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Language:
Français
Stats:
Published:
2026-05-19
Updated:
2026-06-01
Words:
35,612
Chapters:
10/?
Comments:
2
Kudos:
19
Hits:
328

Un départ différent

Summary:

Sam et Jack se rencontrent juste après que Jack soit revenu d’Abydos. Un point de départ qui change tout : pas d'interdit, moins de barrières, la possibilité d'une relation normale. Mais "normal" ne sera décidément jamais une caractéristique chez Jack O'Neill et Samantha Carter.

Notes:

Diverses notes :
- Scène de sexe explicite dans le chapitre 1.
- J’ai replacé l’histoire dans le contexte de l’époque (fin des années 90), que ce soit pour l’attitude des hommes, la place des femmes dans l’armée et dans le couple, la technologie.
- Initialement, l’histoire s’arrêtait au chapitre 6, puis j’ai progressivement ajouté des chapitres pour traiter les saisons de SG1.

Merci de ne pas publier sans mon autorisation

Chapter 1: Coup de foudre et mélancolie : Partie 1

Chapter Text

Elle s’efforça de garder un visage impassible lorsque le Général West lui annonça la nouvelle, sans appel : le projet était abandonné, il fallait passer à autre chose.

 

- Mon Général, puis-je me rendre dans la salle de la porte des étoiles ? parvint-elle à formuler après le choc.

- Pour quelle raison, Capitaine Carter ?

- Pour… simplement la voir, Mon Général.

 

Le Général West l’observa longuement.

 

- Permission accordée.

- Merci, Mon Général.

 

Le Capitaine Samantha Carter s’approcha de la porte des étoiles d’un pas lent, presque solennel, dans une forme de respect.

 

D’abord, elle contempla l’appareil dans son ensemble, majestueux, imposant. Puis, elle effleura le matériau, caressa les symboles gravés, comme pour s’imprégner une dernière fois de leur mystère.

 

Deux ans de travail acharné, deux ans à donner le meilleur d’elle-même pour que ce projet voie le jour, et voilà qu’on lui disait d’y renoncer. Tout ce qu’elle aurait, ce seraient les rapports de la première mission vers Abydos.

 

Elle était venue jusqu’à Cheyenne Mountain, depuis Washington, pour entendre cette sentence et dire adieu à la porte des étoiles, le rêve de sa vie.

 

On ne lui avait pas permis de partir la première fois : la mission était trop dangereuse, trop incertaine, et elle était trop précieuse. C’était pourtant grâce à elle que cela avait été possible. Techniquement, grâce à elle et au Docteur Jackson, mais tout de même ! Mais dans l’armée, les ordres sont les ordres, on ne les discute pas.

 

Elle leva les yeux et croisa le regard du Général West, toujours posé sur elle. Il devait la trouver ridicule. Elle contempla une dernière fois l’engin, se désolant de ne l’avoir jamais vu en fonctionnement, puis elle partit.

 

Lorsqu’elle arriva au niveau du parking, elle chercha la voiture qui l’avait conduite de l’aéroport à la base. Elle ne la vit pas. Un soldat s’approcha.

 

- Madame, puis-je vous aider ? … Capitaine ! s’exclama-t-il en remarquant ses insignes.

 

Le soldat adopta aussitôt une posture plus rigide et lui adressa un salut militaire.

 

- Bonjour, soldat. Capitaine Carter. Une voiture est-elle prévue pour me ramener à l’aéroport ?

- Je vais vérifier, Mon Capitaine.

 

Il se dirigea vers sa cabine. Elle le suivit d’un pas las.

 

- Désolé, Mon Capitaine, rien n’a été organisé. Souhaitez-vous que je demande au Général West ?

- Non ! … Ça ira. Pourriez-vous m’appeler un taxi ?

- Bien sûr, Mon Capitaine.

 

Le soldat passa un coup de fil, puis lui annonça que le taxi arriverait dans un quart d’heure. Samantha alla l’attendre à l’entrée du complexe, le cœur lourd.

 

Pendant qu’elle patientait, ses pensées désordonnées défilèrent. Quelle serait sa prochaine affectation ? Retourner sur le terrain, peut-être ?

 

Elle n’avait jamais été prétentieuse, mais elle savait tout de même qu’elle était ce qu’on appelle une surdouée. À moins de trente ans, elle était déjà titulaire d’un doctorat en astrophysique ; elle avait fait de brillantes études à l’académie militaire ; elle était Capitaine ; elle était une pilote confirmée avec plus de cent heures de vol pendant la guerre du Golfe ; elle pouvait réparer n’importe quel engin, et… elle était l’experte de la porte des étoiles.

 

Une compétence qui, aujourd’hui, semblait ne plus valoir grand-chose. Elle était dure avec elle-même, pessimiste, comme toujours. Les décisions militaires et politiques changeaient, après tout. Peut-être qu’un jour, on aurait de nouveau besoin d’elle.

 

En attendant, elle allait devoir faire autre chose, et cette idée la déprimait. Sa vie privée n’était pas plus reluisante.

 

Elle avait rompu avec son fiancé, Jonas, l’année précédente. Il l’avait demandée en mariage, elle avait accepté, puis lui avait rendu sa bague. Elle l’avait aimé, sincèrement. Mais avec le temps, ses défauts s’étaient révélés. Et ce n’était pas des petits défauts du genre « il ronfle », ou « il n’abaisse pas la lunette des toilettes ». Il était colérique, lunatique, jaloux. Il n’avait jamais été violent, et savait se montrer charmant, mais Sam était trop lucide pour ignorer les signes avant-coureurs. Mieux valait en finir avant que la situation ne dégénère.

 

Elle sortit de ses pensées à l’arrivée du taxi. Elle s’installa à l’arrière, non sans appréhension. Au fil du trajet, un malaise grandissant l’envahit. Elle pâlit, la tête lui tournait. N’y tenant plus, elle demanda au chauffeur de s’arrêter sur-le-champ.

 

Celui-ci s’exécuta, visiblement agacé, sur le bas-côté. Sam descendit en hâte, les mains sur les cuisses, penchée en avant, tentant de reprendre son souffle. Une voiture qui roulait derrière le taxi s’arrêta à son tour. L’automobiliste, intrigué par la scène, s’inquiéta et décida de lui porter assistance.

 

- Eh, ma jolie, j’ai autre chose à faire, moi, on va pas y passer une heure ! grogna le chauffeur de taxi.

 

Sam l’entendait à peine, un bourdonnement persistant lui emplissant les oreilles. Peu à peu, ses sens revinrent. Elle se redressa, réalisant qu’elle se trouvait au milieu de nulle part, sur le bord d’une route déserte.

 

Un homme, « oh, un bel homme ! », tout à fait son genre, avait posé une main sur son épaule et lui parlait doucement, ses yeux bruns empreints d’inquiétude. Elle se retourna et découvrit, incrédule, que le taxi avait disparu.

 

- Le taxi ! parvint-elle à articuler, la voix tremblante.

- Il n’a pas voulu attendre, expliqua l’inconnu. Je l’ai payé et il est parti. Désolé. J’ai votre sac, ajouta-t-il en lui montrant son baluchon militaire.

 

Sam le dévisagea avec méfiance, encore barbouillée.

 

- Vous voulez que j’appelle un autre taxi ? Celui-là était un vrai connard, si vous voulez mon avis. Sinon, je peux vous conduire. Où alliez-vous ?

- À l’aéroport.

- Je peux vous y emmener, si vous voulez.

 

Sam le détailla encore un peu, estimant si elle pouvait ou non lui faire confiance.

 

- D’accord. Merci.

 

Elle s’installa sur le siège passager du pick-up, tandis que l’homme l’étudiait du coin de l’œil.

 

- Je m’appelle Jack.

- Samantha.

- Alors, Samantha, je vois que vous êtes Capitaine.

- Oui, confirma-t-elle en hochant la tête.

- Qu’est-ce qui vous est arrivée ? Vous êtes malade en voiture ?

- Non… J’ai juste un problème avec les taxis.

- D’accord… Votre avion décolle dans combien de temps ?

- Dans une heure et demie, répondit-elle après avoir consulté sa montre.

- On a largement le temps, l’aéroport est à trente minutes. Vous voulez qu’on fasse un détour, pour prendre un café, ou… quelque chose de plus fort ?

- J’en aurais bien besoin, avoua-t-elle après une brève hésitation.

- OK. Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? J’ai aussi de la bière fraîche chez moi, si ça vous tente, proposa Jack avec un sourire en coin.

 

Sam se tourna vers lui pour le regarder franchement. Elle le trouvait charmant, charismatique, avec ce mélange de douceur et d’autorité qui lui rappelait Jonas.

 

Cet homme lui proposait de boire un verre chez lui. Si elle acceptait, elle savait très bien ce que cela impliquerait. Alors, devait-elle le faire ? En avait-elle envie ? En fait, oui. Elle n’avait couché avec personne depuis Jonas, venait d’apprendre une nouvelle qui bouleversait sa vie, et avait besoin de se changer les idées. Elle raterait probablement son avion, mais tant pis, elle prendrait le suivant.

 

- D’accord.

 

Jack, stupéfait, ouvrit grand les yeux.

 

- D’accord ?

- Oui. Pourquoi, la proposition ne tient plus ?

- Si, si, bien sûr ! C’est juste que… vous êtes surprenante, vous savez !

- Pourquoi ?

- Eh bien, vous montez sans hésiter dans la voiture d’un inconnu, et vous acceptez qu’il vous emmène chez lui. Soit vous êtes inconsciente, soit vous êtes courageuse. Et comme vous êtes Capitaine dans l’Air Force, je pencherais pour la deuxième option.

- Je fais confiance à mon instinct. Et puis, si les rôles avaient été inversés, si vous aviez été à ma place et qu’une femme s’était arrêtée pour vous aider, vous auriez accepté ?

- Certainement.

- Et si cette femme avait été attirante et vous avait proposé d’aller boire un verre chez elle, vous auriez refusé ?

- Probablement pas.

- Alors pourquoi serait-ce différent pour moi ? Parce que je suis une femme ? Je sais me défendre, Jack. Je pourrais vous tuer de mes mains si je le voulais.

 

Jack éclata de rire, sincèrement. Pas d’un rire moqueur, bien au contraire. Il trouvait cette femme… culottée, directe, rafraîchissante… et belle.

 

Quand il l’avait vue en difficulté au bord de la route, il n’avait pas vraiment prêté attention à son apparence. Il voulait surtout l’aider. Il avait bien remarqué son uniforme, bien sûr. Elle devait venir de Cheyenne Mountain. Des femmes militaires, il n’en avait pas croisé beaucoup, encore moins des Capitaines.

 

Puis, en lui parlant, il avait réalisé à quel point elle était jolie. Et jeune. Lorsqu’elle avait levé les yeux vers lui et que leurs regards s’étaient rencontrés, il avait dû retenir son souffle. Sans savoir pourquoi, cette femme l’intimidait. Ce n’était pas dans ses habitudes.

 

Elle avait de grands yeux bleus magnifiques, un visage harmonieux, de longues jambes, une silhouette mince. Tout pour plaire. Et elle lui plaisait, indéniablement. Mais au-delà de son physique, c’était sa personnalité qui l’attirait.

 

- Vous avez raison, Samantha. Au temps pour moi. On arrive dans cinq minutes.

 


 

Ils descendirent de voiture devant une maison charmante.

 

- C’est une très jolie maison, commenta Sam.

- Oui, je viens de l’acheter, il y a moins d’un mois. En fait, je ne suis pas d’ici. Disons que je suis arrivé dans le coin par obligation, et que l’endroit m’a plu. Et comme ma femme m’avait mis à la porte, j’ai cherché une maison dans les parages.

- Donc, plus de femme ?

- Nope !

 

Ils entrèrent. Jack lui désigna le salon, puis revint rapidement avec deux bières fraîches, comme promis. Sam but une longue gorgée, sous le regard amusé de Jack.

 

- Alors, commença-t-il, vous voulez me raconter votre histoire avec les taxis ?

- Ma mère est morte dans un accident de taxi quand j’avais quinze ans.

- Oh, je suis désolé.

- Oui… J’ai toujours évité d’en prendre depuis. C’est la troisième fois que je me retrouve dans un taxi, et à chaque fois, ça finit mal. Je pensais avoir surmonté ça…

 

Elle se leva du canapé, retira sa veste qu’elle posa avec soin sur un fauteuil, puis ses souliers.

 

- Vous voulez essayer ces chaussures, Jack ? Vous verrez comme elles sont confortables ! lança-t-elle en voyant son expression surprise.

 

Elle reprit sa bière et observa les alentours. La maison de Jack était encore en cours d’aménagement : peu de meubles, des cartons traînant ici et là. Son regard s’arrêta sur la seule photo posée sur le manteau de la cheminée. On y voyait Jack avec un petit garçon.

 

- C’est votre fils ?

- Oui… Charlie…

- Il est avec sa mère, je suppose ?

- Non. Ni avec elle, ni avec moi.

 

Sam sentit qu’il y avait une histoire douloureuse derrière cette réponse, mais elle préféra ne pas insister. Pour l’instant, ils semblaient tous deux en route vers quelque chose de plus léger. Du sexe, probablement. C’était d’ailleurs pour cela qu’elle était venue, elle ne se mentirait pas à elle-même. Mais elle remarqua que Jack, lui, ne semblait pas particulièrement pressé. L’aurait-il vraiment invitée seulement pour boire une bière ?

 

Il avait le regard dans le vide, jouant avec sa bouteille, l’air soudain plus triste. Sam s’assit à côté de lui.

 

- Jack… murmura-t-elle, à quoi pensez-vous ?

- … Au fait que vous pourriez me tuer de vos mains. Je me demande si je n’ai pas pris un risque en vous invitant chez moi, finalement.

 

Sam rit. D’accord, elle commençait à cerner le personnage, et il lui plaisait : un homme tourmenté, au passé douloureux, qui utilisait l’humour comme bouclier.

 

Jack la regarda rire. Il la trouvait magnifique. Il avait envie de l’embrasser. Même plus. Osait-il ? Que risquait-il, après tout ? Elle n’hésiterait pas à lui envoyer une droite s’il se trompait. Prendre des coups ne lui faisait pas peur. Et puis, elle avait l’air d’en avoir tout autant envie que lui. Alors…

 

Il posa sa bière, elle fit de même. Leurs regards se croisèrent, chargés de désir. Il se pencha vers elle, elle fit de même, et leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser bref, presque chaste. Puis ils se regardèrent, surpris. Surpris de constater, après ce simple effleurement, qu’ils avaient ressenti tous les deux… quoi, au juste ? Un courant électrique, une claquement dans la poitrine. Le coup de foudre, était-ce cela ?

 

Aucun des deux ne chercha à analyser davantage. Ils s’embrassèrent à nouveau, plus profondément cette fois. Tous deux savaient ce qui allait suivre. Ils étaient adultes, ni prudes ni farouches. Alors, autant y aller franchement. Ils se déshabillèrent rapidement.

 

Elle avait envie de cet homme. Coucher avec un inconnu, bien que ce fût une première pour elle, ne la gênait pas. Elle avait trop l’habitude de prouver qu’elle valait autant qu’un homme pour se sentir illégitime à vouloir du plaisir, simplement parce qu’elle en avait envie.

 

Mais ce qui la troublait, c’était l’intensité des sensations que Jack faisait naître en elle, bien au-delà du simple sexe. Ses caresses l’électrisaient, ses baisers l’enflammaient. Était-ce normal ? Ressentait-il la même chose ?

 

Le corps de Jack avait réagi instantanément au contact du sien. Normal, compte tenu de la beauté de cette femme. Il se délectait de la douceur de sa peau. Il aurait voulu avoir mille mains pour la caresser partout. Il allait lui faire l’amour sur le canapé, au moins une première fois, car il était trop pressé de la posséder.

 

Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas fait l’amour, mais son empressement ne venait pas d’un manque physique. Il avait envie d’elle, uniquement d’elle. Il la trouvait incroyable. Et le fait qu’elle soit Capitaine ne faisait qu’accroître son attirance, mêlant désir et respect. Elle était passionnée, et il adorait cela. Elle était fantastique. Il l’adorait déjà.

 

- Tu as un préservatif ? demanda-t-elle.

- Oh ! Oui, euh… Attends.

 

Oui, il en avait quelque part. Sa femme l’avait quitté, et en passant à la pharmacie pour acheter des ibuprofènes, il avait aussi pris un paquet de préservatifs, comme si cela faisait partie du package. Il n’aurait pas cru en avoir besoin si vite.

 

Jack revint de la salle de bain avec le paquet, qu’il commença à déballer avec maladresse.

 

Assis sur le canapé, en caleçon, il sentit Sam, en sous-vêtements, se blottir contre son dos. Elle l’embrassait dans le cou tout en caressant son torse.

 

Il parvint enfin à extraire un préservatif, qu’il posa sur la table basse pour continuer les préliminaires.

 

Il la fit basculer sur le canapé, sous lui, et retira son soutien-gorge. Sublime, vraiment. Un visage d’ange, un corps de déesse. Rien à jeter. Ils retirèrent ensuite leurs derniers vêtements, et Jack put enfin plonger en elle.

 

« C’est merveilleux », « elle est merveilleuse », songea-t-il. Si elle était d’accord, il ne se contenterait pas d’une seule fois. Il voulait qu’elle reste avec lui plusieurs jours, pour l’embrasser, lui faire l’amour, pour l’aimer. L’aimer ? Mais qu’est-ce qui lui prenait ? Il la connaissait à peine !

 

- Jack, ça va ? demanda Sam, inquiète de le sentir ralentir.

- Oui ! Tu es si belle, Samantha.

 

Sam sourit et le fit se redresser, s’asseyant sur lui pour reprendre le rythme. Ils atteignirent l’orgasme ensemble. Une fois soulagés, ils restèrent enlacés, Sam toujours assise sur lui, blottis l’un contre l’autre.

 

Après un moment, elle se releva. Elle se tint debout face à Jack, toujours assis, qui passait une main sur son visage. Sam caressa ses cheveux châtains.

 

Jack leva les yeux et l’observa, nue devant lui, lui souriant. Avait-il déjà dit qu’elle était sublime ?

 

Il se leva à son tour, l’attira contre lui et l’embrassa fougueusement. Très vite, l’excitation revint.

 

- Dans la chambre ? demanda Jack, souhaitant surtout savoir si elle était d’accord pour continuer.

- Oui…

 

Il l’emmena donc dans la chambre, où ils firent l’amour encore, et encore.

 


 

Sam avait largement manqué son avion, ainsi que le suivant. Il n’y en avait plus pour la journée.

 

- Je crois que tu as loupé ton avion, Samantha.

- Oui, c’est même sûr, rit-elle. Tu sais, tu peux m’appeler Sam.

- D’accord, Sam.

- Je ne regrette pas du tout d’avoir loupé mon avion. C’était… vraiment… génial. Merci.

- Oh, merci à toi ! Tu es… extraordinaire, Sam. Enfin, tu dois entendre ça tout le temps.

 

Elle fronça les sourcils.

 

- Tu crois que je couche avec tous les hommes que je rencontre ?

- Non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Je ne parlais pas que de sexe. Tu es une femme extraordinaire, tout court.

- Tu ne me connais même pas.

- J’ai de l’intuition pour cerner les gens…

- Ah oui ?

- Oui.

- Qu’est-ce qui t’a amené dans le coin, Jack ?

- Le travail.

- Et qu’est-ce que tu fais comme travail ?

- Oh, je suis Colonel de l’armée de l’air, à la retraite.

- Quoi ?! Tu te moques de moi ?

- Absolument pas, Capitaine !

- Mais enfin, pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ?!

- Qu’est-ce que ça change ?

- Mais… ça change que… tu es… enfin, tu es plus gradé que moi, et…

- Et quoi ? D’abord, je suis à la retraite. Et puis, de toute façon, on ne travaille pas ensemble, alors je ne vois pas le problème.

- … Oui… Tu as raison… Tout de même…

 

Ils restèrent allongés l’un contre l’autre un moment sans parler. Puis…

 

- Mais… attends un peu… Colonel Jack… Quel est ton nom de famille ?

- O’Neill, avec deux L ! répondit-il fièrement en montrant deux doigts.

- Quoi ?! Oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu !

 

Elle jura trois fois en un temps record, s’éloignant de Jack et cachant sa poitrine avec le drap.

 

- Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Jack, interloqué.

- Mais… Tu ! Tu es le Colonel Jack O’Neill !

- À la retraite ! s’agaça Jack. Pourquoi ? Tu me connais ?

- Mais oui ! Enfin, je connais ton nom.

- Tu revenais de Cheyenne Mountain, n’est-ce pas ?

- Oui ! Je… La porte, c’est moi qui l’ai fait marcher. C’est grâce à ça que vous avez pu partir. Et aussi grâce au Docteur Jackson, bien sûr. Je suis le Capitaine Samantha Carter. Est-ce que ça te parle ?

- Non, désolé, personne ne m’a parlé de toi.

- Non, bien sûr, je ne vois pas pourquoi ils l’auraient fait. Je suis ridicule…

 

Sam tourna la tête vers la fenêtre avec amertume.

 

- Bon, OK, donc on a travaillé sur le même projet. Et alors, c’est fini maintenant de toute façon.

- Oh, ça, je le sais, crois-moi…

 

Sam était en colère, mais pas contre Jack.

 

- Tu aurais voulu que ça continue ?

 

Elle avait les larmes aux yeux.

 

- Bien sûr ! J’aurais dû partir avec vous la première fois. Ils me l’ont refusé. Et maintenant, je n’aurai plus jamais l’occasion de traverser la porte.

- Tu sais, ça pourrait changer à l’avenir, qui sait.

- Oui, je sais… Tu ne peux pas comprendre ce que ça représente pour moi…

- Explique-moi.

 

Sam leva ses grands yeux humides vers Jack. Il semblait vraiment vouloir comprendre. Il s’intéressait à elle. Pourtant, ils avaient fait l’amour plusieurs fois, il aurait pu se contenter de la remercier et de lui demander de partir. Mais il avait envie qu’elle reste, pour discuter.

 

- Je suis astrophysicienne.

- Oh non ! Tu es une scientifique ?! s’exclama-t-il avec une grimace.

- Je devrais en avoir honte ? C’est quoi le problème ?! demanda Sam un peu véhémente.

- Non, rien. C’est juste que… Daniel est un scientifique, et… il est un peu… agaçant. Ce n’est pas facile de travailler avec un scientifique quand on est militaire.

- Je suis aussi militaire, je te rappelle !

- Et tu arrives à concilier les deux ?

- Oui, je n’ai pas le choix, de toute façon. Ce n’est pas toujours facile, les intérêts sont parfois contradictoires. Mais je ne suis pas Capitaine par hasard, je sais où est la limite.

 

Jack acquiesça et ramena Sam contre lui. Il déposa un baiser dans ses cheveux.

 

- Alors, dis-moi ce que ça représente pour toi, la porte des étoiles.

- Depuis que je suis toute petite, je rêve d’aller dans l’espace, je voulais être astronaute. Avec mes compétences en astrophysique, physique quantique, mécanique… bref, et en plus, étant dans l’Air Force, on m’a confié la mission de faire fonctionner la porte des étoiles. Des ingénieurs y travaillaient depuis plus de dix ans. Et sans vouloir me vanter, au bout de deux ans, j’y suis parvenue.

 

- Waouh. Je suis bluffé.

- C’est ça, moque-toi…

- Pas du tout, je suis vraiment bluffé. Tout à l’heure, je te trouvais déjà extraordinaire, alors maintenant, je ne sais plus quel mot employer…

- Arrête. Je me fiche des louanges. Je dis juste que c’était mon rêve d’aller dans l’espace, qu’expérimenter un voyage à travers la porte des étoiles, c’est bien plus fabuleux que d’aller sur la Lune, et que je méritais d’en profiter. Mais mes ordres n’étaient pas ceux-là. C’est toi et ton équipe qu’ils ont envoyés.

- Je suis vraiment désolé. Mais tu sais, c’était très dangereux là-bas.

- Parce que tu crois que ça me fait peur ?

- On avait tous peur.

- Bien sûr, mais j’étais prête à prendre ce risque. Je suis un soldat !

- D’accord. Écoute, je suis vraiment désolé pour toi. Je comprends ta déception.

- C’est plus que de la déception, Jack. Je suis déboussolée. Je ne sais pas ce que je vais faire. Mon père voulait me pistonner pour que j’entre à la NASA. Je vais probablement l’écouter, pour ne pas changer. Il se dira que je rentre enfin dans le rang, parce que depuis que je suis sur le projet Stargate, il est impossible avec moi.

- Qu’est-ce qu’il fait, ton père ?

- Oh, il est seulement Général dans l’Air Force !

- Ahhh… Ça a dû être sympa, ton adolescence !

 

Sam éclata de rire.

 

- Oh oui ! Mais parle-moi un peu de toi, Jack O’Neill.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ?

- J’ai lu les rapports. Je sais que c’était une mission suicide…

- …

- Jack… Je ne suis pas une petite chose fragile, crois-moi, je peux tout entendre.

- … Mon fils est mort. Il s’est tué avec mon arme de service. Ils sont venus me chercher pour la mission parce que j’étais un ancien des Black Ops, capable de la réussir, et assez désespéré pour me faire exploser avec cette bombe.

 

Sam resta silencieuse un moment. Elle pouvait encaisser, mais elle était sensible. Savoir que Jack avait perdu son fils lui donna envie de pleurer. Mais il ne le fallait surtout pas. Elle était soulagée d’être blottie contre son épaule. Ainsi, il ne pouvait pas voir son visage.

 

- Je suis désolée, Jack. Tellement désolée… Qu’est-ce qui a changé ?

- Comment ça ?

- Tu voulais mourir, mais tu es revenu, et tu as acheté cette maison. Qu’est-ce qui a changé ?

 

Jack chercha une réponse. Il avait eu envie qu’elle reste. Mais maintenant, il avait envie qu’elle parte. Se retrouver à parler de son fils avec elle, alors qu’en plus elle savait qui il était, ce n’était pas quelque chose qu’il avait envie de gérer.

 

- Écoute, Sam, tu devrais partir maintenant.

 

Sam ouvrit grand les yeux. Oh non, c’était fini, ça aussi. Deuxième coup dur de la journée.

 

Elle se redressa lentement, murmurant un « D’accord, si c’est ce que tu veux ». Elle avait envie de pleurer de se faire jeter comme ça. Elle avait été si bien. Elle était même choquée de réaliser à quel point elle s’était sentie bien dans ses bras, dans son lit, enveloppée par son parfum.

 

Elle se dirigea, nue, vers le salon, où ses affaires étaient restées.

 

Jack resta dans le lit un moment, les mains sur les yeux, totalement perdu. Il finit par se lever. Il enfila un caleçon propre et la rejoignit.

 

Elle venait d’enfiler des vêtements civils tirés de son sac : un jean délavé et un t-shirt blanc, sans fantaisie, rentré dans le jean. Même comme ça, il la trouva si belle. Il observa sa silhouette, ses seins moulés dans son t-shirt, on devinait les contours de son soutien-gorge. Ses cheveux blonds étaient ébouriffés, elle était sexy. Finalement, il n’avait vraiment pas envie qu’elle parte.

 

Puis il réalisa ce qu’il lui avait demandé. Il lui avait dit de partir, sans réfléchir, mais pour aller où ? Elle n’avait plus d’avion, pas de voiture, il était 19h.

 

- Écoute, Sam, je suis désolé pour ce que je t’ai dit.

- Tu ne m’as rien dit de méchant. Je comprends. On a passé un bon moment, c’est pour ça que je suis venue moi aussi. Il n’y a pas de mal.

- Sam… C’est juste que… c’est dur pour moi de parler de tout ça. C’est encore récent…

- Je comprends, je t’assure. Tu veux bien que j’utilise ton téléphone et ton annuaire ? Je vais me trouver un hôtel et je prendrai l’avion demain matin.

- Non, reste ici cette nuit.

- C’est sûrement mieux si je vais à l’hôtel. Je vais te laisser tranquille.

 

Jack s’approcha d’elle et l’embrassa tendrement.

 

- Je voudrais vraiment que tu restes. Tu veux bien ?

- … D’accord, accepta-t-elle après réflexion. Je vais appeler l’aéroport pour savoir à quelle heure sont les avions demain.

- OK.

 

C’est ainsi que Sam et Jack passèrent la soirée ensemble. Ils allèrent dîner dans un pub que Jack avait testé une fois. Ils passèrent un excellent moment, évitant soigneusement le sujet qui fâche. Ils rentrèrent à la maison de Jack, firent de nouveau l’amour et s’endormirent l’un contre l’autre.

 

Le lendemain matin, Jack accompagna Sam à l’aéroport.

 

- Bon, alors, c’est le moment de se dire au revoir… dit Sam, la mine triste.

- Ouais.

- On a nos numéros. On s’appellera ?

- Oui.

- Et si jamais tu viens à Washington, surtout, tu passes me voir, d’accord ?

- Franchement, je ne vois pas ce que j’irais faire à Washington…

- Je ne sais pas, venir me voir, par exemple.

- On verra ça.

- On verra, oui.

 

Ils s’embrassèrent une dernière fois, et Sam partit vers son avion.

Chapter 2: Coup de foudre et mélancolie : Partie 2

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Une semaine plus tard

 

Sam avait appelé Jack la première. Cela faisait une semaine qu’ils s’étaient quittés et elle trépignait d’impatience de lui parler de nouveau. Il lui manquait. Beaucoup. Mince, elle était tombée amoureuse de lui… Il ne manquait plus que ça pour compliquer encore un peu plus sa vie.

 

Ils avaient parlé de tout et de rien. Il n’avait pas été surpris qu’elle appelle. Il l’espérait, même. Mais il était tout de même rassuré qu’elle soit retournée à Washington. Pourquoi ? Pour tout un tas de raisons…

 

… Parce que les papiers du divorce n’étaient même pas tous signés.

 

… Parce que s’il avait décidé que la vie continuait après son séjour sur Abydos, il avait seulement prévu de vivoter tranquillement.

 

… Parce qu’il était trop torturé et rongé par la culpabilité pour croire qu’il avait le droit d’avoir une relation avec une femme qui s’approchait à ce point de la perfection. Certes, elle semblait avoir vécu, elle aussi, pas mal d’épreuves. Elle avait connu la guerre. Mais tout de même, rien de comparable à ce qu’il avait enduré.

 

… Parce qu’elle était bien plus jeune que lui, c’était flagrant. Elle pouvait avoir tous les jeunes hommes qu’elle voulait.

 

… Et puis surtout… parce qu’elle l’avait rendu beaucoup trop heureux en si peu de temps…

 

Mais quand elle l’avait appelé, il n’avait vraiment pas pu la snober. Il pouvait peut-être être son ami ? L’éloignement les y aiderait, au moins ils ne risquaient pas de craquer.

 

Alors il l’avait rappelée quelques jours plus tard, pour prendre des nouvelles. Ils avaient papoté tranquillement. Elle lui avait indiqué qu’elle était pour l’instant toujours sur le projet Stargate, s’occupant de la paperasse pour sa fermeture.

 

Un mois et demi après leur rencontre

 

- Jack, tu passerais me voir à Washington ?

- Je ne sais pas, Sam, tu as ta vie là-bas, je ne crois pas que j’y ai ma place.

- Tu peux passer voir une amie.

- …

- Allez, Jack, s’il te plaît.

- … Bon, d’accord.

 

Entre-temps, il avait signé les papiers du divorce. À cette occasion, il avait revu Sara, son ex-femme désormais. Elle semblait aller mieux. Elle avait décidé d’aller de l’avant. Elle avait été rassurée de voir qu’il allait mieux, lui aussi. Il avait même senti chez elle une hésitation, comme si elle doutait du bien-fondé de ce divorce, maintenant que Jack redevenait un peu lui-même.

 

Mais Jack, lui, n’avait pas hésité. Non, il n’était pas redevenu le même. Quelque chose en lui s’était brisé. Avant la mort de son fils, il était déjà marqué par une enfance difficile, des missions chez les Black Ops d’une dureté inimaginable. Et Sara, qu’il aimait, ne pouvait pas comprendre cela. Elle ne comprenait pas ce que c’était que d’être un soldat. Lui, il était un soldat. Cela revenait à dire qu’elle ne le comprenait pas.

 

Et puis, contre sa volonté, il pensait à Sam. Il s’en voulait pour cela. Sam était plus jeune que Sara, plus belle. Il ne voulait pas être ce genre d’homme qui choisit une femme plus jeune que la précédente. Il trouvait cela pathétique. Mais Sam n’était pas une gamine, non plus. C’était une femme forte, et c’était cela qu’il aimait chez elle.

 

Lorsqu’il avait accepté de la rejoindre à Washington pour un séjour, il s’était dit que c’était l’occasion de vérifier s’il s’agissait seulement d’un coup de cœur temporaire, ou bien si c’était plus profond.

 

Deux semaines plus tard

 

Jack arriva à l’aéroport bondé de Washington en fin de matinée. Cette foule et cette animation l’agaçait déjà, lui qui était plutôt adepte des grands espaces. Il se fraya un chemin dans la foule, cherchant une grande blonde du regard.

 

Lorsqu’il la vit, son cœur accéléra. Bon sang, ce n’était pas bon signe ! Il cherchait plutôt à se prouver que Sam pouvait n’être qu’une amie. Une amie sexy. Ou bien une connaissance qu’il finirait par oublier.

 

Il s’approcha d’elle avec son sourire charmeur. Elle souriait à pleine dents et se précipita vers lui pour lui sauter au cou.

 

- Jack !!

 

Il la réceptionna en la soulevant par la taille. Elle portait un jean délavé, de nouveau, et un gilet de laine jaune pâle. Simple, mais simplement époustouflante.

 

Alors qu’elle le serrait fort dans ses bras, il pouvait sentir son parfum. Hum, c’était si bon... Elle lui avait tant manqué. Elle se recula et reposa les pieds au sol. Elle le regardait avec un de ces regards… Mon Dieu, elle était folle amoureuse de lui. C’était flagrant. Cela n’allait pas faciliter les choses.

 

Elle déposa un baiser sur sa joue, après avoir hésité. S’embrasser sur la bouche, comme un couple, n’était peut-être pas approprié. Ils ne savaient pas trop où ils en étaient. Ils n’avaient parlé que d’amitié au téléphone. D’accord, elle venait de lui sauter dessus, mais cela pouvait très bien être de l’amitié, elle était juste affectueuse.

 

- Je suis tellement contente que tu sois venu. J’avais peur que tu annules au dernier moment.

- Je suis là !

- C’est super. Viens, on doit prendre le métro. Tu sais, moi et les taxis…

- Tu voudrais essayer d’en prendre un avec moi ? Je ne sais pas, peut-être que les fois où tu as paniqué, c’est parce que tu étais seule…

- … Je veux bien essayer. Merci !

- Avec plaisir.

 

Ils hélèrent donc un taxi en sortant de l’aéroport et prirent place à l’arrière. Jack prit la main de Sam, et le taxi démarra. Sam était anxieuse, mais le visage rassurant de Jack lui permit de ne pas paniquer.

- Eh bien, merci, Jack ! lui dit-elle, arrivés à destination. Maintenant, il faudra que tu sois toujours avec moi quand j’aurai besoin d’un taxi !

- À ton service !

 

Jack accompagna Sam à son appartement. C’était un petit deux-pièces, bien agencé et agréable.

- Euh, il y a le canapé, bien sûr… mais… le lit serait plus confortable pour dormir…

- Mais le lit est déjà pris, par toi, fit remarquer Jack avec un sourire malicieux.

- Oui, bien sûr, mais on peut le partager.

- Pour dormir ?

- Oui… Oh, Jack, écoute, on ne va pas faire semblant. Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas en profiter pour…

- Du sexe ?

- Oui ! Non ?

- Tu dois avoir tous les hommes à tes pieds, Sam, pourquoi tu veux coucher avec un vieux comme moi ?

- Mais tu n’es pas vieux, Jack ! Tu es plus âgé, et j’aime bien ça. Mon ex aussi était plus vieux que moi.

- Ton père devait être ravi…

- Oh, tu sais, mon père, il pense que les hommes sont une distraction, jeune ou vieux, il préférerait surtout qu’ils n’interfèrent pas dans ma carrière.

- Je vois.

- Jack, tu me plais. Vraiment, vraiment beaucoup, dit-elle en caressant son torse.

 

Ne le voyant pas réagir, elle pesta :

 

- Quoi ? Tu veux que je te supplie ? Ça n’arrivera pas ! Si tu ne veux pas de moi, tant pis pour toi, tu sais ce que tu perds. Le canapé fera l’affaire.

 

Jack s’approcha d’elle et l’embrassa soudain avec passion.

 

- Ah, le retour de la fougueuse Samantha Carter. Ce que tu m’excites…

 

Elle répondit à son baiser. Elle ne voulait surtout pas paraître désespérée, mais ce serait une vraie torture de l’avoir dans son appartement sans pouvoir le toucher, et sans qu’il ne la touche.

 

Ils ne tardèrent pas à se retrouver dans le lit. Ils purent ainsi constater que ce qui leur était arrivé à Colorado Springs était toujours là.

 

Ils passèrent la journée ensemble. Le soir, Sam l’emmena dans un bar, où ils rejoignirent des amis à elle : une autre femme, Caporal, et un homme, Lieutenant. Le Lieutenant semblait avoir à peu près le même âge que Jack, peut-être légèrement plus jeune. En fait, Sam était la plus jeune. Cela rassura Jack.

 

- Sam, je te commande une bière ?

- Seulement une limonade.

- OK, dit Jack en s’éloignant vers le bar.

- Alors ? demanda Mary. C’est donc lui, ton fameux Colonel !

- Quoi ? Un Colonel ? Mince, tu aurais pu le dire, Sam ! s’exclama Brian.

- Non, justement, faites comme s’il ne l’était pas, c’est mieux. Il est à la retraite, en plus.

- Tu sors avec un retraité ?

 

Ses amis rirent pour se moquer d’elle.

 

- Non, franchement, ce n’est pas sympa. Vous savez très bien que dans l’armée, on peut être retraité très jeune. Brian, il n’a que quatre ans de plus que toi ! Et puis, ce n’est pas vraiment mon petit ami.

- Vous couchez ensemble ?

- Ça ne vous regarde pas.

- Ça veut dire oui. Le type est venu te voir depuis où, déjà ?

- Le Colorado.

Les deux militaires rirent de nouveau.

 

- OK, il est fou de toi.

- Bah, j’espère, en fait.

- Ouuh, Samantha Carter est amoureuse !

- Oui, bon, et alors ? J’ai le droit, non ? Regardez comme il est beau, dit-elle en admirant Jack, qui attendait au bar. Il est gentil, et en même temps, il a vécu des choses difficiles. Et puis, c’est un héros, il en a fait des choses peu reluisantes pour son pays. C’est grâce à des hommes comme lui qu’on vit en liberté.

- Tu fais ce que tu veux, Sam, tu n’as pas à te justifier.

 

Jack revint avec un pichet de bière pour tout le monde et une limonade pour Sam. Ils se regardaient avec des étoiles dans les yeux.

 

Ils passèrent une excellente soirée. Jack apprit pas mal de choses sur Sam, notamment qu’elle était une bosseuse invétérée, et qu’elle préférait une soirée à travailler plutôt qu’à sortir avec ses amis. Cela ne l’étonna pas plus que ça.

 

En rentrant, ils firent de nouveau l’amour et s’endormirent enlacés.

 

Le lendemain matin, Sam fit visiter la ville à Jack. Il n’était pas vraiment un citadin, il préférait la nature. Sam connaissait Washington comme sa poche. Elle semblait bien, ici. Il se demanda quel avenir ils pourraient bien avoir ensemble.

 

Alors qu’ils déjeunaient dans un parc, dégustant un sandwich, Sam semblait soucieuse.

 

- Ça va ?

- … Jack, qu’est-ce que tu ressens pour moi ?

- … Tu sais, je n’ai jamais été très doué pour parler de mes sentiments.

- Je comprends. C’est que… moi… je… j’aime être avec toi.

- Moi aussi, j’aime être avec toi. J’adore ça, même. Mais… tu crois vraiment qu’on est faits pour être ensemble ? Je veux dire, tu es ici, je suis là-bas, et puis… il y a d’autres obstacles.

- Je sais. Mais… je ne sais pas quoi faire… soupira Sam.

- Toi, tu fais ta vie. Ton père a raison, tu ne dois pas faire tes choix en fonction d’un homme. Pense à ta carrière. Tu peux aller très loin, Sam, je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi, homme ou femme, d’ailleurs.

- Si tu pouvais éviter d’être d’accord avec mon père, je préférerais, répondit Sam, amère.

- OK, excuse-moi. Tu as eu des nouvelles pour ta future affectation ?

- Non. Je crois qu’ils hésitent encore.

- C’est ça, quand on est si performante ! Normal.

- Mon père est revenu à la charge avec la NASA.

- Ça ne t’intéresse pas ?

- Non ! Mais enfin, comment toi, qui sais ce qui existe, tu peux croire que j’ai envie de travailler sur une fusée pour aller sur la Lune ou dans la station spatiale ?! C’est insensé !

- Mais, Sam, la porte des étoiles, ce n’est pas une option.

- Je sais !! s’exclama-t-elle, les larmes aux yeux.

 

Un silence s’installa. Jack prenait enfin la mesure du désarroi de Sam. Elle faisait toujours semblant d’aller bien au téléphone, paraissait enjouée, il s’était laissé berner. Elle n’arrivait pas à faire son deuil de la porte des étoiles.

 

- Eh, ma chérie, regarde-moi.

 

Sam se sentit fondre en l’entendant l’appeler ainsi. Elle leva les yeux.

 

- Peut-être que c’est bien qu’ils ne te donnent pas d’affectation tout de suite. Ça te laisse du temps pour savoir ce que tu veux faire.

 

Sam hocha la tête négativement.

 

- Je suis enceinte, Jack.

 

Jack mit du temps à enregistrer l’information. Elle avait dit cela sans transition. À un moment, ils parlaient de son avenir, de sa carrière, et tout à coup, elle avait lâché : « Je suis enceinte, Jack ».

 

- Mais… de qui ? demanda-t-il, bêtement.

- Roooh, Jack, bon sang ! Tu crois que je passe mon temps à coucher avec tout un tas de types ? Je suis une femme libre, mais je ne suis pas une nymphomane, non plus.

- Je n’ai jamais pensé ça, dit Jack, incrédule. Mais alors… tu es enceinte de qui ?

- Mais de toi, crétin !

- De moi ? répéta Jack, avec un air amusé, comme si elle lui faisait une blague.

 

Sam le regarda comme s’il avait perdu la raison. Peut-être que c’était le cas. Peut-être était-il fou depuis le début, mais elle ne s’en était pas aperçue. « Mon Dieu, si mon enfant aussi était fou ? » Elle se secoua pour arrêter le flot de ses pensées incohérentes.

 

- Jack, depuis qu’on s’est rencontrés, je n’ai eu de rapport sexuel avec personne d’autre. Et avant toi, ça remontait à plusieurs mois. Donc, c’est forcément toi… Désolée, cru-t-elle bon d’ajouter, au vu de la mine déconfite de Jack.

 

Elle poursuivit, voyant que Jack n’était pas prêt à lui parler.

 

- Jack, je sais que tu ne t’y attendais pas, et moi non plus, bien sûr. Je n’avais vraiment pas du tout envisagé d’avoir un enfant. Je n’étais même pas sûre d’en vouloir un jour. L’un des préservatifs a dû craquer, certainement. Je ne vois que ça, parce qu’on s’est toujours protégés. Toujours est-il que maintenant, je suis enceinte, de deux mois. Et… je ne sais pas quoi faire… Jack, dis quelque chose…

- Je… je ne sais pas quoi dire…

 

Jack osa enfin la regarder. Elle semblait si fragile, en cet instant. Il l’avait vue comme ça lorsqu’elle était descendue livide du taxi. Il comprit alors à quel point cela devait être difficile pour elle. Il fallait qu’il se reprenne.

 

- Je suis désolé, Sam. Pardon. Quoi que tu décides, je serai là pour toi.

- C’est vrai ?! demanda Sam, dans un sursaut d’espoir.

- Bien sûr, je ne vais pas t’abandonner dans cette situation…

- Cette situation… Ouais, dans ma galère, c’est ça ?

- Sam, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit.

- Excuse-moi. Je ne veux pas être dure avec toi. Je ne suis pas vraiment surprise que tu me soutiennes. Je sais que tu es quelqu’un de bien, un homme de devoir. J’avais juste espéré…

- … Que je sois heureux ?

- Je sais que c’est idiot.

- Écoute, Sam, j’ai perdu mon fils il y a seulement un peu plus d’un an. Je viens de divorcer. Je n’avais à aucun moment envisagé d’avoir un autre enfant, alors aussi vite…

- Je sais. Je sais que ce n’est pas une bonne nouvelle pour toi.

- Je n’ai pas dit ça, non plus.

 

Sam le regarda, interrogative. Il était déboussolé, autant qu’elle. Mais elle avait eu l’occasion de réfléchir aux issues possibles. Lui, non. Elle devait lui laisser un peu de temps.

 

- Jack, il me reste encore un peu de temps. Tu peux réfléchir de ton côté. Tu préfères aller à l’hôtel, ou rentrer dans le Colorado demain ?

- Non… Je ne vais pas rentrer tout de suite. J’aimerais bien retourner à l’appartement, je crois.

- D’accord.

 

Sam raccompagna Jack jusqu’à l’appartement, puis lui dit qu’elle rentrerait le soir, pour lui laisser l’après-midi de réflexion.

Notes:

J'espère que ça vous plait et je serais ravie de recevoir vos commentaires. Je vous demanderais seulement de ne pas révéler l'intrigue de la grossesse, pour laisser la surprise aux lecteurs qui liraient les commentaires ;-)

Chapter 3: Coup de foudre et mélancolie : Partie 3

Chapter Text

Quatre mois plus tard

 

Sam rentra dans son appartement plongé dans l’obscurité. Elle sursauta lorsque la lumière s’alluma et qu’elle entendit crier : « Joyeux anniversaire ! ».

 

Elle porta une main à sa poitrine et offrit à ses amis un immense sourire.

 

Elle retira son manteau et alla embrasser Mary et Brian. Puis elle se tourna vers lui. Lui, son petit ami adoré, son amour, Jack. Elle enroula ses bras autour de lui et l’embrassa. Il la serra également et lui rendit son baiser. Sam se détacha à regret et se tourna vers l’assistance.

 

- Vous m’avez bien eue !

- Alors, Sam, ça fait un moment qu’on ne t’a pas vue, dit Mary.

- Oh, tu sais, je pars du travail le plus tôt possible et je rentre directement ici.

- Ma pauvre, ils n’ont pas pitié de toi ? demanda Mary en baissant les yeux pour examiner son amie.

 

Sam savait à quoi elle ressemblait. À rien. Elle était enceinte de six mois, et son ventre bien rond était impossible à cacher. Aucun uniforme militaire pour femme enceinte n’avait été conçu. Elle portait une chemise de plus grande taille, trop grande au niveau des épaules, sous un blazer toujours ouvert car impossible à fermer. L’excès de tissu de la chemise faisait des bosses au niveau des épaules. Elle avait fait retoucher sa jupe par une couturière pour pouvoir la fermer.

 

- Ils ne savaient déjà pas trop quoi faire de moi avant, mais maintenant, c’est encore pire. Mais justement, les choses ont évolué aujourd’hui même !

- Ah oui ? demanda Jack avec grand intérêt. Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?

- Eh bien, le Colonel Brandt, mon supérieur, m’a proposé de partir en congé maternité. Je lui ai dit que c’était trop tôt pour ça. Il était gêné. On voit bien qu’il n’a jamais eu à gérer ce genre de situation. L’avantage, c’est qu’il a très envie de se débarrasser de moi. Donc, il m’a demandé ce que je voulais faire.

- Et tu as dit quoi ? Enfin, je veux dire, aux dernières nouvelles, tu ne savais pas toi-même ce que tu voulais faire.

- Je lui ai dit que j’aimerais être mise en repos forcé le temps d’accoucher. Puis je serai en congé maternité, et peut-être ensuite en congé parental. Et après, je prendrai l’affectation qu’on me proposera.

- Et il a accepté ça ?

- Oui ! Je finis en fin de semaine prochaine !

 

Sam observa la réaction de Jack. Cela faisait quatre mois qu’il était venu vivre avec elle à Washington. Elle se souvint de cette discussion qu’ils avaient eue lorsqu’elle était rentrée ce soir-là, lui ayant laissé l’après-midi pour réfléchir :

 

- Sam, tu veux cet enfant, n’est-ce pas ? J’imagine que dans le cas contraire, tu ne m’en aurais pas parlé.

- Oui… Disons que ma carrière est un peu au point mort pour l’instant, et je pense que c’est le moment ou jamais si je veux un enfant. Et en fait, je veux cet enfant. J’aimerais l’avoir avec toi, parce que… parce que je t’aime, Jack. Je sais qu’on ne se connaît pas bien, toi et moi, mais je sens au fond de moi que c’est spécial, nous deux.

- Si tu veux cet enfant, je l’élèverai avec toi.

- Tu veux l’élever avec moi parce que c’est ce qui est bien, ou… parce que c’est ce dont tu as envie ?

- Les deux, je crois. Sam, je vais être honnête avec toi. J’étais venu ici pour me convaincre que toi et moi, ça ne menait nulle part, et dans l’idée de repartir sans te revoir. Mais, pfff, quand je t’ai revue… Je ne sais pas comment tu fais pour avoir ce pouvoir sur moi, je suis pourtant résistant à la torture chimique ! Enfin bon, j’ai des sentiments pour toi, j’ai envie d’être avec toi. J’élèverai cet enfant avec toi. C’est difficile pour moi, mais sache que ce n’est pas une corvée, c’est juste… complexe, pour moi.

- Merci, Jack… Je ne suis pas sûre que tu te rendes compte dans quoi tu t’engages avec moi, mais merci.

- Pourquoi, tu es folle et tu vas me tuer dans mon sommeil ?

- Non, avait-elle répondu en riant. Mais… je ne suis pas sûre d’avoir l’instinct maternel. Mon frère a des enfants, je les ai vus seulement deux fois. Je n’ai même pas osé les prendre dans mes bras. Ce n’est pas mon truc, je crois. Je suis plus à l’aise avec un moteur à fusion nucléaire ou un MP5, dit-elle très sérieusement.

- Ne t’inquiète pas pour ça. Tu seras parfaite. Et je serai là, avait-il ajouté en l’embrassant tendrement.

 

Maintenant qu’elle venait d’annoncer qu’elle était libre, et que par conséquent ils pouvaient quitter cet appartement, même quitter Washington, elle se demandait ce qu’il allait lui proposer.

 

Jack fut soulagé d’apprendre cette nouvelle. Il voyait le temps passer, le ventre de Sam grossir, et ils étaient toujours dans ce petit appartement deux-pièces. On pouvait tout à fait avoir un enfant dans un petit deux-pièces, beaucoup de gens le faisaient, mais ce n’était pas l’idée qu’il se faisait d’une vie de famille. Il rêvait de pouvoir ramener Sam dans le Colorado, dans sa grande maison. Il n’y était retourné qu’une fois en quatre mois, pour mettre les affaires en ordre, puisqu’au départ, il n’avait prévu de rester que quelques jours avec Sam à Washington.

 

- Je vais me changer, dit Sam, je n’en peux plus de cette tenue !

- Tu m’étonnes, dirent en chœur Mary et Brian.

 

Sam se rendit donc dans la chambre attenante au salon. Elle enfila une jolie robe bleue en velours, suffisamment élastique pour épouser ses formes. Elle s’admira dans le miroir.

 

Elle devait avouer que, si elle n’avait jamais été spécialement satisfaite de son physique, elle se trouvait belle depuis qu’elle était enceinte et que cela se voyait. D’ailleurs, Jack ne cessait de le lui dire. Elle aimait tant voir son regard se poser sur son ventre. Il la dévorait des yeux.

 

La robe était décolletée. Elle n’avait pas pris de ce côté-là, et cela lui convenait très bien. Elle passa la main sous son ventre et s’admira de profil.

 

Tout à coup, elle entendit la sonnette. Elle se dit que Jack avait probablement commandé des pizzas ou autre chose.

 


 

Lorsque la sonnette retentit, Jack fut surpris. Il n’avait rien commandé, et n’avait invité personne d’autre. Sam n’avait pas tellement d’amis en dehors de Brian et Mary, qui étaient ses collègues du temps où elle travaillait au projet porte des étoiles. Eux avaient déjà été réaffectés ailleurs, au Pentagone.

 

Il se demanda donc qui cela pouvait être. Voyant que Sam ne revenait pas, il se décida à aller ouvrir.

 

Lorsqu’il vit l’homme derrière la porte, il comprit tout de suite de qui il s’agissait, pour l’avoir vu en photo. Le père de Sam. Le père de Sam, qui, d’après ce qu’il savait, n’était pas au courant de la grossesse de sa fille.

 

- Bonsoir, dit l’homme au visage ombrageux.

- Bonsoir, Général Carter, je vous en prie, entrez.

 

Jacob Carter entra. L’appartement était petit, il se trouva donc immédiatement dans le salon. Il observa la banderole « Joyeux anniversaire » et les petits fours disposés sur la petite table. Il sourit en voyant que Sam fêtait son anniversaire avec quelques amis. Il parcourut la pièce, jaugea rapidement les trois personnes, mais ne vit pas Sam. Il constata que l’homme qui lui avait ouvert semblait quelque peu mal à l’aise.

 

- Je suis le père de Sam, mais vous semblez le savoir, dit-il à l’attention de Jack. Où est-elle ?

- Elle est dans la chambre, je vais aller la chercher, dit Jack en se retournant, ayant l’idée de prévenir Sam avant qu’elle ne débarque dans le salon.

 

Mais trop tard. Sam venait de passer la porte.

 

- Papa ?!

- Ah, ma chérie, bon anniversaire !

- Merci, papa…

 

Puis, chacun vit les yeux de Jacob Carter s’abaisser vers le ventre de Sam. Il parut d’abord surpris, puis en colère.

 

Sam ferma les yeux. Elle n’avait pas envie de cette altercation, mais il fallait bien que cela arrive un jour. Il n’y avait aucune chance pour que son père prenne bien sa grossesse. Aucune. Mais elle ne pouvait pas la lui cacher éternellement, bien qu’elle ait eu l’idée d’attendre que son enfant soit assez grand pour pouvoir dire lui-même à Jacob qui il était. Oui, elle était clairement lâche quand il s’agissait de son père !

 

- Sam, tu peux m’expliquer ? Je t’ai eue au téléphone le mois dernier, tu ne m’as pas parlé… de « ça », appuya-t-il avec une forme d’écœurement qui les fit tous frissonner.

- Papa, je suis désolée, j’aurais dû t’en parler.

- Oui, tu aurais dû, ma fille ! Tu aurais dû !

- Je ne savais pas comment te l’annoncer…

- Qui est le père ? demanda Jacob en toisant les deux hommes présents.

- C’est moi, se dénonça Jack, la mine contrite.

- Vous ? Et vous êtes ?

- Jack O’Neill.

- Et que faites-vous dans la vie, Jack O’Neill ?

- Je suis Colonel de l’Air Force, à la retraite.

- À la retraite ! Et quel âge avez-vous ?

- Bon, papa, tu ne vas pas faire un interrogatoire. Je comprends que tu sois peiné et frustré, mais s’il te plaît, n’en fais pas toute une histoire.

- Toute une histoire ? Sam, tu réalises ce que cet enfant va t’empêcher de faire ?

- Quoi ? D’aller dans l’espace ? Tu sais, il y a déjà eu des femmes astronautes qui avaient des enfants.

- Et qui va s’occuper de ton enfant quand tu seras dans l’espace ?

- Moi, dit Jack avec évidence.

- Et vous savez comment on s’occupe d’un enfant ?!

- Oui. Écoutez… je sais à quel point Sam est extraordinaire. Je comprends que vous souhaitiez le meilleur pour elle. Je le souhaite aussi. Je vous rassure tout de suite, je ferai tout pour qu’elle ait la carrière qu’elle souhaite, on fera les sacrifices nécessaires. Cet enfant n’était pas prévu, mais il est désiré.

 

Jacob regarda Jack d’un regard indéchiffrable. Jack se dit que ce type pouvait faire froid dans le dos. Il se savait lui-même glaçant parfois, aussi, il ne fut pas apeuré par Jacob Carter. C’était un Général. Il n’était pas allé jusque-là, mais il était tout de même Colonel. Il ne se laisserait pas impressionner.

 

Il n’avait pas du tout apprécié la façon dont Jacob avait dédaigné le ventre de Sam. Par conséquent, Jack garda la tête haute et fixa l’homme dans les yeux.

 

Finalement, Jacob tourna son regard vers Sam et l’analysa. Elle aussi avait un visage déterminé. Ses yeux, comme toujours, la trahissaient : il voyait qu’elle avait peur de sa réaction, mais il la sentait sûre d’elle dans sa décision.

 

Son fils ne lui parlait plus, il avait deux petits-enfants qu’il n’avait jamais eu l’occasion de voir, il ne pouvait pas faire la même erreur avec sa fille.

 

Alors, il s’approcha de Sam et la prit dans ses bras.

 

- Si c’est ton choix, je le respecte, et je suis heureux pour toi.

 

Sam posa la tête sur l’épaule de son père, et il put sentir son soulagement lorsque ses muscles se détendirent.

 

Les trois autres personnes ne purent également retenir un soupir de soulagement. Mary et Brian avaient observé la scène en s’éloignant légèrement, pétrifiés par la prestance du Général. Eux n’étaient pas à la retraite, contrairement à Jack, et préféraient se tenir à carreau.

 

Mary servit un verre de champagne à Jacob, qui l’accepta volontiers. Jacob Carter restait néanmoins Jacob Carter. Il n’y eut pas d’épanchements. Il ne posa aucune question supplémentaire, ayant certainement peur de s’énerver de nouveau en entendant les réponses.

 

Il resta avec eux quelques minutes, puis indiqua qu’il partait. Il serra la main de Jack, qui eut l’impression que l’homme l’approuvait, au moins à minima. Puis, Sam raccompagna son père à la porte.

 

- Jack, tu as été impressionnant, respect ! chuchota Brian à Jack.

 

Jack sourit. Brian avait beau avoir presque le même âge que lui, il était un gamin en comparaison. Il n’imaginait pas tout ce que Jack avait vécu, tout ce qu’il avait dû gérer dans sa vie professionnelle et privée. Il ne se laissait pas impressionner facilement.

 

- Sam, dit Jacob à sa fille avant de partir, si tu as besoin d’aide, ou d’argent, tu sais que tu peux compter sur moi.

- Merci, papa. Nous n’avons pas besoin d’argent. J’aimerais surtout que tu sois un grand-père pour mon enfant.

 

Jacob hocha la tête, en pleine réflexion, et Sam vit un voile de tristesse dans ses yeux. Elle espéra qu’il n’était pas triste pour elle.

 

- Bon, eh bien, maintenant, vous connaissez mon père ! dit Sam avec humour lorsqu’elle revint auprès de ses amis.

- Mon Dieu, Sam, ça n’a pas dû être facile tous les jours !

- Non, en effet. Mais au fond, il est gentil.

- Et il t’aime plus que tout, ça se voit, ajouta Jack. Il est très fier de toi.

- Il a toujours attendu beaucoup de moi. Tous ses espoirs, je crois qu’il les voit s’envoler aujourd’hui…

- N’importe quoi, Sam, dit Brian. Tu n’es pas une gamine. Rien d’étonnant que tu veuilles un enfant à ce stade de ta vie.

- Je te rappelle qu’elle est plus jeune que nous, précisa Mary.

- Oui, eh bien, toi, il faudrait que tu arrêtes de sortir avec des hommes plus jeunes, ils ne veulent pas d’enfants. Et moi, je n’en veux pas. Bref, il n’est pas question de nous, mais de Sam. Sam, on te l’a déjà dit, c’est formidable que Jack et toi ayez un enfant. Alors, oublie la pression que te met ton père, et vis pour toi !

- Je suis d’accord avec Brian, commenta Jack.

 

Sam regarda Jack. Son inquiétude retomba en voyant qu’il n’était pas inquiet. Il avait un don pour la rassurer. Et autant dire qu’elle en avait besoin. Elle ne savait toujours pas comment s’y prendre avec un bébé. Mais elle avait enfin de la disponibilité, et elle allait pouvoir lire tout ce qu’elle pouvait sur le sujet.

 

Lorsque Mary et Brian furent partis, Sam vint rejoindre Jack sur le canapé et s’affala contre lui. Il passa instinctivement une main sur son ventre. Le bébé bougea, comme souvent, et il sourit de bien-être.

 

- Quelle soirée !

- Je suis soulagée que mon père le sache enfin.

- Tu crois qu’il est dans quel état d’esprit ?

- Je ne sais pas, c’est un homme fier. Trop… Je le recontacterai pour qu’on déjeune ensemble.

- Bonne idée. Eh, ma chérie, regarde-moi, dit Jack en attrapant le menton de Sam. Tout va bien se passer, d’accord ? Quand ton père verra la jolie frimousse de sa petite-fille, il va craquer, c’est sûr !

- Oui, tu as sûrement raison.

- J’ai raison !

- Je t’aime, Jack.

- Je t’aime, ma chérie.

 

Jack avait fini par craquer, lui aussi, en voyant la jolie frimousse de Sam. Elle lui avait dit qu’elle l’aimait, le fixant de ses yeux immenses. Il avait les mêmes mots sur le bout de la langue, mais ils avaient peiné à franchir la barrière de ses lèvres.

 

Cette peur, toujours là, qui le tiraillait. Méritait-il ce bonheur alors qu’il pensait qu’il devrait être puni pour la mort de son fils, dont il était responsable ? Mais l’évidence était que, dans tous les cas, Sam, elle, ne méritait pas d’être punie. Elle méritait d’être aimée. Elle était enceinte de lui, il ne pouvait plus la pousser vers un homme plus à la hauteur. D’ailleurs, existait-il dans ce monde un homme à la hauteur de cette femme ? Il en doutait.

 

Donc, il décida qu’il lui devait de lui montrer son amour, car en réalité, il en débordait. Il lui avait répondu « Je t’aime, Sam » avec honnêteté, et le visage de Sam s’était illuminé. Il avait su alors qu’il avait pris la bonne décision.

 

- Alors, qu’est-ce que tu veux faire ? Je veux dire, à la fin de la semaine prochaine ?

- Qu’est-ce que tu me proposes ?

- On pourrait aller vivre dans ma maison à Colorado Springs ? Elle est grande, on aurait une chambre pour le bébé. Avant que tu ne retrouves une nouvelle affectation, il va se passer au moins un an, de toute façon.

- D’accord, ça me va. Tant que je suis avec toi, tout me va.

 

Jack fut extrêmement touché par ce que venait de dire Sam. Elle avait une confiance aveugle en lui.

 

Dès qu’elle arrêta de travailler, Sam se mit en mode commando : préparation intense. Elle acheta un nombre incalculable de livres sur les bébés et l’accouchement. Elle était renseignée sur tout ce qui pouvait mal tourner et en faisait part en détail à Jack. Elle préparait sa visite chez l’obstétricien en dressant une liste de questions. Jack, quant à lui, préparait surtout le déménagement. Il tournait littéralement en rond à Washington. Pendant les quatre mois où Sam travaillait, il s’était ennuyé à mourir durant la journée.

Chapter 4: Coup de foudre et mélancolie : Partie 4

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Un mois et demi plus tard

 

- C’est joli, ça, qu’est-ce que tu en penses ?

- C’est une fille, donc il lui faut une chambre rose ?

- Euh… non ? OK, il doit y avoir d’autres couleurs.

- Bien sûr, il faut trouver quelque chose de mixte. D’ailleurs, on n’est pas obligés de repeindre les murs. Ils sont très bien en beige. Il suffit d’ajouter des touches de couleurs par-ci par-là.

- Comme tu voudras, ma chérie, conclut Jack en déposant un baiser dans les cheveux de Sam.

 

Ils se trouvaient dans un magasin de puériculture, perdus parmi les poussettes, les berceaux et tout un tas d’objet à l’utilité inconnue. Ils avaient emménagé depuis une semaine dans la maison de Jack à Colorado Springs. Mariés discrètement à Washington avant de partir, Jack avait même fait modifier l’acte de propriété pour que la maison soit à leurs deux noms. Aujourd’hui, ils avaient prévu d’acheter tout ce qu’il faut pour le bébé.

 

La vendeuse avait l’habitude des différents profils de couples. Elle avait tout de suite cerné Sam. Pas de babiole inutile, pas de clichés genrés, que du pratique.

 

- Venez, je vais vous montrer ce que nous avons sur catalogue.

- D’accord, dirent-ils en la suivant vers un présentoir.

 

Sam tournait les pages et levait les yeux au ciel régulièrement. Enfin, elle s’arrêta sur une page qui présentait une chambre aux meubles blancs et à la décoration aux couleurs vives.

 

- Ça, c’est joli.

- Oui, tout à fait ! s’exclama la vendeuse. C’est mixte, moderne et coloré. Alors, si ça vous convient, je peux commander les meubles et la décoration.

- Juste la table à langer et le lit. Nous n’avons pas besoin de l’armoire. Il y a déjà un grand placard dans la chambre.

- On peut prendre l’armoire aussi, précisa Jack.

 

Il se ravisa tout de suite en voyant le regard désapprobateur de Sam. « Ou pas », ajouta-t-il.

 

Ils continuèrent leur tour du magasin pour acheter ce qui leur était nécessaire.

 

Quelques jours plus tard, le tout leur avait été livré. Sam s’installa dans le nouveau fauteuil de la chambre, les pieds surélevés, les mains sur le ventre.

 

- Ce fauteuil est extrêmement confortable ! s’extasia-t-elle.

- Eh bien, tu vas pouvoir t’y installer pendant que je monte les meubles.

- Non, je veux monter les meubles avec toi.

- Sam, repose-toi plutôt.

- Je passe mes journées à me reposer depuis quelques temps. C’est bon, je peux monter des meubles.

- Tiens, dit-il en lui tendant la notice de la table à langer, tu n’as qu’à me dire ce qu’il faut faire.

 

Sam attrapa la notice, la parcourut en quelques secondes, et la-lui rendit.

 

- Tu ne veux pas le faire ?

- Si, si. Prends le paquet 1, attrape les vis B et commence à visser le pan 1 avec le pan 2.

 

Jack sourit. Cette capacité de Sam à mémoriser tout ce qu’elle voyait le surprendrait toujours. Ils apprenaient encore à se connaitre et il était encore un peu tôt pour dire qu’ils étaient faits l’un pour l’autre, mais ils vivaient dans une harmonie parfaite. Jack n’en revenait toujours pas de ce qu’il vivait chaque jour auprès d’elle.

 

Sam se réveilla dans le fauteuil, recouverte d’une couverture en patchwork qui avait été livrée avec le reste. Elle avait été réveillée par des bruits de perceuse. Elle regarda autour d’elle. Jack avait terminé de monter la table à langer et le lit. Il fixait maintenant des étagères.

 

- Oh, j’ai dormi longtemps, on dirait.

- Une heure, madame « je-ne-suis-pas-fatiguée ».

- Cette petite me pompe toute mon énergie.

- Plus qu’un mois et demi à tenir.

- Oui.

- J’ai hésité avant de fixer les étagères, je ne voulais pas te réveiller. Mais tout à l’heure, j’ai fait tomber quelque chose, ça a fait un boucan d’enfer, et ça ne t’a pas réveillée, alors je me suis dit que je pouvais toujours essayer !

- Merci d’avoir tout fait tout seul.

- Je n’ai pas tout fait. Tu ne veux pas commencer à installer la décoration ?

- Pourquoi pas !

 

Pendant que Jack finissait d’installer les étagères, puis s’attelait à repeindre les portes de placard en blanc, Sam avait terminé la décoration de la chambre. Elle était ensuite descendue au salon, où les objets de puériculture étaient étalés un peu partout.

 

Lorsqu’il descendit, il la trouva tournée vers l’extérieur, devant la baie vitrée, perdue dans ses pensées. Une habitude, ces derniers temps.

 

- J’ai fini la première couche.

 

Aucune réponse.

 

- Sam ? dit-il en posant une main sur son épaule.

- Oui, d’accord, dit-elle sans tourner les yeux vers lui.

- Sam, qu’est-ce qu’il y a ?

- Rien, répondit Sam, les yeux toujours rivés sur l’extérieur.

- Sam, depuis qu’on est arrivés ici, tu es… disons… mélancolique, et j’aimerais comprendre pourquoi. C’est Washington qui te manque ?

- Non, pas du tout.

- Alors dis-moi ce qui te rend triste…

 

Sam tourna enfin les yeux vers Jack, emplis de tristesse mais aussi de culpabilité.

 

- Excuse-moi d’être comme ça. Je vais faire un effort.

- Sam, bon sang ! Je ne te demande pas de faire semblant. Je veux savoir ce qui ne va pas. Tu peux tout me dire.

- … C’est que… je sais qu’elle est là, toute proche, bâchée, à prendre la poussière, et… ça m’obsède.

- La porte des étoiles, devina Jack.

- Oui. Je sais que c’est stupide, mais je n’arrive pas à m’en défaire.

 

Il ne répondit rien. Il n’y avait rien à dire, de toute façon. Alors il se contenta de la serrer contre lui.

 

Les quinze jours suivants s’écoulèrent lentement, entre bricolage, ménage et balades pour découvrir les alentours. Ils testèrent des restaurants, allèrent au cinéma, mais rien ne semblait vraiment captiver Sam.

 

Un après-midi, alors que Jack installait leur deuxième siège auto dans la Volvo de Sam – une voiture absolument pas adaptée pour un bébé, mais bon, c’était sa voiture, et lui faire conduire une familiale c’était mission impossible – il entendit un cri depuis la maison :

 

- Jaaack !

 

Il se précipita à l’intérieur.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ?

 

- Je viens de perdre les eaux. Et j’ai des contractions.

 

- Oh ! Déjà ? Mais tu n’es qu’au début du huitième mois !

- Je sais. Prends les affaires, on va à l’hôpital.

 

Effectivement, Sam n’en était qu’à son huitième mois, mais l’accouchement se passa sans encombre. La petite Grace, de ses seulement 2,640 kg, était en parfaite santé. Et surtout, toute jolie.

 

- Elle te ressemble, murmura Jack, ému, en observant sa fille.

- Comment tu peux dire ça ? Elle a à peine ouvert les yeux.

- Elle a de grands yeux bleus. Et ton nez.

 

Sam sourit et le regarda attentivement, tandis que Grace tétait à son sein.

 

- Tu es heureux, Jack ?

 

Il se contenta de hocher la tête, un léger sourire aux lèvres. Le bonheur, pour lui, était une émotion complexe, presque culpabilisante. Mais nier qu’il était heureux aurait été un mensonge.

 

Cette enfant, et Sam, c’était le bonheur absolu. Elle ne prit pas ombrage de sa réponse laconique. C’était ce qu’il aimait chez elle, entre autres choses : elle le comprenait, sans chercher à le changer. Elle avait ses propres démons, ses propres doutes, et respectait les siens.

 

Il se pencha pour embrasser sa femme et sa fille. Il passa la nuit à l’hôpital, s’occupant de Grace pour que Sam puisse se reposer. Les puéricultrices étaient en admiration devant cet homme si attentionné.

Chapter 5: Coup de foudre et mélancolie : Partie 5

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2 mois plus tard

 

Sam et Jack s’étaient enfin installés pleinement dans leur maison, chaque objet avait trouvé sa place. Leur vie tournait autour de Grace, leur bébé d’un calme olympien.

 

Un coup de sonnette retentit. Jack, sans se presser, alla ouvrir.

 

- Bonjour, Général Carter, lança-t-il avec un sourire en coin, préparé à cette visite.

- Jack, appelez-moi Jacob, corrigea ce dernier, amusé.

- D’accord, Jacob. Entrez, je vous en prie.

- Vous avez une très belle maison.

- Merci.

 

Jacob franchit le seuil et son visage s’illumina en voyant Sam s’avancer vers lui, Grace blottie contre sa poitrine.

 

- Ma chérie, ça te va à ravir, tu sais ! s’exclama-t-il, les yeux brillants.

- Merci, papa, répondit-elle, touchée.

- Elle est magnifique… Elle te ressemble tellement.

 

Jack, en retrait, observait la scène avec un sourire attendri. Sam, elle, leva les yeux au ciel, mais la visite de son père la comblait. Depuis leur installation dans le Colorado, il avait pris l’habitude de prendre des nouvelles régulièrement. Quand Grace était née, elle l’avait appelé à peine une heure après l’accouchement, la voix tremblante d’émotion et de fierté. Elle lui avait même envoyé une photo d’eux trois, à lui comme à son frère.

 

Mark, justement, n’avait pas réagi comme elle l’aurait espéré. Elle ne lui avait pas annoncé sa grossesse, et leurs échanges s’étaient raréfiés au fil des années, toujours de son initiative. À la naissance de Grace, il lui avait simplement envoyé une brève lettre de félicitations, sans même un coup de fil. Ça lui avait serré le cœur.

 

Alors, voir son père aussi heureux, aussi présent, la remplissait de joie.

 

- Sam, tu avais raison, et j’avais tort, avoua Jacob après un silence.

- Pardon ? Pince-moi, je rêve ! s’exclama-t-elle en éclatant de rire. À propos de quoi, exactement ?

- Tu avais raison de vouloir une famille. Cette petite fille, c’est un cadeau, Sam. Et Jack… eh bien, il a l’air d’être un type bien.

- Oh, il l’est, confirma-t-elle, un sourire aux lèvres.

 

Jacob resta quelques jours avec eux, puis il dut rentrer à Washington. Leur vie routinière reprit son cours.

Chapter 6: Coup de foudre et mélancolie : Partie 6

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

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Grace avait maintenant six mois. C’était une adorable petite fille blonde aux yeux bleus, un rayon de soleil ambulant qui souriait souvent et pleurait peu.

 

Jack, lui, était aux anges. Bien sûr, les journées pouvaient parfois sembler longues, la tension montait pour des broutilles, mais elle retombait aussi vite, chacun se rappelant à la raison. La plupart du temps, ils profitaient simplement l’un de l’autre, et leur vie de couple était toujours aussi solide. Ils s’aimaient comme au premier jour, se regardaient avec la même admiration, et leur vie intime n’avait rien perdu de sa passion.

 

Pourtant, Jack avait remarqué que les moments de mélancolie de Sam étaient de plus en plus fréquents. Il se disait qu’il ne faudrait pas trop tarder avant qu’elle ne reprenne le travail. Pour son équilibre et celui de leur famille.

 

- Sam, tu es avec nous ? la taquina-t-il en lui tendant une cuillère de compote, Grace installée dans sa chaise haute.

- Oui, pardon, murmura-t-elle en revenant à la réalité.

- Ce n’est pas grave.

 

Sam venait de rentrer de son footing, le visage encore rouge, la peau luisante de sueur. Ils alternaient leurs séances de course à pied. En complément, le sous-sol avait été transformé en salle de sport.

 

Elle observa Jack nourrir Grace.

 

- Tu es super avec elle. Vraiment.

- Merci. Mais toi aussi.

- Mouais…

- Sam ? Tu t’occupes d’elle parfaitement, n’en doute pas !

- Je sais. Je m’en occupe correctement, mais…

- Mais quoi ?

- Jack, je l’aime, tu le sais. Je l’aime plus que tout. Et je t’aime, toi aussi. Mais… je ne suis pas…

- Heureuse, acheva-t-il en soupirant.

- Disons plutôt… épanouie. Je ne suis pas faite pour rester à la maison.

- Évidemment, Sam. Je n’ai jamais cru ça, au contraire. On savait que ce serait temporaire. Et si tu veux, tu peux reprendre le travail plus tôt que prévu. Tu sais très bien que je te suivrai.

 

Elle s’agaça et parla de façon plus énergique.

 

- Et toi, Jack ? Ne me fais pas croire que je suis la seule à m’ennuyer. Tu tournes en rond, toi aussi. Je connais ton rapport de mission sur Abydos par cœur. Je sais qui tu es. Tu es un soldat, un guerrier, tu as ça dans le sang ! Tu crois vraiment que tu vas t’épanouir dans les réunions de parents d’élèves ? Je t’en prie Jack, sois honnête…

 

Jack haussa un peu le ton à son tour.

 

- D’accord, c’est vrai, tu as raison, admit-il. Mais on a choisi d’avoir Grace, je te rappelle. Tu le regrettes ?

- Non, bien sûr que non ! Pas une seconde. Mais il faut qu’on trouve un équilibre, parce que là, on végète, toi et moi !

 

Un silence pesant s’installa. Jack finit par lancer :

 

- Bon. En attendant, il faut changer la couche de Grace.

- Je m’en occupe.

- Non, va prendre ta douche, plutôt…

 

La journée resta un peu morose après cette discussion. Jack avait peur. Il avait promis de la rendre heureuse, et voilà qu’il en était incapable.

 


 

Sur son toit, un œil dans son télescope, Jack entendit une voiture arriver et aperçut un homme en uniforme s’approcher.

 

- Colonel Jack O’Neill ? demanda une voix masculine.

- À la retraite, répondit-il sans quitter son observation du ciel.

- Je suis le Major Samuels.

- Armée de l’air ? demanda Jack, toujours absorbé par Mars.

- Oui, Mon Colonel. Je suis commandant en second.

- Un conseil, Major : faites-vous muter à la NASA. C’est là que ça se passe, en ce moment, tout là-haut, ajouta-t-il, pensant à l’avenir de Sam.

- Sûrement. J’ai ordre de vous emmener voir le Général Hammond.

- Connais pas.

- Il remplace le Général West. C’est important. Cela concerne la porte des étoiles.

 

Sam arriva à ce moment-là, intriguée.

 

- Jack, qu’est-ce qui se passe ?

- Capitaine Carter, je présume ? demanda Samuels.

- En effet, Mon Commandant. J’ai entendu parler de la porte des étoiles ?

- J’ai entendu dire que vous aviez travaillé sur le projet.

- Que j’avais « travaillé » sur le projet… répéta-t-elle, un sourcil levé. On peut dire ça, oui.

- Le Colonel O’Neill doit venir avec nous, annonça Samuels.

- Et moi ?! s’affola Sam, les yeux écarquillés.

- On ne m’a pas parlé de vous.

- Mais… Je dois venir aussi !

- Les ordres sont les ordres, Capitaine. Je n’ai pas de temps à perdre.

 

Sam lança un regard désespéré à Jack, qui, jusqu’ici, était resté silencieux, les bras croisés.

 

- Écoutez, Samuels, je suis à la retraite, commença-t-il. Si le Général Hammond tient absolument à ce que je vienne, ce sera sous certaines conditions.

- Lesquelles ?

- Le Capitaine Carter vient avec moi. Et on prend le temps de trouver une solution pour notre fille de six mois qui dort à l’intérieur.

- … Puis-je passer un coup de fil ? demanda le Major après une hésitation.

 

C’est ainsi que Jack obtint gain de cause. Sam, elle, était au comble de l’excitation. Il ne l’avait jamais vue ainsi.

 


 

Jack se rendit d’abord à Cheyenne Mountain. Des soldats extra-terrestres y avaient débarqué. Il fallait monter une expédition pour Abydos. Il avait dû avouer que lui et ses hommes avaient menti à leur retour, pour protéger les habitants de la planète.

 

Il appela Sam, qui décrocha dans la seconde. Elle devait être collée au téléphone.

 

- Alors, je pars aussi.

- Et Grace ?

- Je vais la confier à mon frère. Je ne vois pas d’autre solution.

- Il ne l’a jamais vue, Sam, fit-il remarquer calmement.

- Peut-être, mais c’est mon frère. Il a deux enfants, sa femme et lui savent s’y prendre. Ils s’en occuperont. Jack, je t’en prie…

- … D’accord. Je vais voir pour affréter un avion, comme ça on ne perdra pas de temps. Et je rentre dire au revoir à Grace.

- Très bien. À tout à l’heure.

 


 

Sam arriva chez son frère en pleine nuit, Grace endormie dans sa poussette, les bras chargés d’un immense sac. Elle sonna. Comme elle s’y attendait, Mark ouvrit la porte, les yeux écarquillés de surprise.

 

- Sam ?

- Mark, est-ce que je peux entrer ?

- Euh… oui. Écoute, je suis désolé de ne pas t’avoir appelée.

- Ce n’est rien. Je te présente Grace.

- Bonjour, Grace, dit Mark avec un sourire, lui tendant un doigt que la petite attrapa aussitôt.

- J’ai besoin de ton aide. Il faut que tu la gardes quelque temps. Je ne sais pas combien de temps.

- Quoi ? Tu vas la laisser ici et repartir ?

- Oui. Et je ne peux rien t’expliquer. Tu es d’accord ?

- … J’ai le choix ?

- Non. Je n’ai pas d’autre solution. C’est vital.

- C’est pour le travail ? demanda-t-il en jetant un coup d’œil vers la voiture militaire garée devant la maison.

- Oui. Mais c’est pour moi avant tout.

 

Mark resta silencieux un long moment avant de céder :

 

- D’accord.

 

Sam serra Grace contre elle, couvrit son visage de baisers, les larmes aux yeux. Puis elle sortit en courant vers la voiture. Durant le trajet vers l’aéroport, elle pleura frénétiquement. C’était un déchirement. Grace lui manquait déjà. Elle se sentait égoïste. Mais elle se raisonna : elle devait assumer son choix. Sa fille était entre de bonnes mains. Il était temps de passer en mode « soldat ».

 


 

À l’entrée de la salle de briefing, vêtue de son uniforme, elle entendit le Major Kawalsky lancer :

- Le Capitaine Carter ? C’est qui, celui-là ?

- « Celle-là », pour être exact, Major, corrigea Sam en s’avançant d’un pas décidé. Capitaine Samantha Carter au rapport, Mon Général, dit-elle en saluant Hammond.

 

S’ensuivit une joute verbale classique entre Kawalsky, Ferretti et Sam. Comme d’habitude, elle dut prouver qu’être une femme n’était pas un handicap, qu’elle valait autant qu’eux, sinon plus.

 

Au bout d’un moment, Jack intervint, excédé :

 

- Bon, ça suffit. Le Capitaine Carter est l’experte de la porte des étoiles.

- Vraiment ? s’étonna Kawalsky, surpris que Jack accepte si bien sa présence.

- Je suis astrophysicienne, précisa Sam, le menton levé.

- Et ça veut dire quoi, au juste ? demanda Kawalsky, sceptique.

- Qu’elle est plus intelligente et plus maligne que vous, Major, coupa le Général Hammond. L’affectation du Capitaine Carter sur cette mission ne se discute pas. C’est un ordre.

 

Sam et Jack échangèrent un sourire complice. L’euphorie et le remue-ménage intense des dernières heures contrastait incroyablement avec leur vie routinière et lente de l’année passée.

 

- Colonel, Capitaine, veuillez me suivre dans mon bureau, ordonna Hammond.

- Bien, Mon Général.

- Votre situation est… particulière, commença Hammond. Je n’ai jamais eu à gérer ce genre de cas. Je n’ai pas besoin de vous dire que vous devez rester professionnels.

- Bien entendu, Mon Général, répondirent-ils en chœur.

- Bien. Capitaine, avez-vous pu confier votre fille à votre frère ?

- Oui, merci de m’avoir permis de le faire, Mon Général.

- Nous vous aurions appelée dans tous les cas, Capitaine. Nous avons besoin de vous pour la porte. Êtes-vous sûre de vouloir partir ? Vous pourriez rester en salle de contrôle.

- Je préfère partir, Mon Général. Ils auront besoin de mon expertise sur place.

- Très bien. Vous pouvez aller vous préparer.

 

Alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie, Hammond les retint :

 

- J’ai servi avec votre père, Capitaine. Nous sommes amis.

- Oh… d’accord, répondit Sam, incertaine de savoir si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle.

- Vous pouvez disposer, Capitaine. Je voudrais m’entretenir avec le Colonel O’Neill.

 

Sam ne broncha pas et quitta la pièce. Jack se retrouva seul face à Hammond.

 

- Colonel, vous êtes sûr pour votre femme ?

- C’est-à-dire ?

- Vous ne préféreriez pas qu’elle reste ici ?

- Mon Général, avec tout le respect que je vous dois, ma femme prend ses propres décisions. Je ne lui interdirai pas de partir parce que je suis son mari.

- Mais en tant que Colonel, vous le pourriez.

- Écoutez, Mon Général, vous l’avez dit vous-même : elle est experte de la porte, elle est Capitaine, elle a toute la légitimité pour cette mission.

- Je le pense aussi.

- Pour être tout à fait franc… si je ne la laisse pas partir, je la perds. Le Général Carter vous a-t-il déjà parlé de sa fille ?

- Bien sûr. Il ne jure que par elle.

- Et que vous a-t-il dit ?

- Qu’elle rêve d’aller dans l’espace depuis qu’elle est toute petite.

- Alors imaginez ce que ça représente pour elle, de traverser la porte. Je sais que cette mission est dangereuse. Mais dans six mois, elle aurait pu être envoyée sur le terrain en Irak ou ailleurs.

- Très bien. Je n’insiste pas. Vous pouvez disposer.

 


 

Lorsqu’ils s’avancèrent vers la porte, Sam afficha un immense sourire. Elle s’adressa à Jack :

 

- Ne vous en faites pas Mon Colonel, je ne craquerai pas.

- Ah bon ? Mais j’allais seulement dire « les femmes d’abord ».

- Je compte sur toi pour me traiter comme n’importe lequel de tes hommes, dit-elle discrètement à Jack.

- Pas de problème.

 

Devant le vortex, Sam était éblouie, au sens propre comme au figuré. Jack la regarda, et son souffle se coupa. Elle était incroyablement belle, plus que jamais. La passion lui allait à ravir. Il se dit qu’il était probablement en train de découvrir la « vraie » Samantha. Et il l’aima encore plus.

 

- C’est fou, on arrive même à voir les fluctuations de la porte d’arrivée, s’exclama-t-elle, fascinée.

 

Jack leva les yeux au ciel, le sourire aux lèvres. Puis, il la poussa sans ménagement dans le vortex. C’est elle qui avait demandé à être traitée comme n’importe quel soldat après tout.

 


 

La mission s’était globalement bien déroulée. Ils étaient rentrés avec Daniel. Mais il y avait eu des pertes. Notamment Sha’re, la femme de Daniel, infestée par un Goa’uld. Daniel était dévasté, mais gardait espoir.

 

Jack, lui, doutait sérieusement de leurs chances de la retrouver un jour. Mais l’espoir faisait vivre... Si ça avait été Sam, il ne baisserait jamais les bras. Il traverserait la galaxie pour la sauver. Et le pire, c’est que ça aurait pu être Sam. Un frisson le parcourut. C’était vraiment, vraiment dangereux.

 

Jack avait beaucoup de peine pour Daniel. Il avait préféré le ramener chez lui plutôt que de le laisser seul à la base. Il lui tendit une bière.

 

- Ta femme n’est pas là ?

- Elle est partie chercher notre fille chez son frère.

- Ta fille ? Tu avais parlé de ton fils, je ne savais pas que tu avais une fille !

- Elle n’a que six mois. Elle n’existait pas encore quand on s’est connus, toi et moi.

- C’est bien que ta femme et toi ayez choisi d’avoir un autre enfant.

- La mère de mon fils est mon ex-femme. Elle a demandé le divorce à mon retour d’Abydos.

- Oh… Alors, tu… tu n’as pas perdu de temps !

- Je sais, rien n’était prémédité, je t’assure. Ça m’est tombé dessus comme ça.

- D’accord, mais c’est une bonne chose, non ?

- Oui, répondit Jack avec un sourire sincère.

- Alors, je vais pouvoir rencontrer ta nouvelle femme.

- Tu l’as déjà rencontrée.

- … Je suis perdu là...

- Elle faisait partie de l’équipe.

 

Daniel fit mentalement le tour des membres de l’équipe, et comme il n’y avait qu’une seule femme, il comprit rapidement.

 

- Le Capitaine Carter ? C’est le Capitaine Carter ? C’est ta femme ?!

- Oui. Oh, je sais… on est un peu dépareillés, elle est plus jeune que moi, tout ça…

- Oh non, vous allez très bien ensemble, vraiment ! C’est juste que… c’est une scientifique !

 

Jack éclata de rire, et Daniel finit par l’imiter.

 

- Oui, mais avec un charme indéniable. Pas comme toi, Daniel.

- Oui, certainement ! … Ça alors…

 


 

Epilogue

 

Après avoir déposé Grace à la crèche, ils retournèrent au SGC pour un briefing. Les équipes furent constituées : Jack et Sam seraient dans la même, Sam sous les ordres de Jack.

 

Cela convenait à Sam, qui avait une confiance absolue en lui. Jack, de son côté, était plutôt soulagé : il pourrait veiller sur elle. S’il avait envisagé un temps de repartir en retraite pour s’occuper de Grace, l’idée que Sam allait devoir affronter de multiples dangers sur ces planètes lointaines lui était insupportable.

 

Ils savaient tous deux que ce ne serait pas facile. Il y aurait des obstacles, des sacrifices. Mais ils ne pouvaient pas lutter contre leur nature. Ils étaient des soldats, passionnés par leur travail, les meilleurs dans leur domaine. C’est d’ailleurs pour cela que l’État-major avait accepté de mettre un mari et une femme militaires dans la même équipe.

 

Au milieu de tout ceci, ils feraient de leur mieux pour être de bons parents pour Grace.

Notes:

J'ai laissé l'épilogue que j'avais écrit au départ, mais finalement cette histoire a eu une suite, que je publierai très vite. Si vous êtes intéressé, n'oubliez pas de cliquer sur "subscribe" !

Chapter 7: Revoir Charlie : Partie 1

Summary:

Ce chapitre va reprendre juste avant l’épilogue du précédent chapitre. En effet, il n’était pas prévu que j’écrive une suite, mais je suis très attachée à cette histoire alternative. J’aime les imaginer plus jeunes, n’en ayant pas bavé pour être ensemble, pouvoir traiter leur histoire sans tourner autour de l’interdit comme on doit inévitablement toujours le faire. En écrivant une suite, j’ai l’occasion d’intégrer le couple de Sam et Jack dans les aventures de SG1 que nous connaissons tous.

Épisodes traités (saison 1) :
Dans l’histoire « Revoir Charlie », en deux parties (chapitres 7 et 8), je replacerai brièvement plusieurs épisodes du début de la saison 1. Puis, je vais m’attarder particulièrement sur l’épisode « Double » / « Cold Lazarus », où un double de Jack arrive sur Terre en lieu et place du vrai, et cherche à voir Charlie.

Notes:

Résumé des chapitres précédents :
Jack et Sam se rencontrent par hasard, quelques semaines après le retour de Jack d’Abydos. Sam tombe très vite enceinte par accident. Jack vient vivre avec elle à Washington durant quelques mois. Puis, ils reviennent vivre dans la maison de Jack, à Colorado Springs. Leur fille Grace nait, pour leur plus grand bonheur, mais l’action leur manque. Lorsque Jack est rappelé pour une mission à travers la porte des étoiles, il entraine Sam dans l’aventure, qui ne rêve que de ça. Ils sont affectés tous deux au sein de SG1 et vont maintenant devoir concilier leur vie professionnelle palpitante mais exigeante, avec leur vie de famille.

Rappel :
Comme pour les autres chapitres, j’ai replacé l’histoire dans le contexte de l’époque (fin 90), que ce soit pour l’attitude des hommes, la place des femmes dans l’armée et dans le couple, la technologie.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Sam rentra au petit matin avec Grace. Elle franchit la porte de chez elle avec la poussette dans laquelle Grace, sa fille de six mois, était endormie. Jack l’accueillit :

 

- Salut toi, dit Jack en embrassant sa femme avec tendresse.

 

Sam affichait un immense sourire.

 

- Je suis surexcitée par ce qui nous attend ! Il faut que je me calme ! Dommage qu’on doive être à la base dans peu de temps... Je te préviens, en rentrant, tu me fais l’amour O’Neill, et pas en douceur !

- Hrum, hrum…

 

Elle sursauta et tourna la tête en direction de ce raclement de gorge.

 

- Docteur Jackson ? Oh, désolée, je ne savais pas que vous étiez là !

- Ne vous excusez pas. Vous êtes chez vous après tout. Jack m’a invité à passer la nuit ici.

- Bien sûr, il a bien fait.

 

Daniel était attablé dans la salle à manger, un mug dans les mains. Sam regarda Jack, qui semblait beaucoup s’amuser de la situation. Elle se trouva un peu gênée, mais après tout, elle était en effet chez elle et elle s’adressait à son mari.

 

Daniel se leva et se pencha au-dessus de la poussette.

 

- Alors c’est toi Grace ! Qu’est-ce qu’elle est jolie ! Félicitations Docteur Carter, Jack m’a appris pour votre mariage et votre fille.

- Merci. Vous pouvez m’appeler Sam et me tutoyer.

- Avec plaisir. Appelle-moi Daniel alors.

- Ça fait longtemps qu’elle dort ? demanda Jack.

- C’est l’heure de son biberon, tu peux la prendre, je sais très bien que tu n’attends que ça !

 

Jack acquiesça avec enthousiasme et prit délicatement sa fille dans ses bras, la réveillant légèrement. Elle avait cet air adorable qu’ont les enfants à moitié endormis.

 

Il l’embrassa longuement sur la joue en la berçant doucement. Puis passa sa main dans ses cheveux pour coiffer tant bien que mal ses bouclettes blondes. La petite avait entouré ses bras autour de son cou pour se reposer sur son épaule. « Tu m’as manqué mon bébé », dit-il.

 

Sam et Daniel regardaient cette scène avec tendresse. Sam y était habituée, c’était son quotidien. Elle pouvait constater chaque jour à quel point Jack était fou de sa fille. Elle en aurait été jalouse s’il n’avait pas été autant attentionné envers elle.

 

Daniel en revanche, découvrait un autre Colonel O’Neill. En fait, il découvrait Jack. Bien qu’il l’ait vu proche de Skaara, le voir avec sa fille, si petite, c’était autre chose et c’était très beau.

 

- Ça s’est bien passé chez mon frère. Mais je me dis que j’aurais dû la-lui laisser encore. Comment on va faire pour le briefing ?

- On a eu un coup de fil ce matin. On a une place à la crèche de Colorado Springs.

- Ah oui ?! C’est super !

- Ouais…

- Tu n’as pas l’air convaincu…

 

Jack fit une mine chafouine pendant qu’il caressait lentement le dos de son bébé.

 

- C’est juste qu’elle n’a jamais été là-bas. Depuis qu’elle est née, elle a toujours été avec nous, tout le temps.

- Elle a six mois, il est temps justement qu’elle voie autre chose que nous en permanence. Je suis sûre que ce sera bénéfique pour elle d’être avec d’autres enfants.

- Certainement…

- Bon, je vais prendre une douche.

 

Sam s’éloigna, sans oublier d’embrasser Jack encore une fois.

 

- Tu ne dois pas t’ennuyer avec elle, sourit Daniel.

- Je te le confirme !

- Je suis vraiment content pour toi Jack.

- Merci Daniel – puis s’adressant à sa fille – Allez ma Gracie, tu vas aller voir tonton Daniel pendant que je prépare ton biberon.

- Quoi ?! Oh non Jack, je ne sais pas m’y prendre avec les enfants…

- On dirait Sam avant qu’elle ne devienne maman, répondit Jack en levant les yeux au ciel. Pourquoi vous croyez tous qu’ils vont vous manger ?

 

Jack avait déposé sans sommation le bébé dans les bras de Daniel et était parti vers la cuisine. Daniel regardait la blondinette toujours un peu endormie. Il n’était pas très à l’aise mais devait reconnaitre qu’il n’y avait rien de dérangeant à porter Grace ainsi. Elle l’observait avec attention. Elle posa sa petite main sur sa joue, ce qui le fit craquer inévitablement.

 

En revanche, lorsqu’elle posa ses doigts sur les verres de ses lunettes, il la trouva tout à coup moins adorable. Heureusement, son ami réapparut très vite avec le biberon et il put retrouver son espace vital.

 


 

Les semaines suivantes furent sportives. Les missions avaient commencé rapidement pour SG1. Jack et Sam travaillaient avec plaisir ensemble.

 

Ils avaient trouvé une nourrice à dix minutes de chez eux, qui gardait Grace la nuit lorsque leurs missions duraient plusieurs jours. Ils la payaient une petite fortune, mais ils devaient avouer qu’elle était géniale avec Grace. Elle avait parfois dû la garder plus longtemps que prévu quand leurs missions débordaient.

 

Il est certain que des imprévus qui les avaient retenus, il y en avait eues ! Kawalski avait été infesté par un Goa’uld. Jack avait été très touché par la perte de son ami. Celui-ci, sous l’influence de l’ennemi, avait pris Sam en otage et l’avait blessée. « Ça commence » s’était dit Jack au sujet de son couple au travail.

 

Ensuite, ils avaient bu un alcool local sur une planète et Sam avait entamé un strip-tease. Il avait dû l’extraire sous les hués de l’assistance. Plus tard, elle avait été enlevée pour sa beauté, dans le but d’être vendue comme une marchandise. Jack s’était dit « Ça continue… ».

 

Plus tard, ils avaient attrapé un virus extra-terrestre qui les avait changés en hommes préhistoriques. Il avait l’habitude que Sam soit entreprenante, mais son attitude dans le vestiaire lui avait tout de même fait comprendre que quelque chose clochait, d’autant qu’ils s’étaient entendus pour ne pas avoir de marques d’affection au travail. Ceci dit, puisqu’elle devait se comporter en femelle sauvage, autant qu’elle le choisisse lui plutôt qu’un autre…

 

Par ailleurs, récemment, le passé de Sam avait ressurgi. Elle lui avait déjà parlé de son ex, Jonas Hansen. Sans lui donner trop de détails, elle lui avait confié qu’il était mégalomane, voire paranoïaque. Elle avait d’abord accepté sa demande en mariage, probablement car elle l’aimait – Jack ne le lui avait pas demandé – puis elle lui avait rendu sa bague, devant l’ampleur de son dysfonctionnement. Il ne semblait pas lui avoir fait du mal physiquement ni l’avoir trop chamboulée, c’était déjà ça. Le type avait passé des années chez les Black Ops, tout comme lui. Il osait toutefois espérer que cela ne l’avait pas rendu fou comme Jonas.

 

L’avantage était que lorsqu’ils revenaient de mission, ils disposaient d’au minimum deux jours de repos. Le mot « repos » étant bien entendu absent du vocabulaire de Sam, elle travaillait dans son laboratoire du matin au soir.

 

Elle rentrait toutefois toujours à temps pour voir sa fille avant qu’elle ne s’endorme. Elle passait tous ses week-ends avec eux sauf exception, elle était toujours aussi fougueuse avec lui, donc cette configuration lui convenait parfaitement. La voir s’épanouir auprès de lui et de Grace était une victoire pour Jack.

 

Leur vie était bien remplie et il devait avouer que Sam avait raison lorsqu’elle lui avait dit qu’ils végétaient tous deux. Il était lui-même désormais épanoui, jouant son meilleur rôle de chef d’équipe sur le terrain, tout en pouvant rentrer plus souvent que lorsqu’il partait en mission au Moyen-Orient ou ailleurs. Il profitait de sa petite fille, son trésor, qu’il voyait grandir avec une joie indescriptible.

 

Au SGC, l’ambiance était bonne. Ils s’entendaient bien avec les autres militaires. Un jour, il dut recadrer certains d’entre eux…

 

SG1 était rentré de mission et les hommes s’étaient rendus dans le vestiaire pour prendre leur douche. Sam devait attendre que le vestiaire se vide pour y avoir accès. Alors que Jack terminait sa douche, il enroula sa serviette autour de sa taille et s’apprêtait à rejoindre son casier lorsqu’il entendit l’un des militaires dire :

 

- Ne trainons pas, le Capitaine Carter attend pour rentrer dans le vestiaire.

- Oh mais qu’elle n’attende pas ! Moi je serais ravi de l’accueillir !

- Monroe…

- Quoi ? Attendez, jouez pas les prudes ! C’est un canon cette fille !

- C’est vrai qu’elle est belle. Le Colonel O’Neill a de la chance.

- Il a de la chance parce que sa femme est belle et sexy. En revanche, si j’aimerais bien lui faire sa fête, je n’aimerais pas la supporter au quotidien.

- Pourquoi ? Je la trouve sympa et elle est très intelligente.

- Tu aimes être avec une fille parce qu’elle est intelligente toi ? Sérieux… Une fille comme ça, c’est le genre qui veut tout commander, castratrice tu vois. O’Neill est peut-être un ancien Black Ops, un super pilote, mais est-ce qu’il en a assez dans le pantalon pour se faire obéir ? Ou alors… elle aime être soumise à la maison. J’avoue que cette idée m’excite !

- T’es pas bien Monroe…

 

Jack resta coi face à de tels propos. Il se doutait que leur mariage devait faire jaser mais pas que certains pourraient parler ainsi de Sam. Ce genre de comportement le dégoutait. Daniel et Teal’c l’avaient rejoint et avaient également écouté. Daniel secouait la tête d’agacement. Teal’c, comme à son habitude, se contentait d’incliner la tête. Il se demandait ce que son ami pensait de tout cela. Il n’avait pas l’impression que les Jaffas étaient du genre « égalité des sexes ». Mais Teal’c en particulier, paraissait accepter Sam comme n’importe quel autre soldat.

 

Jack se décida finalement à rejoindre son casier, suivi par ses deux camarades.

 

- C’est gentil de vous inquiéter de ce que j’ai dans le pantalon Major Monroe, mais tout va bien de ce côté-là, je vous rassure.

 

Monroe, yeux fermés et lèvres pincées, comprit qu’il allait prendre cher. Les deux autres militaires avaient sursauté et semblaient effrayés.

 

- Vous êtes un connard Monroe, on vous l’a déjà dit ? La façon dont vous parlez des femmes est indigne d’un major de l’Air Force.

- Je vous présente mes excuses Mon Colonel.

- Je ne vous ai pas autorisé à parler Major. Ici le Capitaine Carter n’est pas ma femme. C’est un soldat qui a plus de courage et de compétences que vous. Je ne le dirai qu’une fois, alors je compte sur votre grande bouche pour faire passer le message. Je vous interdis de parler de mon couple. Si vous tenez tant à vous divertir avec des histoires de cœur, lisez les journaux people ou regardez un soap opera. Je vous rappelle que je suis colonel, que je suis le second du Général Hammond. Je peux faire sauter qui je veux ici. Celui qui emploiera des propos sexistes ou colportera des rumeurs, il dégagera. C’est compris ?

- Oui Mon Colonel, répondirent en choeur les trois militaires.

- Maintenant dégagez.

 

Ceci avait été un moment fort désagréable pour Jack et il espérait que sa mise au point suffirait. Il avait ensuite entendu seulement une fois un militaire expliquer à ses camarades qu’il avait vu le couple au parc avec leur fille, qu’ils lui avaient semblé particulièrement heureux, que leur fille était très mignonne et qu’ils formaient un beau couple. Il ne pouvait pas empêcher les gens d’être curieux mais si au moins ils étaient bienveillants, c’était déjà ça. SG1 semblait populaire au sein du SGC et il pensait que cela pouvait leur permettre d’éviter les ragots.

 

Il s’était gardé de raconter à Sam ce qui s’était passé dans les vestiaires. Celle-ci était sur son petit nuage scientifique, passionnée et très occupée. Elle n’imaginait pas qu’elle puisse faire l’objet de l’attention des autres. Elle avait toujours vécu sa vie en brillant de mille feux, mais avec gentillesse et sans prétention. C’était l’une des choses qui faisait qu’il l’aimait : elle ne se rendait pas compte à quel point elle était merveilleuse, bien qu’il passât son temps à le-lui rappeler.

 


 

Un jour, Ferretti convia SG1, SG2 et SG3 à un barbecue chez lui, conjoints compris. Malheureusement, Teal’c n’eut pas l’autorisation de sortir de la base. Cela énervait Jack au plus haut point mais il faisait confiance à Hammond pour trouver une solution d’ici quelques temps.

 

Jack, Sam et Grace étaient donc arrivés ce dimanche-là chez Ferretti. Une belle journée ensoleillée s’annonçait. La femme de Ferretti les accueillit à la porte. Elle accapara tout de suite Sam pour l’emmener en cuisine. Jack s’était donc présenté sur la terrasse avec Grace dans les bras. Tout le monde était déjà présent.

 

- Ahhh, Colonel ! dit Ferretti avec entrain.

- Bonjour Ferretti ! Bonjour tout le monde. Je vous présente Grace, présenta-t-il fièrement sa fille de 10 mois, qui faisait un grand sourire à l’assistance.

- Mais qu’est-ce qu’elle est jolie ! dit le lieutenant Kyle de SG3.

- Elle ressemble à sa mère ! remarqua un autre.

- Eh oui, elle a de la chance ! dit Jack en claquant un baiser sur la joue de sa fille. Mon poussin, je crois que tu as très envie d’aller embêter tonton Daniel !

 

Jack déposa Grace sur les genoux de Daniel qui fit une moue contrite. La petite fille ne tarda pas à attraper ses lunettes…

 

- Où est le Capitaine Carter ? demanda Ferretti.

- Je crois que votre femme lui fait visiter la cuisine. Ça doit la passionner…

- Elle ne cuisine pas ?

 

Jack rit silencieusement, des images lui passant par la tête.

 

- Non, Carter… ce n’est pas vraiment une ménagère vous savez… dit finalement Jack avec amusement. C’est moi qui ai fait le cake qu’on a amené.

- Je vois. Désolé, parce que ma femme en revanche c’est la femme au foyer typique. Elle doit actuellement tenir une réunion avec les femmes de Kyle, Loder et Barns dans la cuisine.

- J’imagine la tête que doit faire Sam alors, rajouta Jack en riant.

 

Sam avait dû réussir à s’échapper car elle débarqua seule et soulagée dans l’encadrement de la baie vitrée.

 

- Salut les gars ! leur lança-t-elle avec un grand sourire.

- Salut Sam, répondit un Daniel à la vision floue, dépourvu de ses lunettes.

 

Daniel était le seul à avoir répondu. Les autres s’étaient quelque peu figés. Jack les regarda, incrédule, puis reposa ses yeux sur Sam, qui s’interrogeait sur l’absence de réponse.

 

Jack saisit vite d’où venait leur trouble. Il est vrai que Sam avait choisi une jolie robe rouge à fines bretelles, lui arrivant à mi-cuisse, froncée au niveau de la poitrine et laissant voir un charmant décolleté. Ses cheveux dorés reflétaient le soleil. Comme toujours, elle était très belle.

 

Il ne doutait pas que les compagnes de ses collègues étaient jolies également, mais d’une part Sam avait cette prestance qui attirait les regards, d’autre part, elle était le capitaine qu’ils côtoyaient au quotidien en treillis et ils n’étaient pas habitués à la voir apprêtée ainsi.

 

- Bonjour Capitaine Carter ! répondit enfin Ferretti. Désolé, on n’est pas habitués à vous voir en civile.

- Ah.

- Ma femme ne vous a pas trop importunée ?

- Oh non ! Votre femme est très gentille. Mais il ne faudra pas m’en vouloir si je ne rejoins pas le club de broderie.

 


 

Sam avait apprécié ce moment convivial. Elle adorait sa vie. Presque pas une ombre au tableau ne venait ternir son bonheur. Même lorsqu’elle se trouvait en mauvaise posture durant les missions, elle en tirait instruction et résilience.

 

Son bébé grandissait et elle se trouvait repue d’amour lorsqu’elle la tenait contre elle, que l’enfant serrait ses petits bras autour de son cou, qu’elle frottait son nez contre sa peau si douce. Sa petite poupée d’amour, blottie dans les bras de l’homme de sa vie, c’était l’image parfaite qu’elle avait toujours en tête pour gonfler son cœur dès qu’elle avait un coup de mou.

 

Passer des heures en mission avec son Jack et des collègues géniaux ; des heures dans son labo à analyser leurs incroyables trouvailles ; difficile de trouver travail plus satisfaisant. Le soir, rentrer chez elle, retrouver sa famille adorée, faire l’amour avec un homme qu’elle aimait de passion et de raison, et qui le lui rendait si bien, s’endormir contre lui jusqu’au petit matin, que demander de plus à la vie ?

 

Mais…

 

Ce bonheur n’était-il pas trop grand pour durer ?

 

Parfois cela l’effrayait. Lorsqu’elle détectait un voile de tristesse dans le regard de Jack, elle paniquait intérieurement. « Tout va basculer... Il a divorcé, mais est-il vraiment passé à autre chose ? Aime-t-il toujours Sara ? Regrette-t-il son ancienne vie ? Suis-je si importante pour lui que l’a été Sara ? Ne suis-je pas seulement un second choix, son choix par dépit ? M’aurait-il voulue si je n’avais pas été enceinte de lui si vite ? Il me dit chaque jour qu’il m’aime, que je suis merveilleuse. Mais est-ce si fort pour lui que ça l’est pour moi ? ». Tant de questions qui la taraudaient.

 

Le regard triste de Jack ne durait jamais que quelques secondes, puis il redevenait doux et heureux. Alors elle retrouvait son souffle. Elle ne le surprenait jamais s’attardant sur les photos de son fils, pourtant il y en avait beaucoup dans leur maison. Peut-être s’arrangeait-il pour le faire lorsqu’elle n’était pas là ? Elle aurait pourtant aimé qu’il lui en parle, qu’il se confie à elle. Mais en aucun cas elle ne l’y forcerait.

 


 

Au retour de leur mission sur cette planète de sable jaune souffre, de laquelle ils avaient rapporté des cristaux bleus étranges, Sam passa au vestiaire.

 

Elle y trouva Jack qui regardait de veilles photos de Charlie, Sara et lui, une boite à souvenirs ouverte sur ses genoux. Elle se sentit immédiatement menacée, bien qu’elle s’agaçât de cette réaction puérile. De plus, elle trouva étrange que Jack regarde ces photos dans ce vestiaire du SGC.

 

- Tu vas chercher Grace ? J’ai encore du travail ici avec les cristaux, lui demanda-t-elle pour lui rappeler subtilement sa famille actuelle.

 

En l’absence de réponse, elle posa une main sur son épaule et s’assit à côté de lui.

 

- Est-ce que ça va ? Pourquoi tu regardes ces photos maintenant ?

- …

- Jack ? insista-t-elle en passant une main douce sur sa nuque.

 

Il tourna enfin ses yeux vers elle.

 

- Sam ?

- Oui ? Tu as l’air ailleurs. Qu’est-ce qui ne va pas ?

- Sam…

 

Il saisit sa main pour la presser contre sa joue. Il nicha ensuite sa bouche dans sa paume qu’il embrassa.

 

- Jack, dis-moi ce qui ne va pas…

- Je voudrais voir Charlie.

- Oh…

 

C’était la première fois qu’il lui parlait si ouvertement de ce qu’il ressentait à propos de Charlie. Que lui arrivait-il ? Pourquoi maintenant, dans ce vestiaire, au SGC ?

 

- Tu veux qu’on en parle ?

 

Jack secoua lentement la tête en signe de négation tout en relâchant sa main.

 

- Tu peux aller chercher Grace plus tard si tu as besoin d’un peu de temps seul.

- Grace ?

- Oui, Grace, notre fille…

- Grace, dit-il en souriant.

 

Il était vraiment très étrange.

 

- Au revoir Sam.

 

Il déposa la boite de photos dans le casier et quitta la pièce sans se retourner.

 

- A ce soir…

 

Sam referma le casier. Elle rencontra Daniel qui entrait à son tour dans le vestiaire, croisant Jack.

 

- Jack est bizarre.

- Oui…

- Qu’est-ce qui lui arrive ?

- Je ne sais pas, il m’a parlé de Charlie. Il a dit qu’il aurait aimé le voir.

- Oh. C’est dur… Il t’en parle parfois ?

- Très peu. Parfois il dit « Charlie faisait ça aussi » quand Grace fait quelque chose. C’est à peu près tout. Je ne lui pose pas de questions pour ne pas l’importuner, mais peut-être que je devrais l’aider à s’ouvrir.

- Ce n’est pas évident. Il faut lui laisser du temps. Ça ne fait pas si longtemps que ça que vous vous connaissez après tout.

 

Sam leva des yeux embués vers Daniel. Elle était sûre qu’il n’avait pas voulu la blesser, mais il n’aurait pas pu trouver pire remarque pour la faire douter un peu plus. Daniel remarqua tout de suite son erreur.

 

- Ce que je veux dire c’est que Jack ne parle pas beaucoup, de façon générale… Sam, ce n’est pas ce que je voulais dire, pardon.

- Non mais… tu as raison. Parfois j’ai peur de m’être bercée d’illusion et que tout s’arrête.

- Oh mais non ! Tu n’as pas à t’en faire ! Jack est fou de toi, c’est flagrant.

- Je ne sais pas. Quand il est tombé amoureux de moi, je travaillais au Pentagone, j’étais un peu perdue. Et puis je suis tombée enceinte si vite. Je ne sais pas si je corresponds vraiment à ses attentes.

- Tu sais, je ne crois vraiment pas que Jack ait des attentes… Quand je l’ai rencontré, il voulait en finir avec la vie. Tu le sais n’est-ce pas ?

- Oui…

- Il n’a pas d’attente, il prend la vie comme elle vient. Je le vois quand il te regarde, il se demande pourquoi il a autant de chance. Il est heureux Sam, je te le garantis. Mais tu ne peux pas l’empêcher d’être triste pour Charlie.

- Je sais…

 

Daniel l’avait quelque peu rassurée finalement. Ils se mirent au travail sur les cristaux. Travail qui avait la capacité de l’absorber au point qu’elle en oubliait souvent ses problèmes. En l’occurrence, elle chassa ses idées noires et le comportement étrange de Jack, et se plongea dans ses analyses et théories.

 

Toutefois, lorsqu’un double de Jack passa la porte des étoiles, elle s’inquiéta. Ce Jack ressemblait plus au sien que celui auquel elle avait parlé dans le vestiaire. Elle tenta d’appeler chez elle, mais personne ne décrocha. Jack avait très bien pu emmener Grace au parc, comme il le faisait souvent. Un peu plus tard, les analyses du Dr Frasier confirmèrent que le dernier venu était bien Jack. Elle commença donc à paniquer.

 

Elle appela la nourrice :

 

- Anna, c’est Samantha, la maman de Grace. Est-ce que son père est venu la chercher ?

- Oui, il y a deux heures déjà.

- … Est-ce qu’il vous a paru étrange ?

- Etrange ?? Eh bien, c’est vrai que je l’ai trouvé très silencieux, il ne m’a fait aucune blague… Mais il était très heureux de retrouver Grace comme à chaque fois. Peut-être un peu mélancolique maintenant que vous le dites. Est-ce qu’il y a un souci ?

- Non… Il est un peu malade aujourd’hui. Mais ce n’est rien, merci Anna. Au revoir.

 

Un frisson parcourut Sam de la tête aux pieds. Un extra-terrestre était parti avec son bébé. Certes, ce peuple n’avait pas l’air agressif d’après les échanges qu’elle avait pu avoir avec l’un d’entre eux. En revanche, ils avaient appris qu’il était radioactif et qu’il pouvait être un danger mortel pour ceux qui l’approcheraient.

 

Dès que possible, elle expliqua la situation à Jack, tâchant de garder son calme :

 

- Ton double est allé chercher Grace chez Anna. Il est parti avec elle.

- Quoi ?! Allons tout de suite à la maison.

- D’accord…

 

SG1 se rendit donc à leur domicile. Il n’y avait personne. Ils vérifièrent au parc, en ville... ils étaient introuvables.

 

- Jack. Ton double regardait des photos de Sara, Charlie et toi dans le vestiaire. Il a dit qu’il aimerait voir Charlie. Tu crois qu’il aurait pu aller chez Sara ?

 

Jack se précipita vers une cabine téléphonique et tenta de joindre Sara. Il tomba sur le répondeur. Il raccrocha violement le combiné. Son double n’avait pas de mauvaises intentions mais il pouvait blesser sa fille mortellement. Cela ne pouvait pas se reproduire... « Pitié, non… ».

 

- On va aller chez Sara…

 


 

Le double de Jack venait d’arriver devant chez Sara. Il compara la maison avec celle qu’il voyait sur la photo de famille récupérée dans le casier, celle-ci correspondait. Il sortit Grace de son siège auto et la porta dans ses bras. Son attitude était toujours un peu hébétée : ce double de Jack n’agissait pas comme l’aurait fait le vrai. Il savait conduire, savait s’orienter, savait qui était qui. Mais il ne percevait pas les choses comme un humain, parce qu’il n’était pas un humain, tout simplement.

 

Il s’approcha lentement de Sara, penchée au-dessus du capot ouvert d’une voiture.

 

- Jack ? s’étonna-t-elle.

- Sara. Je dois voir Charlie, est-ce qu’il est là ?

- Quoi ? Jack, qu’est-ce que tu racontes, et qui est cette enfant ?

- C’est Grace.

- Grace ? Et qui est Grace ?

- C’est ma fille.

- Ta fille ?! s’exclama Sara stupéfaite. Jack… Mon dieu… Tu… On ne s’est pas vus depuis le jour du divorce et tu débarques aujourd’hui avec… ta fille de… elle a quoi ? Au moins un an ! Et en plus tu me demandes si Charlie est là ? Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?!

 

Sara courut vers sa maison, bouleversée. Le père de la jeune femme sortit en suivant et s’adressa à Jack.

 

- Bouleverser une femme pour tenter de regagner son cœur, c’est stupide. On vous l’a déjà dit ?

- Vous venez de le faire.

- Qui est cette petite ?

- Ma fille, Grace.

- Jack… Qu’est-ce que vous fichez ? Bon… entrez.

 

Jack entra et se dirigea comme un automate vers la chambre de Charlie, tenant encore Grace dans ses bras, sage, comme toujours. Il caressa des objets ayant appartenu à Charlie.

 

- Je croyais trouver Charlie ici, dit-il à l’attention de son ex-beau-père.

- Regardez autour de vous, il est partout ici…

- Il est parti… Qu’est-ce que je peux faire ?

- Il arrive que Sara vienne ici et lui parle. Ça l’aide. Si ça vous aide, je suis content que vous soyez là. Vous savez Jack, pour un irlandais vous parliez peu, mais ça n’a jamais eu d’importance. Vous êtes un type bien et vous avez épousé ma fille. Parlez à Charlie si vous êtes là pour ça. Mais Sara pense toujours à vous. Si vous lui brisez le cœur, vous le regretterez.

 

Le double de Jack voyait des souvenirs sous forme de flash : il jouait au baseball avec Charlie, il vivait des moments de bonheur en famille. Puis il revécu le coup de feu, celui qui avait emporté son fils pour toujours. Il s’assit sur le lit. Il attrapa un vêtement qui avait appartenu au garçon et le porta à son visage, la tristesse le consumant.

 

La petite Grace, debout sur le lit à côté de lui, dut sentir sa détresse car elle se blottit contre son dos, collant son visage contre son épaule. « Pa pa pa pa pa » articulait-elle doucement.

 

Sara passa par là et s’étonna de voir Jack au bord des larmes. Toutefois, elle ne l’aborda pas.

 

Le double de Jack finit par redescendre les escaliers, Grace dans ses bras. Sara, assise sur un fauteuil, lisait distraitement un livre.

 

- Tu n’as pas parlé de Charlie depuis qu’il est mort. Pourquoi maintenant ? Que faisais-tu là-haut ? lui demanda-t-elle un peu sèchement.

 

Le double de Jack se tourna vers elle.

 

- Tu te souviens ce jeu qu’adorait Charlie ?

- Le baseball ?

- Baseball… Il adorait ce jeu.

- Il aimait y jouer, avec toi… Jack…

- Je dois retourner à la porte des étoiles.

- Retourner à quoi ? s’étonna Sara, de plus en plus effarée par l’attitude inhabituelle de Jack.

- La porte des étoiles. C’est un grand objet, rond et métallique, un anneau d’énergie.

- Tu sors toujours une blague pour éviter de me parler, se désola Sara.

- Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Jack en voyant que les yeux de Sara étaient rouges.

- J’ai pleuré, voilà ce qui ne va pas, répondit Sara avec évidence. Qu’est-ce que tu as toi ?! Là-haut, je ne t’avais jamais vu comme ça. J’ai cru que tu allais pleurer. Où est passé le dur militaire O’Neill ? demanda-t-elle, sarcastique.

- Je ne pense pas que je le sois, finit-il par admettre avec le sourire, toujours un peu désorienté.

 

Jack et Sara se rendirent finalement au parc. Ils observaient distraitement Grace marcher dans l’herbe, arrachant des brins par-ci par-là, tombant parfois sur les fesses, s’exclamant de joie lorsqu’elle trouvait une fleur.

 

- Alors Jack, c’est quoi l’histoire ? Comment tu peux déjà avoir une fille ? Qui est sa mère ?

- Sam.

- Sam ? Est-ce que vous êtes ensemble ?

- Oui. C’est ma femme.

- Je vois… Je ne te cache pas que ça me fait mal.

- Je suis désolé.

- Parle-moi Jack... Dis-moi pourquoi tu es là…

- Est-ce que tu es en colère Sara ?

- Non, répondit la jeune femme, étonnée de cette question.

- Tu l’étais.

- Quand ?

- Quand Charlie est mort. C’est pour ça que je suis parti.

 

Sara marqua une pause, désorientée.

 

- … Tu es un salaud Jack ! Tu dis que tu es parti parce que tu croyais que j’étais en colère contre toi ? Tu es en train de me dire que c’est ma faute ?!

- Non.

- Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? Pourquoi tu n’as rien demandé ?

- J’aurais dû, mais je ne l’ai pas fait. Alors tu étais furieuse, indiqua le double de Jack de façon neutre, exposant seulement les faits.

- Non… Oui… Tu t’attendais à quoi ?! Ça s’est passé dans notre maison. C’était ton arme… Je sais que tu t’en veux, reprit Sara les larmes aux yeux, mais si tu t’étais ouvert à moi, si tu avais ôté ta carapace, on aurait pu s’aider mutuellement. J’avais besoin de toi.

- Je sais.

- Tu sais ? Et tu dis ça comme ça après tout ce temps ?

- Je suis désolé que ça ait pris autant de temps. J’aurais dû le dire avant.

- C’est ce que tu es venu me dire ?

- Rien ne pourra te faire comprendre ce que je suis venu faire ici.

- Essaye.

- Si j’avais pu ramener Charlie à la porte des étoiles…

- Arrête avec ça ! Charlie est parti Jack ! On devrait parler de nous et de ce qui s’est passé et pas

 

Sara fut interrompue par le déplacement chancelant de Jack. Tout à coup, il fut traversé de violentes décharges électriques qui le firent se tordre de douleur et hurler.

 

- Qu’est-ce que c’était ?! Qu’est-ce qui t’arrive ?! lui demanda Sara paniquée lorsque les décharges bleutées disparurent.

 

Mais le double de Jack n’était pas en état de répondre. Sara décida de l’emmener à l’hôpital, prenant Grace en charge également.

 


 

Alors qu’ils allaient se rendre chez Sara, le Général Hammond vint à la rencontre de SG1.

 

- Personne au domicile de votre femme. Mais un J. O’Neill a été hospitalisé il y a une heure.

 

Dans le fourgon qui les emmenait à l’hôpital, Sam gardait la tête baissée et les joues tremblantes. Jack la regardait, impuissant. Il passa une main dans son dos.

 

- Je suis inquiet aussi Sam, mais si mon double est à l’hôpital, Grace doit être sous bonne garde, surtout si Sara est là.

- Oui, ta femme…

 

Jack ferma les yeux. Jusqu’ici, Sam n’avait parlé que pour délivrer des explications scientifiques. Il savait qu’elle gardait ce mode professionnel pour canaliser sa peur. Lorsque le Général Hammond avait mentionné « votre femme » en parlant de Sara, il n’avait pas relevé. Il n’avait même pas réalisé. Sa femme, c’était Sam, pas Sara. Avec le recul, il était évident qu’elle ne pouvait pas l’avoir bien pris.

 

- Eh, regarde-moi, dit-il en posant une main sous son menton. Ne pense pas à ça. Je ne sais pas pourquoi il est allé là-bas, je ne sais pas ce qu’il cherche, mais on va retrouver Grace et on va rentrer tous les trois à la maison. D’accord ?

 

Sam se contenta d’acquiescer. Jack ne trouvait pas les mots pour la rassurer. « Peut-être est-il incapable de les dire car il ne les pense pas… », se dit-elle.

 

Arrivés à l’hôpital, on les informa de la situation. Son double avait fait beaucoup de dégâts dans l’établissement, envoyant d’énormes décharges électriques aux alentours de sa chambre.

 


 

Dans un couloir de l’hôpital, Sara se faisait soigner la main par une infirmière, tenant Grace d’un bras. Elle regarda la fillette aux petites couettes et lui sourit pour la rassurer. La petite avait pleuré en voyant celui qu’elle croyait être son père en si mauvaise posture. Fort heureusement, elle n’avait pas été blessée.

 

C’est alors qu’elle eut la surprise de voir Jack arriver du fond du couloir, donnant l’instruction d’évacuer.

 

- Sara !

- Jack ?!

- Grace !! cria Sam, qui arracha sa fille des bras de Sara.

 

Elle pleura de soulagement, étreignant sa fille dans ses bras, laissant peu de place à Jack qui avait pourtant autant besoin de retrouver sa fille. Il se contenta de caresser son dos et d’embrasser ses cheveux.

 

Il se tourna ensuite vers Sara. Il plaça ses mains sur ses épaules.

 

- Chérie, écoute, c’est moi ! expliqua-t-il en comprenant qu’elle était sous le choc des doubles Jack.

 

Il la serra dans ses bras et elle s’accrocha à lui. Puis il se détacha, posa ses mains de part et d’autre de son cou et lui parla de nouveau.

 

- Tu vas bien ?

- Oui.

- Ecoute je sais que tu veux savoir ce qui s’est passé, mais plus tard. Tu es sûre que ça va ?

- Oui.

- Quelle chambre ? demanda-t-il à une infirmière.

- La 33.

 

Jack se retourna et se dirigea vers la chambre, tentant de ne pas prêter attention au regard chargé de reproches que lui lançait Sam. Il venait de la blesser, il le savait, mais il devrait gérer cela plus tard. Il saurait se rattraper il le savait. Perdre Sam lui paraissait inenvisageable de toute façon.

 

Sara, Sam et Daniel regardèrent Jack s’éloigner. Sara se retourna vers Sam.

 

- Alors, vous êtes Sam ?

- Oui.

 

Sam s’essuya les yeux. Elle embrassa sa fille et respira profondément son odeur. Être en colère contre Sara n’avait pas de sens. Cette femme avait trop souffert pour qu’elle soit désagréable avec elle. Elle, elle avait la chance de serrer son enfant dans ses bras. Ce n’était pas le cas de Sara.

 

- Merci d’avoir pris soin d’elle, dit-elle à « Mme O’Neill ».

- Je n’ai pas fait grand-chose… Elle est si mignonne.

- On devrait s’éloigner, dit Daniel.

- Bien sûr, allons-y.

 

Une fois Sara en sécurité, Sam lui demanda :

 

- Je pourrais vous demander de continuer à veiller sur elle pendant que je vais voir là-bas ?

- Euh…

- Sam, intervint Daniel, tu peux rester avec Grace, on va gérer avec Teal’c et Jack…

- Non, je veux être là. Grace va bien. Alors Sara, vous voulez bien ?

- Oui, bien sûr.

- Merci.

 

Elle confia de nouveau Grace à Sara, après avoir déposé un baiser sur son front.

 

- Maman va aider papa ma chérie d’accord ? On se revoit dans quelques minutes. Tu vas rester un peu avec Sara. Je t’aime.

 

Sam partit sans se retourner, suivie par Daniel, repassant en mode militaire et scientifique. Ils s’équipèrent rapidement et rejoignirent le reste de SG1.

 


 

Jack se trouvait maintenant face à son double qui venait de lui envoyer involontairement une décharge. L’extra-terrestre l’informa qu’il allait mourir sous peu. Le vrai Jack lui demanda pour quelle raison il était venu ici. Il savait qu’il n’avait pas voulu blesser qui que ce soit. Les Goa’ulds étaient leur ennemi commun, ils avaient détruit son peuple.

 

Le double lui expliqua qu’il l’avait en effet blessé sans le vouloir sur sa planète, par crainte, l’ayant pris pour un ennemi. Il avait ensuite voulu le soigner mais il n’y était pas parvenu, car il ne comprenait pas d’où venait sa blessure profonde.

 

La douleur de Jack venait en réalité de la perte Charlie. Il avait donc pensé qu’en retrouvant Charlie, il guérirait Jack. Sauf qu’il n’avait pas compris ce que signifiait la mort chez les humains. Charlie n’existait plus en tant que chair et os.

 

Jack se sentait si vulnérable en cet instant.

 

- Charlie est parti, lui dit-il.

- Non, il est là, lui répondit le double en montrant son cœur avec faiblesse.

 

C’est alors que le double de Jack se transforma… en double de Charlie. Jack savait. Il savait que ce n’était pas son fils. Mais cette apparition était incroyable. Douloureuse, mais belle. L’enfant s’adressa à lui.

 

- Tu ne peux pas changer ce qui m’est arrivé, comme je ne peux pas changer le jour où les Goa’ulds ont détruit mon monde. Je te montre que Charlie est toujours là, en toi.

 

Jack encaissait. C’était dur, c’était cruel, mais en même temps, c’était probablement salvateur.

 

Daniel l’interpella à deux reprises. Sam expliqua que les radiations étaient toujours basses mais elle ne savait pas pour combien de temps.

 

- Nous devons partir, dit-il lentement à « l’enfant ».

- Est-ce que Sara O’Neill est toujours là ? demanda le double de Charlie avec le sourire.

- Oui…

 

Il y avait bien longtemps que Jack n’avait plus de larmes. Elles existaient mais restaient en lui. Malgré cela, cette fois-ci, il décida qu’il agirait de la bonne façon. Il ne se replierait pas sur lui-même. Il conduisit l’enfant jusqu’à son ex-femme.

 

Sara tenait toujours Grace dans ses bras. Sam la-lui retira avec délicatesse. La pauvre femme fut totalement sous le choc lorsqu’elle vit l’enfant avancer vers elle.

 

- Ce n’est pas Charlie, précisa Jack.

 

Sara acquiesça et caressa la main de Charlie. Jack observa la tristesse infinie de Sara.

 

Il avait été si lâche de l’abandonner dans sa détresse à l’époque. Il le savait. Il n’était plus cet homme-là maintenant. Mais il appartenait désormais à une autre.

 

Sara était son passé. Un passé dont il n’avait pas honte, qu’il ne reniait pas, mais qu’il n’avait pas envie de revivre.

 

Il aimait Sam de tout son cœur, ils étaient faits l’un pour l’autre. Il finirait ses jours avec elle et il oublierait Sara. C’était cruel, probablement injuste pour Sara, mais c’était ainsi et il n’y pouvait rien.

 

- Il faut que je le ramène.

- A la porte des étoiles ? demanda Sara.

- Oui.

 

Elle s’approcha pour qu’il la prenne dans ses bras, ce qu’il fit avec implication.

 

- Quoi qu’il soit, l’autre type, tu sais ce qu’il a dit ?

- J’en ai une petite idée…

- On était plutôt chouettes tous les deux hein ?

- On était les meilleurs.

 

Il se recula, caressa sa joue, puis s’éloigna en prenant la main de l’enfant dans la sienne.

 

Ils devaient faire au plus vite pour ramener l’extra-terrestre sur sa planète avant une nouvelle crise.

 

Il ne monta pas dans le même fourgon que les autres pour limiter les risques. Il embrassa rapidement Grace et Sam, chacune sur le front, puis monta dans une voiture aux côtés du faux Charlie. Il tint sa main tout le long du trajet. Il souhaitait profiter au maximum de ce temps. Il était bien conscient que ce n’était pas son fils, mais pour Sara comme pour lui, c’était une forme de répit, une chance de se dire au revoir.

 


 

Arrivés au SGC, ils se dirigèrent immédiatement à la porte des étoiles dont le vortex était déjà ouvert vers leur destination.

 

Il se retourna vers ses amis. Sam était là, elle lui souriait. Il l’aimait tant, il avait tellement de chance d’avoir trouvé la personne qui était faite pour lui.

 

- Restez-là, je reviens, dit-il.

 

Sam acquiesça. Il franchit le vortex, dit au revoir à l’extra-terrestre, ainsi qu’un grand merci. Puis, il rentra sur Terre.

 

Lorsqu’il arriva au SGC, il demanda à Daniel si Sam était encore là. Elle était en fait rentrée chez eux avec Grace.

 


 

Il arriva rapidement chez lui. Il les trouva en train de jouer. Sam lui sourit mais son regard était triste, hésitant. Lui au contraire se sentait bien. Il avait confiance. Il était serein. Il sourit avec joie.

 

Il souleva Grace et la berça longuement. La fillette se laissa faire. Il put à loisir la respirer, la caresser. Son bébé… La vie ne pouvait pas tout lui prendre deux fois. C’était impensable. Il ne pouvait qu’avoir confiance. Il ne pouvait que nager, se noyer même, dans le bonheur que ce petit être lui procurait, cette seconde chance que la vie lui offrait. Il lui fit de multiples baisers dans son cou gracile. Cela la fit rire. Ce rire, si magnifique, le transcendait d’amour.

 

Il déposa l’enfant et s’assit à côté de Sam sur le canapé. Il passa une main sur sa joue, comme il l’avait fait auparavant avec Sara.

 

- Je suis désolé pour tout ça ma chérie.

- « Ma chérie »…

 

Il avait appelé Sara ainsi devant elle. Comment ne pas l’avoir relevé ? Elle avait beau essayer de toutes ses forces de se dire que Jack allait lui revenir, elle ne pouvait que douter face à de telles paroles, de tels gestes, qu’elle reconnaissait parce qu’il les lui réservait habituellement. Mais elle n’avait pas idée qu’il pouvait adresser les mêmes à une autre. Elle passait ensuite. Elle était la deuxième. Que pouvait-elle y faire ?

 

Jack nota le « ma chérie ». Il n’avait pas réfléchi lorsqu’il avait dit cela à Sara. La voir si fragile avait déclenché chez lui un réflexe de protection. Ce n’était pas le même « ma chérie » qu’il adressait à Sam. Mais cela, elle ne pouvait pas le savoir…

 

Il devait se rattraper, lui faire sentir qu’elle n’avait rien à craindre. Malheureusement comme l’avait dit son ex-beau-père, il n’était pas bavard. Trouver les mots n’était pas son fort. Toutefois, il ne ferait pas deux fois la même erreur. Il avait détruit son mariage par son silence. Cela n’arriverait pas avec Sam. Elle n’était pas Sara. Ils se ressemblaient plus avec Sam, dans le fond.

 

- Jack, je suis désolée pour tout ce que tu as dû vivre aujourd’hui.

- Ne le sois pas. C’était une bonne chose.

- Vraiment ? Et… revoir Sara, c’était une bonne chose aussi ? demanda-t-elle timidement.

- Oui. Ecoute-moi Sam, dit Jack en prenant son beau visage en coupe. Sara a été ma femme pendant plusieurs années. Notre mariage était loin d’être parfait, mais nous avons été heureux. Je ne veux pas m’en excuser. Cette expérience m’a fait prendre conscience que même si je m’en voudrai toujours pour ce qui est arrivé à Charlie, que ma peine sera toujours là, je peux aussi penser à lui avec joie.

- Je suis heureuse que ça te fasse te sentir mieux vis-à-vis de Charlie. Je n’ai jamais su si je devais ou non t’en parler. J’avais peur de te blesser.

- N’aie plus peur maintenant. Je suis prêt à en parler. Bon enfin… c’est toujours moi, disons… que j’en parlerai de temps en temps, quand j’en aurai besoin… expliqua-t-il en lui souriant.

- C’est super… Et pour Sara ?

- Sara est mon ex-femme.

- Et si elle voulait que vous reformiez un couple ? demanda Sam la voix tremblante. Toi tu voudrais ?

- Non, je te le dis sans hésitation. Non. Sam, je t’aime. J’aurai toujours de l’affection pour Sara. Mais toi je t’aime à la folie. Je n’aime que toi !

- Jack… murmura Sam, profondément touchée et si soulagée.

- Mon amour, la première fois que je t’ai vue, tu m’as totalement retourné. A notre première discussion, je t’ai adorée, au sens premier de l’adoration. La première fois que je t’ai embrassée, j’ai été dingue de toi. Je t’ai aimée tout de suite Sam, je ne saurais l’expliquer ! Je ne sais pas si on doit appeler ça le coup de foudre, en tout cas c’est ce que j’ai ressenti. Une décharge électrique en moi, qui m’a traversé de part en part. Et ça ne m’a jamais quitté depuis. Je n’ai jamais autant été en phase avec quelqu’un. En fait… je n’ai jamais été aussi heureux !

- Oh Jack… Si tu savais comme je t’aime…

- On est fait l’un pour l’autre Sam, c’est écrit dans les étoiles ! Je sais, j’en fais beaucoup… ajouta-t-il en riant. Tu sais… reprit-il sérieusement, j’aurais aimé que Charlie te connaisse. Qu’il connaisse Gracie. On aurait été si bien tous les quatre.

- J’aurais aimé le connaître moi aussi, ajouta Sam qui n’arrivait pas à croire que Jack lui ait dit toutes ces belles choses.

- Tu m’en veux ?

- Non…

- Tu es rassurée ?

- Oui… Mais dis-moi encore que tu n’aimes que moi.

- Je n’aime que toi Samantha Carter, répéta Jack en maintenant fermement son regard dans le sien.

 

« Samantha Carter ». Sam sourit à cette appellation. Elle avait choisi de garder son nom. Parfois elle le regrettait, mais son entrée à SG1 l’avait confortée dans ce choix. C’était beaucoup plus facile ainsi.

 

En entendant le nom de « Sara O’Neill », elle s’était sentie stupide de ne pas avoir voulu prendre ce nom. Avec le recul, elle l’assumait. Ce n’était pas un mariage, ni un nom qui soudait un couple. Elle était Samantha Carter et appartenait pourtant à Jack O’Neill pour sa vie entière. C’était ainsi qu’il l’aimait, faite de choix assumés, de revendications, elle le savait maintenant. Il l’aimait telle qu’elle était, avec ses contradictions, ses approximations, sa passion dévorante, passion qu’elle avait aussi pour lui d’ailleurs.

 

Jack la bascula sur le canapé. Il se plaça au-dessus d’elle et l’embrassa avec fougue, caressant son corps avec possession. Sam répondit à son baiser, bien accrochée à lui. Grace jouait tranquillement à côté d’eux, gazouillant, baignée dans un foyer rempli d’amour. Elle s’approcha d’eux et Jack se sépara légèrement de sa femme pour saisir l’enfant, de façon à la positionner allongée avec eux sur le canapé. Il les étreignit fortement ensemble, ce qui les fit rire. Un son et une image que Jack prit le temps d’ancrer pour toujours dans sa mémoire.

 

Ils avaient confiance en l’avenir. Cet évènement aurait pu détruire leur couple mais l’avait au contraire rendu plus fort, plus évident.

 

Jack devrait recontacter Sara pour lui donner des explications. Il lui parlerait avec la retenue nécessaire, car il savait qu’elle avait toujours des sentiments pour lui.

Notes:

Je voulais évoquer le choix du tutoiement entre les personnages.
Il y a quelques années, lorsque je lisais des histoires où ils se tutoyaient, cela me gênait. Depuis, j'ai revu deux fois toute la série en VO et cela me parait plutôt évident finalement.
J'avais commencé à écrire avec le vouvoiement, mais au fil des chapitres (plusieurs sont déjà écrits) et de l'avancement dans la série, je trouvais assez illogique qu'ils se vouvoient. Aussi j'ai tout repris avec le tutoiement. Je pense que cet AU, qui les inclus clairement dans une famille, plus que dans la série, le justifie.
J'espère que ce choix vous convient aussi.

Chapter 8: Revoir Charlie : Partie 2

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Jack avait appelé Sara le lendemain.

 

- Je te dois des explications sur toute cette histoire, même si je ne pourrai pas tout te dire.

- J’aimerais bien oui.

- Je peux venir te voir ce week-end ?

- Bien sûr. Tu viendras avec Grace et Sam ?

- Oh euh… Je ne sais pas. Tu le souhaites ?

- … Oui. Venez tous les trois.

- D’accord, répondit Jack quelque peu sceptique.

 


 

Le samedi, ils sonnèrent à la porte de la maison de Sara. Jack tenait Grace dans ses bras. Sam était à ses côtés, vêtue d’une petite robe jaune pâle classique, mais qui illuminait son teint, ainsi que d’une veste en jean et de tennis blanches. C’est seulement sur le pas de cette porte que Jack remarqua que Sara portait une tenue similaire lorsqu’il l’avait revue pour la dernière fois. Il trouva cela étrange et regretta un instant que Sam n’ait pas choisi une autre tenue. Trop tard maintenant.

 

- Bonjour, entrez je vous en prie.

 

Le couple suivit timidement Sara vers le salon. Jack regarda autour de lui. Cette maison avait été la sienne, rien n’avait changé. Pourtant, il ne se sentait pas chez lui. Il y avait de bons souvenirs, mais il n’aurait jamais pu rester dans cette maison où le drame s’était produit. Il ne comprenait pas comment Sara faisait pour supporter cela. Elle était une femme courageuse.

 

Sam observa Jack évoluer avec désorientation dans son ancienne maison. Désormais, elle n’avait plus de doute, elle ne se sentait plus menacée par Sara. C’est probablement pour cette raison qu’elle ressentait encore plus d’empathie pour la jeune femme. Si elle perdait sa fille… Un frisson la parcourut, comme à chaque fois qu’elle y pensait.

 

- J’ai fait de la citronnade, vous en voulez ?

- Avec plaisir, dit Jack.

- C’est très gentil de votre part de nous recevoir Sara.

- En fait, je crois que j’avais besoin de vous voir. Tous les trois.

 

Ils hochèrent la tête, peu sûrs de comprendre le besoin de Sara.

 

- Alors Jack, dis-moi, qu’est-ce que c’est « la porte des étoiles » ? commença directement Sara, provoquant des regards gênés chez ses invités.

- Nous n’avons pas l’autorisation pour te le divulguer Sara, je suis désolé. Ce que je peux te dire c’est que mon double, qui était ensuite le double de Charlie, était bien un être doué de pensée et d’émotions, qui s’est nourri de mes souvenirs et… de mes blessures…

- … D’accord. J’imagine que ce n’est pas la peine que je demande si cet être est un extra-terrestre ? tenta Sara.

- Non, en effet.

- En tout cas c’était… extraordinaire. Je crois que… ça m’a fait du bien.

- Moi aussi. Beaucoup de bien.

 

L’ancien couple se regarda avec tendresse et se sourit. Sam n’était pas jalouse, elle était au clair avec les sentiments de Jack. En revanche, elle se sentait de trop. Pourquoi donc Sara avait souhaité sa présence ?

 

Seuls les babillages de Grace se diffusaient dans la pièce. La fillette faisait un petit parcours aller-retour sur le canapé, s’accrochant au dossier.

 

- Alors, racontez-moi comment c’est arrivé vous deux ? reprit Sara avec détermination.

- … Euh… Hum… Eh bien… entama Jack.

- Nous nous sommes rencontrés près de Cheyenne Mountain à Colorado Springs, intervint Sam qui voyait que Jack n’arrivait pas à expliquer leur rencontre flash. Plus ou moins par hasard. Disons que j’étais en détresse au bord de la route et Jack est venu à mon secours.

- Sans arrières pensées !

- Bien sûr, sourit Sam. Il voulait simplement m’aider. Mais… Disons que… Enfin… s’empêtra Sam, finalement gênée à son tour.

- Grace a été conçue très rapidement… Ce jour-là…

- Oh ! Je vois !

- Oui… Tu imagines bien que je n’avais pas prévu d’avoir un autre enfant. Mais voilà, c’est arrivé, Grace, ma princesse…

 

Sa fille s’accrochait à son dos et il attrapa ses petites mains devant lui, y déposant un baiser.

 

- Jack…

- Oui pardon, ma merveilleuse fille. Sam n’aime pas que je fasse d’elle une princesse, plaisanta Jack, même s’il était d’accord avec les explications que Sam lui avait données.

- Grace est vraiment une petite fille adorable, reprit Sara. Je ne veux pas te vexer Jack, mais c’est le portrait craché de sa mère, elle ne te ressemble pas !

- Tant mieux pour elle, répondit Jack sincèrement.

- Et donc, vous vous êtes mariés pour Grace ? enchaina Sara.

 

Elle semblait avoir besoin de comprendre, « peut-être de savoir s’il lui reste une chance ? » se demandèrent-ils.

 

- … J’ai demandé Sam en mariage parce que je voulais qu’elle et Grace soient en sécurité financièrement. Bien entendu, si Sam n’avait pas été enceinte, on ne serait pas allé aussi vite, on le sait tous les deux… Mais… ça ne change rien au fait que j’aime Sam et que je suis heureux de l’avoir épousée, ce que j’aurais fini par faire de toute façon.

 

Jack avait tourné les choses dans sa tête de multiples façons. Mentir pour éviter de blesser Sara, ou bien lui dire la vérité et l’obliger à accepter qu’eux deux, c’était fini ? Il préféra la vérité. Celle qui blesse, mais qui fait avancer.

 

- Je suis désolé Sara, reprit Jack, osant à peine la regarder.

 

Sam maintenait également les yeux baissés, alors que Grace venait maintenant s’allonger en travers de ses cuisses.

 

- Parlez-moi de vous Sam ! demanda Sara tout à coup avec enthousiasme, ce qui surprit le couple. Vous êtes militaire aussi ? Vous travaillez avec Jack ?

- Euh oui. Tout à fait. Je suis capitaine dans l’armée de l’air.

- Wouah… Quelle est votre spécialité ?

- Je suis astrophysicienne.

- Rien que ça ! Donc, vous êtes spécialiste des étoiles ?

- Oui, entre autres.

- Et donc, vous travaillez ensemble. Mais, ce n’est pas interdit ?

- Normalement si, mais ils avaient tellement besoin de nous en particulier qu’ils ont accepté qu’on soit dans la même équipe, expliqua Jack.

- Ce n’est pas trop dur d’être tout le temps ensemble ?

- Oh non ! répondit le couple en même temps. Au contraire, ajouta Jack.

- Donc Sam, vous n’êtes jamais allée sur le terrain c’est ça ?

- C’est vrai que j’ai passé du temps au Pentagone, mais je suis aussi pilote, j’ai effectué de nombreuses heures de vol pendant la guerre du Golfe. Et puis, j’ai eu l’occasion également d’aller… sur des terrains de guerre, finit-elle en pensant aux missions off-world.

- Eh bien… Vous avez beaucoup de choses en commun… dit Sara, cachant difficilement son amertume.

- Jack ne m’a jamais dit ce que vous faisiez dans la vie, continua Sam dans l’espoir de la sortir de ses idées noires.

- Je ne travaille pas. A ma sortie de l’université, Jack et moi avons emménagé ensemble. Je suis… j’étais… une mère au foyer. Et maintenant… je suis… juste… au foyer…

- Je… Désolée… Qu’avez-vous suivi comme cursus à l’université ?

- Littérature anglaise.

- C’est chouette !

- Oui… En fait, je devrais essayer de trouver du travail maintenant.

- J’imagine que vous devez trouver le temps long seule ici… se hasarda Sam qui regretta aussitôt, ayant peur que Sara ne prenne cela pour une critique.

- C’est vrai…

 

Sam se rassura de voir que Sara ne l’avait pas mal pris. Tout à coup, elle commença à s’interroger.

 

- Et puis, j’imagine que financièrement ça ne doit pas être facile.

- Oh non ça va. La maison est déjà payée et j’ai la pension de Jack.

 

Jack se mordit la joue, alors que Sam fronçait les sourcils.

 

- La pension ?

- Oui, depuis notre divorce, Jack me verse une pension chaque mois.

 

Sam lança un regard interrogateur à Jack, puisqu’elle découvrait totalement ce fait.

 

- On ne manque de rien, commenta-t-il en haussant les épaules.

- Enfin… On paye très cher la nourrice tous les mois !

- On parlera de ça plus tard si tu veux bien, demanda-t-il calmement.

- Oui, bien sûr, répondit Sam.

 

En effet, elle ne souhaitait pas avoir cette discussion devant Sara.

 

- Grace est fatiguée, dit-elle en caressant les cheveux de sa fille allongée sur elle. Il faudrait qu’elle fasse la sieste. Je vais aller chercher la poussette dans la voiture. Je vais lui faire faire un tour, comme ça vous pourrez discuter tranquillement tous les deux, expliqua Sam avec un sourire crispé, même si son intention était tout à fait sincère.

- Je vais t’aider.

 

Le couple sortit donc de la maison. Une fois à la voiture, Jack ouvrit le coffre pour en sortir la poussette, tandis que Grace était blottie dans les bras de sa mère, tombant déjà dans le sommeil.

 

Dès que la poussette fut déployée, Sam l’y installa et l’attacha.

 

- Sam, tu m’en veux pour cette histoire de pension ?

- Non… Je comprends. C’est ton argent après tout.

- On est mariés, ce qui est à moi et à toi.

- Fais comme tu veux Jack.

 

Une fois de plus, Jack remerciait le ciel d’avoir mis cette femme sur son chemin. Elle était tellement compréhensive. Il savait pourtant qu’elle pouvait être intransigeante, qu’elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Malgré cela, elle avait l’intelligence de comprendre ce qui comptait vraiment. De plus, elle était foncièrement gentille.

 

Comme souvent, il eut une envie folle de l’embrasser. Il glissa ses mains dans ses cheveux et posa ses lèvres sur les siennes. Ses mains descendirent vers son dos, de façon à la presser tout contre lui. Elle enroula ses bras sous ses épaules pour renforcer ce contact. Leur baiser devint plus profond.

 

Jamais Sam ne pouvait résister à ces moments d’amour. Elle ressentait un tel courant électrique partout en elle, une bouffée de bien-être et de désir. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils ne s’accordaient jamais de petits moments de tendresse au travail, car ces petits moments devenaient inévitablement de grands et longs moments. Une bulle se formait autour d’eux et le reste du monde disparaissait.

 

C’est Jack qui rompit le baiser, progressivement.

 

- Allez, j’y retourne. A tout à l’heure mon amour.

- A tout à l’heure.

 


 

Jack rentra dans la maison et trouva Sara au bord de la fenêtre. Elle observait Sam s’éloigner avec Grace. Il se mordit la joue en supposant qu’elle avait dû les voir s’embrasser passionnément. Il avait fait en sorte de ne pas avoir de gestes de tendresse envers sa femme dans la maison, soucieux de ne pas blesser davantage Sara. Or, il venait de lui faire une démonstration de l’amour passionnel qu’il portait à Sam. « Quel manque de tact Jack », se dit-il.

 

- Vous avez l’air tellement heureux.

- Je suis désolé…

- Tu es désolé d’être heureux ?

- Je sais que c’est injuste pour toi. Je n’ai pas cherché à ce que ça arrive tu sais.

- Je sais.

- Sara… Pourquoi est-ce tu as voulu que Sam et Grace viennent ?

- J’avais besoin de savoir si tu étais heureux. J’avais besoin de savoir si tu aurais voulu qu’on se remette ensemble, si tu avais toujours des sentiments pour moi… Je constate que non, conclut la jeune femme dans un sourire triste.

 

Jack se contenta de secouer lentement la tête pour lui répondre.

 

- Bien… Je vais pouvoir aller de l’avant alors.

 

Il observa son ex-femme. On aurait pu croire au premier abord qu’elle réagissait ainsi par fierté. Toutefois, il la sentit sincère. Son équilibre fragile avait été bouleversé cette semaine, entre l’intervention des doubles et cette visite.

 

Il revoyait dans cet équilibre précaire celui qu’il avait lui-même mis en place naturellement après son premier retour d’Abydos. Une vie calme, lente, inactive, faite de longs moments d’introspection, de tristesse, un cheminement prudent vers l’avenir.

 

Sam avait mis un coup de pied monumental là-dedans, sans même le vouloir, sans même le savoir, et ce pour son plus grand bien. Il avait été sorti de sa léthargie tranquille pour plonger dans cette nouvelle vie trépidante qui le comblait.

 

Le dernier évènement en date avait constitué l’étape qui lui manquait pour inclure finalement Charlie dans son bonheur.

 

Peut-être que Sara pourrait elle aussi avancer vers l’avenir, à sa façon, suite à cette semaine mouvementée. Il l’espérait de tout son cœur. Elle le méritait.

 

Ils n’avaient pas toujours été sur la même longueur d’onde et s’étaient souvent fait beaucoup de reproches. Il n’avait par exemple jamais compris pourquoi elle ne cherchait pas du travail plutôt que de se plaindre sans cesse de son absence. C’est d’ailleurs pourquoi il avait toujours compris le besoin de Sam de ne pas rester à la maison.

 

Toujours est-il qu’il avait du respect et de l’affection pour son ex-femme, et qu’il souhaitait qu’elle soit heureuse.

 

- J’espère que tu seras de nouveau heureuse Sara. Tu le mérites.

- Merci, répondit-elle avec le sourire. Si tu veux bien me laisser trois mois de pension, pour me laisser le temps de trouver du travail…

- Je peux continuer à te verser la pension tu sais. Sam est d’accord.

- Tu as une femme bien aimable Jack, rit Sara. Je ne suis pas sûre que je le serais autant à sa place ! Mais… Je sais que ce n’est pas normal que tu continues à m’entretenir alors qu’on est divorcé et que tu es remarié. Je vais trouver du travail, ça sera bénéfique pour moi je pense. D’autant que tu avais accepté de me laisser la maison lors du divorce, c’est déjà beaucoup.

- Je ne sais pas comment tu fais pour y vivre. Je ne pourrais pas.

- Ça me donne l’impression qu’il est toujours là.

- Vraiment ?

- … En fait, ça me rappelle surtout qu’il n’est plus là… Peut-être que je finirai par la vendre. Je ne sais pas encore.

- Prends ton temps.

- Oui… Tu voudrais aller voir sa chambre ? Ton double y est allé.

- … Je crois oui.

 


 

Dans la chambre de Charlie, Jack eut le souffle coupé. Tout était resté en l’état. Il n’y avait pas un brin de poussière sur les meubles, sur les jouets. La chambre était telle un musée.

 

Puis, en approchant de plus près les objets, ceux-ci lui rappelèrent de bons souvenirs. Chacun lui renvoyait une image de joie auprès de son fils. Il sourit à ces pensées. La douleur dans sa poitrine s’affaiblit petit à petit. Il revoyait son fils comme un petit ange qui serait toujours présent, comme le-lui avait montré son double.

 

- Tu ne voudrais pas prendre quelques jouets pour les donner à Grace ?

- Tu veux bien ?

- Bien sûr, puisque je te le propose.

- D’accord.

 

Jack choisit une fusée et avion. Nul doute que ces jouets seraient à cent pour cent validés par Sam. Il était fier de pouvoir les transmettre à sa Gracie.

 


 

Lorsque Sam revint de sa balade, Jack disait au revoir à Sara. Il était temps de se quitter, peut-être pour ne plus jamais se revoir. La vie était faite ainsi.

 

- Prend soin de toi Sara.

- Toi aussi.

 

Ils s’enlacèrent un moment, sous les yeux de Sam qui souriait sincèrement.

 

Lorsque Jack s’installa au volant après avoir attaché Grace, Sam était déjà sur le siège passager. Elle fut surprise lorsqu’il se jeta sur elle pour la prendre dans ses bras.

 

Jack ferma les yeux au contact de sa femme, comme il l’avait fait juste avant avec sa fille. C’était un besoin soudain de sentir, de vérifier que ceci était réel. La perte de son fils lui donnait cette capacité qu’ont en commun les personnes qui ont perdu un être particulièrement cher, de reconnaitre la chance qu’ils ont d’avoir toujours des personnes qui comptent sur vous et pour vous.

 

- Je me doute que tu aimerais rentrer, mais… je me demandais si… si on pourrait aller au cimetière.

- Bien sûr mon amour ! Evidemment oui !

 


 

Devant la pierre tombale de Charlie, Jack déposa un petit bouquet de fleurs.

 

- Eh bonhomme… Ça me fait bizarre de te parler ici, parce que je n’ai jamais eu l’impression que tu étais là. Mais… bon… je ne sais pas… j’ai eu envie de venir pour une fois. Je te présente Sam, et ta petite sœur, Grace. C’est fou, jusque-là je n’avais pas réalisé ça… ta petite sœur… Tu aurais été un grand frère sensationnel. Tu étais un petit garçon merveilleux. Je ne t’oublierai jamais. Je t’aime pour toujours mon grand.

 

Jack se releva et rejoignit Sam qui était restée légèrement en retrait.

 

- Tu viens Grace ?

 

La petite rapprochait le bouquet de fleur plus près de la pierre tombale. Puis elle se retourna vers son père qui lui tendait la main. « Pa pa pa pa pa » bégaya l’enfant avec entrain, faisant fondre le cœur de ses parents pour la énième fois.

 

Une nouvelle étape franchie vers la reconstruction pour Jack…

Notes:

Je n’aime pas revoir cet épisode avec Charlie et Sara, car il est vraiment triste. Le placer dans le contexte de mon histoire AU le rend moins triste je trouve, Jack ayant Sam et Grace à ses côtés. C’est surtout triste pour Sara finalement.

Sinon, pour ceux qui trouveraient que j’exagère sur la beauté de Sam, pardon mais en visionnant la saison 1, je ne peux m’empêcher à chaque épisode de la trouver très belle (je sais, les goûts et les couleurs…).

La suite arrive prochainement, n'oubliez pas de cliquer sur "subscribe" si vous êtes intéressé(e).

Chapter 9: La présence en moi : Partie 1

Summary:

Dans l’histoire « La présence en moi », en deux parties (chapitres 9 et 10), je vais reprendre quelques épisodes à partir de l’épisode « Double / Cold Lazarus », traité dans le chapitre précédent. Je vais retracer plusieurs épisodes de la saison 1 et vous constaterez que j’ai changé certains faits. En effet, le couple que forment Sam et Jack aurait forcément modifié certains évènements.

L’histoire va principalement tourner autour de l’intrusion de Jolinar en Sam et sur ses conséquences. Cela va donc tout particulièrement s’attarder sur les épisodes de la saison 2 « La tête à l’envers / In the line of duty », « Secret » et « La Tok’ra ».

Notes:

Résumé des chapitres précédents :

Chapitres 1 à 6 « Coup de foudre et mélancolie »
Jack et Sam se rencontrent par hasard, quelques semaines après le retour de Jack d’Abydos. Sam tombe très vite enceinte par accident. Jack vient vivre avec elle à Washington durant quelques mois. Puis, ils reviennent vivre dans la maison de Jack, à Colorado Springs. Leur fille Grace nait, pour leur plus grand bonheur, mais l’action leur manque. Lorsque Jack est rappelé pour une mission à travers la porte des étoiles, il entraine Sam dans l’aventure, qui ne rêve que de ça. Ils sont affectés tous deux au sein de SG1 et vont maintenant devoir concilier leur vie professionnelle palpitante mais exigeante avec leur vie de famille.

Chapitres 8 et 9 « Revoir Charlie »
Grâce à une entité extra-terrestre (épisode « Double » / « Cold Lazarus » saison 1), Jack se réconcilie avec son passé et accepte de s’ouvrir aux autres, en particulier à sa femme. Sam, qui doutait avec angoisse de l’amour que Jack lui portait et de la place qu’elle avait dans sa vie, est désormais rassurée et sereine.

Note :
Comme pour les autres chapitres, j’ai replacé l’histoire dans le contexte de l’époque (fin 90), que ce soit pour l’attitude des hommes, la place des femmes dans l’armée et dans le couple, la technologie.

Chapter Text

Sam et Jack avaient repris le cours de leur vie, qui n’était pas de tout repos. Parfois, chacun se demandait, sans l’évoquer à l’autre, combien de temps ils allaient tenir à ce rythme, difficilement compatible avec la responsabilité d’une enfant en bas âge, si adorable soit-elle.

 

Après l’arrivée sur Terre du double de Jack, ils avaient connu bon nombre d’évènements. Ils avaient rencontré des peuples dont certains étaient particulièrement intéressants, tels que les Nox ou encore les Asgards.

 

Il y avait eu des moments compliqués, comme lorsque sur une planète d’inspiration grecque, une jeune femme avait tenté de séduire Jack. Sam, qui habituellement faisait en sorte de ne pas interférer en tant qu’épouse, avait tout de même stoppé les choses avant que cela ne dégénère.

 

La jeune femme, nommée Kynthia, avait alors jeté en lieu et place son dévolu sur Daniel. La relation qu’il avait eue avec elle avait fait vieillir prématurément l’archéologue, jusqu’à le faire ressembler à un homme extrêmement âgé.

 

Jack comme Daniel avaient en fait été drogués par le biais d’un gâteau, ce qui les avait poussés à agir sans réfléchir et à être attirés par Kynthia. Sam n’avait donc bien sûr pas tenu rigueur à Jack de son penchant pour elle. Ils avaient fini par trouver une solution pour rendre à Daniel son âge actuel.

 

Puis, Teal’c et Jack avaient été fait prisonniers dans un « piège à Goa’uld », conçu par les Asgards.

 

Ils avaient aussi cru avoir perdu Daniel, qui avait en réalité été kidnappé par un extra-terrestre qui avait modifié le psychisme de ses coéquipiers pour leur faire croire à sa mort.

 

Un jour, la Goa’uld Hathor avait débarqué au SGC et avait séduit tous les hommes sur place. La poignée de femme en activité dans la base avait dû se mettre en ordre de marche pour la contrer, alliées à Teal’c.

 

Sam et Janet avaient reçu une médaille pour leur désobéissance, qui avait finalement conduit à faire fuir Hathor. Cette aventure avait rapproché les deux femmes. Désormais amies, elles se côtoyaient régulièrement.

 

Sam était soulagée de voir que Jack était celui qui avait le mieux résisté à l’influence d’Hathor. En revanche, Daniel, une fois de plus, avait complètement succombé aux phéromones !

 

Quelques jours après, ils avaient rencontré, sur une planète où toute la population était décédée, une petite fille nommée Cassandra, la laissant pour seule survivante. La petite fille était rentrée avec eux sur Terre et s’était très vite attachée à Janet, qui l’avait finalement adoptée.

 

Environ un mois plus tard, ils avaient sauvé un peuple nommé Tollans, bien plus avancés qu’eux technologiquement. L’un d’eux, Narim, était tombé sous le charme de Sam. Si celle-ci trouvait l’homme plutôt agréable, elle lui avait précisé dès le début qu’elle était mariée et très heureuse en ménage. Narim l’avait compris mais n’avait pas cessé pour autant de la regarder avec admiration.

 

Jack avait serré les dents mais n’avait fait aucun commentaire. Il pouvait comprendre le Tollan, lui-même ayant connu cet émoi à sa première rencontre avec sa femme. Surtout, il faisait confiance à Sam.

 

Lorsque le couple s’était retrouvé coincé en Antarctique, persuadé d’être sur une autre planète, ils s’étaient fait leurs adieux avec émotion, acceptant difficilement leur mort imminente.

 

Dès leur implication dans le projet Stargate, ils avaient pris leurs dispositions pour que Grace soit placée chez le frère de Sam s’il leur arrivait quoi que ce soit.

 

Jack n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer Mark, son beau-frère. Alors, imaginer sa fille partir en Californie chez un quasi inconnu, avec l’idée qu’elle grandirait sans avoir le moindre souvenir de ses parents étant donné son âge, cela l’avait retourné. Il avait fermé les yeux, sombrant dans un semi-coma, avec une déception immense.

 

C’est pourquoi, lorsqu’ils avaient finalement été retrouvés, Jack avait demandé à Sam de faire la connaissance de Mark et de sa femme.

 

Il avait bien senti que son beau-frère avait de nombreuses réticences sur le choix de carrière de sa sœur, certainement liées aux ressentiments qu’il éprouvait envers son père. Le fait que Sam ait épousé un militaire plus âgé qu’elle ne le rendait pas plus ouvert.

 

Cependant, Jack avait su reconnaitre en cet homme une personne avec le sens du devoir, aimant envers sa femme et ses enfants, gentil avec Grace et tout de même admiratif de sa sœur. Leur famille était épanouie et il avait été rassuré par l’idée que Grace serait entre de bonnes mains s’ils venaient à disparaitre.

 

Après, ils avaient eu la surprise de se voir dédoublés sous forme de robots humanoïdes. Jack et Sam ne pouvaient que comprendre la décision de leurs doubles de ne pas poursuivre leur existence. L’idée de vivre sans leur fille leur était insupportable. Les doubles de Teal’c et Daniel, eux, avaient choisi de rester auprès de Harlan, leur concepteur.

 

Ensuite, il avait fallu faire un choix cornélien lorsque le sénateur Kinsey a fait fermer le projet Stargate. Daniel était revenu d’une réalité alternée – où d’ailleurs il avait rencontré le couple Sam et Jack fiancé mais sans enfant – et était persuadé qu’Apophis allait envahir la Terre.

 

Jack avait fait le choix de partir avec Teal’c et Daniel, désobéissant ainsi aux ordres. Il avait voulu convaincre Sam de rester auprès de Grace. Mais si la Terre était finalement envahie comme le prédisait Daniel, Grace n’était pas en sécurité.

 

Alors, Sam avait demandé à Janet de récupérer Grace si les choses dégénéraient pour la faire venir, ainsi que Cassandra, au SGC, où elles pourraient peut-être être évacuées vers une autre planète. Puis, elle était partie avec SG1, car elle considérait que c’était avec eux qu’elle serait le plus utile, bien que ce soit un crève-cœur de prendre cette décision.

 

Ils avaient ainsi, tous quatre, sauvé la Terre non sans mal, et le projet avait été rouvert.

 


 

Ce samedi en fin d’après-midi, Sam se remémorait tous ces évènements dans le calme de sa salle de bain, enveloppée de la chaleur moite de son bain chaud. La mousse blanche et parfumée ne la couvrait pas entièrement car elle partageait son bain avec Grace. Son bébé d’amour grandissait à vue d’œil selon ses critères peu objectifs. Elle avait maintenant un peu plus de deux ans. Elle était toujours belle comme le jour, ressemblait plus que jamais à sa mère, et parlait comme un livre.

 

- Maman, regarde le bateau il se transforme en sous-marin ! zozota la petite fille en faisant disparaitre le petit bateau rouge sous l’eau.

- Ah oui. Et regarde, le porte-avion se rapproche.

- Vvvviiiiouuu !!!! fit la petite en faisant atterrir un petit avion sur le porte-avion qui flottait dans le bain.

 

Les jouets d’un enfant de deux pilotes de l’Air Force étaient peu communs, mais cela rendait les bains beaucoup plus amusants qu’avec des canards en plastique.

 

La porte de la salle de bain s’ouvrit.

 

- Alors les filles, on s’amuse bien ? demanda Jack avec un sourire aimant.

- Oui !!! cria Grace.

 

Il s’accroupit à côté de la baignoire et fit à son tour atterrir un avion qu’il coula finalement pour le faire ressortir tout près de l’oreille de sa fille. Cela provoqua un rire aux éclats. Et, comme à chaque fois qu’il entendait ce rire, cela déclencha automatiquement chez lui un bonheur physique, qu’il ressentit de la tête aux pieds.

 

Jusqu’au bout des ongles, il était fou de cette enfant. Il se retenait de ne pas la dévorer de baisers en permanence pour ne pas l’étouffer. Il savait qu’il ne pouvait pas être derrière elle tout le temps pour la protéger, qu’il ne pouvait pas tout contrôler.

 

C’est pourquoi il avait pris son parti de faire ce qu’il savait faire de mieux, à savoir être un guerrier. Protéger sa fille des dangers interstellaires, à défaut de pouvoir la protéger des innombrables dangers de la vie auxquels il ne pouvait rien. C’est pour cette raison qu’il n’avait que peu hésité quand il avait été question de quitter la Terre pour tenter d’éviter l’invasion des troupes d’Apophis.

 

Il se tourna vers Sam qui le regardait amoureusement. Il l’embrassa avec tendresse et lenteur. Dieu qu’il l’adorait elle aussi. Il avait déjà aimé. Il savait donc que ce qu’il ressentait pour elle n’était pas seulement de l’amour. Il la vénérait, il la trouvait parfaite même dans ses défauts. Elle était en fait parfaite pour lui, ou faite pour lui, au choix.

 

Pourtant, elle ne lui rendait pas la tâche facile. Il aurait en effet été bien plus simple qu’elle reste à la maison avec leur fille, pendant que lui allait combattre les méchants sur d’autres planètes. Leur vie serait bien moins compliquée, Grace ne risquerait pas de devenir orpheline si régulièrement.

 

Seulement voilà… s’il aimait autant sa femme, c’était certainement, entre des milliers d’autres choses, parce qu’elle était comme lui, une incorrigible assoiffée d’aventure au grand courage.

 

Leur long baiser fut interrompu par un jet d’eau en pleine figure et des éclats de rire.

 

- Bisou mouillé ! décréta Grace.

- Ehh, dis-donc jeune fille, tu vas voir ! dit Jack en l’arrosant à son tour, pour le plus grand plaisir de la fillette.

 

Les filles sortirent du bain. Sam enfila un peignoir et Jack sécha sa fille à l’aide d’une grande serviette.

 

- C’est quand Cassie arrive ? demanda la fillette pour la énième fois.

- Pas tout de suite ma chérie, arrête d’y penser !

- Ohhh…

 

Sam et Jack rirent de la moue boudeuse de leur progéniture.

 

Une heure plus tard, on sonna à la porte. Jack ouvrit, salua Janet et Cassandra et les invita à entrer.

 

Grace déboula très vite dans la pièce en sautant de joie devant Cassandra.

 

- Elle est surexcitée, elle n’arrête pas de parler de sa soirée avec toi Cassandra.

 

Cassandra sourit et tendit la main à la petite fille.

 

- On va jouer dans ta chambre Gracie ?

- Ouais !!!

- Ah non les filles, vous allez tout de suite passer à table, c’est prêt !

 

Les filles râlèrent et s’installèrent à table. Jack leur servit une petite assiette de poisson et de riz.

 

- Ça a l’air bon ! s’étonna Janet.

- Ça l’est ! C’est du poisson frais que j’ai pané moi-même. Bien meilleur que ces horribles batônnets de poisson industriels.

- Hum, oui, c’est bon, confirma Cassandra.

- Ravi que ça te plaise !

- Bonsoir Janet ! salua Sam qui venait d’entrer dans la salle à manger.

- Bonsoir Sam !

- Bonsoir Cassandra, salua à nouveau Sam qui prit la jeune fille dans ses bras. Ma chérie, s’adressa-t-elle à sa fille ensuite, je vais partir, Cassie et toi vous restez avec papa, d’accord ?

- Oui.

 

Peu perturbée par la nouvelle, Grace déposa un énorme bisou gras sur la joue de sa mère et retourna à son assiette, bien décidée à la finir le plus vite possible pour profiter au maximum de son temps de jeu avec Cassandra.

 

Cassandra embrassa sa mère adoptive et lui promit d’être sage, ce dont Janet n’avait absolument aucun doute.

 

- Vous êtes sûr que ça ne vous dérange pas Colonel ?

- Janet, je vous ai déjà dit de m’appeler Jack quand on se voit en dehors du SGC, et puis on peut se tutoyer. Et non, je ne vois vraiment pas pourquoi ça me dérangerait.

- OK Jack. Ne les couche pas trop tard…

- Pour qui tu me prends ? A 21H maximum elles sont au lit ! Allez, filez, amusez-vous bien.

 

Sam enroula ses bras autour du cou de son mari et l’embrassa pour lui dire au revoir. Mais une bouffée d’amour n’étant jamais très loin avec ces deux-là, le baiser dura plus longtemps qu’il n’aurait dû. Grace, totalement habituée à ce genre d’échanges entre ses parents, n’était en rien gênée. Au contraire, elle riait. Cassandra, la voyant glousser ainsi, dépassa son étonnement et rit à son tour. Janet attendait que ça passe, détournant le regard.

 

Le baiser ralentit enfin et laissa passer un « Je t’aime » tout bas.

 

Sam se détacha de son homme et regarda Janet. Elle comprit qu’elle avait encore laissé sa passion pour Jack déborder et s’excusa auprès de son amie.

 


 

Attablées au restaurant, Janet et Sam partageaient un verre de vin.

 

- Je vous revaudrai ça. Je garderai Grace un soir. J’imagine que vous avez peu l’occasion de vous retrouver seuls tous les deux.

- J’accepte volontiers ta proposition ! Alors, Cassie a trouvé ses marques on dirait ?

- Oui, elle est adorable. Je la surprends de temps en temps plongée dans ses pensées. Elle pense à ses parents, mais elle en parle peu.

- Heureusement que tu es là pour elle.

- Et toi ? Comment vous gérez tout ce qui vous est arrivé ces derniers temps ? Vous avez frôlé la mort un paquet de fois.

- On n’en parle pas, tout simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire. On a fait un choix, on l’assume. Mais ça ne nous empêche pas de culpabiliser par rapport à Grace. C’est égoïste mais ce qui me rend le plus triste c’est que si on venait à mourir, elle ne se souviendrait pas de nous. Elle est si jeune…

- En tout cas, je ne te l’ai pas dit jusque-là, mais je te remercie. Sans SG1 on serait certainement tous morts ou exilés sur une autre planète.

- C’est pour ça qu’on fait ce qu’on fait…

- Je sais. Et vous êtes les meilleurs.

- Ça, je ne sais pas.

- Si tu le sais, sinon vous laisseriez votre place à d’autres.

- C’est vrai.

- Bon, si on parlait de choses moins déprimantes ?

- Oui ! Eh, regarde le type tout seul au bar sur ta droite, il jette des regards vers nous de temps en temps.

- Ah oui ? dit Janet en se retournant discrètement.

 

L’homme croisa son regard et il lui adressa un sourire. Il leva même son verre vers elle. Elle lui sourit en retour mais reporta son attention sur Sam.

 

- Plutôt pas mal non ? demanda Sam.

- Pas mal oui... Tu sais, quand je vous vois Jack et toi, franchement… tu as de la chance.

- Je le sais crois-moi !

- Vraiment, vous respirez l’amour. C’est presque agaçant ! Je ne sais pas comment vous faites pour travailler ensemble alors que vous êtes si fusionnels.

- Je crois qu’on a ce point commun d’être professionnels, de savoir compartimenter. En fait, je suis sûre que ça rend notre couple plus fort. Parfois, il prend des décisions que je n’approuve pas sur le terrain. Il nous arrive d’en reparler à la maison. Au début, Jack était plutôt intransigeant là-dessus. Il estimait ne pas avoir à se justifier. Mais depuis qu’il y a eu cette histoire avec son double et le double de Charlie, il a changé. Il est plus ouvert à la communication. Je crois que c’est probablement la chose qui a détruit son mariage avant tout : le manque de communication. Il ne veut pas reproduire les mêmes erreurs. Alors de mon côté, je fais en sorte de lui expliquer mon point de vue de façon posée et rationnelle. On n’en sort pas toujours d’accord, mais on sait accepter le point de vue de l’autre. Et ça se passe bien. Et puis… se retenir toute la journée, voir pendant des jours, ça permet d’éviter la routine dans le couple et d’alimenter la passion !

- Ça fait rêver votre histoire. Et franchement, je n’en connais pas beaucoup des maris qui gardent les enfants pendant que leur femme sort avec une amie.

- Oui mon Jack est génial, conclut Sam en haussant les épaules, crâneuse.

 

Sam et Janet rentrèrent un peu avant 23H. Jack porta Cassandra, endormie, jusqu’à la voiture de Janet où il l’installa. Lorsqu’il rentra dans la maison, Sam était déjà prête à aller au lit.

 

Elle appliquait de la crème sur son visage quand Jack entra dans la salle de bain. Il admira le corps gracile de sa femme dans sa nuisette noire et l’entoura de ses bras pour la soulever dans son étreinte. Ainsi à sa hauteur, elle plongea sa bouche dans le cou chaud de son homme pour l’embrasser. Il l’emporta ainsi jusqu’au lit et la rejoignit bien vite sous les couvertures.

 


 

Le lundi suivant, ils partaient en mission. Les choses dégénérèrent lorsque des planeurs de la mort Goa’ulds vinrent frapper le village où ils se trouvaient. SG1 évacua rapidement le plus d’habitants possibles. Sam voulut porter assistance à un villageois inconscient. Elle entama un bouche-à-bouche…

 

… Black-out total.

 

… Elle se retrouva spectatrice de sa propre vie.

 

Jack cria sur Sam. Il n’était plus temps de sauver qui que soit. Il fallait maintenant se sauver eux-mêmes des tirs de chasseurs de plus en plus rapprochés. Comme elle ne réagissait pas, il s’approcha d'elle.

 

- Allez Carter, il faut y aller tout de suite !

 

Lorsqu’il vit son visage, sa bouche pleine de sang, il prit peur. Elle lui expliqua : le villageois était mort, ce n’était pas son sang à elle.

 

Il la fit bouger rapidement pour quitter au plus vite la planète.

 

A leur arrivée sur Terre, il fallut s’occuper des nombreux réfugiés. Ensuite, ils se retrouvèrent en salle de briefing. Jack trouva Sam étrange, plutôt froide. Il lui arrivait d’être ainsi lorsqu’elle était préoccupée. C’était une façon pour elle de se protéger. Il attendit la fin du briefing pour lui parler, seulement elle partit rapidement à l’infirmerie où Janet l’avait demandée.

 

- Eh, ça va ? lui demanda-t-il enfin à la sortie de l’infirmerie.

- Oui, très bien.

- Quelque chose te préoccupe, on peut aller à ton labo pour en parler au calme.

- Tout va bien Colonel, répondit-elle de façon protocolaire.

 

Sa réaction l’agaça quelque peu. Certes, ils étaient au SGC, mais il ne s’agissait pas d’effusions sentimentales, il voulait seulement lui parler.

 

- Je vais aller à l’hôpital militaire voir si je peux interroger certains réfugiés, reprit-elle.

- D’accord, tu crois que tu pourrais passer prendre Grace au retour ? Je vais devoir rester ici un peu plus tard.

- Grace ?

- Oui. Tu te rappelles qui est Grace n’est-ce pas ? plaisanta Jack.

- … Bien sûr, affirma Sam, toujours aussi stoïquement.

- Ah, tu me rassures ! dit Jack ironiquement. Et donc ?

- Non, je ne peux pas, désolée.

- Mais

- J’y vais, coupa-t-elle avant de s’éloigner, laissant Jack sceptique.

 

Arrivée à l’hôpital, Sam se posta aux côtés de Janet qui auscultait un patient. Le Docteur lui indiqua que Cassandra était dans son bureau, qu’elle pouvait passer la voir.

 

Lorsque Sam entra dans le bureau, Cassandra avait les doigts maculés de peinture. La fillette s’essuya rapidement les mains et vint serrer Sam dans ses bras. Mais très vite, Cassandra recula, apeurée. Elle se réfugia dans un coin et ses craintes furent confirmées lorsque les yeux de Sam s’illuminèrent.

 

- Si tu dis quoi que ce soit, je te tue, lui dit Sam, la voix forte et déformée.

- Tu es une Goa’uld !

- Encore une fois, si tu dis quoi que ce soit, je te tue, et je tue ta mère.

 

Sur ce, Sam sortit de la pièce à grandes enjambées.

 


 

Jack discutait avec le Général Hammond lorsqu’on le demanda au téléphone. Janet lui demandait de venir le plus vite possible à l’hôpital militaire.

 

Une fois sur place, Janet lui expliqua que Cassandra s’était enfermée dans son bureau et ne voulait parler qu’à lui. Il en fut très étonné.

 

La fillette accepta de déverrouiller la porte et retourna s’assoir contre un mur, silencieuse. Il s’assit à côté d’elle.

 

- Janet dit que tu es contrariée depuis que Sam est venue. Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

Elle s’appuya contre lui et il la prit dans ses bras.

 

- Elle a dit qu’elle me tuerait si je le disais.

- Eh bien… ça ne voulait pas vraiment dire « te tuer ». Ça c’est sûr.

 

Constatant que Cassandra ne semblait pas convaincue, il ajouta :

 

- Sam t’aime beaucoup, elle ne te ferait jamais de mal.

- Elle le ferait maintenant.

- Pourquoi ?

- Parce que c’est une Goa’uld.

- Quoi ?!

- Je l’ai senti, elle est une Goa’uld, ce n’est plus Sam.

- Mais Cassie, qu’est-ce que tu racontes ?!

 

Jack interrogea Janet du regard.

 

- Cassandra a du Naquadah dans le sang, peut-être que ça lui permet de détecter les Goa’ulds, précisa Janet.

- Oh non…

 


 

Jack se mit en route immédiatement. Il fit appeler le Général Hammond. Sam devait être arrêtée le plus vite possible. Pour l’instant, il ne voulait pas y croire. Mais il est vrai que son attitude depuis qu’ils étaient rentrés l’avait alerté. Elle n’était clairement pas dans son état normal.

 

Il aurait dû insister. Dire qu’il lui avait demandé d’aller chercher Grace ! Heureusement, il la savait au SGC, elle avait pointé. Que pouvait-il arriver de pire ? C’était… pire que la mort. Il avait toujours eu pitié pour Daniel, dont la femme était possédée par un Goa’uld. Était-ce son tour à présent ?

 

Enfin arrivé au SGC, il trouva Sam en salle d’embarquement. Elle semblait attendre avec impatience l’ouverture de la porte des étoiles. Jack l’approcha subtilement et lui injecta un fort tranquillisant. Celui-ci ne fit pas effet, au plus grand étonnement de tous.

 

Elle s’empara de son arme et visa Jack. De sa voix grave, caractéristique des Goa’ulds, elle leur donna l’ordre d’ouvrir la porte des étoiles. Ses yeux brillèrent.

 

Rapidement, elle reçut des fléchettes tranquillisantes de la part d’un soldat. Jack tenta d’intercepter son arme mais Sam le frappa, sa force décuplée par la larve. Il roula au sol.

 

Elle dégoupilla une grenade et menaça de tout faire exploser si la porte n’était pas ouverte.

 

Jack ordonna de ne pas tirer sur elle. Il s’approcha, scruta son visage dont il connaissait par cœur chaque trait, et constata à son plus grand désespoir… que Sam n’était pas là.

 

- Personne n’ouvrira cette porte. Nous allons tous vivre, ou nous allons tous mourir, dit Jack.

- Laissez-moi partir, je dois partir !

- Ça n’arrivera pas.

 

Alors qu’elle vacillait enfin sous l’effet des tranquillisants, il attrapa sa main avec précaution, afin qu’elle ne lâche surtout pas la grenade.

 

- Faites attention, demanda-t-il aux soldats qui s’étaient approchés pour s’emparer d’elle, inconsciente au sol.

 

Il s’occupa de la grenade et regarda Sam quitter la pièce, aussi stupéfait que ses coéquipiers.

 


 

Ils faisaient à présent le point en salle de briefing. Jack réalisa tout à coup que le Goa’uld avait dû entrer en elle lorsqu’elle avait fait du bouche-à-bouche à un villageois.

 

Il était tout près d’elle lorsque c’était arrivé. Il s’en voulait tellement… Il aurait dû faire plus attention. C’est pour cela qu’il partait avec elle sur le terrain, pour la protéger. Lui plutôt qu’elle, c’était sa devise. Et pourtant…

 

- Qu’est-ce qu’on va faire pour Sam ? demanda Daniel, ce qui énerva Jack au plus haut point.

- On va lui sortir cette saloperie du corps !

- Ça n’a pas très bien fonctionné pour Kawalsky… Et si quelqu’un comme le Colonel Maybourne venait à l’apprendre

- Il ne le saura pas ! le coupa Jack. Pas vrai Général ?

- Bien sûr. Je ne renoncerai pas au Capitaine Carter non plus. Mais jusqu’à ce qu’on trouve une option viable, je vous charge de l’interroger.

- Sauf votre respect Mon Général, je ne pense pas que cette chose dans sa tête me dise quoi que ce soit.

- Colonel nous devons savoir ce que ce Goa’uld fait ici. Est-ce que je dois vous faire remplacer ?

- … Non. Je vais le faire.

 

Jack savait ce qu’il avait à faire. Cela aurait été déjà bien difficile si le Goa’uld était en Daniel par exemple. Mais là, il s’agissait de Sam...

 

Il rassemblait son sang-froid lorsque Teal’c vint lui parler. Le Jaffa l’encouragea à blesser l’orgueil du Goa’uld, lui assurant que ce défaut avait valu à ces êtres pourtant puissants, bien des déconvenues. Il le mit en garde sur le fait de ne surtout pas voir en lui sa femme.

 

« Et comment je fais ça ? », lui demanda Jack. Question rhétorique…

 

Quand il entra dans la cellule où Sam était détenue, il était prêt. Poker face. Il savait faire. C’était presque une seconde nature chez lui. Paraitre de n’en avoir rien à faire.

 

- Vous devez me laisser partir, exigea le Goa’uld.

- Hum, non.

- Vous ne comprenez pas ce qui se passe.

- Et je n’ai pas l’impression que tu vas me le dire, marmonna Jack à voix basse pendant que Sam s’isolait au fond de la pièce.

 

Effectivement, Sam croisa les bras et se mura dans le silence. Au bout d’un certain temps, elle demanda à nouveau à ce qu’on la laisse partir, promettant qu’elle laisserait Sam vivre. Il ne la croyait pas. On ne pouvait pas faire confiance à un Goa’uld. Impossible. Il décida de partir.

 

C’est alors que Sam reprit sa voix habituelle.

 

« Il dit la vérité, s’il te plaît Jack ».

 

… Dieu que c’était dur...

 

Il donna un coup dans la porte. Elle continua, criant.

 

« Non Jack s’il te plaît, ne m’abandonne pas ! S’il te plaît, donne-moi une chance ! Ne m’abandonne pas comme ça ! S’il te plaît ! ».

 

C’était insupportable. Il quitta la pièce et s’éloigna le plus vite possible.

 

C’était certainement une ruse… ou bien c’était elle. Skaara avait su dépasser le Goa’uld en lui par moments. C’était possible. Il entendait encore les cris de sa femme. Seulement rien ne lui prouvait que c’était bien elle.

 

Il se réfugia dans le labo de Sam. Il avait pensé que se retrouver ici, dans ce lieu qui était sa seconde maison, lui ferait du bien. Mais y être sans elle, cela n’avait pas de sens.

 

Il repensa à Kawalsky, à sa souffrance, à l’espoir qu’il avait eu pour lui, à sa fin tragique. Avec toutes les situations exceptionnelles qu’ils avaient vécues jusqu’ici, il savait qu’il ne devait pas désespérer.

 

Malheureusement, il ne pouvait s’empêcher d’imaginer son monde s’écrouler. Perdre celle qu’il aimait de tout son cœur, de toutes ses forces, son soleil, son univers, élever Grace seul, lui parler de sa mère chaque jour en espérant qu’elle ne l’oublie pas…

 

« Stop ! Arrête ça Jack. », se sermonna-t-il.

 

Il ne voulait pas se faire de faux espoirs, mais il ne voulait pas baisser les bras non plus. Il composa le numéro d’Anna, la nourrice de Grace, et demanda à parler à sa fille.

 

- Papa ?

- Ma chérie, comment tu vas ?

- Bien papa.

- Tu as mangé ?

- Oui. Du poulet et des p’tits pois.

- C’est bien ça. Je voulais juste entendre ta voix. Je t’aime.

- Je t’aime papa. Gros bisous !

- Gros bisous.

- Papa ?

- Oui ?

- Et maman ?

- Elle… n’est pas disponible.

- D’accord. Je lui envoie des gros bisous ! dit la petite fille qui poursuivit en faisant des bruits de baisers dans le téléphone.

- Elle les a déjà reçus j’en suis sûr. A très vite.

 

Il raccrocha et sortit au plus vite du labo. Il fallait rester en mouvement pour ne pas sombrer.

 


 

Plus tard, le Goa’uld demanda à voir Teal’c. Ce dernier leur expliqua ensuite en salle de briefing qu’il pensait qu’il s’agissait en réalité du Tok’ra Jolinar de Malkshur. Il serait poursuivi par un Ashrak, un assassin d’élite.

 

- Il pourrait nous raconter des histoires ! exprima le Général.

- Sacrées histoires… commenta Jack, qui commençait à croire à cette version, bien qu’il ne vît toujours pas d’issue pour Sam.

 

Cela lui faisait froid dans le dos. Il y avait donc un Goa’uld, quelque part, qui avait pour mission de tuer Jolinar, donc, de tuer Sam. Un tueur à gage, redoutable, dont ils ne savaient rien, dont le visage leur était inconnu. C’est d’ailleurs ce que leur avait confirmé Jolinar elle-même, leur demandant une fois de plus de la laisser partir, leur seule et unique chance, d’après elle, de sauver Sam.

 

Aucune décision n’avait été prise mais Jack savait déjà qu’il n’était absolument pas envisageable de la laisser partir. Peut-être était-elle sincère en disant vouloir sauver Sam. Il partirait avec elle, il la suivrait à travers la porte pour « récupérer » Sam. Mais il savait qu’on ne les laisserait pas partir. Le Général Hammond, bien que compréhensif et clément, ne le permettrait pas.

 

Jack se trouvait en salle de contrôle au moment de l’évacuation des réfugiés par la porte des étoiles. Il fut alors averti qu’un des gardes qui venait d’arriver au SGC ne se rappelait pas avoir conduit jusqu’ici depuis l’hôpital militaire. Il demanda immédiatement à voir la caméra de la cellule où Sam était détenue. Elle ne fonctionnait plus.

 

Quelle négligence ! Un tueur était à sa poursuite, il aurait dû rester avec elle, au cas où !

 

Il courut vers la cellule, mais le SGC était immense. Lorsqu’ils arrivèrent, elle était inconsciente.

 

- Teal’c, fais venir une équipe médicale, demanda-t-il à son ami qui obtempéra. Allez Sam, accroche-toi ma chérie. Bas-toi !

 

Sam fut très vite conduite à l’infirmerie. Jack ne pouvait que regarder, impuissant. Janet s’affairait, donnait des instructions. Lui ne faisait que répéter « Pitié » dans sa tête, sans savoir à qui il s’adressait exactement. Il pensait à Grace, il pensait à Sam, il pensait à lui. Et Janet, malgré toute sa compétence, fut dépassée.

 

- Il y a deux signaux, des ondes cérébrales distinctes. Je n’ai jamais vu ça, je ne sais pas… Je ne sais pas quoi faire…

 

Jack restait stoïque. Janet se battait, mais il savait que c’était comme brasser du vent. Tout à coup…

 

« Elle ne fait plus de fibrillation », dit l’infirmier. « Elle a un pouls régulier ! », ajouta Janet.

 

Alors… l’espoir. Celui qu’il s’interdisait d’avoir jusque-là, quand tout semblait perdu, à la seconde près. Elle ouvrit les yeux, blanche comme un linge.

 

- Tu l’as fait Sam, tu as gagné, lui dit-il si soulagé et si fier en caressant ses cheveux.

- Ce n’était pas moi, dit-elle en secouant la tête, la voix très faible.

- Mais si, tu t’es accrochée et tu l’as eu.

- Non, c’est le Goa’uld qui m’a sauvée.

 

Jack fut stupéfait. Un Goa’uld avait donc tenu une promesse ? C’était peut-être la première fois, et c’était tombé sur sa femme. Il n’avait pas toujours eu de la chance dans sa vie, mais il savourait celle-ci. Il laissa Janet et les infirmiers s’occuper d’elle.

 


 

Lorsqu’il retourna la voir, elle ne lui adressa pas la parole. Elle était prostrée sur son lit d’hôpital, résolument tournée à l’opposé de lui.

 

- Sam, ma chérie, regarde-moi s’il te plaît… lui demanda-t-il tout bas, une main sur son épaule.

 

Il n’obtint rien d’elle.

 

Bien que cela fût peu réglementaire, il ramena Grace à l’infirmerie. Il n’était vraiment pas sûr que ce soit une bonne chose. Grace risquerait d’être choquée de voir sa mère ainsi, et si Sam l’ignorait elle aussi, ou pire, la repoussait…

 

Il pénétra dans l’infirmerie avec Grace dans ses bras. Il lui avait expliqué que sa maman était malade, que ce n’était pas grave, mais qu’elle était un peu triste et qu’elle avait besoin d’un câlin. Il ne savait pas ce que l’enfant avait retenu du haut de ses deux ans, mais il connaissait assez bien sa fille pour savoir qu’elle était une enfant empathique, intelligente et patiente.

 

Il la déposa sur le lit. La petite entoura sa mère de ses petits bras. Elle déposa un baiser sur sa joue et murmura « maman ».

 

Sam s’éveilla alors. Elle ne dormait pas, mais elle était… ailleurs. Elle réalisa tout à coup où elle était. Elle se retourna et prit sa fille dans ses bras, la serrant de toutes ses forces. Elle pleura. Elle pleurait la disparition de Jolinar, qu’elle ne connaissant pourtant pas. Toutes sortes d’émotions se baladaient en elle, sans qu’elle ne les comprenne.

 

Mais en cet instant, elle était de nouveau Samantha Carter. Elle était la mère de cette merveilleuse petite fille qu’elle aimait plus que tout. Elle tourna les yeux vers Jack, au-dessus d’elle. Elle se rendit compte qu’il avait tenté de lui parler, mais elle n’avait pas répondu, car elle était partie trop loin. « Jack… » murmura-t-elle. « Ça va aller ma chérie », la rassura-t-il.

 

Il avait donc bien fait. La visite de Grace l’avait fait sortir de sa léthargie. Il avait hésité entre rester près d’elle pour la nuit, ou rentrer s’occuper de Grace. Sam lui avait bien sûr demandé de rester avec leur fille.

 


 

Elle put rentrer deux jours plus tard. Elle était toujours un peu déphasée. Jack savait qu’il lui faudrait du temps pour reprendre une vie normale. Elle était avec eux sans l’être totalement. Lors de leur première nuit au retour à la maison, elle se réfugia dans ses bras et s’endormit ainsi, sans prononcer un seul mot à part « Je t’aime », tout bas.

 

Mais il serait là. Il pouvait au moins apparenter cela à un stress post-traumatique, ce qu’il connaissait. Du temps, de l’amour, et un retour rapide au travail. Ils étaient suffisamment semblables pour qu’il sache que c’était le meilleur remède pour elle.

Chapter 10: La présence en moi : Partie 2

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Les missions reprirent une semaine plus tard, et avec elles, une forme de normalité. Sam, peu à peu, était redevenue elle-même. Du moins en apparence. La nuit, des cauchemars la hantaient encore, elle marmonnait des mots que Jack ne pouvait déchiffrer.

 

Lors d’une mission, ils avaient été capturés, réduits en esclavage dans les profondeurs d’une mine. Tous, sauf Daniel. Lui, menait la grande vie auprès de la princesse de la planète, éperdument éprise de lui. Leurs journées étaient éreintantes, ils mourraient à petit feu. Durant leur maigre temps de repos, épuisée, Sam s’était assoupie. Dans son sommeil, une réminiscence l’avait traversée, nette et soudaine : « On n’utilise pas les sarcophages. »

 

À son réveil, elle avait expliqué à Teal’c et à Jack qu’il s’agissait d’un souvenir de Jolinar. Les Tok’ras, leur avait-elle précisé, refusaient catégoriquement d’utiliser les sarcophages, car ils corrompaient l’esprit, volaient l’âme. Or, Daniel y passait des heures chaque jour. Pas étonnant, dès lors, qu’il commence à perdre pied.

 

Jack avait demandé à le voir. Pendant ce temps, Sam continuait de briser des pierres aux côtés de Teal’c, au fond de cette mine à l’atmosphère suffocante, chargée de poussière et de désespoir.

 

Elle avait appris à vivre avec le traumatisme qu’avait été l’intrusion puis la perte de Jolinar. Dans une résilience naturelle, elle reléguait cela dans l’ombre. Mais parfois, ce genre d’images lui revenaient par vagues. Les souvenirs et les émotions surgissaient de façon imprévisible et imposée.

 

Elle avait vu l’inquiétude dans les yeux de Jack, au début, quand elle était incapable de faire face. Alors, elle s’était forcée à faire bonne figure. Elle aurait aimé lui en parler, elle savait qu’il l’écouterait. Mais comment mettre des mots sur ce qu’elle ne comprenait pas elle-même ? Elle essayait d’avancer, de se concentrer sur tout ce qu’il y avait de beau dans sa vie. Et elle avait de la chance : sa vie était profondément belle.

 

Daniel avait finalement convaincu sa princesse de les libérer. Ils allaient enfin retrouver Grace, après deux semaines d’absence. Janet, leur amie en or, avait pris le relais. Elle emmenait Grace chez Anna, la nourrice, et la gardait à dormir chez elle et Cassandra.

 

La fillette était une enfant si facile que c’en était déconcertant. À leur retour, elle leur avait simplement dit qu’ils lui avaient manqué, qu’elle était heureuse de les revoir, sans leur en vouloir le moins du monde. Après tout, elle n’avait que deux ans. Le temps, pour elle, n’était encore qu’une notion floue et abstraite.

 


 

Peu après, SG-1 était retournée sur une planète nommée Cimmeria. Les habitants les avaient contactés en urgence : le Goa’uld Heru’ur était sur place. Le dispositif Asgard, qui les protégeait autrefois, avait été détruit par l’équipe terrienne pour sauver Teal’c. Leur intervention avait, sans le vouloir, mis en danger toute la population, désormais vulnérable.

 

Sur place, Gerwyn, la cheffe des habitants, les avait menés vers l’ancien repaire de Kendra, une jeune femme libérée de son symbiote grâce au « Marteau de Thor ». Malheureusement, Kendra était morte récemment. Parmi ses affaires, SG1 avait trouvé un bracelet doré qui avait immédiatement attiré l’attention de Sam.

 

Comme hypnotisée, elle l’avait enfilé autour de ses doigts, d’un geste qui lui avait semblé étrangement familier. Lorsqu’il s’était illuminé, Daniel avait expliqué que cela devait venir des traces de Jolinar encore présentes en elle. Peut-être pourrait-elle, comme Kendra avant elle, utiliser ces objets. Il lui demanda d’essayer de faire fonctionner l’appareil.

 

Elle avait visé le sol, s’était concentrée avec application. Mais elle ne savait pas à quelle force faire appel. Tout était si confus en elle. Kendra avait vécu ces expériences, ne serait-ce qu’en tant que spectatrice. Pas elle. Pourtant, elle avait tenté. Soudain, une déflagration puissante s’était déclenchée.

 

Sam avait sursauté, effrayée. Quelle était donc cette puissance en elle ? Elle ne la voulait pas. Elle la rejetait. Daniel l’avait poussée à essayer le dispositif de guérison. De par sa nature, elle était plus encline à s’en servir. Mais rien n’était venu, si ce n’était de la frustration.

 

C’était paradoxal. Parfois, Sam avait envie d’en savoir plus, d’accéder aux connaissances de Jolinar. Parfois, au contraire, elle voulait tout oublier, haïssait cette part d’elle qui l’envahissait, l’empêchait d’être pleinement elle-même.

 


 

Un jour, Jack avait été blessé par un objet extraterrestre, rapporté d’une planète au paysage lunaire. Une tige de l’appareil sphérique lui avait transpercé l’épaule, le clouant contre le mur de la salle d’embarquement, suspendu dans le vide, entre la vie et la mort.

 

Comme elle savait le faire, Sam avait dissocié. Elle et Daniel étaient les plus à même de trouver une solution. Pleurnicher, s’apitoyer, ne servirait à rien. Elle savait que Jack comptait sur elle. Après plusieurs tergiversations, elle avait fini par trouver. Elle avait sauvé son mari.

 

Ce soir-là, allongés dans leur lit, Jack avait posé la tête de Sam sur son épaule, récemment meurtrie. Aucune séquelle. L’objet était sorti comme il était entré, sans la moindre trace, comme si de rien n’était.

 

- Heureusement que je suis marié à une grosse tête, avait-il dit, un sourire dans la voix.

- Arrête… J’aurais trouvé la solution même si tu n’avais pas été mon mari, tu sais.

- Hum, laisse-moi me satisfaire d’être marié à un véritable génie.

 

Sam s’était contentée de sourire et d’embrasser son épaule nue, comme pour confirmer le miracle.

 

- Tu as des nouvelles de ton père ?

- Non, il ne m’a pas rappelée. Je lui ai déjà laissé deux messages. Ça m’inquiète un peu… Ça fait deux mois qu’on n’a pas de ses nouvelles.

- Il a peut-être un problème de téléphone. Essaie de lui écrire.

- Tu as raison.

- Moi aussi je suis un génie quand je veux.

- Tu es souvent un génie quand tu ne veux pas.

- C’est vrai, avait répondu Jack, fier de lui, comme un enfant.

 


 

Une semaine plus tard, Jack et Sam étaient attendus à Washington. Le Président devait leur remettre une médaille pour avoir sauvé la Terre. Bien sûr, ce ne serait pas la raison officielle.

 

Jack, toujours réfractaire aux mondanités et aux discours, n’était pas ravi du voyage.

 

Certes, ils bénéficiaient d’une chambre d’hôtel luxueuse la veille de la cérémonie, dont ils pouvaient profiter à deux. Mais de toute façon, ils ne se privaient jamais de moments intimes à la maison car Grace se couchait encore tôt.

 

Lorsqu’ils entrèrent dans la grande salle, vêtus de leurs uniformes impeccables, ils aperçurent le général Hammond en conversation avec un autre militaire.

 

Jack proposa à Sam d’aller lui chercher un verre de punch. Lorsque l’homme à qui parlait le Général se retourna, elle eut la surprise de reconnaitre son père.

 

- Papa !

- J’ai invité Jacob moi-même, Capitaine. J’ai pensé que vous seriez heureuse de la surprise.

- Vraiment ? Mon Général, c’est très gentil à vous.

- George et moi avons servi ensemble à une époque où l’Air Force était vraiment la première ligne de défense de ce pays.

- Elle l’est toujours.

- Bien sûr… Je parlais de la guerre froide… Bref, quand George m’a dit que vous receviez une médaille pour votre travail sur… c’est quoi, déjà ?

- La télémétrie de l’espace profond.

- C’est ça… Ah, Jack !

- Jacob ! Quelle surprise !

 

Ils se serrèrent la main. Dans le fond, les deux hommes s’appréciaient. Au-delà des qualités manifestes de l’un et de l’autre, Jack aimait le côté pince sans rire de son beau-père et sa répartie ; Jacob, lui, estimait Jack et appréciait sa franchise, et même son humour, bien qu’il n’irait pas jusqu’à l’avouer.

 

- Sam ne m’avait pas dit que vous veniez !

- Il me fait la surprise, précisa Sam.

- Oh ! Alors c’est pour ça que vous ne donniez plus de nouvelles ? Vous ne vouliez pas gâcher la surprise ?

 

Jacob baissa les yeux, quelque peu embarrassé.

 

- Alors papa, est-ce que c’est pour ça ? Je m’inquiétais tu sais…

- Désolé, j’ai été très occupé.

- Si occupé que tu ne pouvais pas passer un coup de fil à ta fille, au moins pour prendre des nouvelles de Grace ?

- Excuse-moi ma chérie. Comment va ma petite fille ?

 

Jack s’empressa de répondre avec enthousiasme.

 

- Elle est toujours aussi adorable, talentueuse, belle, gentille, intelligente, drôle, malicieuse, douce…

- Je vois, rit Jacob, alors que Hammond et Sam souriaient. Et vous, vous êtes toujours aussi fan d’elle…

- Oui, répondit Jack comme une évidence.

- Vous savez Jack, si vous le-lui montrez trop, elle risque de se reposer sur ses lauriers. Les enfants ont besoin d’être poussés et vouloir satisfaire ses parents est un bon moteur.

- Je ne vois pas les choses comme vous Jacob. Désolé, trancha Jack.

 

Jack savait à quel point la pression paternelle avait été difficile à supporter pour Sam. Pourtant, avec ou sans, elle était née brillante.

 

- C’est votre droit.

- Tout à fait ! Bon, veuillez m’excuser, on ne sort pas beaucoup de notre montagne, j’ai besoin d’un peu d’air. Je vais à l’extérieur. Général, Capitaine, Général, Serveur.

 

Les Généraux Hammond et Carter, ainsi que Sam, regardèrent Jack s’éloigner avec amusement.

 

- Mon pauvre George, ça ne doit pas être facile tous les jours de superviser un énergumène pareil, qui en plus est marié à sa subordonnée.

- Je ne dis pas que c’est facile, mais c’est un homme d’une grande valeur et il gagne à être connu.

- Je suis d’accord. Et leur couple ?

- Je n’en entend pas parler, éluda le Général Hammond.

- Papa, tu as fini ? s’agaça Sam.

- Oui !

- Je vais aller faire un tour, je vous laisse, dit Hammond.

 

Jacob s’adressa à sa fille.

 

- Entre nous, votre couverture est un peu faible.

- Pardon papa, je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Sam qui jouait les innocentes.

- Non bien sûr… Mais peu importe ce que tu fais vraiment sous cette montagne, ça ne peut pas être aussi excitant que de rejoindre la NASA, Sam. Je parle d’aller vraiment dans l’espace. J’ai appelé Bollinger lui-même, le patron de la NASA.

- Je sais qui c’est.

- Je lui ai dit que tu voulais être astronaute depuis toute petite. Et si tu abandonnais

- Je n’abandonnerai pas ! coupa Sam.

- Laisse-moi finir. J’ai passé quelques appels. Entre tes habilitations à l’Air Force, le fait que tu sois une jeune femme, tes qualifications… Tu as un très bon profil !

- Il y a une liste longue comme le bras, argumenta Sam.

- Pas pour toi.

 

Sam se figea.

 

- Quoi ?! Papa, tu ne peux pas faire ça !

- Je l’ai fait.

- Sans m’en parler d’abord ?!

- Ne me dis pas que ça ne t’intéresse pas. Ils savent de quoi tu es capable et ce que tu offrirais au programme. Ils te veulent ! Et quand tu étais enceinte, Jack a dit qu’il ferait en sorte que tu puisses aller dans l’espace. Grace a plus de deux ans maintenant. Jack va gérer… balaya Jacob.

 

Sam n’en revenait pas. Et pourtant, cela ressemblait bien à Jacob Carter.

 

- Ce n’est pas le problème ! protesta-t-elle. Le travail que je fais actuellement est vraiment très important pour moi.

- Mais ce n’est pas ton rêve.

- Oublions ça d’accord…

- Au moins, parle avec eux, fais ça pour moi.

- Il fallait bien que ça ait un rapport avec toi, cracha Sam.

- Très bien, trancha Jacob, le visage contracté.

- Papa, ce n’est pas que je n’apprécie pas

- J’ai dit « très bien », coupa Jacob, incisif. Je te verrai après la cérémonie.

 

Jacob s’éloigna sans se retourner. Sam serra les dents pour ne pas laisser paraître sa déception en public. Depuis que son père avait accepté qu’elle ait un enfant, elle avait apprécié de le voir plus souple avec elle. Il lui parlait régulièrement de la NASA, mais sans insister. Vraisemblablement, il n’avait fait que mettre en pause ses ambitions pour elle.

 

Il était si têtu. Jamais elle ne parviendrait à lui faire entendre raison. Et puisqu’elle ne pouvait pas lui révéler la vérité sur son travail, elle était condamnée à voir la déception dans ses yeux jusqu’à la fin de sa vie.

 

Quelques minutes plus tard, Jack expliqua à Sam et Hammond qu’un journaliste l’avait contacté. Il était au courant pour le projet Stargate. Une fois seul avec Sam, Jack revint sur un sujet plus personnel :

 

- Alors, ton père ?

 

Sam secoua la tête. Elle lui raconta leur conversation.

 

- Bon sang, ce qu’il m’énerve, râla Jack. Si je l’avais eu devant moi je lui aurais dit ses quatre vérités.

- Jack, ne soit pas si dur, il veut juste mon bonheur.

- Sans respecter tes choix ?! Il vit ses rêves à travers toi.

- Non… C’est juste qu’il veut le meilleur pour moi.

- Il ne peut pas juste te faire confiance ? Quand bien même tu aurais un boulot un peu chiant, ce serait inenvisageable pour lui que ça puisse de rendre heureuse ?

- Eh bien…

- Eh bien oui, c’est inenvisageable pour lui comme ça l’est pour moi, question idiote. Bien sûr que tu ne serais pas heureuse, je le sais bien…

- Eh, dit-elle en posant ses mains autour de son visage et ses lèvres sur les siennes, ce qui me rend heureuse avant toute chose, c’est toi et Grace, d’accord ?

 

Jack se contenta de hocher la tête et de faire une moue boudeuse.

 

- Il faut qu’il apprenne à te faire confiance, à cesser de vouloir diriger ta vie comme si tu étais encore une enfant.

- Je sais.

- Tu n’as rien d’une enfant.

- Je sais.

- Tu es une femme, responsable, et qui se suffit à elle-même.

- Je sais ! rit Sam, les yeux brillants.

- S’il savait tout ce que tu as vécu.

- J’aimerais qu’il sache.

- Ouais…

- Ouais…

 

Le journaliste fut finalement tué dans un « accident » de voiture, mettant fin au risque de divulgation du projet. A cause de cet incident, le Président annula la cérémonie. Le Général Hammond leur remettrait lui-même la médaille plus tard.

 

Sam finit par retrouver son père dans le bâtiment. Il semblait perdu dans ses pensées, observant la ville de Washington par la fenêtre.

 

Lorsqu’il lui apprit qu’il souffrait d’un cancer, elle n’en crut pas ses oreilles. Elle avait toujours vu son père comme une force de la nature, un roc inébranlable. En cela, Jack lui faisait beaucoup penser à lui.

 

- J’espère vivre assez longtemps pour te voir devenir astronaute.

 

Bon sang, cet homme ne lâchait jamais rien !

 

- Ma chérie, je me fiche de ce que tu fais sous cette montagne, rien au monde ne peut être aussi fort que d’aller dans l’espace. Pas pour toi. C’est quelque chose que tu as voulu toute ta vie. Et je l’admets, je veux te voir vivre ton rêve avant de mourir.

- Mais c’est mon rêve, n’est-ce pas à moi de décider ?

- Les pères aussi ont des rêves.

- Désolée papa, je ne peux pas…

- D’accord, répondit brusquement Jacob, le visage fermé. Tu sais, ça va prendre plusieurs mois certainement, ce n’est pas la peine de m’appeler demain.

- Papa… S’il te plaît ne pars pas comme ça…

- Félicitations pour ta médaille, je suis sûr que tu la mérites.

- Papa ! Tu n’as même pas vu une photo de Grace, ça fait des mois que tu ne l’as pas vue !

 

Jacob s’arrêta, restant dos à sa fille, les épaules tendues.

 

- Je t’appellerai un soir, je lui parlerai au téléphone.

 

Il quitta la pièce, sans se retourner. Sam resta là, face à la fenêtre, pleurant à chaudes larmes. Pourquoi fallait-il que son père soit quelqu’un d’aussi difficile ? Si Jack et lui avaient des points communs, elle se félicitait que son mari soit bien plus souple que son père.

 


 

Un soir, le téléphone sonna à leur domicile. Jack décrocha, la voix détendue.

 

- Ah, Jacob, vous vous rappelez de notre numéro ! C’est sympa d’appeler. Comment allez-vous ?

- Ça va, je ne suis pas encore mort.

- Ecoutez Jacob, je suis désolé pour ce qui vous arrive, mais je n’apprécie pas la façon dont vous traitez Sam. Elle n’y est pour rien. Vous croyez que ça lui fait quoi que son père mourant la pousse vers une voie qu’elle ne souhaite pas ?

- C’est vous qui pensez qu’elle ne la souhaite pas Jack. Ecoutez, je vous respecte. Je sais que vous aimez ma fille, et je sais qu’elle vous aime. Qui plus est vous êtes un bon père. Mais vous m’aviez promis le jour où je vous ai rencontré, que vous feriez en sorte qu’elle ait le meilleur.

- Elle l’a, je vous l’assure ! Elle vous l’a dit elle aussi. Pourquoi vous ne lui faites pas confiance ?

- Jack… je n’appelle pas pour me disputer avec vous. J’aimerais parler à Grace. Et à Sam bien sûr.

- Sam n’est pas encore rentrée.

- Elle rentre tard !

- Oui, elle adore son travail !

- Très subtil Jack.

- Non, je suis sérieux. Bon, je vais vous passer Grace. Je vous préviens, c’est une pipelette…

 

Jacob échangea quelques mots avec sa petite fille. Il fut en effet surpris de la qualité de son élocution. Il ne reparla pas à Jack.

 

Lorsque Sam rappela son père dans la soirée, il daigna décrocher, mais l’échange fut relativement bref.

 

Jack lui raconta leur conversation. Elle aurait pu être fâchée, mais en fait, elle appréciait que son mari s’insurge contre l’attitude de Jacob. Elle vivait les injonctions de son père depuis toute petite et elle les trouvait normales.

 

Jack parvenait à lui faire comprendre que ça ne l’était pas. Son père lui faisait subir une pression anormale. Maintenant qu’elle était mère, elle réalisait que jamais elle ne voudrait cela pour son enfant.

 

Son frère avait coupé les ponts avec leur père en partie pour cette raison. Ceci dit, Mark n’avait jamais réellement subi cette pression. Jacob avait constaté bien vite qu’il était vain d’en attendre beaucoup de Mark. Moyen à l’école, peu discipliné, il s’était concentré sur sa fille, plus que brillante.

 

Malgré tout, Sam ne pouvait renier son père qu’elle aimait. Il allait bientôt mourir, le confronter ne changerait rien. Sa fierté l’empêchait de dire au revoir à son fils, l’empêchait de connaitre deux de ses petits-enfants, elle tenait à ce qu’au moins, il puisse partir avec la satisfaction d’avoir pu échanger le plus possible avec sa merveilleuse petite fille qui lui offrait des « papi » et des rires, de toute sa joie de vivre.

 


 

Un matin, au petit déjeuner, Sam baillait à s’en décrocher la mâchoire. Sa douche et son café ne parvenaient pas à la réveiller correctement. Elle avait les yeux cernés et les traits tirés.

 

- C’est qui Martouf ? demanda Jack, une tartine à la main.

- Hein ?

- Ça fait plusieurs nuits que tu prononces ce mot, ou ce nom, Martouf.

- Ah oui ?

- Oui.

- Je ne sais pas… En ce moment je rêve souvent de la Tok’ra. C’est très confus, avoua-t-elle, les sourcils froncés.

- Ça te fatigue. Ça ne me convient pas. Je veux une femme reposée et heureuse à la maison, et un soldat efficace sur le terrain, dit Jack sans réel sérieux, ce qui fit rire Sam.

- Tu as raison. Mais je ne peux pas le contrôler. Si seulement je pouvais…

- Parles-en à Janet…

- D’accord.

 


 

Quelques jours plus tard, le Dr Mackenzie la couvrait d’électrodes et l’endormait afin qu’elle puisse explorer ses rêves plus en profondeur.

 

Il faut croire qu’elle était réceptive, car le résultat fut immédiat. Elle se réveilla en sueur, le cœur battant, détenant les coordonnées pour trouver les Tok’ras.

 

En salle de briefing, Jack jouait les sceptiques.

 

- Vous ne croyez pas que c’était juste un rêve Capitaine ?

- Non Mon Colonel, c’était réel, j’en suis sûre.

- Vous en êtes sûre ? répéta Hammond, quelque peu dubitatif.

- Oui Mon Général, je ne sais pas comment, mais j’en suis sûre.

- Donc on est censé croire à cette… perception extrasensorielle ? lâcha Jack.

 

Sam soupira. Jack ne serait pas facile à convaincre. Tout ce qui était de près ou de loin métaphysique ne l’inspirait guère.

 

Heureusement pour elle, Teal’c argumentait dans son sens, et cela avait une valeur inestimable.

 

- Ces Tok’ras fuyaient, reprit Sam. Ils pourraient être en danger. Si on veut les trouver, il faut le faire avant qu’ils ne partent. Ils sont peut-être encore à cette adresse.

- Tu dis que tu as vu leurs yeux briller, reprit Daniel, es-tu sûre que ces Tok’ras sont ce que Jolinar prétend ? Des « gentils » ?

- Oui.

- Oui ? Juste oui, dit Jack. Pouvez-vous développer un peu ?

- Je suis désolée Colonel, je sais que c’est difficile à comprendre. Je ne comprends pas tout moi non plus, mais je suis sûre de moi. Je le sais, c’est tout.

 

Teal’c intervint de nouveau pour défendre les Tok’ras.

 

- Général Hammond, ma vision est notre seule piste. Allons la vérifier avant qu’ils ne partent, tenta Sam.

- Colonel ? interrogea Hammond.

- Général ?

- Je suis prêt à envoyer SG1 aux coordonnées qui sont apparus au Capitaine Carter. Seulement si vous êtes d’accord.

- Colonel, je sais que vous êtes sceptique à propos de tout ça, mais je suis sûre de moi.

 

Le regard de Sam était déterminé. Aussi, Jack finit par abdiquer.

 

Sam s’était contentée de glisser un pudique « merci » à Jack à la fin du briefing.

 

Ils devaient partir le lendemain matin. Lorsqu’ils rentrèrent le soir, il était encore tôt. Ils passèrent une soirée en famille, couchèrent Grace, et se retrouvèrent sur le canapé. Instinctivement, Sam se colla à son mari et passa ses bras fins autour de sa taille. En retour, des bras puissants l’entourèrent dans une étreinte agréablement possessive.

 

- Jack, merci de m’avoir fait confiance, pour les Tok’ras, dit Sam avec douceur et reconnaissance.

- De rien.

- Est-ce que tu l’as fait parce que c’est moi ? Ou parce que tu penses que c’était le mieux à faire ?

- Question compliquée, répondit-il, les yeux dans le vague. Je pense objectivement que c’est intéressant de les chercher. Si ça peut aider à lutter contre les Goa’ulds, c’est bon à prendre.

- Mais ?

- Mais… je ne sais pas… Je suis méfiant par nature tu sais.

- Je le sais. Mais j’ai l’impression qu’il y a autre chose.

 

Jack hésitait à confier ce qu’il ressentait. Il se lança finalement :

 

- … J’ai une mauvaise intuition.

- Vraiment ?

- Oui.

- Tu ne crois pas qu’ils soient honnêtes ?

- Ce n’est pas ça.

- Alors c’est quoi ?

- J’ai peur de ce que ça pourrait te faire, de les retrouver. J’ai peur pour toi.

- Pour moi ? Pourquoi ? demanda-t-elle, surprise.

 

Jack secoua la tête. Il allait devoir s’exprimer et ce n’était pas son fort. Mais il s’était promis de faire des efforts de ce côté-là. Alors il fallait se lancer.

 

- Tu n’imagines pas ce que ça m’a fait de te voir possédée par… cette chose. Puis ensuite, de te voir totalement léthargique quand elle est morte en toi. Tu ne réagissais pas quand je te parlais, quand je te touchais… Heureusement que Grace t’a fait t’en sortir.

 

Il marqua une pause. La peur qu’il avait ressentie à l’époque ne s’était visiblement pas envolée.

 

- Et puis il y a ces rêves que tu fais, ces… pouvoirs que tu as en toi maintenant…

- … En fait… je te dégoute c’est ça ?

 

Elle eut un mouvement de recul. Mais Jack la tenait fermement contre lui.

 

- Non ! Bien sûr que non !

- Un peu quand même. Tu méprises les Goa’ulds et

- Parce que toi non ?! la coupa-t-il, sur la défensive.

- Si mais… ça n’en était pas un, pas vraiment. Et quand bien même ça en aurait été un…

- Sam, regarde-moi, lui demanda-t-il en posant ses mains sur ses épaules. Tu ne m’as jamais dégoûté, c’est juste que je déteste ce que cette chose t’a fait subir, ce qu’elle t’a pris.

- Moi aussi je le déteste. Mais il y a aussi une part de moi qui l’accepte. Parce que maintenant, ça fait partie de moi. Et si tu ne supportes pas ça… Je suis désolée si j’ai changé.

- Non Sam. Je serais hypocrite de te le reprocher. Le terrain m’a changé moi aussi au fil du temps.

- Ce n’est pas parce que tu acceptes que j’aie changé, que tu aimes pour autant celle que je suis devenue…

 

Jack se fit alors catégorique.

 

- Sam ! Je t’aime plus aujourd’hui qu’hier. Et je t’aimerai plus demain. Je t’interdis de remettre en question mon amour pour toi. Je te prendrai toujours comme tu es. Je t’aime de façon inconditionnelle.

 

Le cœur plus léger, Sam sourit à cette magnifique déclaration d’amour. Jack O’Neill pouvait vous sortir des merveilles comme celles-ci sans que vous ne vous y attendiez, sans l’avoir préparé.

 


 

Le lendemain matin, ils devaient donc partir pour la planète Tok’ra. Avant le départ, Sam passa un coup de fil à son père. Elle avait appris qu’il avait été admis à l’hôpital militaire de Colorado Springs pour se rapprocher d’elle. Son état se dégradait, plus rapidement qu’elle ne l’aurait cru. Elle avait la sensation de partir en laissant derrière elle quelque chose d’irréparable, une occasion manquée qu’elle ne pourrait plus jamais rattraper.

 

Seulement, elle était indispensable pour cette mission. De plus, son père ne voudrait certainement pas qu’elle le voit si faible, lui qui s’était toujours comporté en soldat, fort et fier. Elle était donc partie, le cœur lourd, un poids sur la conscience.

 

Les Tok’ras n’avaient pas tardé à se montrer sur la planète de sable.

 

« Martouf », avait prononcé Sam avec évidence, à l’attention d’un jeune homme aux yeux clairs.

 

« Le voilà donc, ce fameux Martouf », se dit Jack. « Un jeune homme, super… ». Cela faisait donc des nuits et des nuits que sa femme rêvait de ce type…

 


 

Au fil de la discussion, Jack était de plus en plus remonté contre ces têtes de serpent. Ces Tok’ras, avec leurs airs supérieurs et leur méfiance mal dissimulée, étaient peu disposés à coopérer. Pour couronner le tout, Sam et ce Martouf se regardaient d’une façon qui ne lui plaisait guère.

 

Il avait l’habitude que les choses traînent en longueur, avec toutes les précautions que Daniel, Sam et Teal’c prenaient avant d’agir. Lui, il préférait les coups de pied dans la fourmilière. Alors, il avait lancé, provocateur :

 

- Bon, écoutez, on va arrêter de tourner autour du pot. Vous êtes des Goa’ulds, non ?

 

Cela eut l’effet escompté. Les Tok’ras se révélèrent un peu plus, expliquant le fonctionnement de la fusion avec l’hôte. Et à la fin « Bingo » ! Ils cherchaient des hôtes humains. « Nous y voilà », se dit Jack.

 

Ils ne pouvaient pas rentrer chez eux, Garshaw, leur cheffe, l’avait interdit.

 

- Est-ce que vous voulez bien venir marcher à la surface avec moi ? demanda Martouf à Sam.

- Quoi ?! s’exclama Jack.

- Pourquoi ? demanda Sam, intriguée.

- Je voudrais en entendre plus sur Jolinar de Malkshur.

- D’accord, répondit-elle sans hésiter.

- Oui, pourquoi pas ! ajouta Jack.

- J’ai seulement invité le Capitaine Carter. Nous devons discuter en privé. J’espère que vous comprenez.

- En fait non, désolé.

- … Colonel, je pense que je devrais aller avec lui. Je pense que j’ai besoin de parler avec lui, pour en savoir un peu plus sur Jolinar.

- Je vous promets qu’elle sera en parfaite sécurité avec moi Colonel.

- Colonel, j’ai besoin de le faire, s’il vous plaît.

 

« Allez mon vieux, tu as confiance en elle », se sermonna Jack.

 

- D’accord fiston, mais je veux que tu la ramènes avant 11H compris ?

 

Sam sourit. Son cœur faisait des bons quand il était comme ça. Il lui faisait confiance, alors qu’elle le savait totalement mal à l’aise avec la situation.

 


 

Elle se retrouva donc à la surface avec Martouf. Le Martouf de ses rêves. Lorsqu’elle l’avait vu pour la première fois, elle l’avait immédiatement reconnu. Plus que cela en fait. Elle avait de très forts sentiments pour lui, un homme qu’elle n’avait jamais vu. Assise à ses côtés sur le sable, les genoux repliés contre sa poitrine, elle lui avoua cette vérité lorsqu’il lui demanda ce qu’elle gardait de Jolinar.

 

Jolinar et lui s’étaient aimés une bonne centaine d’année. Elle pouvait concevoir qu’on aime une personne durant si longtemps. Lorsqu’elle avait commencé sa relation avec Jack, elle avait été très vite persuadée qu’elle finirait ses jours avec lui si cette chance lui était donnée. Elle ne s’était jamais imaginée aimer quelqu’un d’autre. Pourtant, voici qu’elle ressentait cette étrange connexion avec Martouf. C’était à rendre fou.

 

- Je n’arrive pas à le décrire avec des mots, lui dit-elle.

- Il existe peut-être une autre façon de le communiquer. Peut-être autrement qu’avec des mots.

 

Il tendit sa main vers elle, et elle accepta de lier ses doigts aux siens. Oui, c’était intense. Mais ce n’était pas elle. Ou peut-être que si ?

 

Elle n’eut pas le temps d’analyser plus longtemps que des bruits se firent entendre derrière eux. Elle se retourna, sa main toujours dans celle de Martouf, et tomba sur le regard blessé de Jack. Elle retira immédiatement sa main.

 

- Le conseil Tok’ra a accepté de nous rencontrer, si ça vous intéresse…

- Bien sûr. J’arrive.

 

Martouf l’aida à se relever. Ils échangèrent un bref regard. Puis elle rencontra le regard de Jack. Il gardait la maitrise de lui-même mais son regard était noir.

 


 

De retour dans les tunnels, Jack traina un peu derrière les autres. Il n’avait pas vraiment envie d’être près de Sam, là tout de suite. Que se passait-il ? Était-il en train de perdre sa femme ? Alors qu’il regardait ailleurs, il tomba sur l’un des Tok’ras, Cordesh, et trouva son attitude curieuse. Jouer les fouineurs le divertirait. Il s’éloigna donc du groupe et vit le Tok’ra ouvrir une boite contenant une boule métallique. L’alien le surprit et joua les innocents, mais Jack n’était pas dupe

 


 

Les choses tournaient mal. Le conseil Tok’ra venait de refuser de faire alliance avec la Terre. Pire, le Colonel Makepeace et SG3 venaient d’être envoyés, avec pour mission de ramener Sam auprès de son père dont l’état était critique.

 

Le conseil Tok’ra, furieux, décida de les garder « prisonnier » le temps d’évacuer la base, afin de ne pas risquer une attaque. Ce qui les dérangeait le plus, c’était l’attitude des Terriens face à l’idée de devenir des hôtes. Pour eux, c’était une marque de mépris, et Jack devait avouer que ce n’était pas totalement faux pour sa part.

 

Sam était désespérée. Son père allait mourir seul, loin d’elle, pensant qu’elle travaillait sur des foutus satellites. Si seulement son frère était présent. Mais il n’avait rien voulu savoir. Jacob allait donc mourir sans ses enfants.

 

- On va vous faire rentrer Carter, tenta de la rassurer Jack. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes huit maintenant, avec SG3.

- Je ne veux pas leur faire de mal, dit Sam.

- Vous semblez oublier qu’ils veulent faire de nous des hôtes ! s’énerva Jack. Et je croyais qu’avoir reçu Jolinar dans votre tête était la pire chose qui vous soit arrivée !

- C’était avant d’en apprendre autant. Si je ne l’avais pas combattue, si j’avais su l’importance que ça avait pour Jolinar, ça aurait pu être… je ne sais pas, éclairant.

 

Jack la fixa, incrédule. Envisageait-elle vraiment cela ? Le pensait-elle sérieusement ?

 

Tout à coup, une idée germa dans l’esprit de Sam. Quelle était la chose dont les Tok’ras avaient le plus besoin ? Qu’est-ce qui prouverait le mieux qu’ils pourraient avoir confiance en eux ? … Des hôtes. Et il se trouve que Garshaw avait expliqué qu’ils étaient capables de guérir des maladies humaines.

 

Elle demanda à voir Garshaw. Le cancer faisait partie des maladies curables par les symbiotes. Il y avait donc un espoir pour son père, s’il acceptait. Par la même occasion cela permettrait de sceller une alliance avec la Tok’ra.

 

Sam semblait sûre d’elle. Jack, malgré ses réticences, choisit de la soutenir, comme toujours. Garshaw accepta de les laisser rentrer tous deux sur Terre. Ils parvinrent à convaincre le Général Hammond.

 


 

Ils prirent donc tous trois la route vers l’hôpital. La tension était palpable dans le véhicule. Le Général Hammond se sentait de trop.

 

Une fois dans la chambre de Jacob, Sam expliqua à son père en quoi consistait son travail, à l’aide du Général Hammond.

 

Jack resta près de la porte, les mains dans les poches, observant avec amusement la réaction de son beau-père. A un moment, Jacob lui lança un regard interrogateur. Il acquiesça, pour indiquer que non, tout ceci n’était pas une vaste blague, et que s’il acceptait, il en aurait très vite la preuve.

 

Escorté par sa fille et Jack, Jacob passa la porte des étoiles pour la première fois. Ils prirent les anneaux de transport pour se rendre dans les tunnels. Ils trouvèrent la base Tok’ra en pleine effervescence. Les Goa’ulds avaient eu connaissance de leur position et arriveraient bientôt sur place. Ils devaient évacuer le plus vite possible.

 

Au milieu de toute cette agitation, Jacob était dubitatif. Accompagnée de Martouf, Sam le conduisit à Selmak, le plus vieux Tok’ra encore en vie. Son hôte se mourrait et Jacob était censé prendre sa place. Toutefois, devant l’ampleur de ce qui lui était réservé, Jacob douta. Petit à petit, et comprenant que l’alternative, à savoir la mort, n’était pas ce qu’il préférait, il finit par accepter.

 

La fusion eut lieu, sous le regard inquiet de Sam. La guérison restait incertaine. Selmak avait besoin de temps pour guérir Jacob. Mais ce temps, ils ne l’avaient pas. Les Goa’ulds approchaient, et Jacob, dans son état, n’était pas transportable.

 

Martouf proposa de rester à ses côtés jusqu’à ce que Selmak termine la guérison. Il assura que s’il s’avérait être trop tard, il laisserait les tunnels les envahir et les tuer, de façon à ne pas se faire capturer par les Goa’ulds.

 

- Je vais rester, dit Sam.

- Vous êtes vulnérable, vous avez les souvenir de Jolinar, je ne peux pas le permettre, expliqua Garshaw.

- Elle a raison Capitaine, on doit y aller, ajouta Jack, essayant de capter le regard de Sam.

- Sauf votre respect, non Mon Colonel, je ne le laisserai pas.

 

Elle fuyait toujours son regard.

 

- Nous resterons tous les deux, indiqua Martouf. Je vous assure que les Goa’ulds ne nous prendront pas.

- Je reste, insista Sam.

- Pour l’amour du ciel Sam ! s’énerva Jack tout à coup. Comment tu peux croire que ta place est ici ?!

 

Jack se retourna, tentant de retrouver son calme. Il avait crié si fort, et cela contrastait tellement avec l’attitude mesurée qu’il avait jusque-là, que tout le monde avait sursauté. Sam écarquillait les yeux.

 

- Sam… continua-t-il sur un ton plus doux. Tu pars, je reste.

- Quoi ?! Non, c’est hors de question !

- Non Sam, ce qui est hors de question c’est que je t’abandonne ici, et tu le sais. Enfin, tu le savais avant… Je ne sais plus ce que tu sais maintenant…

- Jack… murmura Sam, complètement perdue.

- C’est Mon Colonel et c’est sans discussion. Vous partez immédiatement Capitaine, je reste avec votre père et Martouf.

- Mais Jack !

- Ça suffit maintenant !! Sam, merde, pense à Grace ! Je sais que tu aimes ton père mais Grace est plus importante non ?!

- Et toi ? demanda Sam totalement chamboulée.

- Tu es plus importante. Tu pars. Tout de suite et sans un mot de plus.

 

Leur regard se prolongea mais Jack, pour la première fois de sa vie, ne parvenait pas à lire celui de Sam. Elle finit par hocher rapidement la tête. Elle caressa le front de son père et passa à côté de Jack. Elle lui adressa un dernier regard et partit.

 

Jack se retrouva donc seul avec un Jacob inconscient et un Martouf qu’il n’aimait pas par principe.

 

- Qui est Grace ? demanda Martouf au bout d’un long et pesant silence.

- … C’est notre fille.

- Votre fille ?! Alors… vous êtes en couple ?

- Ouais. Enfin c’était le cas jusqu’à ce que vous débarquiez. Je ne sais plus ce qu’il en est maintenant.

- Je suis vraiment désolé. La fusion entre un hôte et son symbiote est complexe.

- Comment vous faites pour aimer la même personne ? Je veux dire, vous êtes censés avoir des personnalités distinctes. Donc il n’est pas évident de tomber amoureux de la même personne non ?

- C’est vrai. Mais la personnalité de l’un influe sur l’autre. Et souvent les goûts, les penchants, les attraits, deviennent communs.

- Vous voyez, ce n’est pas un truc positif pour moi. Ça veut dire que vous faites changer l’autre.

- Parfois on peut changer en bien.

 

Jack étudia ce que Martouf venait de lui dire. Il avait raison bien sûr. Mais si Sam avait changé et qu’il était un dommage collatéral, eh bien il trouvait cela injuste.

 


 

Sur Terre, Sam venait de passer la porte. Elle se retourna, le vortex disparaissait. C’est alors qu’elle réalisa ce qu’elle venait de faire. Une angoisse soudaine la submergea comme une déferlante. La panique s’empara d’elle.

 

A croire qu’elle avait laissé trop de place à Jolinar durant ces derniers jours, car elle avait agi de façon totalement incohérente. Comment avait-elle pu imaginer laisser sa fille sans sa mère, pour rester auprès de son père ? Jamais ce dernier n’aurait accepté cela d’ailleurs. Sans parler de Jack. Pourquoi bon sang avait-elle accepté qu’il reste là-bas ? Il l’avait fait pour elle, pour ne pas qu’elle se sacrifie, pour que son père ne reste pas seul. Elle s’en voudrait toute sa vie s’il mourait. Grace lui en voudrait plus tard. Qu’avait-elle fait ?!

 

Quand enfin un vortex entrant s’ouvrit, elle pria pour voir Jack le franchir. C’était ce qui lui importait le plus. Elle ne pensait qu’à cela. C’était lui le plus important. Elle ne voulait pas élever sa fille sans lui, elle ne voulait pas passer le reste de ses jours sans lui, elle ne voulait pas être responsable de la mort de l’homme qu’elle aimait.

 

Lorsque sa silhouette apparut, elle ferma les yeux et soupira longuement de soulagement. Son estomac se dénoua. Elle s’approcha et lui adressa un sourire, qu’il lui rendit. Elle s’enquit ensuite de l’état de santé de son père, qui était dans une forme olympique.

 

Elle ne prêta pas vraiment attention à Martouf. En l’état, elle se fichait bien de ce qu’il pouvait lui arriver. Il était maintenant clair pour elle que Jolinar, bien que morte, avait sur elle une influence qu’elle devait à tout prix maitriser.

 

Au moment du départ, Jacob confia à sa fille qu’il avait toujours été fier d’elle, même lorsqu’il pensait qu’elle travaillait sur des satellites. C’était peut-être idiot, mais cela lui fit un bien fou d’entendre cela. Peut-être Selmak commençait-il déjà à agir sur lui.

 


 

- On va chercher Grace ensemble ? demanda Sam à Jack dans le vestiaire.

- Si tu veux, répondit-il sans la regarder.

 

Ils se rejoignirent chez Anna, la nourrice. Grace était ravie de voir ses deux parents venir la chercher ensemble, c’était rare. La plupart du temps, c’est son père qui venait la chercher.

 

Une fois arrivés à la maison, leur soirée tourna autour de Grace. Ils jouèrent avec elle, la firent manger, lui donnèrent le bain, la couchèrent. Ils ne se parlaient pas, s’évitaient soigneusement du regard.

 

Après un dernier baiser à sa fille, Sam rejoignit Jack dans la chambre. Il était assis sur le lit et semblait attendre… un verdict ?

 

- J’ai honte de moi, avoua-t-elle, piteuse.

- Pourquoi ?

- Parce que j’ai fait n’importe quoi.

- Ça ce n’est pas grave.

- Pas grave ? s’étonna Sam en s’asseyant à ses côtés.

- Non. Ce n’est pas ça qui compte.

- Qu’est-ce qui compte ?

- Ce que tu ressens, avoua-t-il, la voix presque résignée.

- Jack, regarde-moi. S’il te plaît Jack, insista-t-elle, constatant qu’il maintenait son regard vers le sol. Jack, regarde-moi.

 

Enfin, il tourna les yeux vers elle. La tristesse dans ses yeux la transperça. Elle l’avait fait souffrir sans vraiment s’en rendre compte. Elle monta sur ses genoux, puis prit son visage entre ses mains et le caressa tendrement.

 

- Mon amour, je t’aime tellement.

- Et Martouf ? Tu l’aimes aussi ?

- C’est Jolinar qui l’aime.

- Jolinar est morte.

- Elle a laissé

- Des sentiments en toi, oui je sais, coupa-t-il sèchement.

- Oui… Je sais que c’est difficile à comprendre, c’est difficile pour moi aussi, mais c’est comme ça.

 

Jack hocha la tête car il n’était plus capable de répondre quoi que soit pour l’instant.

 

- Jack, j’ai fait une énorme erreur en te laissant sur cette planète prendre le risque de mourir. Si tu étais mort, je ne me le serais jamais pardonné et je ne m’en serais jamais remise, dit-elle la voix tremblante.

- C’est sûr, tu aurais perdu ton père, Martouf et moi, la totale, plaisanta Jack.

- Jack… pouffa-t-elle malgré elle.

- Sam, comment tu peux être sûre que c’est seulement Jolinar qui aime Martouf ?

- Je le connais à peine !

- Dois-je te rappeler en combien de temps on a conçu notre fille ?

- C’est vrai. Je suis tombée très vite extrêmement amoureuse de toi. Mais c’est parce que c’est toi. Parce que c’est nous, parce qu’on est faits l’un pour l’autre.

- Tu en es sûre ?

- Oui ! Bon sang Jack, oui j’en suis sûre ! Tu es l’homme de ma vie. C’est vrai que j’ai des sentiments très forts pour Martouf. Ce ne sont pas que des souvenirs dans ma tête, je les ressens, et je dois absolument trouver la frontière entre Jolinar et moi, parce que celui que je veux pour ma vie entière c’est toi et personne d’autre.

 

Le visage de Jack commençait à reprendre des couleurs. Le mélodrame, ce n’était pas sa tasse de thé, alors il fit un peu d’humour pour détourner un peu l’attention.

 

- Bon… Il est plutôt beau gosse, Martouf. Vous feriez de beaux bébés avec vos yeux clairs.

- N’importe quoi…  rit Sam. Tu as vu notre fille ? Je crois qu’on fait de beaux bébés toi et moi.

- Ouais, elle a tout pris de toi.

 

Elle lui donna une légère tape sur l’épaule.

 

- Arrête un peu. Objectivement, c’est toi le plus beau.

- Tu trouves ? dit-il sans pouvoir cacher un sourire de satisfaction.

- Oui. Je te l’affirme. Je peux te dire que si j’avais rencontré Martouf au bord d’une route, il ne m’aurait pas fait un dixième de l’effet que tu m’as fait.

- Ah oui ?

 

Le sourire de Jack s’étirait de plus en plus.

 

- Oh oui. Et tu me fais toujours cet effet-là d’ailleurs. Même plus.

- Huhum.

 

Le baiser qui suivit fut si rassurant pour Jack. Il s’était imaginé finir ses jours auprès de Sam. Aussi, lorsqu’il avait vu ce bel horizon s’effacer, il avait défailli. Passer sa vie sans elle, la savoir avec un autre, cela aurait été une véritable torture, une souffrance de chaque instant.

 

- Tu sais ma chérie, souhaita-t-il lui ajouter, je comprends maintenant ce que tu as dû ressentir quand tu m’as vu avec Sara. Je suis désolé.

- Je suis désolée aussi.

 

Ils replongèrent dans leur baiser et ils firent l’amour passionnément et avec une tendresse infinie.

 

Pour Sam, il n’y avait que Jack. Tout son être transpirait d’amour pour lui. Elle était entièrement à lui. En fait, son remède aux réminiscences de Jolinar, c’était lui et Grace. Ils l’ancraient dans la réalité.

 

La vie de Jolinar ne la faisait pas rêver. Sa vie à elle était bien plus belle. Même cet amour qu’ils avaient partagé avec Martouf, il avait certes duré un siècle, mais donnez-lui un siècle avec Jack O’Neill, elle prouverait que leur amour serait incommensurable. Dans un an, dans deux ans, dans dix ans, dans trente ans, ils s’aimeraient encore plus qu’aujourd’hui. De cela, elle était persuadée.

 

En attendant, elle ferait de l’hypnose, elle ferait un travail sur elle-même, pour ne plus laisser Jolinar reprendre le dessus.

Notes:

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