… Il hésita sur la question qui le démangeait. Il craignait surtout la réponse de son père. Il reposa sa tasse de thé à moitié pleine et se lança.
— Père… J’aimerais savoir… Que pensez-vous vraiment de mon choix de carrière ?
— Ma réponse changera-t-elle ta décision de devenir un Auror ?
— Non. Mais…
Les mots manquèrent à Sirius. Il aurait aimé lui dire à quel point il voulait le rendre fier, à quel point son avis lui importait. Il voulait se sentir soutenu dans ses choix, il voulait que sa famille ne soit pas associée uniquement à la crainte, à la magie noire et à Voldemort. Sirius savait qu’il regroupait ses troupes, enrôlait des Mangemorts, et que sa famille était au minimum partisane. Pas Orion, non, mais les autres. Et Sirius voulait changer les choses.
— Narcissa a dit que ce n’était pas digne des Black. Qu’en pensez-vous ?
Orion ne lui répondit pas immédiatement. Il prit le temps de finir sa tasse de thé tout en le regardant. Il avait l’air vieux en cet instant, accablé de soucis incommensurables et Sirius se demanda à quel point ses propres choix allaient compliquer la vie de son père et de son frère.
— Je pense que tu dois faire ce qui te semble juste, Sirius. Je ne m’y opposerai pas, si c’est cela qui t’inquiète.
La déception lui tomba dessus. Les décisions d’Orion, ses actes et ses choix étaient souvent mitigés et trop neutres au goût de Sirius.
— Je croyais que l’avis de la famille était important pour vous, le défia Sirius. Or, ils sont contre.
— Je pense qu’il est préférable de ne pas le leur rappeler.
— Bien, conclut Sirius froidement.
Sirius sortit du bureau de son père les poings serrés. Il ne prenait pas de décisions franches et pourtant il ne l’empêchait pas de choisir sa voie. Cela énervait au plus haut point Sirius qui n’attendait qu’une chose : qu’il se dresse face au reste de la famille Black qui suintait le mal. Il ne désespérait pas que cela arrive et il ne cesserait de le confronter pour tenter de le faire réagir.
Sirius avait retrouvé sa joie de vivre alors qu’il parcourait les couloirs tristes du département de la justice magique. Il rejoignait le Bureau des Aurors avec la ferme intention de s’inscrire à l’académie. Même la tapisserie d’un beige sale et la moquette bordeaux effilochée ne pouvait entamer sa bonne humeur.
Il parvint à l’accueil sans mal et offrit un éblouissant sourire à Edith qu’il était ravi de revoir. Il lui expliqua la raison de sa venue sans attendre.
— Hé bien, vous avez l’air content de vous, monsieur Black ! Je suis enchantée de savoir que le stage de l’été dernier vous a assez plu pour venir grossir les rangs de nos aspirants. Remplissez cette fiche et donnez-moi vos résultats d’examen, je vais en faire une copie pour le dossier.
Sirius lui tendit son parchemin et se décala sur le côté pour compléter le formulaire. Ce n’était rien de compliqué, simplement de la paperasse incontournable. Il lui rendit avec un sourire.
— Vous avez pas croisé James Potter par hasard ? demanda-t-il avec espoir.
— Hé, Black ! s’éleva une voix dans son dos.
— Je crois qu’il est juste là, répondit Edith avec amabilité.
Sirius se retourna. James s’avançait vers lui à grandes enjambées. Merlin, ce que ça faisait du bien de revoir son visage solaire, son immense sourire et ses yeux pétillants de joie ! James passa une main dans ses mèches noires déjà ébouriffées puis enlaça Sirius sans crier gare. Il lâcha un rire bref et gêné, il avait oublié que James était si tactile. Cela ne dura qu’un petit instant, mais pendant ces quelques secondes il eut l’impression de rentrer à la maison.
— Hey, Potter ! Tu viens t’inscrire aussi ?
— Bien sûr, mon vieux ! J’ai tout déchiré aux ASPIC, j’ai une dette éternelle envers Remus et Lily.
— Content pour toi !
Sirius s’éloigna de quelques pas et laissa James remplir le parchemin d’inscription à son tour. Il l’observa griffonner sur le papier de la main droite pendant que la gauche tapotait le bois du bureau et que sa jambe s’agitait sans raison. Son impatience et son énergie lui avaient manqué.
— On va boire un verre ? proposa James après avoir rendu son formulaire à Edith.
— Ouais, carrément.
Après avoir rejoint le Chaudron Baveur, ils s’installèrent à une table avec deux bièraubeurres bien fraîches.
— Alors ? Quoi d’neuf ?
— Pas grand-chose, répondit Sirius. Et toi ?
Ce qui était complètement faux. Il s’était passé beaucoup de choses dans sa vie ces derniers mois, mais il n’avait pas envie d’étaler ses problèmes. Il but quelques gorgées pour s’occuper.
— C’est quand même très cool d’avoir enfin fini Poudlard ! J’en pouvais plus !
— Ha ha ha, ouais je comprends, je suis plutôt soulagé aussi.
— Oh, attends, tu sais p’tet pas l’enfer que Remus et Lily ont provoqué ! Lily a trouvé le moyen d’faire fonctionner ce truc moldu, là, pour écouter d’la musique.
— Ouais, je suis au courant, Remus m’a écrit pour m’en parler, répondit Sirius avec un sourire au souvenir du courrier.
— Les deux ont pas arrêté d’mettre leurs vinyles dessus ! On est devenus fous, j’te jure…
L’affection emplit Sirius et déborda en un éclat joyeux. Lui trouvait au contraire que c’était une excellente nouvelle et que ça avait dû égayer leur salle commune. Il aurait aimé pouvoir en faire de même à Beauxbâtons.
— Je trouve ça plutôt sympa en fait…
— Ah ouaip, c’est vrai… Toi aussi t’écoutes cette musique de moldus…
Sirius hocha la tête sans se départir de son sourire et but quelques gorgées de bièraubeurre. Être attablé avec James était à la fois un immense plaisir et un peu étrange. Il avait la sensation de ne jamais l’avoir quitté et pourtant plus de six mois s’étaient écoulés. La facilité avec laquelle il avait tissé des liens avec lui en quelques semaines l’été précédent continuait à le fasciner.
— T’as hâte de commencer la formation ?
— Ouais. Ouais, j’ai vraiment hâte, répondit Sirius.
Sa bonne humeur retomba. Il espérait qu’elle lui permettrait d’avoir un peu plus d’influence sur son frère et sur les rapports qu’il entretenait visiblement avec le reste des Black. Peut-être même qu’il trouverait le moyen de toustes les envoyer à Azkaban et d'enfin ramener Regulus a la raison.
— T’as vraiment l’air préoccupé, mec…
Sirius sursauta à la remarque de James. Son regard s'était perdu dans la mousse qui flottait à la surface de son verre. Il releva les yeux vers son ami. Son éternel sourire avait disparu, il le fixait avec un air sérieux. Son regard le décida à raconter ce qu’il s’était passé avec son frère depuis un an.
Au fur et à mesure du récit de Sirius, le visage de James se rembrunit et son front se plissa de contrariété. Sirius était rassuré qu’il le prenne au sérieux et ne se moque pas de lui. Il n’avait donc pas fantasmé la gravité de la situation de Regulus.
— T’en as parlé à ton père ?
— Nan. J’ose pas trop. Il est, enfin, il est un peu mou sur tous ces sujets… Je veux pas le braquer et le perdre aussi.
— Tu devrais quand même essayer d’lui en toucher un mot. C’est pas d’la blague ce qui se passe avec Voldemort et tout ça. Imagine si ton frère finit avec ces tarés ?
— Ouais, ouais… Je vais tenter d’aborder le sujet. Merci.
Sirius esquissa un sourire et termina sa bièraubeurre. James lui répondit de la même façon, la joie revenant au fond de ses iris noisette. Il passa une main dans sa tignasse noire.
— On va à la plage mercredi pour fêter les résultats des ASPIC, tu veux v’nir avec nous ? Y aura tout le monde, j’pense que ça s’rait cool que tu sois là ! Lily et Remus parlent de toi souvent, ils seront contents de te voir.
— Ouais, merci, je viendrai ! J’amène quelque chose ?
— T’as qu’à t’charger du ravitaillement en boissons ! répondit James avec un clin d’œil.
Le rendez-vous avait été donné chez James. Le groupe entier était là, prêt à prendre un portoloin qui attendait sur la table basse du salon. La vieille théière ébréchée se mit à luire et tout le monde y posa quelques doigts. Cinq secondes plus tard, la sensation d’être tiré par un crochet au niveau du nombril les emporta. Iels atterrirent en pleine campagne, au milieu d’une clairière de pins rabougris.
— Par ici ! lança James en rangeant le portoloin dans son sac.
Sirius lui emboîta le pas. Il entendait le bruit du ressac et les mouettes qui ricanaient au-dessus de leurs têtes. L’odeur de la mer et des algues le frappa quand iels arrivèrent enfin sur la plage. Le soleil chauffait déjà agréablement sa peau.
Le groupe marcha un long moment dans le sable sec et Sirius les observa choisir un emplacement éloigné des autres vacancier·es, dans une sorte de petite crique encadrée par des buissons et des rochers. Lily et Remus étalèrent une couverture à carreaux et la coincèrent avec des pierres ramenées par Dorcas et James. Des serviettes furent extirpées des sacs, ainsi que des maillots de bain. Sirius posa ses affaires et mit en évidence plusieurs bouteilles de bièraubeurres au milieu de la couverture. Il n’était même pas onze heures, mais il faisait déjà chaud et il avait envie de se rafraîchir.
Il y eut un moment de flottement mêlé de rires pendant lequel Sirius les regarda enfiler leurs maillots de bain moldus, enroulés dans des serviettes de plage. Il s’était demandé s’il devait amener son costume de bain sorcier, mais avait opté pour un slip moulant rouge en se disant qu’il y avait des chances pour que le lieu soit plein de moldu·es. Il avait eu raison : même Peter – qui était le plus souvent habillé de robes sorcières – était en maillot. Lily termina en première avec un sourire fier et dévoila un deux-pièces bleu qui soulignait ses courbes. Elle fut suivie par Dorcas et Marlene qui avaient préféré un maillot une pièce, blanc pour la première et vert pour la seconde. Les garçons y parvinrent enfin et Sirius ôta sa propre serviette en se demandant s’il n’y aurait pas de rougissement intempestif. Mais le groupe paraissait habitué et Sirius apprit qu’iels venaient régulièrement sur cette plage du nord du Devon.
James, Marlene et Dorcas coururent en criant vers la mer qui avait déjà bien entamée sa descente. Lily éclata de rire en secouant la tête et leur emboîta le pas en marchant à son rythme. Le soleil illumina sa longue chevelure rousse.
— Ça va aller, Remus ? Tu veux que je mette le parasol ?
Sirius se retourna en entendant Peter. Remus était assis sur la couverture, encore habillé de son pantalon et de son t-shirt. Il avait cependant ôté ses chaussures et ses chaussettes, et ses pieds nus étaient enfouis dans le sable chaud.
— Je le ferai, Pete… merci beaucoup. Va te baigner.
Peter s’éloigna après avoir lancé un regard noir à Sirius. Ce dernier hésita à rester sur la plage pour tenir compagnie à Remus qui ne semblait pas décidé à aller dans l’eau.
— Hey… Tu te baignes pas ?
— Non. Je n’aime pas trop ça… répondit Remus en se levant.
Il sortit un parasol rayé d’un des sacs sans fond et enfonça le piquet d’un coup sec dans le sable. Sirius fut impressionné qu’il n’ait pas besoin de s’y reprendre à plusieurs fois. Puis Remus déploya la toile et s’installa sous son ombre en enfouissant de nouveau ses pieds dans le sable.
— Les cicatrices n’aiment pas trop le soleil, expliqua-t-il.
— Oh, ouais… OK… Tu veux que je reste ?
Remus refusa d’un signe de tête et lui sourit. Sirius n’insista pas, il ne voulait pas le mettre mal à l’aise. Quelles que soient les raisons pour lesquelles il n’allait pas dans l’eau, il n’avait pas à les juger. Ni même à les connaître, bien qu’il en mourait d’envie.
Il courut jusqu’à la mer et sa froideur le couvrit de chair de poule. Quand elle arriva au niveau de son ventre, elle lui coupa le souffle, mais il sauta dans les vagues avec plaisir tant il faisait chaud. James l’accueillit avec une gerbe d’eau en pleine figure et s’esclaffa pendant que Sirius toussait et repoussait ses cheveux maintenant trempés. Puis il se vengea lorsque James dévora Lily des yeux et lui envoya une petite vague. Sirius trouva son regard outré très drôle et une bataille rangée s’engagea, chacun·e choisissant son camp. Marlene et Dorcas se mirent de son côté et iels aspergèrent avec force Lily, James et Peter, tout en essayant d’échapper à leurs attaques.
Quand ils se décidèrent à sortir de l’eau, iels étaient gelé·es et claquaient des dents. Ils revinrent en haut de la plage en grelottant, leurs bras enroulés autour d’elleux. Malgré cela, iels riaient encore en se jetant dans leur serviette.
Sirius essuya ses cheveux trempés et son visage d’abord. Quand il passa la serviette sur son torse, il croisa le regard de Remus qui l’observait depuis sa place sous le parasol. Ses yeux suivirent le mouvement du tissu sur sa peau, jusqu’au tout nouveau tatouage qui ornait son pectoral gauche. Ah, c’était donc ça qui avait attiré son attention ! Sirius s’était décidé sur un coup de tête au début des vacances, lors d’une de ses pérégrinations sans but. Il arborait désormais quelques traits et points symbolisant la constellation du Grand Chien. La cicatrisation avait été rapide grâce à l’essence de murlap qu’il avait utilisé. Un sourire à l’attention de Remus étira ses lèvres et il s’assit à ses côtés en se demandant s’il allait oser poser des questions. Mais il resta silencieux, le regard désormais braqué vers la mer.
— Tu t’es pas ennuyé ?
— Non… Ne t’inquiète pas…
— Hé ! On mange ? s’exclama James dans le dos de Sirius.
— T’as vraiment tout le temps faim, Potter ! le gronda Lily sans méchanceté.
Sirius se retourna pour faire face au groupe qui s’était éparpillé sur la couverture et Remus fit de même. James fouilla dans un sac et lança sans aucune douceur des sandwichs en plein milieu. Lily soupira bruyamment et lui donna une petite tape sur l’épaule avant de sortir à son tour des aliments emballés dans un papier argenté qui intrigua Sirius. Marlene déposa avec délicatesse une grande boîte en verre contenant des biscuits.
Sirius se pencha pour attraper les bouteilles de bièraubeurre qu’il avait mises sur la couverture en arrivant. Il grimaça, elles étaient trop chaudes. Saleté de soleil ! Il leur lança un sort de rafraîchissement et un autre pour les décapsuler, avant de les tendre à la cantonade. Quand tout le monde fut servi, il entortilla sa baguette dans ses cheveux pour en faire un chignon.
— C’est malin ça, fit remarquer Dorcas avec un sourire. Je le fais souvent !
— Merci !
Il se sentit rougir. Il avait pris l’habitude de garder sa baguette à portée de main ainsi grâce aux filles de Beauxbâtons. On lui avait fait remarquer que c’était joli, que ça plaisait. Et l’idée de plaire à Dorcas lui convenait parfaitement.
Sirius était affamé après avoir joué dans l’eau. Tout le monde mangea avec entrain, excepté Remus qui grignota à peine quelques bouchées en silence. Cela étonna Sirius qui se souvenait de son appétit féroce chez James l’été passé. Il n’avait pourtant pas l’air malade le moins du monde.
Sirius sortit d’autres bouteilles de son sac : des bièraubeurres, du vin d’elfe et du whisky pur feu. Chacun choisit sa boisson. Sirius, quant à lui, prit une grande lampée d’Odgen's Finest qui lui chauffa l’œsophage jusqu’à l’estomac. Il laissa s’échapper la vapeur en ouvrant la bouche. Il aimait bien jouer avec, ça lui faisait penser à la fumée du tabac. Quelques né·es moldu·es de Beauxbâtons fumaient, mais Sirius avait toujours trouvé l’odeur ignoble et c’en était tenu à l’écart.
— On fait un jeu ? proposa Dorcas.
— À quoi tu penses ? répondit Lily en décapsulant une bouteille d’un sort.
Sirius sentit le poids d'un regard sur lui et croisa le regard malicieux de Dorcas qui le fixait.
— Action ou vérité… Comme ça on en apprendra un peu plus sur toi, Sirius.
Sirius lâcha un éclat de rire, il connaissait ce jeu moldu et il comprenait leur curiosité à son égard. Tout le monde souriait, à part Peter qui ne cachait pas son mécontentement. Rien d’étonnant, c’était à peine s’il avait consenti à lui parler depuis que Sirius les avait rejoints.
— D’accord, mais il y a des règles, intervint Lily. On a un sujet joker qu’on aura pas le droit d’aborder. Personne ne peut avoir le même joker que quelqu’un d’autre et on doit décider maintenant. On alterne les questions et les gages. Et de manière générale on ne fait pas des trucs trop gênants.
Tout le monde accepta. Sirius était rassuré de savoir qu’iels n’allaient pas le cribler de questions affreusement intimes. La prévenance de Lily lui réchauffa le cœur, Sirius sentit une bouffée d’amitié pour elle enfler dans sa poitrine.
— Pas de question sur ma vie amoureuse, commença Marlene.
— Pas de question sur le sexe, enchaîna Dorcas.
Sirius réfléchit un instant, sur quoi n’avait-il vraiment pas envie qu’on le questionne ? Son frère était sa principale source d’inquiétude ces derniers temps, mais c’était si spécifique que cela attirerait forcément l’attention des autres… Il valait mieux noyer un peu la sirène.
— Pas de question sur ma famille de tarés.
Il reçut des regards curieux, évidemment. Cela ne le dérangeait pas de cracher sur elleux en vérité, mais il ne souhaitait vraiment pas qu’on lui pose des questions sur Regulus, il n’avait pas envie de parler de la fracture qui s’était imposée entre eux.
— On parle pas de ma santé, continua Remus.
Sirius ne put s’empêcher de lui jeter un regard en biais avec toute la discrétion dont il pouvait faire preuve alors qu’il était assis directement à sa gauche. Cela l’intriguait, il aurait fallu être aveugle pour ne pas se rendre compte que Remus était régulièrement malade. Sirius était certain que les autres étaient au courant, personne ne semblait étonné.
— Pas de joker, dit Peter.
Sirius le trouva courageux de n’avoir rien à cacher, y compris à lui alors qu’il ne l’appréciait visiblement pas.
— Je n’embrasse que Lily, continua James avec un sourire malicieux.
Des rires secouèrent le groupe. Et Sirius se demanda alors brutalement s’il n’aurait pas dû choisir ce genre de joker… Avait-il vraiment envie de devoir embrasser des gens ? Après réflexion, ça ne pourrait pas être pire qu’avec ses copines, cela n’avait jamais été transcendant de toute façon.
— Remus ne se déshabille pas, termina Lily.
Sirius braqua ses yeux sur elle, elle avait les joues roses et posait un regard déterminé sur son ami. Les autres aussi la fixaient, personne ne semblait s’être attendu à ce qu’elle ne choisisse pas un joker pour elle-même. Sirius trouva son altruisme admirable et il était heureux de ne pas s’être trompé en pensant qu’elle était d’une exceptionnelle gentillesse.
— Lily…
— Non, Remus. J’ai choisi.
Qu’avait donc à cacher Remus pour que Lily sacrifie ainsi son joker pour lui ? Iels étaient très proches, Sirius le savait, mais quel secret se dissimulait sous les vêtements de Remus ? Il se doutait qu’il y avait sans doute d’autres cicatrices là-dessous, mais y avait-il autre chose ? Et d’où venaient-elles d’ailleurs ?
— Bon, allez ! Qui veut commencer ? lança James en tapant des mains.
— Bon… ben… je me dévoue ! s’exclama Marlene. Sirius ?
— Hummm. Vérité.
— Le nom de ton premier crush.
— Ah… Ben, vous y allez pas mollo dis donc !
— On veut te connaître, taquina Dorcas.
— Vous connaissez pas ceux de Beauxbâtons, je vois pas ce que ça vous apprendra. Mais OK… Bon…
Sirius réfléchit quelques secondes. Est-ce qu’on lui demandait de qui il était tombé amoureux ou est-ce que c’était autre chose ? Un crush, ce n’était pas la même chose, non ? Dans le doute, il décida de donner le prénom de sa première copine, après tout il l’aimait bien à l’époque.
— Jeanne, dit-il en prononçant à la française.
Sirius répondit largement aux sourire qui l'entourèrent et Remus se mit à tousser à côté de lui. C’était le tour de Sirius maintenant. Il regarda longtemps chacun d’elleux, but une gorgée au goulot de la bouteille de whisky qui était revenue vers lui et se décida.
— Pettigrow ?
— Hm. Vérité.
— Pourquoi tu m’aimes pas ?
Le regard que Peter lui envoya aurait pu le tuer.
— J’aime pas les Black. La raison me concerne et c’est trop personnel pour que j’en parle, je préviens tout de suite !
— T’inquiètes Pete, on le sait… glissa James.
— Oui, mais lui, il le sait pas, répondit-il en pointant Sirius du doigt.
— J’ai compris, j’ai compris, plaida-t-il en levant les deux mains.
L’ambiance s’était alourdie d’un coup et Sirius se sentit coupable d’en être responsable. Il se promit de ne plus jamais poser de questions de ce type. Peter enchaîna et Lily dut lancer l’un des sortilèges qu’elle réussissait le mieux. Elle agita sa baguette en murmurant et un magnifique vase en cristal apparut au centre de leur cercle, empli de gros lys blancs. Les détails étaient exquis et le parfum des fleurs intense, c’était un sortilège parfaitement exécuté et d’une rare délicatesse. Elle fut applaudie avec vigueur, Sirius était admiratif.
Le jeu continua. Remus dut faire le poirier pendant cinq longues minutes. Il n’eut pas l’air d’éprouver de difficulté et y parvint avec une souplesse et une adresse qui étonnèrent Sirius. Il se rassit, le visage rouge, mais pas essoufflé, après avoir décoincé le t-shirt qu’il avait glissé dans sa ceinture avant de se mettre la tête en bas. Dorcas fut défiée de faire la roue, ce qui donna un résultat catastrophique, mais sans gravité grâce au sable mou. Puis elle demanda à Marlene de raconter sa plus grosse honte à l’école, ce qui fit rire le groupe avant même qu’elle réponde. Évidemment, tout le monde le savait déjà et l’anecdote devait revenir régulièrement. Sirius tendit l’oreille et sourit pendant que Marlene expliquait avoir lâché un pet bruyant et odorant pendant l’une de ses BUSE et que ses voisin·es les plus proches avaient réclamé un courant d’air magique pour pouvoir continuer à respirer. Sirius ne put s’empêcher de rire avec les autres et faillit s’étouffer avec la bièraubeurre qu’il venait d’ouvrir. Puis, enfin, pour finir le premier tour, Marlene demanda à James d’embrasser Lily. Elle lui adressa un clin d’œil exagéré qui le fit s’esclaffer avant de prendre tout son temps pour bécoter sa petite amie qui s’extirpa de son étreinte avec les joues écarlates. Malgré sa gène apparente, le sourire qu'elle offrit à James débordait d'affection.
James regarda ensuite Peter avec un rictus que Sirius aurait qualifié de diabolique s’il ne le connaissait pas.
— Pete ?
— Pfff… Je te vois venir, là ! Action.
— Je te mets au défi de courir dans la flotte et de revenir.
Peter soupira, mais se leva avec le sourire. Il se débarrassa de sa serviette et trottina jusqu’à l’eau. Ce fut assez long, la marée descendait toujours et il y avait maintenant une grande distance de sable humide à traverser pour atteindre les vagues. Il y plongea sans même une once d’hésitation, puis revint de la même façon.
Le tour des questions et des gages continua et Sirius apprit plein de petites choses. Les premiers baisers, les premiers crushs, même s’il ne les connaissait pas, que Dorcas était sang mêlée, mais Marlene, Peter et James sang pur·es. Il savait déjà que Lily était née moldue et que Remus était sang mêlé, bien que tout ça lui importe peu. Seules Marlene, Lily et Dorcas avaient des adelphes. L’aliment préféré de Remus était le chocolat, celui de Peter le porridge. Sirius dévoila son amour pour les brocolis – ce qui fit rire tout le groupe – et le plaisir qu’il prenait à contempler les étoiles après s’être faufilé dehors en pleine nuit, ce qui était interdit autant à Beauxbâtons qu’à Poudlard. On lui demanda aussi de parler en français à plusieurs reprises et il constata avec plaisir que les regards des autres étaient fascinés.
Lily fit encore de la magie, Marlene courut en rond pendant trois minutes, Sirius dut sauter à cloche-pied jusqu’à s’effondrer dans le sable, Dorcas tenta de lécher son coude sans succès, Remus fit cinquante pompes sans même transpirer ou s’essouffler, James fut envoyé à son tour dans l’eau par Peter qui se vengea avec le sourire et ce dernier dut se laisser tresser les cheveux par Lily.
Les bouteilles de vin d’elfe et de whisky furent bientôt presque vides et les bièraubeurres éclusées. Ce qui provoqua de pressantes envies d’uriner qui firent exploser de rire tout le monde, envies soulagées dans des buissons alentour ou dans la mer maintenant complètement basse. Cela délia aussi les langues et l’ambiance devint de plus en plus électrique. Les défis tactiles firent leurs apparitions. Iels durent toucher des bras, des épaules, caresser des cheveux ou se tenir la main. James et Lily s’embrassèrent plusieurs fois et les joues de la jeune femme ne perdaient plus leur coloration rouge.
— Marlene ? lança Peter.
— Action, puisque j’ai choisi vérité avant.
— Hum…
Sirius les observa échanger des regards, il se passait quelque chose sous ses yeux et il ne comprenait pas.
— Peux-tu embrasser Dorcas ?
— Sur la bouche ou sur la joue ?
— Ça serait bien moins drôle si tu l’embrassais sur la joue, mais à toi de voir…
Les deux jeunes femmes se fixèrent et Sirius se demanda à quel point Marlene allait être courageuse. Il se doutait que ce genre de gages avaient déjà eu lieu dans ce groupe d’ami·es, iels semblaient rompus à l’exercice de ce jeu et avec l’excitation provoquée par l’alcool, cela devait toujours finir de cette façon.
— Hé, je suis une Gryffondor après tout, s’esclaffa-t-elle avant de saisir le visage de son amie et de l’embrasser.
Le baiser fut loin d’être chaste et cela confirma à Sirius que ce n’était sûrement pas la première fois que cela arrivait. Ni l’une ni l’autre ne parurent particulièrement gênées quand elles se séparèrent et le regard plein de défi que Marlene envoya à Sirius le fit tressaillir. Il se doutait que le même genre de gage l’attendait et fit un rapide calcul. Il ne restait plus grand monde avec qui expérimenter. Cela ne l’enchantait pas, mais cela ne le dérangeait pas plus que ça. Sa légère ivresse le tranquillisait. Cependant, s’il pouvait l’esquiver…
— Sirius ! s’exclama Marlene sans se départir d’un rictus presque sournois.
— Vérité, choisit Sirius.
Si les filles oubliaient le sujet des baisers avec une question, cela l’arrangeait.
— L’âge de ta première fois.
Sirius se força à conserver son sourire, mais il se sentit bien moins à l’aise que ce qu’il avait prévu en évitant un éventuel baiser. Il savait qu’il allait forcément provoquer des réactions dont il aurait préféré se passer. Être vierge à presque dix-neuf ans, alors qu’il avait conscience qu’il plaisait, était presque anormal. Il inspira un grand coup et répondit sans rougir :
— Pas de première fois pour l’instant.
— Quoi ‽ Même pas genre avec les mains ?
— Ça fait deux questions ça, Marlene, s’amusa Sirius.
— Alleeeeez !
— OK. Non, même pas avec les mains. J’ai juste jamais trouvé quelqu’un qui me plaisait assez, conclut-il en haussant les épaules.
Les regards étaient fixés sur lui et il sentait presque celui de Remus, assis à ses côtés, le brûler. Il savait que c’était inhabituel, mais il n’y avait pas de quoi avoir honte. Il imaginait les questions qui se bousculaient dans leurs crânes et seules les règles du jeu les empêchaient vraisemblablement de les poser.
— Dorcas ? demanda Sirius, autant pour continuer le jeu que pour détourner le sujet.
— Action.
— Peux-tu tenir la main de Pettigrow pendant dix minutes ?
— Facile !
Elle se déplaça pour s’asseoir à côté de lui et prit sa main. Puis elle but une gorgée au goulot de la dernière bouteille de vin d’elfe. Ses yeux parcourent le cercle avec lenteur avant de s’arrêter sur Sirius. Il sentait venir le mauvais coup.
— Sirius… susurra-t-elle en riant.
— Encore ! C’est pas juste, ça !
— Y a aucune règle qui interdise d’revenir à toi, Black, s’esclaffa James.
Sirius soupira exagérément, il savait très bien ce qui l’attendait.
— Bon… Ben, action.
— Embrasse Remus, s’il te plaît. Sur la bouche, hein !
— Hé, pourquoi on me laisse pas le choix à moi ? rétorqua-t-il.
— Son tour, ses règles, expliqua James qui se retenait de rire.
Sirius avala sa salive avec difficulté. Il aurait préféré embrasser l’une des filles tout de même, même si Lily était hors jeu parce qu’elle était avec James et qu’il imaginait mal Dorcas lui demander de bécoter Marlene alors qu’elle avait déjà eu ce défi. Elle pensait peut-être qu’il allait refuser ou crier au scandale, mais ce n’était qu’un jeu n’est-ce pas ?
Il tourna la tête sur le côté et croisa les iris aux reflets d’or de Remus qui l’observait. Avait-il cessé de le fixer depuis que Sirius avait répondu à la question de Marlene ? Il ne semblait ni enchanté par le défi lancé à Sirius ni mal à l’aise pour autant. Sirius hésita, il avait embrassé pas mal de filles déjà, mais jamais personne de son sexe. Il savait que certains garçons préféraient les garçons, mais tout ça était très éloigné de lui.
— On attend… chantonna Dorcas.
Sirius se lécha nerveusement les lèvres et surprit le regard de Remus sur son mouvement. Il se pencha un peu en avant, embarrassé. Il ne comprenait pas ce qui lui faisait peur, il était plutôt du genre courageux d’habitude.
— Bon… On ne va pas y passer l’après-midi, hein, déclara tout à coup Remus de sa voix légèrement rauque.
La main de Remus agrippa la nuque de Sirius qui frissonna. Il le tira en douceur, Sirius se laissa faire. Puis Remus posa ses lèvres sur les siennes, juste un instant, et le relâcha. Sirius cligna des yeux et se rendit alors compte qu’il devait avoir l’air stupide à rester figé ainsi à quelques centimètres du visage de Remus qui souriait. Il s’éloigna et occupa ses mains avec la bièraubeurre à demi terminée devant lui.
Le jeu continua pendant un moment, mais Sirius n’y prêta plus qu’une attention partielle. Son esprit était encombré par ce qu’il avait ressenti. Bien que cela n’ait duré qu’une ou deux secondes, ce baiser avait été bien moins inconfortable que ce qu’il avait imaginé. Pour être complètement honnête avec lui-même, ce n’était même pas désagréable du tout et cela le perturbait. Il n’avait jamais vraiment aimé embrasser ses copines, c’était sympa, mais sans plus. Ce baiser-là avait été au moins aussi intéressant, sinon plus.
Notes:
Titre du chapitre : Surfin USA (Beach Boys)
Chapter 8: You broke it in two
Notes:
Bonjour à toustes,
Petit chapitre tranquille pour Sirius qui est encore en vacances. Sirius a-t-il repensé à ce baiser fugace à votre avis ?
Je vous laisse découvrir ça.Un grand merci à Stefff et Dragonya pour vos reviews, ça me fait chaud au coeur de lire vos ressentis sur mon histoire. Pour les autres qui me lisent, n'hésitez pas à laisser un tout petit mot pour me dire si vous avez aimé.
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 8 — You broke it in two
Le mois d’août s’écoula avec langueur, il faisait chaud et il n’y avait pas grand-chose à faire. Sirius en profita pour ne pas rester sur ses acquis scolaires. La première étape pour entrer à l’académie des Aurors était passée, mais il n’y avait rien eu de plus simple que de s’inscrire. La seconde était plus ardue : une sélection drastique avait lieu la première semaine. Elle était réputée être plus éprouvante que les examens de fin de premier cycle. Les Aurors constituaient une élite, leur formation était inévitablement difficile. S’il ratait les sélections, il pourrait dire adieu à sa carrière et il se retrouverait sans rien.
Entre deux révisions de ses cours de potions, Sirius écoutait de la musique et se promenait dans Londres. Il s'était fait tatouer la constellation du Lion sur le pectoral droit dans le même salon que précédemment. Sa relation avec Regulus était toujours inexistante, ce qui ne l'empêchait pas d'aimer son frère et il tenait à s’en rappeler. Il ne pouvait s’empêcher de croire qu’il parviendrait à le convaincre de changer, qu’il allait réussir à rattraper les dégâts déjà causés. À condition qu’il arrive à le croiser.
Regulus avait terminé son stage obligatoire dans le cabinet d’avocamages le plus réputé de Londres, mais Sirius ne le voyait pas plus. Il était sans cesse dehors ou enfermé dans sa chambre. Sirius avait pris l’habitude de jeter un œil à l’horloge familiale tous les jours pour savoir où était Regulus. Et la plupart du temps il ne l’était pas là.
Ce midi, Sirius se réjouissait de passer du temps avec Andromeda et sa famille. Il n’y avait pas été depuis début juillet et la petite Nymphadora lui manquait. L’enfant débordait de joie de vivre et rien ni personne ne lui changeait mieux les idées qu’elle. Il était bon de se laisser aller à des jeux sans issue fatale et sans penser à ce que devenait son frère.
Il enfila un t-shirt noir à l’effigie de Queen, un jean bleu déchiré aux genoux et glissa sa baguette dans sa poche arrière. Il observa son bureau et le flacon de vernis qui était resté là depuis Noël. Sirius n’y avait pas retouché. Il avait été inconcevable d’en porter à Beauxbâtons – iels étaient strictes sur les tenues autorisées et le maquillage ne l’était pas. Il l’avait acheté pour faire enrager sa famille, mais l’idée de l’utiliser de nouveau le titilla. Il s’assit et appliqua avec lenteur et difficulté une couche de noir sur ses ongles. Malgré son manque de pratique, il ne désespérait pas de se perfectionner.
Satisfait, mais presque en retard, il descendit les escaliers à toute vitesse.
— TRAÎTRE À TON SANG ! IGNOBLE POURRITURE !
Sirius leva son majeur vers le portrait sans même lui lancer un coup d'œil et sortit de la maison. Les injures de sa mère ne l’atteignaient plus tant que ça, mais il refusait de la regarder pour autant. Il rêvait de brûler ce tableau, de le lacérer, et de le jeter aux ordures. Il avait essayé un soir où il était rentré passablement ivre, mais son père avait fait du bruit à l’étage et Sirius avait craint de se faire attraper.
Il traversa la rue en quelques enjambées et chercha un endroit tranquille dans le parc. Il y avait un petit groupe dans le coin le plus reculé et il jura en silence. Il allait devoir trouver un moyen de transplaner sans qu’on le voie et cela paraissait compliqué. Il allait se détourner quand il reconnut l’allure de Regulus. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Et avec qui il était ?
Il vérifia l’heure à sa montre à gousset et grommela, il était en retard et devait partir immédiatement. Mais il ne pouvait pas laisser passer une occasion pareille, il voulait connaître les fréquentations de son frère. Andromeda et Ted lui pardonneraient, il en était certain.
Sirius s’approcha du groupe à grands pas. Il n’y avait que des garçons, qui paraissaient avoir à peu près l’âge de Regulus, ou le sien. Ils avaient moins de deux ans d’écart après tout.
— Regulus ! appela Sirius quand il fut à quelques mètres.
Son frère tourna la tête vers lui et lui jeta l’un de ses regards assassins qui étaient devenus trop courants au goût de Sirius.
— Sirius… grommela Regulus quand il les eut rejoints.
— Bonjour ! lança-t-il avec un sourire faux. Tu me présentes tes amis, Reggie ?
Regulus essaya de camoufler sa grimace, mais Sirius le connaissait assez pour savoir qu’il était exaspéré.
— Voici Severus Rogue, Evan Rosier, Joe Mulciber et Liam Avery, dit-il avec précipitation. On allait partir…
— Oh, comme c’est dommage ! J’aurais adoré discuter un peu avec vous ! Vous pourriez me dire comment vous vous êtes rencontrés ? Je meurs d’envie de le savoir.
Sirius gardait un ton délibérément enjoué même s’il savait que Regulus ne serait pas dupe. Il n’aimait pas l’air sombre et renfrogné de ces garçons. Des sorciers, d’après leurs tenues. Il ne les avait jamais vus, ils allaient peut-être à Poudlard ou Durmstrang.
— Je te questionne pas sur tes amis, Sirius. Ni sur ce que tu fais là. Donc laisse-nous.
Cet échange était leur plus long depuis celui à l’infirmerie de Beauxbâtons en avril. Pourtant, le ton de Regulus était toujours aussi glacial. Sirius décida d’abandonner et les laissa transplaner. Au moins, il avait des noms et il pourrait chercher des informations sur eux. Il partit de son côté, l’esprit préoccupé, il avait un désagréable pressentiment. Il connaissait par cœur le registre des sang purs : Avery et Rosier y étaient, c’était de mauvais augure.
Son après-midi chez sa cousine ne fut pas aussi plaisante qu’il l’avait envisagé. Ses pensées tournaient en boucle du côté des amis de Regulus et même la petite Nymphadora ne put entièrement éclipser ses inquiétudes.
La semaine qui suivit, Sirius laissa de côté ses révisions et s’attela à faire des recherches sur les amis de son frère. Avery et Rosier étaient bien sur le registre des sang purs, tout comme les Black et les Malefoy. Il y avait quelques livres sur la pureté du sang dans le bureau de son père et ce dernier l’avait autorisé à les emprunter avec un sourire ravi. Sirius espérait qu’il ne se faisait pas de fausses idées sur le but de ses recherches.
Les familles Avery et Rosier remontaient à des centaines d’années et comme toutes celles au sang pur, elles se croisaient les unes avec les autres au cours du temps. Sa propre tante Druella était née Rosier et il était plus que probable qu’elle soit liée à ce Evan qui traînait avec Regulus. La questionner à ce sujet était cependant exclu. Non seulement il ne désirait en aucun cas la voir – et il était très possible qu’elle les ait présentés – mais en plus Sirius n’était jamais le bienvenu au manoir Black. Sa mère, pourtant l'ainée, n'avait jamais pu en hériter en raison de son sexe. Son oncle Alphard, le cadet, avait laissé le manoir de leur enfance à son benjamin et vivait reclus avec son colocataire Reuben dans une petite maison au milieu de la campagne anglaise.
Les deux autres, Rogue et Mulciber, n’étaient pas répertorié dans le registre. Sirius savait depuis son stage qu’il existait au Ministère un bureau du recensement, perdu au fin fond du Département de la Justice Magique. Il y trouverait sans doute toutes les informations qu’il cherchait. Seul problème : il était strictement réservé à certaines personnes et Sirius n’en faisait pas partie. Les Aurors y avaient accès, ainsi que la police magique ou le Magenmagot, et c’était tout.
Sirius referma le livre à la couverture de cuir poussiéreuse et soupira. Plus que quelques semaines avant d’avoir accès au bureau du recensement. Il lui faudrait une excuse, mais il trouverait un moyen, après avoir commencé son apprentissage, pour s’y faufiler en douce si nécessaire. Il relut ses notes et empila les parchemins en un tas à peu près ordonné, avant de les coincer entre deux pochettes de vinyles, il refusait que Regulus ou Kreattur tombent dessus. Puis il rapporta les livres à Orion.
L’odeur caractéristique de son bureau ramena Sirius dans son enfance, comme chaque fois. Ses doigts glissèrent sur les étagères de bois foncé et il replaça les livres. Il parcourut des yeux les titres des ouvrages sans vraiment les lire puis se tourna vers son père qui venait de s’éclaircir la gorge. Son regard triste le frappa une fois de plus. Serait-il un jour heureux ?
— As-tu trouvé ce que tu voulais, Sirius ?
— Oui, Père, je vous remercie.
— Puis-je savoir sur quoi portaient tes recherches exactement ? Les familles de sang pur ne t’intéressent pas d’habitude.
Sirius s’avança d’un pas en hésitant à s’asseoir dans l’un des confortables fauteuils. Son père ne l’y avait pas invité, Sirius savait ce que cela voulait dire et il ne désirait pas s’imposer.
— La semaine dernière, j’ai rencontré par hasard des amis de Regulus. Leurs noms m’étaient familiers et je voulais vérifier s’ils étaient bien de familles sang purs comme je le pensais.
— L’étaient-ils ?
— Deux d’entre eux, en effet. Mais…
Une fois encore, Sirius hésita. Il souhaitait protéger son frère et faire réagir son père. Cependant, chacun de ses essais s'était soldé par un échec. Il ne pouvait risquer de le braquer et de perdre un éventuel allié. Mais, s’il ne disait rien, Regulus pourrait très bien se retrouver en danger. Il se souvint du conseil de James et décida de tenter sa chance.
— Je m’inquiète pour Regulus, Père. Il est renfermé sur lui-même et… Depuis Noël il ne me parle plus. Quand j’ai essayé d’engager la conversation à l’école, nous nous sommes disputés.
— Ton frère n’a jamais été très expansif, Sirius, c’est sa nature. Tout le monde n’est pas comme toi. À quel sujet vous êtes-vous querellés ?
— C’est à cause de sa nouvelle lubie… Celle qui concerne la pureté du sang et à laquelle il n’adhérait pas plus que moi il y a encore un an… Dix-huit mois, tout au plus.
Orion fixa Sirius d’une façon qui fit naître une lueur d’espoir dans son cœur. Il avait l’air affecté et c’était suffisamment rare pour que Sirius le note.
— Ton frère a le droit d’avoir une opinion différente de la tienne, Sirius. Et la pureté du sang est importante pour beaucoup de sorciers, je ne vois pas en quoi c’est un problème.
L’espoir de Sirius s’éteignit aussi vite qu’il s’était allumé. Une simple braise noyée par un jet d’eau froide.
— J’ai un mauvais pressentiment concernant les gens qu’il fréquente, Père. Je m’inquiète pour lui. Pourriez-vous essayer de lui parler ?
— Je comprends, mais ton frère n’est plus un enfant, il a le droit d’avoir ses propres amis et ne plus vouloir rester dans ton ombre.
Orion le toisa avec sévérité, avant de s’adoucir légèrement.
— Je verrais pour lui en toucher un mot au dîner.
— Merci, Père. Au fait, je ne serai sûrement pas là, je sors avec des amis.
— Ce sont les nouveaux amis que tu t’es faits l’été dernier ?
— En effet. Ils sont sympas, même si je doute qu’ils plaisent au reste de la famille. L’une est née moldue et c’est vraiment l’une des sorcières les plus douées que j’ai jamais vues !
Parler de Lily amena un sourire sur les lèvres de Sirius, il ne pouvait s’en empêcher. Penser à ses ami·es était un baume au cœur pour lui.
— Tu vois, Sirius, toi aussi tu as de nouveaux amis, comme Regulus.
Une étrange lueur s’était allumée dans les yeux d’Orion.
— Ne t’inquiète pas pour ton frère et passe une bonne soirée.
Le sourire de Sirius se fana, la déception enfla dans sa poitrine. L’immobilisme de son père le rendait fou, mais il ne savait pas comment provoquer une réaction sans le faire basculer dans l’autre camp ou être renié. Il lui souhaita une bonne soirée à son tour et quitta le bureau les dents serrées.
Il lui restait une petite demi-heure avant de partir. Sirius en profita pour mettre l’album des Sex Pistols le plus fort possible, afin d’évacuer la colère qui grondait en lui et menaçait de déborder. Puis il changea de vêtements pour un t-shirt qui ne sentait pas la transpiration – celui qu’il avait acheté pour la sortie d’Electric Warrior – et un jean noir. Après réflexion, il vernit de nouveau ses ongles et glissa sa baguette dans sa veste en cuir qu’il jeta sur son épaule, il ferait peut-être frais s’il rentrait en plein milieu de la nuit.
Le portrait de sa mère hurla de nouvelles insultes à son passage et il rejoignit le parc pour transplaner chez James. Il apparut au bout d’une ruelle juste à côté de sa maison, dans le village à moitié moldu. Il ne voulait pas risquer d’être aperçu par des passants en plein milieu de l’après-midi. Il toqua à la porte et entendit rapidement des pas de l’autre côté.
Le battant s’ouvrit sur une petite femme aux cheveux presque entièrement blancs et au visage rond. Elle lui sourit, un sourire que Sirius connaissait bien, le même que celui de James.
— Euphemia Potter, annonça-t-elle en lui tendant la main. Vous venez pour James, je suppose ?
— Oui, Madame. Je m’appelle Sirius Black, James m’a invité.
— Oh, je sais. Ils sont tous dans le jardin, vous connaissez le chemin ? demanda-t-elle en s’effaçant pour le laisser entrer.
— Oui, Madame, merci.
Sirius traversa la maison des Potter avec l’aisance de l’habitude. Il n’avait jamais croisé sa mère avant, mais il reconnut le regard doux et le sourire de James sur son visage, celui qui l’illuminait de l’intérieur. Il comprenait maintenant pourquoi il était aussi gentil.
Le jardin arboré et fleuri était d’une taille modeste. Il sentait le soleil d’été qui réchauffait la pelouse et les abeilles bourdonnaient dans les pâquerettes. Sirius jeta sa veste en cuir sur une chaise et s’approcha du groupe qui était affalé dans l’herbe, à l’ombre d’un grand chêne. Lily était presque assise sur un James qui riait à gorge déployée et Peter était appuyé sur ses avant-bras. Comme l'année précédente, Dorcas et Marlene étaient parties en vacances avec leurs familles respectives. Remus manquait à ce tableau bucolique et Sirius fut surpris de la déception qui serra sa poitrine.
Presqu'un mois s'était écoulé depuis leur après-midi à la plage. Sirius y avait beaucoup pensé les jours qui avaient suivi. Il était heureux de mieux connaître ses nouvelleaux ami·es, de se sentir accepté dans leur bande. Le baiser de Remus avait longtemps occupé son esprit lui aussi. Tellement que Sirius avait commencé à se poser des questions. Ses certitudes avaient été ébranlées et il n’était pas à l’aise avec ça.
Il avait revu le groupe deux fois depuis, mais personne n’en avait reparlé, alors il avait fait taire la petite voix qui marmonnait en lui. Ça n’était qu’un stupide défi, rien de plus. Remus s’était comporté comme d’habitude, rien ne laissait croire que cet évènement avait eu la moindre importance pour lui. C’était à la fois un soulagement et une source de ruminations pour Sirius qui avait cependant décidé de ne plus y penser.
— Hey ! lança-t-il en s’asseyant à côté de James et Lily.
— Hé, Sirius, salut ! répliqua James en lui tendant la main pour qu’il tape dedans.
— Bonjour, Sirius, ajouta Lily d’une voix douce.
Peter fit un vague mouvement de tête pour le saluer et Sirius y répondit avec le plus d’enthousiasme possible. Ce qui s'avéra peu concluant étant donné leur antipathie commune.
Sirius se laissa happer par la discussion qui reprit naturellement entre Peter et James. Ils parlaient de Poudlard et de professeur·es que Sirius ne connaissait pas. Il les écouta évoquer des souvenirs de l’école, une boule dans la gorge. Il savait qu’il se serait bien entendu avec elleux dès le début, et peut-être que Peter ne le détesterait pas aujourd’hui. Ses relations superficielles à Beauxbâtons avaient laissé un vide dans sa vie et il crevait d’envie d’avoir de vrai·es ami·es, des gens qui seraient prêts à se sacrifier pour lui comme il le ferait pour elleux. Des gens bien, comme James, Lily ou Remus.
— Bonjour, Sirius…
Sirius se retourna à la voix légèrement rauque. Un plateau flottant a une dizaine de centimètres devant lui, Remus s'avançait vers elleux. La déception de ne pas le voir ce jour-là s’évanouit aussi vite qu’un courant d’air souffle les aigrettes d’un pissenlit.
— Hey, Remus !
Il déposa le plateau d’un geste de la baguette puis s’assit entre Sirius et Peter. Des cernes marquaient ses yeux d’ambre et ses traits étaient tirés. Sirius se força à ne pas s’inquiéter. Remus était régulièrement malade, il l’avait compris désormais. Lorsqu’il avait interrogé James quelques semaines plus tôt, il avait confirmé quelques problèmes de santé, puis aussitôt refusé d’en dire davantage. C’était à Remus de lui en parler. Depuis, Sirius s’était imaginé des histoires horribles et espérait vraiment que le jeune homme n’était pas sur le point de mourir.
— Tu vas bien ? T’as l’air fatigué.
— Je vais bien. J’ai juste mal dormi ces derniers jours. Sympa ton t-shirt…
— Oh ! Merci…
Sirius ne s’attendait pas à ce que Remus lui déballe tout, mais il était tout de même chagriné par la façon dont il contournait ses questions. Il comprenait qu’il était nouveau dans le groupe et qu'il faudrait du temps avant qu'il soit considéré digne de confiance.
— Ta mère a fait des biscuits et du thé, annonça Remus d’une voix lente en s’adressant à James.
Lily se désolidarisa de lui et s’avança vers le plateau pour servir tout le monde. Peter l’aida immédiatement et tendit une tasse à Sirius avec un air dégoûté. Sirius le remercia d’un sourire forcé. La clé était peut-être là : il était possible que Remus ne fasse jamais assez confiance à Sirius pour parler de choses aussi importantes que sa santé alors que l’un de ses plus anciens amis ne l’aimait pas. L’idée même lui fit un nœud dans le ventre.
— Ta mère est vraiment une perle, fit remarquer Peter après s’être rassis.
— C’est la meilleure, j’vais pas dire le contraire !
Lily sourit à James et passa une main dans ses cheveux en désordre d’un geste doux. Leur amour crevait les yeux. Sirius se surprenait parfois à s'imaginer vivre la même chose qu'elleux quand il les regardait.
Pendant un moment, il n’y eut que le bruit des biscuits qu’on mangeait et du thé qu’on buvait. Sirius remarqua avec plaisir que Remus avait retrouvé l’appétit. Peut-être avait-il seulement vraiment mal dormi ?
— Désolé de vous avoir abandonné, je me suis endormi sans m’en rendre compte.
— T’en fais pas, Moo… Remus ! bafouilla James. Désolé…
Sirius releva la tête vers James, surpris. Son ami grimaçait et lança un regard d’excuse à Remus. Sirius se tourna vers lui : il n’avait pas l’air gêné et il souriait.
— Ce n’est pas grave, James… Ce n’était qu’une question de temps avant que l’un de vous le laisse échapper.
Remus lâcha un petit soupir à peine perceptible.
— Mes amis m’appellent Moony…
— Parce que… osa demander Sirius, en espérant une réponse.
Il y eut un échange de regards, une fois de plus il se passait quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre. La jalousie lui brûla les entrailles et il se fustigea. Ce n’était pas juste, d’être envieux de quelque chose comme ça. Il n’y pouvait rien, si son père l’avait envoyé à Beauxbâtons au lieu de Poudlard, et ses ami·es non plus.
— Parce que… hmm, j’ai la fâcheuse manie de dessiner des lunes partout.
Sirius haussa un sourcil, un peu sceptique. Était-ce la vraie raison ou avait-il inventé cette excuse pour ne pas lui dire quelque chose d’important ? Personne ne regardait ses ami·es aussi longtemps s’il n’avait rien à cacher. Ce n’était pas à Sirius de le forcer à parler, il ne le ferait que s’il le voulait. Il ne pouvait qu’essayer d’être proche de lui. Il sourit à Remus et lui fit un signe de la tête avant de retourner à son biscuit. Il se demanda fugacement s’il aurait un jour le droit de l’appeler Moony lui aussi.
— Au fait… J’ai pu acheter News Of The World la semaine dernière, lui glissa Remus à voix basse en se penchant un peu vers Sirius.
— Oh, super ! T’as pu le réécouter ?
— Oui, je l’aime beaucoup.
— Tu sais ce que j’aimerais ? Aller voir Queen en concert ! J’ai jamais pu, j’étais bloqué à Beauxbâtons toute l’année scolaire.
— Je crois… hmmm, qu’ils tournent plutôt aux USA à la fin de l’année non ?
— C’est ce que j’ai lu, ouais ! Je sais pas quand est prévue la prochaine tournée chez nous, mais cette fois j’y vais ! Tu…
Sirius hésita un instant. Remus allait-il mal prendre une invitation comme celle qu’il comptait lancer ? Étaient-ils assez proches finalement ? Il l’observa quelques secondes, il attendait visiblement qu’il termine ce qu’il avait commencé à dire, avec un léger sourire qui fit apparaître sa fossette.
— Tu voudrais y aller avec moi ? Et Lily, tu crois qu’elle voudrait aussi ? demanda Sirius avec un espoir un peu fou.
— Oh… Je… Je ne sais pas… C’est… enfin…
— Tu les aimes pas assez pour aller en concert, peut-être ? Je comprends.
— Ce n’est pas ça… C’est un peu gênant…
Sirius se figura que Remus ne désirait pas l’accompagner. Il se sentit rougir, déçu d’avoir imaginé que leur amitié était réelle. Ce qu'il pouvait être naïf parfois.
— Je n’ai pas beaucoup d’argent, souffla finalement Remus. Je ne sais pas si pourrais m’acheter une place.
Le soulagement traversa Sirius comme une vague balaye une plage. Il sourit à Remus.
— C’est pas un problème ça, je peux te la payer la place ! Je peux payer pour Lily aussi.
— Non, je ne peux pas accepter ça, répondit Remus en secouant la tête. Je vais trouver un boulot bientôt, je verrais à ce moment-là si mes finances vont assez bien pour t’accompagner au concert.
— Mais…
— C’est gentil, Sirius, mais non.
Sirius était confus. Remus acceptait des cadeaux hors de prix de la part de James, comme sa platine vinyle, mais il refusait une simple place de concert. Parce qu’il aimait James plus que Sirius, à n’en pas douter. Il ne pouvait pas lui en vouloir au fond, ils ne se connaissaient que depuis un an et ne s’étaient pas vus si souvent que ça. Tout à ses pensées, il réalisa que Remus avait parlé de trouver un travail et cela l’inquiétait un peu. S’il était déjà régulièrement malade, comment allait-il concilier ça avec des études ?
— Tu comptes travailler en plus de tes études ? Tu m’as pas dit ce que tu ferais l’an prochain. De la botanique ? Je crois que tu m’as dit que t’aimais ça, la botanique ?
Remus détourna le regard et mangea un énième biscuit. Sirius l’observa mâcher lentement et boire du thé. Lui-même avait complètement oublié sa tasse et le shortbread posé sur le bord de sa coupelle.
— Je ne vais pas continuer, finit par lâcher Remus les yeux baissés. Je dois travailler pour avoir un peu d’argent et vivre convenablement, je… Je ne peux pas faire d’études en même temps.
Les yeux de Sirius s’arrondirent sous la surprise. Remus était l’un des meilleurs élèves de Poudlard, pourquoi ne voulait-il pas faire d’études ? Il vivait chez ses parents, ils devaient certainement pouvoir subvenir à ses besoins ‽ Leur maison était petite, mais il n’avait pas semblé à Sirius qu’ils manquaient de quoi que ce soit quand il avait été invité.
— Écoute… Ne pose pas de questions, mais je ne vis plus chez mes parents… Effie et Monty m’hébergent provisoirement, le temps que je trouve un travail, et que j’aie mon propre logement.
— Effie et Monty ?
— Les parents de James : Euphemia et Fleamont. C’est plus simple comme ça…
L’incrédulité de Sirius ne cessait d’augmenter. Plus simple ? Plus simple que de vivre dans sa famille ? Cela n’avait aucun sens ! Remus fuyait son regard, Sirius était certain qu’il lui mentait. Il ignorait simplement quelles parties étaient vraies.
— Mais…
— Pas de questions… S’il te plaît ?
Le ton suppliant de Remus et la douceur de sa voix rauque ébranlèrent Sirius qui referma la bouche et renonça à l’interroger. Il bouillait pourtant à l’intérieur, il ne saisissait pas les raisons qui pouvaient pousser une personne aussi intelligente et talentueuse à abandonner l’opportunité de faire carrière dans un domaine qui l’intéressait. Ses ami·es étaient à coup sûr au courant de cette situation et Sirius ne comprenait pas qu’aucun·e d’elleux n’ait pu le détourner de son projet. Et il était vexé que Remus ne lui en dise pas plus, qu’il ne lui fasse pas assez confiance pour partager ses secrets. Il brûlait d’être assez proche de lui pour faire partie de celleux qui savaient. La jalousie envers le reste du groupe, qui était forcément dans la confidence, flamba une nouvelle fois en lui.
Sirius se secoua mentalement pour faire refluer ces sentiments et se força à écouter les conversations autour de lui. Remus parlait avec Peter maintenant et achevait de terminer l’assiette de biscuits. Sirius était impressionné par la quantité de nourriture qu’il était capable de mettre dans son estomac. Où est-ce qu'il mettait ça ‽ Il était si mince !
James finit par se lever pour rapporter le plateau à l’intérieur et Sirius prétexta une envie d’aller aux toilettes pour le suivre. Il le rejoignit dans la cuisine et l’aida à placer les tasses et l’assiette dans l’évier. De l’autre côté du couloir, il entendit une voix féminine chantonner.
— Hey, James… Je voudrais te demander un truc à propos de Remus.
— Dis-moi !
— Il a dit qu’il habitait ici maintenant…
— Ouaip, c’est vrai. C’est compliqué avec sa famille et mes parents sont du genre à vouloir recueillir les gens dans l’besoin.
Sirius était dubitatif encore une fois. Il n’avait rencontré Espérance Lupin qu’une fois et ne connaissait pas le père de Remus, mais il n’avait jamais eu l’impression qu’il ne s’entendait pas avec elleux. Lorsqu’il en parlait, il avait toujours un regard doux et un léger sourire. Cela n’avait aucun sens. Mais il comprenait que James protège le secret de Remus, quel qu’il soit. Ce n’était pas en le questionnant qu’il gagnerait sa confiance. Il décida de changer de sujet et de lui parler de son frère. Il avait besoin de s’épancher et James avait déjà été une oreille attentive.
Sirius raconta à James la discussion avec son père et sa rencontre avec les amis de Regulus. L’expression de James, d’abord curieuse, avait fondu comme neige au soleil à la mention des noms des quatre garçons.
— C’est pas bon, Sirius. Pas bon du tout !
— À ce point ? Tu les connais ces gars-là ?
— Ouaip, j’les connais. Ils étaient à Serpentard, même année qu’nous. Ils sont… C’est pas des mecs bien, Sirius. Vraiment pas. Ils trempent dans la magie noire jusqu’au cou…
— Putain… Fais chier, je savais que je les sentais pas.
— M’étonne pas qu’il tourne mal s’il fréquente ce genre de types ! Faut qu’tu trouves un moyen d’lui faire entendre raison.
La crainte qui taraudait Sirius depuis des mois était fondée. Cela le terrifiait parce qu’il n’avait aucune idée de la méthode à appliquer pour faire changer Regulus. Au fond de lui, il doutait d’en avoir le pouvoir et il s’imaginait témoin de la chute sans fin de son frère dans les ténèbres. Un frisson le traversa avec violence.
— Ouais, je vais essayer…
— Écoute, on peut t’raconter tout ce qu’on sait sur eux, déjà. Pis on f’ra comme t’as dit, on ira chercher aux archives du Ministère. On trouvera bien quelque chose qui aura du poids pour le convaincre !
— Merci, James.
Au milieu de l’angoisse qui le prenait aux tripes, une petite lueur d’espoir s’alluma. James, et son optimisme sans faille, étaient précieux et Sirius remercia Merlin de l’avoir mis sur son chemin.
Debout devant la porte de la chambre de Regulus, Sirius patientait. Il savait qu’il était là et il attendait le bon moment pour le confronter. Le bon moment ou peut-être simplement de réunir son courage.
La tête pleine des conseils que ses ami·es lui avaient donnés une semaine plus tôt, Sirius toqua. Les coups résonnèrent bruyamment dans le couloir vide et silencieux. Il était tôt, trop tôt pour réveiller son frère, mais Sirius n’avait pas trouvé d’autre solution que de le sortir du lit. Il ne le croisait jamais et le temps était compté : Regulus repartait à Beauxbâtons le lendemain matin. C’était sa dernière occasion, il ne voulait pas la laisser passer.
Il frappa de nouveau puis il entendit des pieds nus faire craquer le parquet et un juron étouffé par le battant en bois. La porte s’ouvrit d’un seul coup sur Regulus, les yeux à demi fermés et les cheveux en bataille.
— Bordel, Sirius, qu’est-ce que tu fous là ‽
— J’ai besoin de te parler, Reggie.
— T’es vraiment une enflure, tu pouvais pas attendre une heure décente ?
Sirius ne releva pas l’insulte. Regulus pouvait être grossier quand il était en colère et que leur père n’était pas dans les parages.
— T’es jamais là aux heures décentes, j’avais pas le choix, désolé.
Regulus commença à repousser la porte, mais Sirius y posa la main pour la retenir. Les muscles endormis de son frère ne faisaient pas le poids contre les siens et elle se rouvrit.
— Faut vraiment que je te parle. S’il te plaît.
Regulus leva les yeux au ciel et soupira dramatiquement, mais il laissa Sirius entrer dans sa chambre. Cela faisait des mois qu’il n’était pas rentré dans cette pièce, il ne se permettait jamais de le faire lorsque Regulus était absent. Elle avait changé. Ce n’était pas grand-chose, mais les armoiries de la famille Black et leur devise « Toujours pur* » étaient peintes au-dessus de son lit. En grand. Une sueur froide dévala l’échine de Sirius en les lisant. Ces mots qui surmontaient les arbres généalogiques de la famille, dans le salon du Square Grimmaurd et au manoir Black. Ces armoiries gravées sur les manches des couverts en argent et les poignées de porte. Sirius les haïssait de toutes les fibres de son être et il pensait jusqu’à peu que son frère ressentait la même chose. La preuve qu’il se trompait, une fois de plus, planta une lame chauffée à blanc dans son ventre. Il avait la sensation que tout était perdu d’avance.
Sirius arracha ses yeux du mur avec difficulté pour les poser sur Regulus qui l’observait, debout avec les bras croisés. Son regard était plus éveillé maintenant et son petit sourire narquois blessa Sirius.
— Écoute, Reggie…
— Arrête avec ce surnom, Sirius. Je suis plus un gosse.
La lame tourna sur elle-même dans le ventre de Sirius et le gouffre qui le séparait de son frère sembla s’agrandir encore. Comme s’il cherchait à trancher tous les liens qui les rattachaient.
— OK. Si tu veux. Écoute… Je suis inquiet pour toi.
Regulus le fixa, mais il ne répondit pas. Sirius tenta le tout pour le tout.
— Je suis inquiet à propos de tes nouvelles convictions sur la pureté du sang. Je suis inquiet que tu t’entendes si bien avec le reste de la famille. Je suis inquiet de savoir que tu as des amis qui font de la magie noire et qui ont sûrement des liens avec les Mangemorts. S’ils n’en sont pas eux-mêmes…
Regulus se mit à rire et Sirius l’observa avec perplexité. La personne qu’il avait devant lui était si différente du garçon qu’il connaissait, qu’il aimait de toutes ses forces et de toute son âme. Il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer.
— Regulus… Je t’aime et je suis inquiet pour toi. S’il te plaît, reviens à la raison. C’est pas sain tout ça.
Le rire de Regulus cessa aussi brutalement qu’il avait commencé et il darda un regard glacial sur Sirius. Le même regard qu’il lui avait lancé à l’infirmerie de Beauxbâtons ou dans le parc l’autre jour. Un regard sans vie.
— T’as fini ?
— Regulus… Tu comprends pas… J’ai peur pour toi !
— Moi pas. Je sais ce que je fais. Maintenant, dégage de ma chambre, je veux plus te voir.
— S’il te plaît…
— Je te dois rien, Sirius. M’oblige pas à me servir de ma baguette contre toi.
Le cœur de Sirius se brisa en mille morceaux et la lame logée au creux de ses entrailles tourna une fois de plus, lui occasionnant une douleur mentale qu’il n’avait pas anticipée. Sirius n’avait jamais imaginé que Regulus irait jusqu’à le menacer. Il baissa les yeux pour cacher les larmes qui y perlaient et sortit de la chambre de son frère.
Quand la porte se referma en claquant dans son dos, Sirius eut l’impression que tout ce qu’il avait pu partager avec Regulus venait d’exploser et que rien ne pourrait jamais réparer la relation désormais inexistante entre eux. Il rejoignit sa chambre à pas lents et se jeta sur son lit. Puis il se laissa aller et pleura. Regulus était inaccessible et Sirius savait au fond de lui qu’il ne pourrait jamais plus l’atteindre. Il avait la sensation de le perdre, de le voir mourir à petit feu et il était impuissant.
Notes:
Titre du chapitre : Too Many People (Paul McCartney)
Chapter 9: Please tell me who I am
Notes:
Bonjour à toustes,
Merci de me suivre sur cette histoire, merci pour les kudos et les reviews.
On retrouve Sirius et le reste de la bande. Je vous laisse découvrir leurs petites aventures du jour sans rien dire ^^N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage, ça me fait vraiment plaisir.
Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 9 — Please tell me who I am
— C’est quoi l’occasion cette fois, James ? demanda Marlene en rejoignant le groupe attablé.
— On fête notre entrée à l’académie des Aurors !
Elle leva les yeux au ciel et s’assit sur la chaise que la jolie Dorcas avait gardée depuis qu’iels étaient arrivé·es.
— Je croyais que vous y étiez depuis dix jours…
— Nope ! On devait passer les sélections d’abord. T’sais, j’t’en avais parlé.
— Oh, ouais. Ça me revient… Et alors, c’est bon ?
— Ouaip ! On a réussi tous les deux !
— Bon, bah on va boire à votre réussite alors, rit-elle. Dorcas, t’as commandé un truc pour moi ?
— Oui, oui, les consos arrivent.
Sirius observait en silence les échanges qui se déroulaient autour de lui. Cette semaine avait été la plus stressante de sa vie : l’attente des résultats avait été interminable. Il n’avait jamais été aussi anxieux que lorsqu’il avait déchiré son enveloppe. Même ses examens de fin de premier cycle n’avaient pas provoqué tant de tension.
La lettre indiquait que son profil de personnalité et son état psychologique étaient en adéquation avec la formation d’Auror. Par ailleurs, ses résultats aux tests de potions, métamorphose et défense contre les forces du mal étaient satisfaisants. Il ne suffisait pas d’obtenir de bonnes notes ou de présenter un profil adapté, il fallait les deux. Son soulagement avait été à la hauteur du stress qu’il avait éprouvé. Désormais, il était aspirant Auror pour trois ans et les premiers jours de cours s’étaient révélés ardus. Sirius pressentait qu’il n’allait pas s’ennuyer.
Le serveur arriva avec leurs consommations. James avait réuni toute la bande, sur un coup de tête : toute occasion était bonne pour sortir et boire un verre. Sirius s’était habillé comme à son habitude : un t-shirt à l’effigie d’un groupe, un jean usé et sa veste en cuir. Il avait enfilé ses bagues et verni ses ongles. Depuis qu’il était entré à l’académie, il ne comptait plus faire l’effort de le retirer. Les sorcier·es avaient parfois besoin d’être bousculé·es.
Remus, à sa droite, leva son verre en se redressant. Il était toujours un peu avachi quand il était sur une chaise.
— À James et Sirius !
— Bonne chance, les mecs. Parait que vous allez souffrir, ajouta Dorcas en riant.
— Mon frère est dans la police magique, il m’a toujours dit qu’il fallait être dingue pour faire Auror, s’esclaffa Marlene après avoir bu quelques gorgées de sa bière.
— Ton frère est un idiot, Marls, c’est bien connu, rétorqua Peter avec un sourire.
Sirius se figea, le verre à portée de ses lèvres. Marlene ricana.
— Ouais, c’est vrai qu’il est un peu idiot !
Et toute la table explosa de rire. Sirius sourit et avala quelques gorgées de bière. Il ne connaissait pas le frère de Marlene et il ne la connaissait pas non plus assez bien pour savoir qu’elles étaient ses relations avec lui. Ce qui était certain, c’était qu’elle s’entendait mieux avec son frère que lui avec Regulus. Cela lui donna un peu le cafard de songer à lui alors qu’il était en bonne compagnie. Il n’avait, bien entendu, pas eu la moindre nouvelle depuis son départ pour Beauxbâtons et il doutait d’en recevoir. Regulus avait été très clair : il ne voulait plus entendre parler de lui.
— Hé… Ça va ?
La voix de Remus dans son oreille et son coude dans ses côtes le sortirent de ses pensées. Son ami le fixait, les sourcils froncés.
— Tu as l’air perdu, ça va ? répéta-t-il.
— Oh… Ouais. Je… Je pensais à mon frère. Désolé.
Remus lui adressa un sourire navré et Sirius observa la cicatrice de sa joue droite s’étirer sous le mouvement. Remus, Lily et Peter étaient maintenant au courant de toute l’histoire avec Regulus, en plus de James. Lorsqu’il leur avait tout raconté, iels l’avaient conseillé. Leur compassion lui avait fait beaucoup de bien. Sirius se sentait moins seul avec ses problèmes.
— Tu as pu lui parler avant qu’il parte ?
— Ouais. Ça s’est plutôt mal passé… Je pense qu’il voudra plus jamais m’adresser la parole, maintenant.
Sirius soupira. Il n’avait pas envie de plomber l’ambiance de la soirée avec ses états d’âme et ses ennuis, iels étaient là pour fêter une bonne nouvelle. Remus ne semblait pas fâché, simplement concerné. Il posa même une main sur son bras pendant un instant.
— On a promis de t’aider et on le fera. On trouvera bien quelque chose pour le faire changer d’avis. Vous avez pu aller au bureau du recensement avec James ?
— Non, grimaça Sirius, il est pas accessible aux aspirants de première année normalement. On nous confie pas d’enquête avant la deuxième.
— Tu peux faire confiance à James pour arriver à s’introduire dans un endroit interdit, ne t’inquiète pas.
— Merci Remus. C’est… vraiment gentil de m’aider avec ça.
— C’est à ça que servent les amis, non ?
Le sourire rassurant de Remus réchauffa le cœur de Sirius, c'était agréable d'être si bien entouré. Il n’avait pas mesuré sa chance lorsqu’il avait rencontré James. Il avait rêvé d'un groupe tel que celui-ci toute son adolescence. Aucun de ses ami·es de Beauxbâtons n’avait réussi à prendre autant de place dans sa vie que le faisaient – sans mal – James, Lily et Remus. Marlene et Dorcas, dans une moindre mesure. Il regrettait toujours que Peter ne l’aime pas, mais il faisait déjà beaucoup d’efforts pour se faire apprécier.
— Hé, Sirius ! Tu veux bien raconter aux filles c’qu’on a fait en cours hier ? l’interpella James d’une voix joyeuse.
Les yeux de James pétillaient d’amusement et Sirius ne put s’empêcher de sourire. Il se força à laisser de côté ses soucis et but une gorgée de bière avant de s'affaler en prenant ses aises.
— On avait un cours d’histoire de la magie noire dans l’après-midi, nan ?
— Ouaip ! C’était chiant.
— C’était très chiant. Le coup des mots sur le tableau était bien joué ceci dit ! confirma Sirius.
Lily se redressa et donna une tape derrière la tête de James tandis que Peter éclatait de rire.
— Raconte-nous, James… demanda Remus avec un sourire malicieux.
— Oh… Bah c’était tellement pénible qu’j’ai voulu égayer un peu les choses. Le prof est sympa, hein, mais j’pense que l’histoire c’est un truc de profs chiants. Comme Binns quoi. Bref… J’ai enchanté des craies pour qu’elles écrivent des mots au tableau.
Marlene s’étouffa dans son verre. Sirius souriait largement, ça avait été vraiment drôle. Sur un signe de tête de James, il commença à raconter.
Il était seize heures trente et la journée s’achevait. Avec elle, venait la fin d’une interminable semaine de cours. La toute première pour les aspirants Aurors de leur promotion. Iels étaient peu nombreux, une petite dizaine, tout au plus.
Sirius essayait de suivre ce que disait le professeur, le seul qui n’était pas Auror. C’était un homme d’une cinquantaine d’années avec une longue barbe et une calvitie prononcée qui vieillissait son visage. Il leur parlait depuis sa chaise, coincé derrière un bureau en bois un peu décrépi. C'était à se demander s’il y avait du matériel en bon état dans ce service…
Sirius prenait des notes sur un rouleau de parchemin, en se retenant de soupirer devant l’ampleur des connaissances qu’il lui faudrait acquérir pour réussir cet examen à la fin de l’année. De temps à autre il relevait la tête et écrivait ce que le professeur inscrivait au tableau d’un coup de baguette : souvent une date ou un nom de mage noir connu.
Un ricanement assourdi troubla soudain la quiétude de la classe. Sirius cessa d’écrire et ses iris balayèrent machinalement la salle pour savoir qui pouvait bien s’amuser à ce point. Son regard passa sur le tableau, le professeur et les tables devant lui. Il revint rapidement au tableau et se mordit les lèvres. Là, au milieu des dates et des noms, des grossièretés étaient apparues.
Les rires s’élevèrent dans la salle de classe et Sirius croisa le regard de James assis un peu plus loin à sa gauche. Il arborait un sourire fier qui acheva de briser sa concentration et le fit s’esclaffer. Le professeur finit par lever les yeux et exigea le silence. Il eut du mal à l’obtenir et le reste du cours se termina dans une ambiance trop joyeuse pour de l’histoire de la magie noire. Des ricanements étouffés s’échappaient régulièrement d’une bouche ou une autre et les sourires n’arrivaient pas à être réprimés. Le professeur les congédia sans s’être retourné une seule fois et Sirius ne sut jamais quelle réaction il avait eue en découvrant son tableau et les mots qui n’étaient pas censés s’y trouver.
— James, tu es vraiment un idiot de première classe ! s’offusqua Lily après avoir entendu toute l’histoire.
Le reste de la tablée était hilare et Sirius, qui s’était retenu tout le temps du récit, explosa une fois qu’il eut terminé.
— Et toi, tu cautionnes ces stupidités, Sirius ? continua la rouquine.
— Et pas qu’un peu ! s’esclaffa Sirius qui avait du mal à s’arrêter de rire.
La réaction de Lily était aussi drôle que la blague en elle-même. Sirius voyait bien qu’elle était fâchée sans vraiment l’être. Il devinait une pointe d’amusement derrière son air agacé et sa moue réprobatrice. James se pencha vers elle et murmura quelque chose à son oreille. Une rougeur s’éleva alors sur ses joues et Sirius se plongea dans son verre pour cacher son sourire. Il détourna la tête, il avait presque l’impression d’assister à quelque chose de privé.
Il remarqua que les autres s’étaient remis à discuter en laissant James et Lily se parler à voix basse. Remus, lui, était toujours souriant, mais silencieux. Sirius le surprit qui le fixait. Il le regarda franchement lui aussi. Ses iris d’ambre étaient rivés sur ses mains.
— Un problème ?
— Non, répondit Remus en relevant les yeux vers son visage. Je n’avais juste jamais remarqué que tu vernissais tes ongles…
— Oh ! Ouais… Au départ je le faisais pour emmerder ma famille, mais j’aime bien en fait.
Remus lui fit un signe de tête comme pour montrer qu’il comprenait.
— Tu as raison, ça te va bien. Ça te donne un peu un air de rockeur…
— Ben, c’est l’idée ouais. Merci.
Remus lui fit un nouveau signe de tête puis lui lança un sourire d’excuse quand Peter l’appela et lui demanda s’il voulait boire autre chose. Sirius détourna le regard et tendit l’oreille du côté de Marlene et Dorcas qui parlaient de Quidditch avec James désormais. Il les écouta évoquer la possibilité pour Marlene de voler dans une des équipes de la ligue britannique et irlandaise de Quidditch.
Il faisait encore très beau pour un premier octobre et James avait invité Sirius pour réviser dans le jardin, comme tous les week-ends. Ils croulaient déjà sous les devoirs. Ils se soutenaient autant que possible dans la difficile formation qu’ils avaient entreprise. La seule formation aussi complexe qu’ils connaissaient était celle des Tireurs d’élite, avec lesquels ils avaient en commun les cours de duel et de combat magique.
Sirius referma son livre sur ses notes d’histoire de la magie noire et soupira de désespoir. Il avait mal à la tête à force de lire et relire les mêmes mots. Au moins, il se sentait presque prêt pour l’examen de la semaine suivante. Leurs enseignants les testaient tous les mois. Sirius n’avait jamais eu autant de travail de sa vie et si James n’avait pas été avec lui, il n’aurait pas le temps de le voir. Par chance, Remus habitait toujours chez lui et Sirius le croisait souvent. Ils arrivaient à parler de musique, un petit peu, entre deux séances de révisions, ce qui ne manquait jamais d’agacer James qui roulait des yeux lorsqu’ils s’extasiaient sur David Bowie, Queen et T.Rex.
Sirius déplia ses bras et ses jambes ankylosés puis se leva de sa chaise pour faire quelques pas. Une brise fraîche jouait avec les parchemins qui dépassaient de son livre fermé et les faisait crisser, dans un petit bruit répétitif de papier froissé. Quelques grandes inspirations firent affluer l’odeur de l’herbe et des dernières fleurs d’automne. Il se détendit aussitôt. Puis il tourna la tête vers la maison dans laquelle James avait disparu. Il avait dit qu’il allait aux toilettes, mais Sirius le trouvait long.
Il ouvrit la porte-fenêtre et entra dans le salon où Fleamont lisait son journal, une tasse de thé à la main. Sirius lui adressa un signe de tête et poursuivit son chemin sans le déranger. Il venait si souvent que les parents de James n’y faisaient même plus attention. James n’était pas dans la cuisine alors Sirius monta l’escalier. Il traversa le couloir et s’arrêta en entendant des voix qui provenaient de la chambre que Remus occupait depuis le milieu de l’été.
Sirius ne voulait pas être impoli, mais il n’osait pas non plus faire demi-tour et risquer d’être surpris en faisant grincer le parquet. James et Remus parlaient sans se cacher et leurs voix portaient à travers l’entrebâillement de la porte. Il tendit l’oreille, trop curieux pour son propre bien.
— Je ne sais pas, James… C’est… pesant, tu vois ?
— Ben dit lui alors ! T’sais, c’est un mec bien, y aura pas de soucis, j’pense.
— Ça me fait peur. Je n’ai pas envie qu’il change de regard sur moi. C’est… Enfin, ça fait du bien quelqu’un qui n’est pas au courant. Et en même temps… Bah, j’en ai assez de mentir.
Un silence. Sirius n’osait même plus respirer de peur de se faire remarquer. Maintenant il savait qu’il entendait une conversation qui ne le regardait pas. Mais de qui parlaient-ils ? Et de quoi surtout ?
— Tu l’aimes bien, hein ?
— Hmm oui… Mais toi aussi tu l’aimes bien, James, ne dis pas le contraire !
— Sauf que moi je suis hétéro, Moony…
— Ha ha, lui aussi, James, lui aussi. Tu as vu comment il regarde Dorcas ?
Le rire clair et joyeux de James éclata derrière la porte entrouverte et Sirius profita du bruit pour reculer lentement dans le couloir et retourner dans le jardin. Son cœur battait trop vite et ses mains étaient moites. Il n’aurait jamais dû monter chercher James.
Il se rassit, ouvrit son livre et attrapa sa plume. Il relut les premiers paragraphes de ses notes sans vraiment les comprendre. Les mots glissaient dans son esprit sans avoir de sens, son cerveau n’enregistrait rien. Il mâchouilla le bout de sa plume distraitement alors que la discussion se rejouait dans sa tête.
L’arrivée de James sur la terrasse le fit sursauter, il n’avait pas entendu la porte-fenêtre se rouvrir. Son ami apportait une théière et des scones.
— Tiens, ma mère a fait ça pour nous.
— Merci…
Sirius se força à se concentrer, mais il ne parvenait à rien. L’agitation naturelle de James, à ses côtés, l’agaçait. Ce n’était pas le cas d’habitude, mais à ce moment-là, cela l’empêchait de travailler. Après une heure supplémentaire à relire la même page en boucle, il décida de rentrer chez lui, il perdait son temps.
— Tu vas voir Moony avant d’partir ? lui demanda James sans relever la tête de son bouquin.
Sirius se figea. Pourquoi James voulait-il qu’il aille voir Remus ? Ils s’étaient déjà croisés en début d’après-midi et le jeune homme n’avait pas demandé à ce que Sirius le tienne au courant de ses allées et venues. James avait-il deviné que Sirius avait surpris leur conversation ?
— Je… Pourquoi ? Il a demandé après moi ? répondit-il finalement, la bouche un peu sèche.
— Nope, juste comme ça… Vous avez toujours plein d’trucs à vous dire à propos d’musique. C’est tout…
— Oh ! Ben… Nan, je… Je vais rentrer direct. Mon père m’a demandé de rentrer pas trop tard.
C’était un mensonge, Orion se moquait totalement de l’heure à laquelle il rentrait chez lui. Ils se croisaient tellement peu que, parfois, Sirius avait l’impression qu’il vivait seul dans cette grande maison. Mais ce soir, Sirius voulait éviter Remus. Il avait besoin de réfléchir à ce qu’il avait entendu avant de revoir son ami. Demain, ça irait mieux.
— OK. À plus, Sirius !
James lui tendit le poing et Sirius le cogna du sien avant de quitter la maison.
Sirius était allongé dans son lit, dans le noir et il attendait de trouver le sommeil. Il avait beau essayer de se détendre et faire le vide dans son esprit, rien n’y faisait. Malgré l'heure tardive et le réveil de bonne heure prévu pour le lendemain, il avait trop de choses en tête pour s'endormir.
Sans autre présence pour parasiter ses pensées, celles-ci tournaient en boucle sur ce qu’il avait entendu en fin d’après-midi, dans le couloir. Il y avait plusieurs éléments qu’il ne cessait de ressasser afin de les comprendre.
Remus avait des secrets. Il était souvent malade ou fatigué. Son corps – du moins le peu qu’il en avait vu – portait des cicatrices inhabituelles et il avait refusé de parler de sa santé lors du jeu à la plage. Sirius ne savait pas si tous ces éléments étaient liés, mais cela faisait de lui un mystère qu’il avait envie de résoudre. Il cachait des choses et la conversation que Sirius avait surprise le confirmait.
Sirius se retourna dans son lit et se mit sur le ventre pour essayer d’être plus confortable. Il fit le vide dans sa tête, mais les voix de James et Remus ressurgirent aussitôt. Leurs mots formaient un tourbillon sans fin qui se répétait comme l’écho dans l’une de ces églises moldues que Sirius avait visité quand il était à Beauxbâtons.
Remus cachait des choses que ses ami·es proches connaissaient. James, tout au moins, en savait visiblement beaucoup. Qu’avait-il voulu dire par « Sauf que moi je suis hétéro » ? Était-ce ce secret que Remus taisait, qu’il hésitait à avouer ? Ou cela n’était-ce qu’un mystère supplémentaire qui s’ajoutait à sa santé précaire et à ses cicatrices étranges ? Sans compter la fuite de chez ses parents sans aucune raison valable.
Lors du jeu sur la plage, Remus avait mentionné des filles avec qui il était sorti. Il n’avait même pas rougi en répondant aux questions sur sa première fois, visiblement à l’aise avec le sujet. Jamais il n’avait cité de garçons, mais personne ne lui avait demandé. Cela ne serait pas venu à l’esprit de Sirius de demander ce genre de choses. C’était trop… personnel ? Intime ? Bizarre ?
Inconfortable, Sirius se tourna de nouveau sur le dos. Il soupira de lassitude, il n’allait jamais s’endormir… Il n’arrivait pas à savoir ce que cela évoquait pour lui, en réalité. Il y avait eu un ou deux garçons à Beauxbâtons qui avaient parlé d’homosexualité, mais le sujet était plutôt évité, en général. Personne n’avait envie d’entendre des histoires de garçons, ou de filles, qui s’embrassaient. Ou plus encore. Cela ne dérangeait pas Sirius, mais il préférait ne pas trop y penser. L’idée était… trop inhabituelle.
Sans vraiment réaliser son geste, il posa les doigts sur ses lèvres. Il avait presque oublié… Mais lui aussi avait embrassé un garçon. Pour un défi, un jeu idiot, mais tout de même, c’était arrivé. Il se souvint que l’évènement l’avait perturbé pendant plusieurs jours avant d’enfouir cela au fond de sa mémoire sans plus s’en préoccuper. Le fantôme de ce baiser était toujours là, sur ses lèvres. Il n’avait duré qu’une ou deux secondes, quelques battements de cœur à peine. Néanmoins, maintenant qu’il était de retour en surface, il était parfaitement clair.
Il rejoua la scène dans sa tête. Le défi était le sien et pourtant il n’avait pas réussi à le remplir, c’était Remus qui l’avait embrassé. Et pas l’inverse. Personne ne lui en avait tenu rigueur et le jeu avait continué, mais Remus avait pris les choses en main sans se poser de question. Comme si… comme si ce n’était pas difficile pour lui. Comme s’il en avait l’habitude. Bien sûr, Sirius avait compris qu’il était de loin le plus inexpérimenté du groupe, mais tout de même… Il avait embrassé des filles et ça n’avait pas été si compliqué. Cela n’avait jamais été très intéressant, cependant. Contrairement à ce qui s’était déroulé sur la plage.
Remus… Remus avait déjà fait ça, il en était certain maintenant. Peut-être lors d’autres parties : il avait semblé à Sirius qu’iels étaient toustes très à l’aise avec ce concept et il était sûr qu’iels y avaient déjà joué. Peut-être avec plein d’élèves de Poudlard. Mais l’embrasser avait paru si simple pour Remus, il n’avait pas eu une once d’hésitation. Et puis… ce qu’il avait entendu cette après-midi… Non, Remus s’intéressait visiblement aux garçons. Peut-être en plus des filles ? Sirius ne savait pas si c’était possible. Mais le monde était rempli d’anormalités. Lui-même était anormal : il n’était jamais tombé amoureux et le sexe n’avait pas le moindre intérêt pour lui. Il lui arrivait de se masturber, mais c’était plus une sorte de besoin primaire qu’il expédiait pour se sentir détendu, rien de plus. Aucune fille ne lui avait jamais donné envie d’aller plus loin en tout cas.
Sirius soupira une fois de plus. Se remémorer tout cela ne l’avait pas du tout avancé. Il était encore plus perdu qu’avant. Il pensait avoir compris que le secret qui pesait sur Remus avait à voir avec sa sexualité. Cela semblait logique. Il avait peur d’en parler, peur qu’on change de regard sur lui. Avait-il peur que Sirius soit au courant ? Peur qu’il ne soit plus son ami s’il le savait ? Sirius y songea longuement. Cela changeait-il quelque chose ?
Non. Remus était son ami et sa sexualité n’avait pas de rapport avec ce fait. Peu lui importait qui il aimait. Mais il comprenait. Si la situation était inversée, Sirius craindrait-il d’en parler autour de lui ? Oui, avec certitude. La pression sur ses épaules était trop élevée pour qu’il puisse envisager de divulguer ce genre d’information, même si tout cela était théorique. Sirius était l’héritier de la famille Black et toute la société sang pur sorcière avait un œil sur lui. Son refus de se conformer aux habitudes dévolues à ce pan du monde sorcier avait déjà des conséquences, il savait qu’on parlait de lui. Quand il avait commencé à se rebeller, les Black avaient été plutôt heureux qu’il ait fait ses études loin de Poudlard et des témoins de sa déchéance.
Mais toutes ces questions étaient-elles uniquement théoriques ? Pourquoi y pensait-il ? Après tout… Il aimait les filles, n’est-ce pas ? Du moins, c’était ce qu’il était censé faire. On attendait de lui qu’il trouve une femme de bonne famille au sang pur afin de produire un héritier pour faire perdurer la lignée des Black. Aucune des filles de Beauxbâtons n’avait fait battre son cœur et il ne voyait pas comment une fille choisie uniquement pour sa génétique allait pouvoir réussir où celles qu’il avait appréciées avaient échoué. Et si le problème venait du fait que c’était des filles, justement ? Sirius ne s’était jamais posé de question à ce propos, s’intéresser au sexe féminin était simple et naturel, c’était attendu et normal. Et pourtant… Pourtant il était bien obligé d’accepter que ça n’avait jamais rien donné.
Et si…
Sirius en tremblait de crainte au fond de son lit. Et s’il s’était trompé ? Et si ce qu’il avait ressenti lorsque Remus l’avait embrassé était révélateur de quelque chose de plus profond ? Ou était-ce simplement parce qu’il s’agissait d’un ami ? Sirius était perdu. Il ne savait plus quoi penser de tout cela. C’était forcément une erreur. Il n’avait jamais eu d’intérêt pour les garçons !
Le visage de Marc s’imposa brutalement à son esprit. Marc et son sourire agréable, ses cheveux blonds coupés courts et sa générosité. Il avait été si gentil avec Sirius, il l’avait beaucoup soutenu, il avait été un bon ami. Mais… Si Sirius y pensait vraiment, s’il était honnête avec lui-même… N’y avait-il pas eu plus que de l’amitié entre eux ? Sa prévenance avec Sirius, sa volonté à l’aider en potions, sa présence constante autour de lui… Et surtout son absence de conquêtes féminines. Il était obligé de se l’avouer, il était beau garçon. Mais tout le monde le trouvait beau garçon ! Sirius secoua la tête pour effacer ces pensées dérangeantes. Il refusait de croire qu’il avait pu être attiré par lui, c’était ridicule.
Tout cela était ridicule. Sirius s’intéressait aux filles et c’était très bien comme ça. Savoir que Remus aimait les garçons ne lui faisait rien du tout et puis c’était sa vie, il faisait bien ce qu’il voulait ! Et il n’était pas du tout intéressé par Remus. Pas du tout.
Il enfouit sa tête sous ses couvertures et se força à compter pour ne penser à rien d’autre et enfin trouver le sommeil.
Une main se posa sur son épaule et Sirius se réveilla en sursaut. Il mit quelques secondes à se rappeler où il était. En fixant bêtement les murs d’un beige sale, il reconnut la salle de pause des Aurors. Il s’était endormi sur l’une des tables.
— Ça va pas, Sirius ? lui demanda James en s’asseyant à côté de lui.
— Hein ? Oh, si si. Juste… J’ai mal dormi cette semaine, c’est rien.
Sirius attrapa son gobelet de café tiède et le finit d’une traite pour s’occuper les mains et sortir son cerveau du brouillard. Cela faisait bientôt une semaine que son sommeil était capricieux, ses pensées l’empêchaient de se reposer avec sérénité. Il ruminait les questionnements qui le torturaient depuis la conversation surprise chez James. Heureusement, plus les jours passaient et plus il arrivait à vite se débarrasser de ses pensées importunes avant de dormir.
— Prêt pour le dernier cours ?
— Ouaip ! Tout est là d’dans ! répondit James en se tapotant la tempe du bout de l’index.
Leur premier devoir sur table en histoire de la magie noire était prévu pour cette après-midi-là. Sirius se demandait comment il allait tenir le rythme pendant trois ans s’il était aussi fatigué après seulement quatre semaines.
Il se leva de sa chaise inconfortable. Comment avait-il pu s’endormir la tête posée sur cette table collante et les fesses assises sur ce morceau de bois trop dur ? Il réunissait ses parchemins et ses livres pour les glisser dans son sac quand trois Aurors entrèrent dans la salle.
Cet endroit était l’un des rares que les professionnel·les et les aspirant·es partageaient au sein du Bureau. Il s’agissait d’une grande pièce aux murs aussi défraîchis que toutes les autres, mais elle parvenait quand même à être chaleureuse. Il y avait des canapés, des tables et des chaises. Des magazines empilés çà et là, des boissons chaudes et des biscuits à profusion. C’était la seule pièce où les Aurors pouvaient venir se détendre entre deux interrogatoires. Évidemment, on y parlait du travail, mais tout de même, cela permettait de prendre quelques minutes entre deux affaires parfois compliquées.
— Ils commencent à être pénibles…
— Comme si on avait besoin d’eux !
— Ordre du Phénix, tu parles. Sûrement blindés de mecs qui ne se sentent plus pisser.
L’échange entre les trois Aurors attira l’attention de Sirius. Il avait terminé de ranger ses affaires, mais prétexta devoir refaire ses lacets pour traîner un peu plus longtemps. Il surprit le regard étonné de James à qui il adressa un signe de tête qu’il espérait discret en direction du petit groupe.
— Il faudrait que Scrimgeour fasse quelque chose. On passe vraiment pour des péquenauds quand l’Ordre arrive sur place avant nous.
— J’aurais pu les étriper ce midi, à se pavaner en mode « on était là d’abord ».
Sirius acheva de refaire ses lacets et se redressa. Il n’avait plus aucune excuse pour rester plus longtemps. Il se déplaça jusqu’à la table où se trouvaient les boissons chaudes et jeta son gobelet en carton dans la poubelle en essayant de ne pas regarder les Aurors qui continuaient à discuter. Ils ne cherchaient visiblement pas à se cacher, ils parlaient plutôt fort et semblaient assez en colère.
— Je pense que je vais en toucher un mot à Maugrey, il pourra sûrement faire remonter au chef.
Sirius fit signe à James qu’il avait terminé et ils désertèrent la salle de pause en se fixant. Alice et Franck Londubat, deux jeunes Aurors, quittèrent la pièce en même temps qu’eux. Sirius les avait vu·es discuter en buvant une tasse de thé, assis sur l’un des canapés. Il avait appris qu’iels étaient en couple depuis Poudlard et étaient Aurors depuis un an. Il les avait d’ailleurs croisé·es pendant son stage. Iels étaient plutôt sympathiques et iels bavardaient régulièrement avec toustes les aspirant·es. N’ayant que quelques années de moins, Sirius se sentait proche d’elleux.
Une fois hors de portée d’oreilles indiscrètes, Sirius se pencha vers James pour chuchoter :
— C’est quoi l’Ordre du Phénix ?
— C’est pas la première fois qu’j’en entends parler. C’est des sorciers qui font la chasse aux Mangemorts si j’ai bien compris.
— Aaah c’est pour ça qu’ils sont pas contents !
— Ouaip, j’pense que c’est ça. C’est dommage, ils devraient s’coordonner. Plus y a de monde pour arrêter ces pourritures, mieux c’est.
— Je suis d’accord. Je suis curieux d’en savoir plus sur eux…
L’intérêt de Sirius était piqué, il allait tendre l’oreille plus souvent et traîner près des Aurors pour en apprendre plus. S’il y avait des civil·es qui menaient la vie dure aux mages noirs, ça lui plaisait. Lui ne désirait qu’une chose : être sur le terrain. Or, cela n’arriverait pas avant l’année suivante, voire même celle d’après pour les affaires complexes. Pourtant, Voldemort et ses mages noirs étaient partout, tout le temps. Il y avait des morts. Maintenant. Le temps lui manquait. Sirius ne pouvait pas attendre un an ou deux pour leur mettre la main dessus, pour essayer de confondre sa famille de tarés et les placer toustes derrière les barreaux. Regulus pouvait basculer définitivement d’un instant à l’autre du mauvais côté. Sirius devait en apprendre plus et il devait les rejoindre. Il voulait être utile maintenant.
Notes:
Titre du chapitre : The Logical Song (Supertramp)
Chapter 10: Is this the real life? Is this just fantasy?
Notes:
Bonjour à toustes !
Nous revoilà pour le chapitre 10. Déjà. Il va se passer certaines choses que vous attendez ici, je ne dis que ça ^^
Merci pour les kudos et les reviews sur le précédent chapitre !
Pour ce chapitre, je recommande de garder le skin actif.Bonne lecture !
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
Chapitre 10 — Is this the real life? Is this just fantasy?
Sirius passa une semaine entière à laisser traîner ses oreilles partout. L’Ordre du Phénix était un sujet de conversation récurrent parmi les Aurors et les aspirant·es. Tellement récurrent qu’il se demandait comment il avait pu le rater jusqu’ici. Plus il en entendait parler et plus il voulait en faire partie. James aussi. Rien ne les excitaient plus que de pouvoir aller au-devant des Mangemorts et amener un peu de justice en ce monde. Mais ils ne savaient pas comment les contacter. Ils étaient mal perçus au Ministère, la plupart ne mâchaient pas leurs mots à leur sujet. Sirius devait trouver quelqu’un en dehors du Ministère et il avait sa petite idée.
— Tu sais, Andie… J’ai entendu parler d’un truc intéressant au Bureau.
— Intéressant dans quel sens ?
Sirius prit le temps de boire quelques gorgées de jus de citrouille avant de lui répondre. Assise en face de lui, elle l’observait. Elle leva les yeux au ciel devant son manège. À ses côtés, Nymphadora picorait ses haricots verts du bout de la fourchette tout en chantonnant une comptine.
— Il y a ce groupe secret dont tout le monde parle. Enfin, pas vraiment secret non plus.
— Mais encore ? s’impatienta Andromeda.
— L’Ordre du Phénix.
Elle se figea, la fourchette à mi-chemin entre son assiette et ses lèvres. Juste une seconde. Sirius sourit et but encore une gorgée de son verre avant de le reposer.
— C’est quoi ? s’enquît Ted.
— Il parait que ce sont des sorciers qui poursuivent les Mangemorts et cherchent Voldemort pour le mettre hors d’état de nuire, répondit Sirius en se tournant vers lui.
— C’est pas le boulot des Aurors ça ?
— Ça l’est. Et d’ailleurs ils aiment pas tellement l’Ordre de ce que j’ai compris.
— J’ai fini ! s’exclama subitement Nymphadora. Je peux aller jouer ?
— Tu ne veux pas un dessert, ma puce ?
— Nan ! décida-t-elle en sautant de sa chaise pour s’enfuir de la cuisine.
Andromeda soupira en regardant sa fille courir vers sa chambre puis reporta ses yeux sur Sirius qui ne la lâchait pas.
— Pourquoi tu me parles de ça, Sirius ?
— Parce que je veux y entrer.
— Je ne vois pas en quoi ça me concerne.
Elle se leva, débarrassa puis ramena un pudding que Ted commença à découper. Sirius récupéra les assiettes à dessert et des petites cuillères.
— Je pense que tu le vois très bien, au contraire, insista Sirius en lui tendant une cuillère.
— C’est non, Sirius.
— Ah ! J’avais raison ! Tu les connais !
Andromeda le fixa avec un sérieux inhabituel.
— Oui, je sais parfaitement ce qu’est l’Ordre du Phénix. Et c’est non, Sirius. Je ne veux pas que tu les rejoignes.
— Mais, pourquoi ‽
— C’est dangereux et je tiens à toi.
Son regard dur s’était adouci et Sirius ne pouvait lui en vouloir de s’inquiéter pour lui. Mais elle ne déciderait pas à sa place. Il était certain qu’elle en savait bien plus qu’elle ne le disait et il se demanda même si elle ne faisait pas partie du groupe.
— Je suis majeur, Andie. Et dans trois ans, je serai un Auror, je serai en danger tous les jours.
— Dans trois ans… C’est bien assez tôt. Et ça ne me rassure pas pour autant.
— Andie…
Andromeda enfourna une cuillerée de pudding. Elle mâcha avec une exaspérante lenteur avant de reposer son couvert.
— Ne me demande pas ça, s’il te plaît. Il ne me reste plus beaucoup de famille…
— Je serai prudent, Andie. Et James veillera sur moi, on se protégera.
— Parce que ton ami veut aussi les rejoindre ?
— Évidemment ! Qu’est-ce que tu crois ? On lit les journaux et au Ministère ça parle des attaques tout le temps. Il faut les arrêter. On veut participer.
Andromeda secoua la tête et Sirius comprit que sa décision était prise. Elle n’en dirait pas plus. Il ne s’avoua cependant pas vaincu, il la ferait plier. Il était impensable qu’il ne rejoigne pas l’Ordre du Phénix et si ça n’était pas grâce à Andromeda, alors ça serait par un autre moyen. Il le fallait absolument.
Sirius était allongé sur le ventre et battait l’air de ses pieds alors qu’il mâchouillait le bout d’une plume. À ses côtés, James faisait de même et marmonnait à voix basse pour réviser. Les mouvements de leurs jambes faisaient bouger le matelas qui tanguait tranquillement. Les deux garçons préparaient la prochaine interrogation d’histoire de la magie noire et un devoir de métamorphose. Ce rythme de travail était infernal, mais Sirius était heureux d’être avec James, une fois de plus.
Quelqu’un frappa à la porte et les boucles châtaines de Remus passèrent dans l’entrebâillement.
— Pause ?
— Ouaip, j’en peux plus, répondit James en s’asseyant brutalement.
Le matelas bougea sous le mouvement soudain et la plume de Sirius raya involontairement son parchemin.
— Potter, merde ! Fais gaffe un peu ! Hey, Remus !
— Désolé. Entre, Moony.
Il ferma la porte derrière lui et s’installa sur la chaise de James après avoir jeté par terre les vêtements qui s’y trouvaient. Sirius écrivit un dernier mot sur son devoir de métamorphose avancée et posa sa plume dans son petit rangement en bois. Il lui avait été offert par Andromeda quelques années auparavant et il l’adorait. C’était une simple boîte avec un compartiment pour les plumes et un autre pour sa bouteille d’encre dont le couvercle avait été gravé à son nom, mais il y tenait. Il souffla quelques secondes pour aider l’encre à sécher sur le papier et l’enroula. Puis il s’assit à son tour étira longuement ses membres endoloris.
Sirius posa son regard sur Remus qui attendait. Il avait l’air en forme ce jour-là, mieux que les précédents. Sirius était déjà venu deux fois dans la semaine après les cours. Ils révisaient chez James ou à la bibliothèque du Ministère. Sirius n’avait pas encore osé l’inviter Square Grimmaurd, il craignait que le portrait de sa mère se mette à hurler des insanités à leur passage. Le mystère de Remus continuait de le travailler. Il connaissait l’un de ses secrets qui l’avait perturbé des jours entiers, mais cela n’expliquait pas cette santé pour le moins inconstante.
— Ta mère a préparé un goûter, j’ai proposé de venir vous l’apporter.
— Cool ! Au fait, Pete te passe le bonjour.
Le sourire de Sirius s’effaça. Il n’avait pas envie de parler de Peter, surtout qu’il n’était pas là, pour une fois. Il avait trouvé un travail au Département des Jeux et Sports Magiques quelques semaines plus tôt et il passait donc toutes ses pauses avec eux. Peter était beaucoup trop souvent dans la vie de Sirius, si on lui demandait son avis.
Le Ministère disposait d’un réfectoire, mais nombreuxes étaient les sorcier·es qui déjeunaient dans leur bureau, chez elleux ou au restaurant. Sirius et James allaient au Chaudron Baveur presque tous les jours et Peter s’était invité sans même demander. Du moins, il n’avait pas demandé à Sirius qui s’en agaçait.
Son attitude persistait à être désagréable, Sirius n’arrivait pas à le trouver sympathique. Il lui disait à peine bonjour et ne lui adressait pas la parole, en l’ignorant ostensiblement tout le repas. Il discutait avec James, monopolisait son attention et Sirius se sentait mis à l’écart. Il n’avait pas l’impression de mériter ce mépris à son encontre.
— Ça fait longtemps que je l’ai pas vu, répondit Remus avec un sourire qui fit apparaître sa fossette. On sort moins qu’avant…
— C’est notre faute, on a trop d’travail. Et Lily aussi, à Sainte-Mangouste. On pourrait programmer un truc, bientôt ?
— Je vois bien assez Pettigrow pour ma part, grommela Sirius à voix basse pour lui-même.
— Quoi ?
La voix de Remus tira Sirius du flot de ses pensées et il se rendit compte qu’il avait parlé à voix haute.
— Rien.
— Si, t’as dit qu’que chose à propos de Peter ! insista James qui s’était tourné vers lui.
Sirius soupira, il n’avait pas envie de s’engager sur ce terrain glissant. Peter était l’ami de James et Remus. En parler n’allait rien donner de bon. Il envisagea de ne pas répondre et d’éluder, mais le regard brun de James et celui ambré de Remus le mirent mal à l’aise, ils étaient inquisiteurs.
— J’ai dit que je voyais bien assez Pettigrow pour ma part, répéta alors Sirius.
— Je sais qu’vous vous entendez pas très bien, mais tu pourrais faire un effort, Sirius.
Se voir reprocher quelque chose dont il n'était pas responsable l'agaça au plus haut point. Il n’avait jamais été désagréable avec Peter, il était poli et tentait de lui parler, de le connaître. Mais tout ce qu’il recevait était de l’ignorance ou des regards de dégoût. Sirius avait arrêté d’essayer, il en avait assez de faire des efforts pour rien.
— Je fais que ça ! Lui, il en fait pas pour moi, hein !
— Ce n’est pas de sa faute… Laisse-lui du temps, Sirius.
— Je lui ai laissé plein de temps. Je lui ai rien fait du tout et il me déteste.
Remus et James échangèrent un regard qui dura bien trop longtemps au goût de Sirius. Leurs visages étaient moins amicaux que quelques minutes plus tôt et cela le peina. Il ne voulait pas se fâcher avec eux, mais il devinait que c’était la direction que prenait cette conversation.
— Ce n’est pas toi qu’il déteste… C’est ta famille, expliqua finalement Remus.
— J’ai jamais caché que je pouvais pas saquer ma famille, ce sont des gros cons. Il a aucune raison de me mettre dans le même sac qu’eux ! Je vois pas ce que je peux faire de plus !
— Le prends pas comme ça, Sirius. Tu sais pas c’qu’il a vécu.
— Il suffirait de me le dire ! Je suis pas débile, je peux comprendre !
— C’est pas à nous de t’raconter ça.
James avait croisé les bras sur sa poitrine et s’était levé de son lit. Il avait perdu son habituel sourire et cela serra le ventre de Sirius. Le regard que lui lança Remus acheva de le convaincre de partir. Le cœur lourd, il réunit ses affaires et les glissa dans son sac. Le silence dans la chambre de James était pesant et inconfortable.
— J’y vais. À demain en cours, James. À bientôt, Remus.
Les deux garçons le saluèrent du bout des lèvres et Sirius quitta la maison des Potter. Il était triste que l’inexistence de sa relation avec Peter l’éloigne de ses amis, mais cela était inévitable. Après tout, c’était lui le dernier arrivé dans le groupe.
Les jours qui suivirent furent difficiles pour Sirius. Les cours étaient toujours aussi intenses, il était débordé et sa relation avec James était tendue. Sirius sentait que ses remarques à propos de Peter n’avaient pas plu à James et qu’il lui en voulait de ne pas montrer plus de patience. Évidemment, Sirius s’était excusé auprès de lui dès le lundi, mais cela n’avait pas suffi.
C’étaient des petits détails : le sourire de James quand ils se retrouvaient le matin était moins sincère et ses yeux ne pétillaient plus de joie, ils se parlaient moins, et James n’avait plus invité Sirius chez lui pour réviser. Il n’était pas non plus resté à la bibliothèque avec lui. Et, surtout, il avait organisé une blague sans lui pendant le cours sur les artefacts de défense magique. Après celle des grossièretés, James avait demandé à Sirius de l’aider à trouver des idées ou à les exécuter. Il s’agissait de petites farces sans gravité : changer la couleur des cols des uniformes, rendre le sol de la classe rebondissant, écrire les règles du Quidditch sur le tableau du cours d’histoire de la magie noire… La plupart du temps, personne ne savait qui en était à l’origine, mais cela faisait rire les autres aspirant·es. Cette semaine, James avait fait tomber des confettis du plafond de la salle de pause sans en parler à Sirius au préalable. Qu’il ait voulu s’amuser sans lui, sans le mettre dans la confidence, le peinait. Il y avait les autres élèves de la formation et James était tout de même avec lui. Mais ce n’était pas comme d’habitude. Sirius ressentait presque physiquement la distance qu’il y avait entre eux, une invisible barrière qu’il tentait de passer sans y parvenir. Il restait englué de l’autre côté.
Pour ne rien arranger, Peter les avait rejoints comme à son habitude pour déjeuner, toute la semaine. Sirius s’était forcé à essayer de lui parler, mais Peter l’ignorait la plupart du temps et ne répondait que de façon expéditive. Sirius continuait à penser qu’il n’aurait pas dû être le seul à faire des efforts, mais il savait maintenant qu’il ne pouvait s’en plaindre à personne. James et Remus n’avaient pas compris l’agacement de Sirius et il ne voulait pas risquer de se brouiller aussi avec les autres membres du groupe.
Sirius rentra chez lui épuisé par l’examen d’histoire de la magie noire et la séance de sport. L’entraînement était obligatoire pour tout le monde, une fois par semaine. À cette occasion, les trois promotions d’aspirant·es étaient réunies. Cela permettait aux futur·es Aurors d’apprendre à se connaître et facilitait les arrivées des diplômé·es dans le service.
Lors des exercices physiques, Sirius n’était jamais dans les plus performant·es, même s’il se débrouillait. James, lui, brillait, et à la grande surprise de Sirius, Evelyn Pearce – avec qui ils avaient fait leur stage – était finalement devenue une sportive. Sirius peinait à se mettre à leur niveau. Cependant, l’ambiance était amicale, avec juste ce qu’il fallait de compétition pour être motivé. L’un des aspirant·es de troisième année, notamment, était particulièrement encourageant : Kingsley Shacklebolt, un grand homme carré d’épaules, sympathique et au visage agréable à regarder. Il courait à côté de Sirius pour le pousser à finir ses tours. Il avait échangé quelques mots avec lui à la fin des entraînements et il était assez drôle. Sirius était content de savoir qu’ils seraient collègues d’ici quelques années, il avait envie de travailler avec lui.
Avec un soupir de lassitude, Sirius s’affala sur son lit et se perdit dans la contemplation du plafond criblé d’imperfections. Il faudrait refaire la peinture de sa chambre un jour ou l’autre, elle portait encore les stigmates de l’enfance et Sirius n’en pouvait plus de ce bleu ciel délavé par les années.
Le bruit d’un bec sur une vitre le força à se relever avec une grimace, ses jambes l’élançaient et son dos était raide. Il ouvrit sa fenêtre au hibou et attrapa la lettre attachée à sa patte. L’oiseau s’envola aussitôt débarrassé de son fardeau, sous la pluie fine qui tombait depuis des heures. L’écriture sur l’enveloppe était un peu penchée, légèrement tremblotante et Sirius la reconnut immédiatement. Il déchira le papier, pressé et presque fébrile, et lut sans même se rasseoir.
Bonjour Sirius,
J’ai longtemps hésité à t’écrire et il m’a fallu toute la semaine pour me décider. Je ne vais pas te cacher que James et moi on a parlé de toi. Et de Peter. James m’a dit que tu t’étais excusé lundi matin et que tu avais essayé de discuter avec Pete toute la semaine. Je… Je suis désolé pour dimanche, moi aussi.
Écoute, normalement je ne devrais pas le faire, mais je pense qu’il faut que tu saches pour comprendre.
Quand Peter est arrivé à Poudlard, il ne s’est pas fait d’amis tout de suite et il a rapidement été harcelé par un groupe de Serpentard plus âgés. Narcissa Black, ta cousine, était préfète et elle a assisté souvent à des brimades contre Peter. Elle n’a jamais levé le petit doigt, n’a jamais retiré de points à sa maison, n’a jamais puni ses camarades. Parfois, même, elle les regardait s’acharner sur Peter (et d’autres gens) avec le sourire. Elle passait tout son temps à parler des valeurs de sa famille, de sa puissance dans le monde sorcier et de l’homme qu’elle allait épouser. Un certain Malefoy. Il avait déjà quitté l’école quand on est arrivé. Elle était insupportable et Peter la détestait presque plus que ses harceleurs.
Les choses se sont calmées en deuxième année quand il a fini par intégrer notre petit groupe, avec James, Marlene, Dorcas et Lily. On a essayé de le protéger autant que possible, mais on n’était pas vraiment de taille à affronter des gens de quatre ou cinq ans de plus que nous. Narcissa a été préfète en chef cette année-là et elle n’a pas plus agi que l’année d’avant. Nous l’avons même surprise à empêcher des préfets d’autres maisons de punir ses camarades alors qu’ils brimaient des enfants. Elle a complètement outrepassé ses devoirs de préfète et elle a profité de son pouvoir pour asseoir la domination des Serpentard à Poudlard. Comme les autres membres de sa famille avant elle. Le nom de Black faisait frémir tout le monde depuis des années à l’école, tout le monde connaît ta famille et ceux qui ne sont pas de sang pur en ont peur. Et je crois que tu comprends pourquoi, je sais que tu ne les supportes pas.
Quand elle a quitté Poudlard, les choses n’ont pas été beaucoup plus faciles pour nous, mais on a grandi et on a appris à se défendre. Et surtout, il n’y a plus eu autant de favoritisme de la part des préfets de Serpentard par la suite.
Et il y a aussi ce truc entre leurs familles, mais je n’ai jamais su ce qui s’était passé exactement. Ce que je sais, c’est que la famille de Peter déteste les Black depuis avant sa naissance. Un mariage refusé parce que le sang des Pettigrow n’était pas assez pur à leurs yeux, il y a longtemps, quelque chose dans ce genre.
Voilà, maintenant tu sais pourquoi Peter déteste autant ta famille et pourquoi il n’arrive pas à faire abstraction de ton nom. C’est trop difficile pour lui de donner sa confiance à quelqu’un qui s’appelle Black. Même s’il s’agit de toi.
J’espère que le temps va aider et que vous allez finir par vous entendre quand même, mais il faut lui laisser du temps. C’est un mec bien et un bon ami, je te promets que ça vaut le coup de faire des efforts.
Je suppose qu’on se verra bientôt chez James ? J’ai un truc à te montrer, j’ai acheté le dernier New Musical Express, il y a un article sur le prochain album des Clash qui doit sortir le 10 novembre.
Amitiés,
Remus
Sirius lut la lettre trois fois. Entre la première et la deuxième, il s’était assis sur le bord de son lit. Il était effaré par les mots que Remus avait couché sur le papier, enragé par le comportement de Narcissa, furieux que ça impacte autant son quotidien. Un désir de vengeance brûlait dans ses veines. L’envie d’aller au manoir Malefoy pour confronter Narcissa le démangeait. Mais il ne pouvait pas faire ça, il était bloqué par les obligations des Black. Il était héritier et bien qu’il les détestait plus que tout, il y avait des décisions qu’il ne pouvait pas encore prendre. Au moment même où il s’élèverait contre sa famille, sa vie actuelle serait finie, il le savait. Il n’avait aucun doute sur le fait que son père le renierait comme Andromeda l’avait été. Orion avait beau ne pas partager tous les idéaux des Blacks – Sirius en était persuadé – il tenait malgré tout trop aux apparences et aux liens avec sa famille pour s’y opposer. C’était ce que Sirius lui reprochait le plus.
Il se passa une main sur le visage, las, et respira amplement pour apaiser la haine qui menaçait de déborder. Il avait la sensation d’être un chaudron bouillonnant sur le point d’exploser. Il détestait se sentir ainsi. Mais, au moins, maintenant il comprenait les raisons qui poussaient Peter à ne pas vouloir faire d’efforts pour le connaître et être son ami. Il continuait à penser que c’était injuste de le réduire à son nom, mais il comprenait et c’était déjà ça.
Il se leva et posa la lettre sur son bureau. Il se promit d’y répondre le lendemain, avec une bonne nuit de sommeil et les idées claires. Le pas de Remus dans sa direction lui faisait chaud au cœur, il était toujours son ami. Il espérait que James reviendrait également à de meilleures dispositions rapidement. Il ne voulait pas les perdre pour des choses aussi puériles qu’une dispute à propos d’une tierce personne. Il allait faire des efforts avec Peter et pouvait garder ses sentiments pour lui à l’avenir.
— Hey Andie !
Andromeda le fusilla du regard. Les bras croisés sur sa poitrine, elle le toisait de toute sa hauteur. Sirius n’était pas le moins du monde impressionné.
— Où est ton ami, Sirius ? On va être en retard.
— Il arrive, je lui ai donné ton adresse.
Elle soupira et Sirius sourit. Il attendit avec elle, devant sa petite maison du Pays de Galles. Le temps était menaçant : les nuages noirs envahissaient le ciel et risquaient de déverser leur contenu d’un instant à l’autre. L’air sentait la pluie qui se préparait, l’humidité ressortait du jardinet et emplissait de sa note caractéristique les sens de Sirius. Il aimait venir ici, il aimait l’odeur et les bruits de la campagne, c’était si calme comparé à Londres.
Deux craquements rapprochés retentirent alors. Trois silhouettes marchèrent vers eux d’un pas énergique : une chevelure noire en bataille, une cascade rousse et une tête bouclée. Sirius cligna des yeux pour être certain qu’il ne rêvait pas.
— Salut Sirius ! s’exclama James en arrivant à portée de voix.
— Bonjour Sirius, enchaînèrent Remus et Lily d’une même voix.
— Hey… Qu’est-ce que vous faites là ?
— Tu croyais quand même pas qu’on allait vous laisser faire ça que tous les deux ? répondit Lily avec un sourire espiègle.
— Sirius, tu ne m’avais parlé que de James, il me semble, interrompit Andromeda.
— Heu. Ouais. Mais… Comme tu vois, ils ont décidé tout seuls. Tu te rappelles de Lily et Remus ?
Andromeda hocha la tête vers ses amis et soupira. Sirius était ravi que Peter ne soit pas avec elleux, moins il le voyait, mieux il se portait.
— Comme vous voulez… On va prendre un portoloin, je ne peux pas vous donner l’adresse.
Elle tendit un vieux balai moldu auquel il ne restait plus beaucoup de poils et vérifia l’heure d’un coup de baguette.
— Encore une minute.
Leurs mains se posèrent sur le manche et iels attendirent dans un silence pesant. Sirius était secrètement heureux de la présence de Lily et Remus en plus de celle de James. Il espérait que leur arrivée à quatre donnerait du poids à leur demande. Il adorait James et les tensions s’étaient un peu apaisées ces derniers jours.
La sensation habituelle d’être tiré par le nombril fit grimacer Sirius. Le portoloin les amena quelques instants plus tard dans une pièce vide aux murs lambrissés. Une grande cheminée trônait au milieu de l’un d’eux, un pot en terre cuite posé sur le linteau. La pièce sentait la fumée et le renfermé, comme si l'on venait d'éteindre un feu. D’ailleurs le sol n’était pas des plus propres et l’on distinguait de multiples traces de pas sur le parquet poussiéreux.
— Par là, ordonna Andromeda en les dirigeant vers une porte.
Sirius, Remus, Lily et James la suivirent le long de plusieurs couloirs puis s’assirent sur des chaises en bois abîmées. Des tringles oubliées sur un côté de la pièce faisaient penser à un ancien dressing. Il n’y avait de fenêtre nulle part et Sirius était certain que c’était volontaire, il ne fallait pas qu’iels puissent savoir où iels étaient. C’était à peine plus propre que la pièce où iels étaient arrivé·es. L’endroit n’inspirait pas confiance, mais Sirius savait que ce n’était qu’une façade. Il ne pouvait en être autrement. Andromeda leur demanda d’attendre puis revint chercher James quelques instants plus tard.
Iels patientèrent dans le silence. Sirius avait le cœur qui battait vite et les mains moites. Il ne cessait de jeter des regards aux deux autres. Lily avait sorti un épais livre dont il ne pouvait voir la couverture, mais il n’aurait pas été étonné que cela soit un manuel de cours. Remus patientait, assis nonchalamment sur sa chaise, l’air tout à fait détendu. Ses doigts tapotaient ses cuisses sur un rythme répétitif qui hypnotisa Sirius et il se demanda de quelle chanson il s’agissait.
James ne revint pas et Andromeda vint chercher Lily à son tour. La jeune femme rangea son livre dans son sac et quitta la pièce en faisant claquer ses chaussures à talons sur le parquet usé et rayé.
Andromeda revint le chercher après un petit moment. Remus lui adressa un sourire encourageant et Sirius suivit sa cousine dans le couloir. Elle s’arrêta quelques portes plus loin et le fit entrer dans une salle encombrée.
Derrière une immense table se trouvaient trois hommes. Alastor Maugrey, qu’il croisait régulièrement au Bureau, lui fit un discret signe de tête. Albus Dumbledore, avec sa longue barbe blanche et ses yeux bleus derrière des lunettes en demi-lune, était difficile à manquer. Un troisième individu, au crâne dégarni qui luisait à la lumière jaunâtre des lampes à gaz, tendit la main vers une chaise vide.
— Asseyez-vous, monsieur Black, proposa-t-il.
— Andromeda nous a expliqué que vous souhaitiez nous rejoindre, commença Dumbledore. Elle n’est pas très enthousiaste à cette idée.
— Je sais. Elle s’inquiète pour moi. Mais je veux aider !
— C’est à nous de déterminer si vous pouvez nous aider. Je lui parlerai, le cas échéant, et elle comprendra.
— Que voulez-vous savoir ? Je suis doué avec la magie ! Je suis bilingue et je suis un animagus déclaré depuis mes dix-sept ans.
— Alastor nous a parlé de vous. Il garde un œil sur les aspirant·es Aurors et vous ne passez pas inaperçu, monsieur Black.
— Votre choix de carrière est étonnant, intervint l’homme presque chauve. Pourquoi Auror ? Votre famille ne doit pas voir cela d’un très bon œil.
— Je me contrefiche de ce que pense ma famille. En réalité, plus je les emmerde, mieux je me porte.
— Donc vous le faites pour vous rebeller ?
— Pas seulement ! Je veux arrêter des mages noirs, je veux que notre société soit en sécurité. Au minimum. Et il faut que ça cesse !
— Vous savez que nous en sommes en guerre, n’est-ce pas ? demanda Dumbledore d’une voix douce. Ce n’est pas un jeu. Nous savons que des membres de votre famille sont des partisans de Voldemort. Vous pourriez vous retrouver à les affronter.
— Je sais. Ce n’est pas un problème, affirma Sirius la tête haute, déterminé. Mon… mon frère est en train de mal tourner je crois. Il… Je veux arrêter ça avant qu’il les rejoigne, avant qu’il soit trop tard.
— Et si vous deviez vous battre contre lui, Sirius ?
Sirius fixa Maugrey, en esquivant les cicatrices qui lui barraient le visage et le défiguraient. L’Auror avait le regard dur et froid, comme s’il était toujours au Bureau, sérieux et implacable. Sirius le respectait et l’admirait.
— Alors je le ferai, répondit Sirius d’une voix un peu moins assurée.
Son cœur battait trop vite à l’idée de devoir affronter Regulus, de peut-être devoir le blesser. Mais si son frère était un Mangemort, il n’y avait pas d’autre solution, il ne pouvait pas le laisser agir. Avec un peu de chance, si cela advenait, il pourrait toujours tenter de le faire changer d’avis. Après.
— Je le ferai, réaffirma Sirius d’un ton plus ferme, les poings serrés sur les accoudoirs.
— Espérons que cela n’arrive pas, grommela Maugrey de sa voix rocailleuse. Vos amis et vous êtes très déterminés et nous avons besoin de toute l’aide possible.
— Je veux aider.
— Cela se voit, dit Dumbledore. Andromeda nous a garanti que vous êtes de notre côté et je suppose que c’est aussi le cas pour vos amis, même si elle ne les connaît pas.
— Mes amis sont tous dignes de confiance, je vous le promets.
— C’est à nous d’en juger, mais cela semble l’être. Je les ai suivis pendant sept ans, je les connais.
Dumbledore leva la main et claqua des doigts. La porte s’ouvrit quelques instants plus tard en grinçant et Sirius fut congédié. Il suivit Andromeda un peu plus loin et retrouva James et Lily dans une autre pièce.
— Alors ? s’enquit James en se redressant sur sa chaise, le regard pétillant, une main fourrageant dans sa chevelure en bataille.
— Je pense que ça s’est bien passé. J’aurais jamais imaginé que Maugrey était dans l’Ordre !
— Il est impressionnant quand même, admit Lily.
— Ouais, je suppose. J’ai l’habitude de le voir souvent… Est-ce que vous connaissez le troisième ?
— C’est Elphias Doge, répondit-elle. Il est conseiller spécial auprès du Magenmagot. Il paraît qu’il connaît Dumbledore depuis leur premier jour à Poudlard.
— Comment tu sais tout ça ?
— Tu ne lis jamais, Sirius ?
James éclata de rire et Sirius sourit. Andromeda revint s’asseoir avec eux en silence.
— C’est le tour de Remus ? demanda Lily.
— Oui. Vous êtes vraiment inconscients tous les quatre… Ce qui se passe dans l’Ordre, c’est dangereux.
— Tu y es bien toi ! s’offusqua Sirius en croisant les bras.
— Je ne participe pas aux missions, je fais juste de la liaison. Vous, vous irez sur le terrain et ça ne me plaît pas. Vous êtes trop jeunes.
— Il faut bien que quelqu’un l’fasse, répliqua James. Le monde est en train de dev’nir fou et on peut pas rester à rien faire !
Andromeda soupira, mais demeura silencieuse. Sirius échangea un regard avec James et ce dernier lui fit un signe de la tête. Cela fit chaud au cœur de Sirius qui avait l’impression de retrouver peu à peu son ami depuis leur altercation à propos de Peter. L’Ordre allait peut-être gommer les légères dissensions qui persistaient.
Puis iels attendirent. Lily avait replongé dans son livre de cours et James jouait avec un vif d’or.
— Faut que j’aille pisser, fit remarquer Sirius au bout d’un moment.
— Quatrième porte à droite, après l’angle, indiqua Andromeda. Je n’ai pas besoin de t’accompagner, quand même ?
— Nan, c’est bon, ricana Sirius en se levant.
Il rejoignit les toilettes, se soulagea, se lava les mains et fit le trajet inverse. Des voix lui parvinrent de la deuxième porte sur sa gauche. Il s’agissait de la salle à manger dans laquelle il avait eu son entrevue un peu plus tôt. Il s’approcha et colla son oreille sur le trou de la serrure, curieux.
— Je ne suis pas d’accord avec toi, Albus, c’est trop dangereux, croassa la voix rocailleuse de Maugrey.
Sirius s’accroupit et se repositionna plus confortablement, il voulait savoir ce qui se passait derrière cette porte. Il espérait que Maugrey n’était pas trop méchant avec Remus.
— Je connais monsieur Lupin depuis qu’il est tout jeune, Alastor. Il est digne de confiance et il a signé le registre.
— Je ne l’ai jamais croisé dans les geôles les soirs de pleine lune, pourtant.
— Je me porte garant de son enfermement à Pré-au-Lard. Cela a marché parfaitement pendant sept ans, il n’y a pas de raison que cela change.
Pleine lune ? Enfermement ? Mais de quoi parlaient-ils ? Sirius se colla encore un peu plus, le métal froid de la serrure s’incrustant dans le pavillon de son oreille.
— Vous avez besoin de moi, affirma la voix grave et rauque de Remus. Les loups-garous ne sont pas tous dans le camp de Voldemort, c’est impossible. Je pourrais en mettre certains de notre côté.
— Il a raison, Alastor, il est le seul à pouvoir s’infiltrer parmi ses semblables. C’est un atout dont nous ne pouvons pas nous passer !
Sirius recula brutalement et trébucha. Il se cogna contre le mur opposé du couloir et étouffa un juron. Il n’arrivait pas à croire ce qu’il venait d’entendre… Remus était un loup-garou ‽
Notes:
Titre du chapitre : Bohemian Rhapsody (Queen)
