Chapter Text
En mettant à mal une mission du Gouvernement Mondial, en démissionnant et en tuant deux agents surentraînés, Lucci aurait pu se douter que sa vie changerait du tout au tout. Il est juste toujours surpris que Paulie ne l’ait pas rejeté, et qu’il lui fasse confiance pour élever l’enfant qu’il n’aurait jamais dû avoir—en tant qu’Alpha, il n’avait jamais cherché à se projeter dans l’avenir en fondant une lignée, mais tout s’est fait sans qu’il n’ait eu besoin d’y penser, et même si tout est dû au destin, Lucci a un magnifique fils, et un compagnon parfait avec qui l’élever. Des nouvelles qu’il adorerait livrer aux agents avec qui il a grandis, s’il ne risquait pas de mettre en danger sa famille.
Redevenir un charpentier naval du jour au lendemain a secoué la ville, et Lucci peut encore ressentir les frissons d’appréhension quand toutes les spectatrices habituelles des chantiers lui ont envoyé un regard noir commun, en comprenant qu’il était celui ayant abandonné un Omega enceinte… Et puis, quand son avis de recherche est arrivé—bien plus tard qu’il ne l’aurait cru, mais Kaku et les autres ont sûrement plaidé son innocence pour retarder cette affaire—tous les hommes se sont à leur tour mis à mal le regarder. Ils auraient pu choisir une meilleure photo que l’une des images de surveillance d’Egghead, juste après que sa forme éveillée se soit faite battre par Chapeau de Paille, mais le rire que Paulie a laissé échapper en le voyant évanoui a fait disparaître tout ressentiment. Si ses 2.763.000.000 de berrys peuvent amuser son Omega, alors Lucci ne va pas se plaindre.
Quand bien même, la ville a unanimement décidé de le laisser filer le parfait amour avec Paulie—Lucci a vraisemblablement sous-estimé à quel point toute la ville appréciait Paulie—Lucci reconnaît à quel point cette mise à prix met en danger sa famille. Il a beau être redevenu charpentier naval grâce à la clémence d’Iceburg, il continue de s’entraîner dès qu’il en a le temps pour être sûr qu’aucun débarquement suspect de la Marine ne puisse le surprendre. Ses plus grosses lacunes ont toujours portées sur son haki de l’observation, alors il fait de son mieux pour maîtriser ce fluide d’avenir autant que possible—la moindre entrevue du futur pourrait protéger Paulie et Matti, et c’est hors de question de lésiner sur la question.
Et que dire des moments où il a essayé d’entraîner Paulie au haki… Lucci n’abandonnera pas tout de suite, mais après une heure épuisante à le voir serrer le poing dans le vide, il l’a laissé acheter la fin de leur séance avec un baiser. La corruption lui semblait pourtant si écœurante quand il travaillait pour le Gouvernement Mondial, mais Lucci a décidé de raccrocher son manteau blanc pour renfiler ses bretelles, et les lois des hauts de ce monde ne l’atteignent plus. Tout ce qui compte pour lui, c’est que ceux auxquels il tient soient en sécurité—quelque chose qu’il ne pensait pas vraiment un jour penser dans sa vie, alors qu’il a toujours considéré que les sentiments étaient une entrave à la force… Lucci réalise à quel point il a eu tort de négliger les émotions qui résidaient sous la rage qu’il gardait en lui. Paulie est bien plus que son Omega, il est ce miracle qui le maintient à flot dans la tempête de servitude dans laquelle il a baignée toute sa vie, et Lucci ne le lâchera plus jamais.
Être devenu père du jour au lendemain a plus ou moins changé sa vision du monde de manière irrémédiable de toutes façons—Lucci n’avait jamais été bon pour prendre soin de quelqu’un à part pour manipuler une cible, et peu importe à quel point il a réussi à protéger Hattori durant toute sa vie, un enfant et un pigeon, ce n’est pas la même chose. Alors tenir une si petite chose entre ses bras, s’assurer que Matti est toujours heureux, qu’il ne risque pas de tomber quand il se met à courir dans l’appartement… Lucci comprend maintenant pourquoi Stussy veillait sur Kaku au-delà des règlements sur la proximité inter-agents. À chaque petite égratignure sur les genoux de son fils, Lucci devient un homme qu’il n’aurait jamais pensé être un jour, et toute la faiblesse qu’il voyait comme un péché n’est rien de plus qu’une connerie qu’il apprend à oublier.
En fin de compte, changer des couches n’est pas la pire chose qui lui soit arrivée. Ce n’est vraiment pas ce qu’on lui a appris à l’académie, mais Lucci sait s’adapter, et il n’a pas laissé Paulie seul pendant deux ans pour maintenant l’abandonner dans les tâches domestiques. Mais s’il peut choisir, il préfère déléguer biberons et couches, pour ménage et cuisine. Des mains aussi violentes que les siennes ne sont pas faites pour approcher la pureté d’un enfant—et Lucci cauchemarde déjà bien assez de toutes ces fois où il a poignardé Paulie pour vouloir risquer de blesser leur fils…
‘’Tu repenses encore à ce qu’il s’est passé ?’’ Paulie le surprend dans ses pensées, dès qu’il vient interrompre son risotto, ‘’Tu fronces toujours les sourcils de cette manière quand tu es contrarié.’’
‘’Je me demande toujours comment tu as pu me pardonner pour tout ce que je t’ai fait subir…’’ Lucci préfère se consacrer aux champignons qu’il coupe en lamelles, plutôt que de croiser le regard bienveillant de Paulie quand il passe son bras autour de sa taille
‘’Tu es vraiment encore là-dessus ? Je t’ai déjà dit que je m’en fichais. L’important c’est que tu sois là, pour Matti et moi.’’ Paulie pousse sur ses pieds pour pouvoir déposer un petit baiser sur sa joue, et oui, Lucci s’est définitivement adouci quand il rougit
‘’Tu me pardonneras toujours mes torts quand je te pousserai dans tes retranchements pour t’apprendre le haki, chéri ?’’ Un sourire en coin apparaît sur son visage, dès qu’il dépose le couteau pour tenir les hanches de Paulie
‘’Ah ça non ! Je t’ai dit que ce n’était pas pour moi—être un simple charpentier, ce n’est pas si mal.’’
Le blondinet esquive son baiser en attrapant Hattori pour le placer entre eux, et Lucci partage finalement le baiser avec son pigeon—un grognement résonne depuis sa gorge alors qu’Hattori roucoule d’énervement contre Paulie pour ce moment... Paulie pleure presque de rire, et Lucci pousse un soupir loin d’être frustré quand il l’entend rire aussi facilement. Un son si agréable à ses oreilles, tout le monde aimerait l’entendre, et Paulie ne fait que rendre le moment un peu plus délicat, dès qu’il revient entre ses bras pour s’y nicher.
Lucci ne sait pas combien de temps ils restent comme ça, dans les bras de l’autre, mais ce qui les sépare est la petite main de Matti tirant sur son pantalon, ses grands yeux verts les fixant avec un large sourire. C’est difficile de ne pas sourire face au bonheur de son enfant, et quand il le porte pour le ramener entre ses bras, Lucci se demande encore comment Paulie a pu essayer de lui faire croire qu’il n’était pas né de leur union. Des yeux verts, des cheveux noirs—bien sûr, le sourire l’a fait hésiter, mais ses gènes se sont bien battus.
‘’Papa ! Luki !’’ Matti gesticule avec ses jouets dinosaures, Paulie le prenant à son tour dans ses bras après que Lucci ait déposé un petit baiser dans les cheveux de son petit
‘’Il devrait bientôt pouvoir dire ton prénom, mais on devrait peut-être garder Luki ? C’est mignon !’’ Paulie partage le même sourire que son fils, alors que Lucci grimace en entendant ça
‘’Surtout pas…’’ Lucci tient à sa dignité, même en portant un tablier Best Dad orné de cœurs
‘’Le grand Rob Lucci ne pourrait pas supporter un simple petit surnom ?’’
Lucci est protégé du puissant rougissement qui menaçait de recouvrir ses joues dès que l’Escargophone du salon se réveille, projetant sur le mur un paysage inconnu. Son risotto attendra, dès que le rire de Luffy au Chapeau de Paille résonne, et Lucci peut presque ressentir un frisson parcourir sa colonne vertébrale, en repensant à leur dernier affrontement… Il déteste cet imbécile, mais il compte sur lui pour faire plier le Gouvernement Mondial. Paulie sourit déjà malgré lui rien qu’en voyant le visage de ce gamin, et les souvenirs qui doivent le traverser ne sont sûrement pas de la même nature…
Après le message de Vegapunk, il ne peut qu’être méfiant face à ce qu’il voit ; le drapeau du Gouvernement Mondial brûlant au loin, ainsi que les restes des Cinq Doyens, et Lucci se risquerait à un pari en voyant l’épée de l’un des vingt anciens rois, brisée au sol. Il était vaguement au courant que les Chapeaux de Paille se rapprochaient du One Piece depuis quelques semaines, mais il n’aurait jamais pu se douter que le Gouvernement Mondial partirait à leur poursuite avec leurs figures les plus importantes, pour ensuite perdre. Le rire de Chapeau de Paille continue de résonner au-dessus du champ de bataille, et l’Escargocaméra change de scène pour montrer Raftel—ou du moins ce qu’il en reste après le combat.
Des navires détruits et des pirates au sol—Empereurs comme Grands Corsaires comme Supernovas. Lucci donnerait cher pour avoir rien qu’un entrevue de la bataille qui s’est déroulée sur la dernière île dans la course au One Piece, mais son souhait est interrompu par la voix de Monkey D. Luffy… Et pour la première fois de sa vie, son cœur bat au rythme d’une pulsion intense, en voyant cet idiot sauter partout—le guerrier de la libération, c’est bien comme ça que Vegapunk l’a appelé ? Ses jambes semblent soudainement fragiles quand il lutte pour rester debout, ses doigts agrippant fermement le plan de travail—Paulie détourne le regard de l’Escargophone pour poser une main hésitante sur son épaule, toute une inquiétude évidente dans sa voix dès qu’il lui demande ce qui ne va pas…
Mais c’est étrange—Lucci va bien. Il n’a mal nulle part, et les battements incessants de son cœur dans un rythme puissant ne le dérangent pas plus que ça—c’est bel et bien le rire de Chapeau de Paille qui l’affecte le plus, et il a cette stupide envie de rire à son tour rien qu’en l’entendant… Il n’a pas la moindre idée de ce que cet idiot a pu trouver là-bas, mais il en est sûr rien qu’en le voyant changer la matière du sol pour du caoutchouc dès qu’il repose les pieds sur terre, la vérité de ce monde repose maintenant entre ses mains. Monkey D. Luffy a trouvé le One Piece, vingt-quatre ans après Gol D. Roger.
Mon trésor ? Je vous le laisse si vous le voulez ! Trouvez-le ! Je l’ai laissé quelque part en ce monde !
Le One Piece est réel !
Shishishi—C’est moi, le Roi des Pirates !
Il y a cette étrange émotion prenant place à l’intérieur de lui, quand les dernières cendres du Gouvernement Mondial flotte dans l’air avant d’être transformées en étoiles par le pouvoir de Chapeau de Paille. Lucci ne pensait pas vivre suffisamment longtemps pour voir ceux qui ont façonné sa vie disparaître de la surface de la planète, mais la pensée d’être enfin libéré de leur carcan le soulage du poids qu’il portait sur ses épaules depuis sa naissance… Ses jambes l’abandonnent finalement, le rire de Monkey D. Luffy comme des véritables acouphènes dans ses oreilles, et Lucci sent ses yeux lui piquer pour la première fois de sa vie—
‘’Hey, Lucci—‘’
Paulie se retrouve vite accroupi à côté de lui sur le sol de la cuisine, ses mains tirant sur sa chemise pour le ramener à lui. Lucci ne s’est jamais senti aussi bien de toute sa vie, son cœur battant toujours trop vite, mais les tambours battants en rythme allègent la douleur—il est vaguement conscient que des larmes coulent sur ses joues, mais il s’en moque grandement, un sourire prenant place sur ses lèvres dès que Paulie le prend dans ses bras en chuchotant doucement quelques mots pour le réconforter…
Ses doigts s’accrochent à Paulie en retour dès que le rire de Chapeau de Paille se coupe en même temps que l’enregistrement, et Lucci plonge sur ses lèvres pour attraper un doux baiser. Son premier en tant qu’homme libre.
